‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 2)Chapitre 2 sur 80 · V. OEil (Paralysies, Nystagmus). PÉCH1N · texte numérisé non relu

V. OEil (Paralysies, Nystagmus). PÉCH1N

LACRYMALES (AFFECTIONS DIVERSES). — Tumeurs. — Théoriquement, on peut diviser les tumeurs des glandes lacrymales en tumeurs développées aux dépens du tissu épithélial (origine ectodermique) et en tumeurs provenant du tissu conjonctif interstitiel, des éléments qui entourent, soutiennent et nourrissent la glande elle-même (origine mésodermique). Mais, en pratique, cette division est impossible. En outre, dans certains cas, la tumeur provient de l'orbite et ne s'est développée dans la glande que secondairement.

Cette grande difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, qu'il y a d'établir le lieu d'origine des néoplasmes, enlève presque tout l'intérêt d'une classification de ces tumeurs en carcinome, sarcome, endothéliome, lymphome, épithéliome, adénome, cylindrome, chlorome.

Ces tumeurs sont très rares, exceptionnelles.

Le plus souvent unilatérales elles peuvent être doubles, symétriques; s'accompagnent de déplacement du globe ou d'exophtalmie en bas et en dedans, de douleurs, de troubles et de lésions dus à la compression de l'œil, d'abaissement de l'acuité visuelle avec stase papillaire ou névrite optique. Elles évoluent lentement ou rapidement, se divisant ainsi en tumeurs bénignes ou malignes.

Traitement. — On fera l'extirpation par la voie conjonctivale ou par le rebord orbitaire (procédé de Laurence). Si cette voie est insuffisante en raison du grand développement de la tumeur, on fera l'opération de Kronlein ou la résection du trépied orbitaire. Et si la tumeur a envahi l'orbite, l'exentération de l'orbite est nécessaire [V. Orbite (Opérations)].

5 Lacrymales (Affections diverses).

Tumeurs symétriques, lymphomateuses, pseudoleucémiques. — {Affection symétrique ; hyperplasie lymphomateuse, lymphadénoïde des glandes lacrymales et salivaires; maladie, syndrome de Mikulicz ; achrooeytose de Kûmmel.) On a décrit sous ces différents noms une affection caractérisée par le gonflement, la tuméfaction indolore des glandes lacrymales. Les paupières supérieures sont repoussées en avant par des masses néoplasiques légèrement bosselées, faisant saillie au niveau du rebord orbitaire et s'accentuant du côté temporal. Les paupières sont ptosées. Ces tumeurs sont consistantes à la palpation et ne se laissent pas déplacer.

Les glandes lacrymales sont prises ensemble ou séparément et l'affection peut y rester cantonnée, comme elle peut s'étendre aux glandes salivaires, à la voûte du palais, aux ganglions régionaux et périphériques, à la rate, aux ganglions médiaslinaux.

Si les glandes lacrymales paraissent seules intéressées il semble bien que les tumeurs se développent dans quelques cas aux dépens des follicules lymphatiques de la conjonctive et de l'orbite.

L'étiologie est encore imprécise. Cette imprécision est la conséquence de notre incertitude sur la nature de la maladie. On a émis l'hypothèse d'un processus infectieux et parasitaire, exogène, pénétrant par le sac conjonctival. S'agit-il de leucémie ou de pseudo-leucémie (maladie de Hodgkin)? quoi qu'il en soit de l'identité ou non de ces processus, on constate la pullulation des cellules lymphoïdes dissociant les acini glandulaires.

Traitement. — On aura recours surtout au traitement général et à la radiothérapie, réservant l'intervention opératoire pour les cas où les tumeurs déterminent un ptosis très gênant.

Kystes des glandes lacrymales. — Les kystes de la glande lacrymale orbitaires sont rares et les observations plus ou moins contestables que nous possédons manquent de précision et d'examen anatomo-pathologique. Les vrais kystes n'ont pas encore été suffisamment différenciés des néoplasmes avec cavités kystiques. On a observé le kyste hydatique. Ces néoplasmes ou kystes ont leur siège en haut et en dehors de l'orbite, dans la fosse orbitaire, au niveau de la fossette qui reçoit la glande lacrymale ; ils compriment l'œil, le déplacent, peuvent même l'atrophier.

