V. Amyle (Nitrite
NITRITE DE SODIUM. — Agit, par son acide nitreux, sur l'hypertension artérielle; son effet est plus tardif que celui du nitrite d'amyle, mais iLestplus persistant. S'administre à la dose de 5 à 10 centigr. par prise, 5 à 10 fois dans les 24 heures, en solution ou en potion fraîchement préparées.
Solution.
Nitrite de sodium. . .
Nitrate de potassium.
Bicarbonate de sodium.
Eau distillée
0 gr. 50
1 gramme.
2 grammes.
A prendre par cuillerées à soupe dans les 2ï heures.
Potion.
Nitrate de sodium. . . 1 gramme. Eau distillée ..... 120 grammes.
Sirop d'écorce d'oranges amères 25 —
2 à 5 cuillerées à soupe par jour.
759 Nosophobie.
NITROGLYCÉRINE (T finit fine). — Sédatif efficace de l'hypertension artérielle (au début des crises d'angine de poitrine, par exemple).
Le médicament étant extrêmement toxique, on ne fait usage que de sa solution alcoolique au centième dont on administre quelques gouttes seulement par jour par voie buccale ou voie hypodermique.
Potion. Solution pour injection hypodermique.
Solution alcoolique Solution alcoolique
de trïnitrine au de trinitrine au
1/100* XXX gouttes. 1/100- XXX gouttes.
Eau distillée .... 300 grammes. Eau distillée 10 grammes.
2 à 3 cuillerées à soupe par jour. Injecter 1/4 de c. c. deux ou trois fois par
jour.
NOIX VOMI QUE. — V. Strychnées et Strychnine.
NOMA. — V. Stomatites.
NOSOPHOBIE. — Les préoccupations concernant la santé, la maladie et la mort, sont de celles qui viennent le plus souvent assaillir l'esprit des prédisposés. Elles donnent lieu à des paroxysmes d'insécurité anxieuse dont l'intensité varie depuis la simple crainte insuffisamment motivée jusqu'aux phobies les plus obsédantes. Elles sont souvent reliées à des cénestopal/tics (v. c. m.).
Le nosophobe ne craint généralement pas la maladie en soi; il n'est pas pantop/tobe dans le domaine pathologique. Au contraire, il localise sa phobie à quelque cause de maladie (peur des microbes), à un symptôme (algophobie, peur de la douleur) (V. Algies), trémophobie (v. c. m.), à un effet (dysmorphcr phobie, peur d'être difforme ou défiguré), à certaines maladies {sy philophobie, phtisiophobie, lyssophobie, peur de la rage). Cependant les préoccupations morbides peuvent aussi se rapporter à la mort en général (t/ianatophobie). On observe aussi la taphép/iobie, crainte d'être enterré vivant.
Toutes ces phobies peuvent dans quelques cas, heureusement très rares, avoir des conséquences extrêmes. Féré a cité un syphilophobe qui finit par se suicider, malgré les assurances les plus formelles que lui donnaient les nombreux spécialistes qu'il avait consultés.
A côté de ces grands nosophobes, nombre de prédisposés sont sans cesse préoccupés de leur santé; ils en arrivent à accepter les remèdes les plus bizarres, même des interventions sanglantes injustifiées. A ces malades le praticien peut rendre de grands services; mais sa tâche sera souvent malaisée.
La difficulté commence avec le diagnostic même de la nosophobie. La plupart des sujets qui se plaignent exagérément de leurs maux sont trop facilement qualifiés de neurasthéniques. Beaucoup même ne dévoilent leur crainte qu'avec répugnance, s'ils ne cherchent pas à la dissimuler. Il faut multiplier les interrogatoires, et, bien entendu, ne se prononcer pour la psychopathie qu'après un examen somatique complet et réitéré (V. Neurasthénie).
On fera aussi des enquêtes discrètes auprès des personnes de l'entourage, en se gardant d'accepter leurs dires sans contrôle, car il y a des familles de phobiques, et surtout des nosop/tobies familiales.
Au point de vue thérapeutique, un premier devoir s'impose : ne point
Nouveau-né. 7i0
donner de remèdes de complaisance. Ce conseil n'est pas superflu : on peut, en effet, avec les meilleures intentions du inonde, se laisser aller à faire des prescriptions anodines dont on escompte l'effet psychothérapique, quand ce n'est pas par amour-propre, pour ne pas paraître désarmé. Mauvaise4 tactique : tôt ou tard le patient perdra la confiance qu'on cherche à lui inspirer, et ce faisant on risque en outre d'aggraver ses préoccupations nosophobiques.
