‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 2)Chapitre 1 sur 80 · Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée · texte numérisé non relu

Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée

1° Astasie-abasie labyrinthique. — Nous sommes à chaque instant informés de nos attitudes segmentaires par la sensibilité générale, mais le vestibule de l'oreille interne nous informe directement de nos attitudes céphaliques et totales. Toute attitude que l'action de la pesanteur ne tend pas à faire varier est une attitude d'équilibre; il existe pour l'homme un grand nombre d'attitudes d'équilibre, mais la plus parfaite et la plus spécifique pour lui est la station debout. Pour se tenir et marcher droit, l'homme doit être correctement informé de la rectitude et des écarts de sa sustentation, et l'on conçoit l'importance des opérations vestibulaires dans la régie des attitudes d'équilibre, qu'il s'agisse de la régie volontaire, corticale, ou du simple tonus attribué à la sustentation.

Beaucoup d'affections vestibulaires troublent les conditions de cette régie ; et l'astasie-abasie se montre souvent avec la systématisation spatiale qui rappelle la distribution des canaux semi-circulaires, qu'il s'agisse d'affection vestibulaire périphérique ou corticale. Elle peut s'associer à la surdité verbale (P. Bonnier) ; le malade peut n'être astasique que dans le sens sagittal, ou transversal, ou même horizontal ; l'abasie se montre surtout dans le plan normal de progression, c'est-à-clire le sagittal. L'astasie-abasie peut ne se traduire, ainsi que par des pertes et par une recherche de l'équilibre dans un seul plan, l'équilibre étant gardé dans les autres plans. 11 existe aussi une hémiaslasie-abasie, le malade présentant une sorte d'hémiplégie de la sustentation d'un seul côté, les mouvements des membres supérieur et inférieur de ce même côté restant normaux par tout office autre que la sustentation, le maintien et la progression debout.

2° Anémie labyrinthique. — Elle se produit dans l'anémie générale, dans la chlorose, dans les cas de spasmes vasculaires localisés et dans la N1" p. m. c. — v. 1

Labyrinthe (Affections diverses). 2

compression de l'artère auditive interne par une tumeur ou dans son étranglement par l'endartérite.

Les symptômes sont ceux de toute insuffisance ou irritabilité labyrinlliique, légère surdité, bourdonnements, vertiges, troubles oculo-moteurs, et autres réactions bulbaires d'irradiation, entre autres, l'abaissement de la pression artérielle.

Le diagnostic se fait par cette observation, que tout ce qui augmente l'anémie cérébrale (attitudes, purgations, etc.) augmente les symptômes, et que tout ce qui la diminue les atténue.

Le traitement consiste en administration de quinine, de nitrite d'amyle dans les crises aiguës, et dans le traitement général de l'anémie.

5° Hypcrhémie labyrinthique. — Elle se produit clans les inflammations de l'oreille externe et de la caisse, dans toutes les congestions céphaliques, en général, dans les maladies de cœur, dans les stases veineuses d'origines diverses, dans l'intoxication quinique, tabagique, salicylique, dans les angioparalysies réflexes, etc.

Les symptômes sont les mômes que ceux de l'anémie, mais ils se produisent dans les conditions opposées. Les battements artériels, la paracousie, l'hyperesthésie auditive, la sensation de réplétion et d'oppression labyrinthique, les ictus vertigineux, les troubles de la vue y sont plus marqués que dans l'anémie.

Traitement. — Révulsion, sangsues aux mastoïdes, bains de pieds sinapisés, quinine à dose très faible, antipyrine, purgatifs salins.

4° Hémorragie labyrinthique. — Maladie de Méniere. — Elle se produit clans l'hyperhémie labyrinthique, mais peut se produire aussi par rupture des anévrismes miliaires si fréquents clans le labyrinthe. Ce sont alors des hémorragies de même origine que les hématuries, les épistaxis, les glaucomes et les apoplexies de tout siège. Elles ne sont pas îares dans la maladie de Bright, que l'on découvre souvent sous le vertige de Ménière à forme apoplectique. On l'observe encore dans les efforts de la toux, de la coqueluche, de la défécation, dans l'insolation ou le refroidissement brusque, dans l'artério-sclérose, le purpura hémorragique et les maladies infectieuses à la période de congestion céphalique.

L'apoplexie labyrinthique ou vertige de Ménière se manifeste par la triade symptomatique classique, bruit interne, vertige et surdité persistante (V. Vkrtige).

Le pronostic n'est rassurant que quand les symptômes disparaissent rapidement, et encore faut-il alors néanmoins craindre les récidives.

Le traitement est celui de l'hyperhémie; il faut recommander le régime lacté, Tiodure de potassium. Le sulfate de quinine à la dose de 75 centigr. par jour diminue les phénomènes d'excitation sans améliorer l'audition.