La marche lente, l'absence d'adhérences à la peau, de douleurs*, d'extension dans l'orbite et de retentissement ganglionnaire, les distinguent des tumeurs malignes.

Dacryops. — On désigne sous le nom de dacryops, ou grenouillette lacrymale, la dilatation kystique des voies d'excrétion des glandes lacrymales. C'est un kyste par rétention ou encore par dégénérescence des éléments glandulaires.

Le dacryops apparaît au niveau de l'angle externe de [la paupière supérieure et du cul-de-sac conjonctival externe sous la forme d'une vésicule kystique transparente, saillant sous la conjonctive, s'engageant entre l'œil et la paroi de l'orbite sans qu'on puisse percevoir la limite postérieure. La forme et le volume sont variables. Le kyste est lisse ou lobule, fluctuant et subissant des variations de volume en rapport avec l'état de la glande, recouvert par la conjonctive qui est mobile à son niveau et parfois percée

Lacrymales (Affections diverses). G

de petits pertuis qui représentent les orifices dilatés des conduits excréteurs de la glande palpébrale. La pression peut faire sourdre des gouttes de larmes à travers ces orifices. La peau conserve en cette région un aspect normal.

Les troubles occasionnés par le dacryops sont légers habituellement, mais lorsqu'ils atteignent un certain volume ils deviennent gênants, donnent une sensation de corps étrangers, déterminent des douleurs de tête, de l'hémicranie et de véritables crises d'asthénopie qui empêchent tout travail.

On réserve le nom de dacryops fistuleux à un kyste qui se remplit et se vide par un orifice d'un des canaux excréteurs ou par un trajet fistuleux consécutif à une plaie accidentelle ou chirurgicale. La fistule peut se fermer et se distendre, créant ainsi un dacryops.

Le siège, la situation superficielle, la saillie, la fluctuation, la présence d'un ou plusieurs pertuis, l'analyse du liquide (constitution un peu altérée des larmes) et au besoin l'examen histologique de la poche (épithélium en couches épaisses) empêcheront toute confusion avec les kystes séreux de la conjonctive ou les kystes dermoïdes.

Traitement. — La ponction est insuffisante. On doit faire l'excision partielle avec cautérisation de la paroi interne ou l'ablation totale.

Tumeurs bénignes. — Les polypes sont les plus fréquents. Ils se développent dans la paroi du sac lacrymal, consécutivement à une prolifération partielle de la couche papillaire de la muqueuse, prolifération provoquée elle-même par un catarrhe du sac. Il est douteux qu'un corps étranger ou des cathétérismes répétés puissent développer de vrais polypes ; pareille irritation serait plutôt apte à faire naître des bourgeons charnus, des granulomes.

Les polypes constituent des tumeurs rondes, dures ou demi-molles, vasculaires, du volume d'une lentille à un pois, inégales à leur surface, pédiculées ou non. La région du sac est dilatée, distendue; donne à la pression la sensation d'une tumeur résistante, lipomateuse non réductible. La pression fait sortir parfois un peu de liquide purulent par les points lacrymaux. Cette sécrétion est l'indice de phénomènes inflammatoires capables de donner lieu à une fistule. La sonde exploratrice passe entre le polype et la paroi du "sac, mais elle peut aussi être arrêtée.

Le polype peut siéger également dans les canalicules lacrymaux ; en ce cas, la muqueuse est couverte de granulations.

Les papillomes du sac sont rares. On en a observé dans le canalicule. Leur symptomatologie est à peu près la même que celle des polypes; il y a tuméfaction sans réaction inflammatoire.

Ces deux variétés de tumeurs bénignes sont facilement confondues avec le mucocède ou la dacryocystite, aussi est-ce au moment de l'intervention qu'on en fait le diagnostic. Les vraies tumeurs sont à différencier du parasitisme.

On a trouvé dans le sac des larves de Lucilia Itominivorax et dans les canalicules des concrétions (sporothrix, actinomyces).

Traitement. — L'ablation simple est rarement suffisante; on devra y ajouter le curettage ou la cautérisation au thermo-cautère et la radiothérapie.

7 Lacrymales (Affections diverses).

Tumeurs malignes. — Les néoplasmes malins et primitifs (origine sacculaire) du sac lacrymal [sarcome, carcinome) se développent aux dépens des parois du sac ou du revêtement épithélial de la muqueuse. Les cancers du sac lacrymal peuvent être secondaires à des tumeurs de même nature à point de départ oculaire, cutané ou nasal. L'épithélioma calcifié de la racine du nez (tumeur prélacrymale) a son point de départ dans les glandes sébacées de la peau.