Ce qui importe, c'est de l'instruire. Il faut lui démontrer l'inanité de ses appréhensions par des explications et par des faits empreints de la vérité scientifique. S'attacher à déraciner de son esprit les erreurs que des racontars ou des lectures maladroites y ont fait germer. Les idées fixes, — et la nosophobie est de ce nombre, — ont presque toujours pour point de départ des idées fausses. C'est faire œuvre de thérapeutique de s'efforcer de les détruire (V. Psychothérapie).
Les nosophobes, il ne faut pas l'oublier, sont toujours à l'affût des renseignements qui peuvent intéresser leur santé ; ils se mettent en quête des médications les plus nouvelles, les plus fantaisistes. Ils sont une proie toule désignée aux guérisseurs de mauvais aloi. On a le devoir strict de les en avertir.
En définitive, le médecin doit mettre le nosophobe en garde contre luimême et contre les autres, contre les conseilleurs bien intentionnés, contre les prôneurs de médicaments merveilleux, contre les médicaments fétiches, en un mot contre toutes les causes qui peuvent exagérer la peur de la maladie et l'appétit immodéré des remèdes.
HENRY ME1GE et E. FE1NDEL.
NOURRICE, NOURRISSON. — V. Allaitement.
NOUURES. — V. Rachitisme.
NOUVEAU-NÉ. — Le lecteur se reportera au livre de Pinard sur la puériculture du premier âge. Il y trouvera tout ce qui peut être dit sur ce sujet si important dans son apparente simplicité. On ne trouvera ici qu'un résumé de cet enseignement.
I. Soins à donner immédiatement après la naissance. — Dès que l'enfant est expulsé, il est classique d'attendre avant de lier le cordon que les battements de celui-ci aient disparu. Aussi l'on prendra garde que le bébé ne se refroidisse pas, car le froid est V ennemi du nouveau-né (Pinard). Sortant de l'utérus, où la température était de 37°, il est subitement plongé dans une atmosphère de 18 ou 20°; la peau humide est prête pour le refroidissement. Il faudra donc l'envelopper immédiatement. S'il fait froid, on aura allumé du feu dans la chambre de la femme et dans celle de l'enfant, où sera donné le bain et où sera faite la toilette.
Examen de ï enfant. — En attendant la ligature, le médecin s'assurera que tout est normal. Il vérifiera s'il n'existe aucune malformation des membres, des doigts, de la face, de la bouche, des parties génitales et de l'anus ou de la peau. S'il en découvre quelqu'une, il se gardera bien de V annoncer à la mère; il le dira tout à l'heure à quelque personne de la famille.
741 Nouveau-né,
Toilette des yeux. — Les yeux seront savonnés légèrement avec du coton et un savon de toilette doux; puis, après avoir entr'ouvert les paupières avec deux doigts, on fera couler dans les cavités des conjonctives quelques gouttes de jus de citron ou de solution ou d'acide citrique à 5 pour 100, ou de nitrate d'argent à 1 pour 150, ou d'aniodol à 1 pour 1000. Pas de poudre antiseptique comme l'iodoforme.
L'enfant se mettra à crier vigoureusement, mais ces cris se calmeront très rapidement. Ensuite on procédera à la ligature du cordon, et le bébé étant séparé, on l'enveloppera dans une couverture doublée d'un linge sec et on le confiera à quelqu'un de la famille, pas trop près d'un feu de coke ou de charbon, le nouveau-né étant aussi très sensible à la chaleur rayonnante. Ne pas abandonner l'enfant sur un fauteuil de peur que, comme le disait Pajol, quelqu'un ne vienne à s'asseoir sur lui.
Dès que la maman pourra se passer de soins, on procédera au nettoyage, au bain, à l'habillage et au coucher du petit enfant.