5° Labyrinthite. — Elle appartient surtout à la méningite cérébro-spinale dont elle est une complication relativement fréquente et définitive. Elle peut exister comme complication grave de l'otite moyenne, de la scarlatine, de la variole, chez les petits enfants surtout, et bien des surdi-mutités n'ont pas d'autre origine. Les symptômes sont ceux de l'otite moyenne avec retentissement méningitique, convulsions éclamptiques et surdité définitive.

o Labyrinthîques (Syndromes).

Le traitement est celui de l'otite moyenne et de la méningite.

6° Maladies du tronc labyrinthique. — Mêmes symptômes que pour les maladies du labyrinthe, avec en plus ceux d'une lésion possible du nerf facial dans le conduit.

7° Maladies des centres labyrinthiques. — Les centres labyrinthiques occupant certaines régions du bulbe et de la protubérance, du cervelet et du cerveau, les symptômes de leurs affections ne sont autre chose que la combinaison des symptômes labyrinthiques aux symptômes des affections de ces organes (V. Bulbe, Cervelet, Cerveau).

8° Tabès labyrinthique. — Le nerf labyrinthique étant la plus grosse et la plus importante des racines spinales postérieures, ses fonctions ayant surtout pour office les informations d'attitude indispensables à la sustentation et à l'équilibre, cet appareil est presque constamment lésé dans l'affection tabétique. La surdité, le bourdonnement, le vertige, le dérobement, les incertitudes de la station et de la marche dans l'obscurité, le signe de Romberg, l'étourdissement, les troubles oculo-moteurs les plus variés, qui se rencontrent, en dehors du tabès, dans les affections auriculaires les plus banales, forment une grande part de la symptomatologie du tabès, et constituent les symptômes de la phase ou de la forme labyrinthique de cette maladie.

9° Syphilis du labyrinthe. — Elle apparaît dans la période secondaire le plus souvent, et elle est en général double ; les symptômes apparaissent avec une certaine brutalité. Ces symptômes sont ceux de toutes les affections labyrinthiques. Le diagnostic ne se fait que par le contexte clinique et par le traitement. Le pronostic dépend de la rapidité et de l'énergie du traitement et aussi de la malignité de la syphilis.

La forme hérédo-syphilitique apparaît à la fin de la croissance, et dans 10 à 50 pour 100 des cas.

10° Tumeurs du labyrinthe. — Elles ne sont diagnostiquées que par la coïncidence des symptômes labyrinthiques avec ceux des tumeurs de la base du crâne ou de la caisse.

11° Traumatismes du labyrinthe. — Ils se produisent dans les cas de traumatisme profond de la caisse ou de la base du crâne. Les symptômes sont ceux de toute irritation labyrinthique, en plus l'apparition d'une paracousie intense ou d'une surdité osseuse profonde. Le diagnostic est difficile et fait forcément de présomptions.

Le traitement est celui de l'otite moyenne ou des fractures de la base du crâne. p. BONN 1ER.

LABYRINTHIQUES (SYNDROMES). — Aura labyrinthique. — Dans l'aura épileptique, rapide ou lente, la perturbation des centres labyrinthiques arrive à son rang sur le passage de l'onde vasomotrice, avec les divers symptômes auriculaires énumérés ailleurs. L'oreille peut être le point de départ de la crise comitiale.

Syndrome de Méniere. — Surdité brusque, vertige, bourdonnements. Cette triade symptomatique peut être produite par des lésions de sièges très divers, oreille moyenne, oreille interne, nerf labyrinthique, centres bulbaires.

Lacrymales (Affections diverses). i

Syndrome de Bonnier, ou du noyau de Deiters. — Vertige avec troubles de la tonicité dans l'appareil de sustentation, phénomènes auditifs, troubles oculo-moteurs et troubles dans les sphères du trijumeau, du glossopharyngien et du pneumogastrique, par irradiation. Ce syndrome est dû à l'irritation du noyau bulbaire de Deiters et il est souvent le signal d'ictus ou de ramollissement des régions bulbaires voisines. p. BONMER.

LABYRINTHIQUES (TROUBLES OCULAIRES). — La voie de communication directe qui existe entre les noyaux ampullaires (noyau interne et surtout noyau de Deiters) et le noyau de la VIe paire, celle moins directe entre ce noyau et l'olive supérieure, et, d'autre part, l'association de fonctionnement qui existe entre le noyau de la VIe paire et les autres noyaux oculo-moteurs, nous rendent compte des troubles oculo-moteurs variés (myosis, mydriase, strabisme, paralysie, nystagmus, troubles de l'accommodation, diplopie, triplopie binoculaire et uni-oculaire) associés aux lésions de l'appareil labyrinthique.

Ces troubles oculo-moteurs sont, par le fait de la réaction du noyau de Deiters sur les centres bulbaires voisins, fréquemment accompagnés d'autres troubles bien étudiés par Bonnier (syndrome de Bonnier).

Leur valeur séméiologique est d'une certaine importance dans le tabès, le nerf labyrinthique étant une racine postérieure.

Page 1