La -région lacrymale est le siège d'une tumeur dure, non fluctuante, qui grossit, s'ulcère et envahit les parties voisines.

h'épîthéliome paviment'eux lobule des voies lacrymales simule la dacryocystite, comme d'ailleurs les autres tumeurs du sac. Il peut envahir les fosses nasales. La nature de la tumeur indique son origine dans ce cas, car cet épithéliome ne peut provenir des fosses nasales tapissées d'un épithélial cylindrique.

Le diagnostic se fera par l'examen microscopique.

Traitement. — L'exérèse par les procédés chirurgicaux est la méthode de choix. On enlèvera le sac entièrement et l'on aura soin de détruire aussi loin que possible les cellules de néo-formation soit à la rugine, soit au thermo-cautère.

Déplacement de la glande lacrymale. — Le déplacement de la glande lacrymale est spontané ou traumatique. Les observations rapportées sont rares, aussi connaît on peu de chose sur l'étiologie et l'anatomie pathologique du déplacement spontané. On l'a vu survenir à la suite d'effort, d'accès de toux, et on l'a expliqué par l'hémorragie orbitaire, par l'affaiblissement des tissus qui assurent la fixité de la glande ; ces tissus, ces ligaments peuvent se distendre soit par laxité congénitale, soit par extension provoquée par une hypertrophie passagère de la glande ou une dacryadénite aiguë ou chronique. Dans le cas d'hypertrophie passagère, les ligaments distendus ne reviendraient pas à leur état primitif et leur rôle de contention ne serait plus assuré.

Les paupières supérieures sont difformes, gonflées, à grosse extrémité piriforme du côté externe. À la palpation on sent dans un repli palpébral une tumeur pédiculée, mobile, bosselée, plus ou moins réductible, pouvant disparaître ou apparaître avec les mouvements d'élévation et d'abaissement de la tête. La glande déplacée est susceptible de reprendre sa place spontanément.

On ne peut guère confondre cette affection qu'avec le ptosis atonique ou adipeux; mais alors il y a faiblesse, laxité de la peau; la paupière est épaissie par une couche adipeuse et si elle présente des plis cutanés, ceux-ci sont de même épaisseur dans toute leur étendue. Dans la ptôse de la glande la paupière est gonflée surtout dans la région externe qui est large, tuméfiée et abaissée. A la palpation on constate la 'présence d'un corps dur rappelant par sa forme, sa disposition en grappe, la glande lacrymale. Celle-ci se réduit facilement dans la fossette lacrymale. Dans les ptosis atonique et adipeux le fascia tarso-orbitalis reste à sa place ; au contraire dans la ptôse lacrymale ce fascia a cédé devant la glande qui est descendue et le fascia lui forme une poche qui est doublée par un repli de la peau.

Lacrymales (Affections diverses). 8

La plose lacrymale est unilatérale ou bilatérale.

On a constaté le retour spontané de la glande à sa place. Si cette guérison spontanée ne se produit pas et si la difformité est gênante on enlèvera la glande en même temps qu'un pli de la peau, afin de rendre à la paupière sa largeur normale.

Anomalies des points et canalicules lacrymaux. — Ces anomalies sont rares. Elles consistent dans l'absence totale ou partielle des points et canalicules ou la présence de points et canalicules surnuméraires, supplémentaires, sous forme de fentes plus ou moins oblitérées, et dans l'atrésie des points lacrymaux. Ces anomalies peuvent coexister avec d'autres malformations congénitales, même avec l'absence du canal nasal.

Dans l'atrésie du point lacrymal on fera la dilatation avec un très fin stylet et l'on débridera le point.

Si l'anomalie est la cause d'un larmoiement très gênant, on fera l'ablation de la glande lacrymale.

Atrésie des voies lacrymales. — L'atrésie du canal naso-lacrymal peut être congénitale, mais elle est due le plus souvent aux infections de la muqueuse nasale (scrofule, lupus, tuberculose, syphilis, pustules varioliques des fosses nasales et des voies lacrymales, ozène, lèpre), au rhinosclérome, aux tumeurs des fosses nasales, du sac et du canal nasal, aux polypes, aux exostoses. L'obstruction temporaire du canal nasal chez le nouveau-né donne lieu à une forme spéciale d'atrésie qui se traduit par ladacryocystite, la conjonctivite lacrymale des nouveau-nés (v. c. m.).