Nettoyage et bain. — Il faut que la personne qui se chargera des premiers soins de propreté à donner à l'enfant connaisse d'abord la manière de le prendre. Il ne faut le saisir ni par le ventre, ce qui pourrait le meurtrir, ni par les membres supérieurs et inférieurs, ce qui laisserait la tête sans soutien. La meilleure façon de le porter est de saisir les deux jambes d'une main et de placer l'autre sous la nuque, de façon que les doigts arrivent jusqu'à l'épaule et que la petite tête repose sur le poignet et l'avant-bras. On portera le bébé clans sa chambre, où l'on aura allumé du feu si la température n'atteint pas 20°. Allumer du feu de bois autant que possible et supprimer tous les appareils à feu lent, continu ou autre, qui sont dangereux, et, dans tous les cas, n'ont pas le grand avantage de produire une aération de la chambre. La garde aura fait chauffer devant ce feu deux grosses servietteséponge et les pièces du maillot qui doivent être en contact avec la peau. Elle se sera procuré une chaise basse et aura posé, à sa portée, une baignoire très propre pleine au tiers d'eau stérilisée à environ 35°, une balance et ses poids, une boîte de coton hydrophile stérilisé, un tube ou pot de vaseline pure stérilisée, un morceau de savon doux dit de bain. Elle posera sur ses genoux le nouveau-né de façon que la tête de celui-ci soit un peu élevée, et son siège tombant entre ses deux jambes, pour qu'aucune chute ne soit possible. Puis, débarrassant le petit corps des linges souillés, on commence le nettoyage par Y enlèvement de V enduit sébacé qui le recouvre, particulièrement dans tous les plis ou creux naturels et sur le cuir chevelu. Cet enduit très adhérent ne pourrait être enlevé par un simple savonnage; il faut, auparavant, le dissoudre avec un corps gras facilement enlevable, tel que vaseline, huile d'olive ou jaune d'œuf. Il est plus propre de se servir de vaseline stérilisée en tube. On frottera donc tout le corps avec ce corps gras déposé sur un morceau de coton sec, en évitant soigneusement de toucher aux yeux de l'enfant, déjà savonnés et cautérisés tout à l'heure. Donner un soin particulier au cuir chevelu (le nettoyage est plus difficile), et aux organes génitaux de la petite fille.
Bain. — Ce n'est qu'à ce moment qu'on procédera au savonnage dans le bain. On saisira V enfant de la façon suivante : la main gauche placée sous
Nouveau-né. 742
la nuque supportant la tête et la tenant solidement entre les doigts formant Y; la main droite saisissant les deux jambes. L'enfant sera ainsi porté dans l'eau et soutenu seulement par la main gauche, les jambes libres; la main droite procédant au savonnage très rapidement effectué sans toucher aux yeux. Puis, reprenant l'enfant de la même façon, on le roulera dans la serviette-éponge chaude préparée tout à l'heure et préalablement déposée sur les genoux. Quand tout le corps sera bien sec, on procédera au pesage.
Pesage. — La tare du pèse-bébé, ou panier spécial vissé à la place de l'un des plateaux, étant soigneusement faite (car presque toutes les erreurs initiales de pesées viennent de cette tare), on pèsera l'enfant tout nu, ayant simplement recouvert le panier d'une serviette tarée avec celui-ci. La tare se fera avec du plomb ou des morceaux de métal, ou des sous, ou un verre plein d'eau, mais non avec des poids pour éviter toute confusion. On inscrira soigneusement le chiffre obtenu, qui servira de point de départ à la feuille d'accroissement.
Habillement. — Quand l'enfant sera bien sec, on le poudrera avec une poudre fournie par le pharmacien et non par l'épicier. Les tissus de l'enfant sont tendres, se laissent facilement attaquer par les acides gras de la sueur et des produits d'excrétion; c'est ainsi qu'on observera, surtout pendant la grande chaleur, des éruptions miliaires, des érythèmes, des coupures des plis naturels favorisés par la suppression des bains jusqu'à la chute du moignon de cordon. Il faut donc, autant que possible, mettre cette peau à l'abri des fermentations et des inflammations superficielles, de nombreux états infectieux les reconnaissant comme point de départ. Les lavages fréquents vont à l'encontre du but proposé, et il faudra se dispenser de mouiller trop souvent les téguments. Le poudrage aura pour effet de rendre plus facile le glissement des membres dans les premiers vêtements, de donnera la peau plus de résistance aux liquides, et, en certains endroits du corps, comme le siège, d'empêcher la macération trop rapide. Il faudra donc choisir une poudre telle que l'amidon du commerce, qui ne fera pas trop vite un enduit épais. La meilleure (Pinard) est un mélange à parties égales de talc et de carbonate de magnésie finement pulvérisé; ce produit est alcalin, se dissout en partie dans les liquides en les modifiant, et donnera de bons résultats surtout pour le siège. On se trouvera bien également d'enduire ce siège et les parties génitales d'un corps gras non rapidement fermentescible tel que la vaseline simple stérilisée, ou mieux de la lanoline, plus adhérente, avec laquelle la poudre fera une sorte de pâte protectrice.
Deux systèmes de maillot se partagent les faveurs du public médical français. Le maillot dit français et le maillot dit anglais. Dans ces deux systèmes, la partie supérieure du corps est habillée de la même façon : d'une chemisette de toile fine, d'une brassière de flanelle que l'on supprimera en été, et d'une brassière de coton ou de piqué. Le tout sera recouvert d'un petit corset souple qui ne comprimera pas la poitrine, laissera libres les mouvements de la respiration et servira à fixer la petite robe et la partie inférieure du maillot. Jamais les bras ne seront nus, même pendant les mois chauds.