Cette atrésie est en général le point de départ des diverses affections des voies lacrymales (dacryocystite, péricystite avec leurs conséquences sur la conjonctivite, les paupières et la cornée) (V. Dacryocystite).

Éversion du point lacrymal. — V. Ectropion.

Concrétions des canalicules lacrymaux. — Ces concrétions sont dues à un bacille filamenteux, parasite du genre streptothrix, de l'espèce oospora, de la variété actinomyces. V oospora Foersteri, champignon voisin du précédent, peut aussi produire des concrétions et déterminer des lésions analogues (pseudo-actinomycose). Elles déterminent du larmoiement, des poussées d'irritation conjonctivale de courte durée avec agglutinement des paupières. Le canalicule est distendu; le rebord palpébral un peu épaissi. A ce niveau la peau et la muqueuse sont rouges et donnent à la pression une sensation de résistance normale. Le point lacrymal est un peu dilaté et laisse sourdre une goutte de pus à la pression du canalicule. Le pronostic est bénin. Il suffît d'inciser le canalicule et de le débarrasser des concrélions pour obtenir une guérison définitive.

La distension par ces concrétions et les actinomyces sera différenciée de la dilatation cystoïde des canalicules lacrymaux due à l'oblitération des deux extrémités du conduit qui se remplit de sérosité.

Kystes sébacés de la région du sac lacrymal. — (V. Paupières).

Traumatismes des glandes lacrymales. — Les blessures des glandes lacrymales compliquent les plaies de l'orbite (v. c. m.) ou de la partie extrême de la paupière supérieure (v. c. m.).

La luxation traurnatique de la glande lacrymale orbitaire s'observe à la

9 Lactophénine.

suite de section profonde de la paupière. La glande fait hernie à travers les bords de la plaie et tient à la profondeur des tissus par un pédicule. Après désinfection de la plaie on suturera en conservant la glande, si c'est possible.

Fistule de la glande lacrymale. — La fistule congénitale est rare. Elle peut être la complication d'ulcérations, de plaies traumatiques ou opératoires ou la terminaison de suppuration de la glande lacrymale.

Traitement. — S'il s'agit d'une plaie on devra en suturer les bords pour éviter la fistule, mais une fois celle-ci établie on n'a guère comme ressource que l'ablation de la glande. PÉCIIIN.

LACTATION. — V. Allaitement.

LACTIQUE (ACIDE). — L'acide lactique officinal est un liquide sirupeux, incolore ou à peine teinté en jaune ; il est inodore et présente une saveur fortement acide; il est miscible avec l'eau et avec l'alcool.

Ses propriétés caustiques sont suffisantes pour déterminer la destruction ou la cicatrisation de certains tissus pathologiques ; les applications de ce topique sont douloureuses; on fait usage des solutions aqueuses ou alcooliques, d'abord au titre de 20 ou 50 pour 100; ultérieurement, on peut se servir de solutions plus fortes.

A l'intérieur, l'acide lactique paraît se comporter comme un antiseptique à l'égard du bacille de la diarrhée verte des nourrissons ; il donne aussi de bons résultats clans les cas de diarrhée infantile dus à une alimentation défectueuse, et dans certaines diarrhées de l'adulte (diarrhée chronique, diarrhée de la fièvre typhoïde, choléra).

Chez les enfants âgés de plus de 5 mois, on peut administrer de 1 à 5 gr. d'acide lactique par jour suivant l'âge et l'intensité des troubles intestinaux. On se souviendra que l'acide lactique a une saveur acide très marquée et qu'il fait cailler instantanément le lait. On aura donc soin de le donner en solutions assez étendues et sucrées et de n'administrer la cuillerée de potion lactique que 20 minutes au moins après la tétée.

A l'adulte on donne par jour de 1 à 15 gr. d'acide lactique en limonade ou en potion.

Potion (Diarrhée verte des nourrissons).

Acide lactique 2 grammes.

Sirop de sucre .... 30 —

Eau distillée 60 —

Alcoolature de citron. XX gouttes.

A prendre par cuillerées à café toutes les heures, dans l'intervalle des tétées.

Limonade lactique (Codex).

Acide lactique officinal 10 grammes.

Eau distillée 890 —

Sirop simple 100

Solution caustique

(Ulcérations tuberculeuses).

Acide lactique. ... 7 grammes.

Phénol cristallisé . . j

Menthol cristallisé. . àâ 1 gramme.

Sto vaine '

Alcool à (30°. ... Q. S.

Solution excitante (Sabouraud).

Acide lactique 10 grammes.

Alcool à 60° 50

Pelade , friction quotidienne sur la plaque.

LACTOPHENINE. — C'est une phénacétine lactique qui se présente sous forme d'une poudre blanche, un peu amère, peu soluble dans l'eau. Ses effets

Ladrerie. 1 0

hypnotiques et analgésiques sont plus marqués que ceux de la phénacétine. On l'oppose aux douleurs rhumatismales, aux névralgies, aux douleurs fulgurantes du tabès (v. c. m.). La lactophénine s'administre à la dose de 1 ou 2 gr. par jour par cachets de 50 centigr. E. F.

LACTOSE. — Chez le nourrisson élevé au biberon, il y a quelquefois lieu d'additionner le lait de vache donné comme nourriture d'une petite quantité (1/10 ou 1/15) de sucre de lait (V. Lait).

Chez le nourrisson également, le lactose se donne à titre de laxatif anodin, associé ou non de magnésie calcinée à parties égales, par cuillerées à café. Chez l'adulte, le lactose est administré comme diurétique dans les cardiopathies et au cours de certaines maladies infectieuses; on le prescrit à la dose de 50 à 100 gr. par jour dans de la tisane ou dans du lait.

LADRERIE. — La ladrerie humaine est constituée par le développement dans les divers tissus organiques de l'embryon hexacanthe du Tœnia solium, dont les œufs, mis en liberté par l'action du suc gastrique ou intestinal, se répandent dans la grande circulation, et viennent se loger en des points d'élection qui leur sont particuliers (V. Taenias). A l'inverse de l'échinocoque, le cysticerque (état larvaire) ne se localise presque jamais dans le foie ni les poumons, il envahit de préférence l'œil, le cerveau et les interstices celluleux des muscles volontaires.

Se logeant dans l'appareil oculaire, ou les centres nerveux supérieurs, le cysticerque provoque des symptômes essentiellement en rapport avec la physiologie des régions qu'il a envahies.

Au niveau des muscles, il manifeste sa présence par l'existence de tumeurs plus ou moins abondantes disséminées sur toute l'étendue du corps, petites, mobiles, dures, les unes sous-musculaires, les autres sous-cutanées. Elles sont constituées par une poche kystique contenant un liquide clair et une tête de taenia solium.

Leur nombre est fort variable ; en certains cas, on a pu en compter 1000 et 2000.

Leur volume est minime : il ne dépasse pas habituellement celui d'une noisette ou d'une cerise.

Elles sont indolores, lisses et. peuvent se déplacer dans tous les sens. Habituellement elles ne provoquent aucune réaction locale, ni du côté des téguments ni du côté des muscles. Parfois cependant elles déterminent des douleurs musculaires, des crampes; des névralgies ont été notées quand elles naissaient au voisinage d'un filet ou d'un tronc nerveux important. Ces troubles disparaissent quand on procède à l'ablation des dites tumeurs.

Le pronostic de la ladrerie n'est pas grave quand le cysticerque n'envahit que l'appareil musculaire : quand l'œil est atteint, la perte de la vision finit par être fatale ; quand il siège dans les centres nerveux, tout dépend de la région intéressée.

Le diagnostic est parfois difficile, car la ladrerie, élant extrêmement rare, peut rester méconnue. Il demande à être établi avec les fibromes, les adéno-

11 Lagophtalmos.

pathies syphilitiques multiples, les névromes, les gommes syphilitiques, les myomes sous-culanés, les lipomes multiples.

En cas de doute, une ponction capillaire exploratrice lève les doutes ; si elle est insuffisante, on est autorisé à faire une biopsie qui ne permet plus dès lors la moindre hésitation.

Traitement. — La thérapeutique chimique ne donne aucun résultat. Seul l'extrait de fougère mâle à la dose journalière de 40 à 50 centigrammes semblerait réussir en certains cas de ladrerie encéphalique (Toletti).

On a proposé l'extirpation, mais elle n'est possible que quand l'abondance de tumeurs n'est pas trop considérable ; l'épinglage aurait donné des résultats. Malheureusement la méthode expectante est le plus souvent la seule à mettre en pratique.

Prophylaxie. — Elle vise d'abord la viande de porc dont l'intestin héberge fréquemment le taenia solium; la vente d'une semblable viande doit être interdite, et une surveillance active doit être effectuée aux abattoirs. Par mesure de précaution, il faut éviter de manger cette viande crue, ouïes préparations où elle entre en grande partie; la cuisson est de toute nécessité.

Ces mesures doivent être complétées par Tébullition de l'eau qui véhicule souvent les œufs de taenia ; les légumes doivent être soigneusement lavés et cuits, car ils jouent le même rôle, quand ils sont souillés par des matières fécales ou des eaux impures.

Enfin, les sujets porteurs de taenia solium doivent s'en débarrasser au plus tôt, afin de ne pas s'exposer à une auto-infection ladrique ; ils doivent prendre des soins de propreté minutieux pour éviter l'apport des œufs dans la cavité buccale. cit. DOPTER.

LAGOPHTALMOS — (XayoSç, lièvre; parce qu'on croyait que les lièvres dorment les yeux ouverts).

Lorsque l'occlusion des paupières ne se fait pas ou ne se fait qu'imparfaitement, on dit qu'il y a lagophtalmos. Dans les degrés légers un effort de contraction suffit à fermer les paupières; mais cet effort ne se faisant pas pendant le sommeil, les paupières restent entr'ouvertes. Dans les degrés élevés les paupières ne parviennent pas à se fermer complètement, même au prix d'un grand effort de contraction. La paupière supérieure ne se plisse plus. Lorsque le malade veut fermer les paupières, celles-ci se rapprochent plus ou moins sans arriver à se toucher et le globe oculaire s'élève. La conjonctive bulbaire se présente constamment dans la fente palpébrale et son exposition à l'air l'irrite, la congestionne, la rend accessible aux infections. L'œil est hypérémié et larmoyant. Si la cornée elle-même n'est plus protégée, elle se dessèche, 1 epithélium s'altère et la kératite par lagophtalmie se développe. Le plus souvent cette kératite ulcéreuse se termine par un leucome.

La cause principale de la lagophtalmie est la paralysie de la VIIe paire (lagophtalmos paralytique).

Même dans la paralysie faciale complète les mouvements de la paupière supérieure ne sont pas complètement abolis, le releveur parvient à la relever

Lait comme aliment. 12

un peu, mais la paupière inférieure ne peut plus se rapprocher de l'autre, elle finit même par s'éverser petit à petit (ectropion paralytique). C'est alors que le larmoiement s'accentue parce qu'il y a paralysie du muscle de Horner dont le rôle est de faire saillir les points lacrymaux en les portant en dedans vers le sac lacrymal, où ils vont pour ainsi dire puiser les larmes.

Lorsque la paralysie faciale est d'origine centrale, les paupières se ferment bien des deux côtés dans un mouvement d'ensemble, elles se ferment bien également du côté sain, mais tout effort est impuissant à les fermer isolément du côté de l'hémiplégie faciale. C'est ce qu'on appelle le signe de l'orbiculaire.

Les causes moins fréquentes du lagophtalmos sont la brièveté congénitale des paupières, leur raccourcissement à la suite de brûlures, ulcères, lupus, gangrène, pertes de substances à la suite d'opérations (lagophtalmos cicatriciel), les diverses formes d'atrophie de l'orbiculaire et notamment la myopathie atrophique progressive (sans neuropathie), l'atrophie musculaire progressive, le développement exagéré ou la saillie de l'œil que les paupières ne peuvent plus recouvrir totalement (exophtalmie, maladie de Basedow) et enfin l'ouverture permanente des yeux chez les personnes très malades ou sans connaissance, à l'agonie.

Traitement. — Dans les cas de lagophtalmos paralytique, on se bornera à l'occlusion des paupières avec un bandeau pendant la nuit si la paralysie est légère en même temps qu'on fera le traitement général. Si la paralysie est définitivement constituée et dès que la cornée court des risques on suturera les paupières (blépharorraphie). V. Paupières (Opérations).

Le lagophtalmos cicatriciel est du ressort de la blépharoplastie.

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