Dans le maillot français, après avoir garanti le siège au moyen d'une
745 Nouveau-né.
couche de toile, recouverte d'un carré de tissu éponge destiné à se laisser pénétrer par le liquide, on recouvre les membres inférieurs et le ventre d'un lange de coton doublé d'un lange de laine épingle au corset, puis replié sur les jambes et fermé au moyen d'épingles de nourrice. Ce système n'est pas mauvais s'il n'est pas trop serré, si les petites jambes sont bien libres dans leurs mouvements. Il aura même l'avantage, la nuit, d'empêcher l'enfant de se refroidir s'il n'est pas changé très souvent.
Avec le maillot anglais, au contraire, le bébé sera mis en culotte dès le premier jour : culotte de flanelle, jamais compliquée d'une culotte de caoutchouc qui empêche l'évaporation. Cette culotte recouvrira et fixera les langes, attachés autour du corps et ramenés en pointe entre les jambes et entourant les cuisses. On habillera les jambes et les petits pieds de bas de laine épingles à la culotte et de petits chaussons tricotés. La seule difficulté du premier habillage sera le passage, dans les manches, des petits membres mous et mobiles. Pour le faire sans grandes difficultés, il faudra les bien poudrer, puis on préparera les brassières l'une dans l'autre et, coiffant les petites mains d'un cornet de papier un peu fort, on fera passer le tout dans la manche. Quand le cornet sera passé, les mains ne pourront s'accrocher, et il sera facile de les saisir. Les personnes expérimentées se passeront facilement de ce moyen en introduisant l'index et le pouce dans la manche par le poignet en plissant fortement les manches et en allant pincer ainsi la petite main.
Quand le haut du corps sera habillé, on pansera le cordon (V. Cordon) avec du coton stérilisé sec et on finira l'habillage. Quand le bas du corps sera vêtu, on recouvrira le tout d'une robe souvent double : robe de flanelle et robe de toile. Puis on croisera sur la poitrine un petit fichu souple, ou on attachera autour du cou une petite bavette. On ne met plus actuellement de bonnet.
Berceau. — Ainsi vêtu, le bébé sera porté dans sa chambre. Il vaut mieux qu'il ne soit pas à côté de sa maman pendant un certain temps. Celle-ci a besoin de repos et de tranquillité. Il faudra que cette chambre soit chauffée en hiver jusqu'à 19 ou 20° environ, qu'elle soit sèche et propre.
Puis nous coucherons l'enfant dans son berceau. Ce berceau ne pourra pas bercer. Il ne faut pas donner à l'enfant la mauvaise habitude du mouvement de va-et-vient inutile et insupportable pour les habitants de la maison. Ce berceau ou petit lit aura des rideaux très légers, assez pour laisser circuler l'air pur, d'un tissu assez serré pour empêcher les insectes de s'attaquer au petit corps très sensible aux piqûres.
Eviter soigneusement que V enfant soit couché à côté de sa mère en dehors des heures de tétée.
Il y aura dans le berceau un matelas de crin, varech, balle d'avoine ou feuille de fougère. Puis un oreiller garni de la même façon. Sur le matelas, une toile imperméable et un drap assez fin. La plaque de feutre est mauvaise, elle se laisse pénétrer d'urine, qui en séchant laisse une vilaine tache jaune et devient ainsi un foyer de saleté malodorante. Au-dessus un autre drap et une ou deux couvertures avec couvre-pieds. On aura chauffé le petit lit avec une boule d'eau chaude soigneusement enveloppée pour qu'elle ne puisse brûler l'enfant.
Nouveau-né. 744
S'il fait très froid et si le bébé est petit ou prématuré, on mettra plusieurs boules sur les côtés.
Ne jamais coucher le bébé sur le clos, car en dormant il peut vomir et, s'il est sur le dos, risquera de s'étouffer en faisant passer les matières vomies dans sa trachée. Il faura donc le mettre sur le côté en variant de temps en temps la position.
II. Soins à donner dans les jours qui suivent la naissance. — Tout ce qui vient d'être dit pour le coucher, l'habillage, le bain, etc., sera naturellement continué pendant les jours qui suivent la naissance.
Alimentation. — On trouvera ailleurs toules les règles qui doivent présider à l'allaitement, à la façon de régler les tétées pendant les premiers jours, etc. Cependant on ne saurait trop insister sur le danger d'une alimentation trop rapide. Quand l'enfant tête sa mère, surtout si celle-ci en est à son premier allaitement, il ne trouve de nourriture abondante que lorsque la montée laiteuse s'est opérée, c'est-à-dire après le troisième jour au moins. Jusque-là il ne trouve dans le sein que du colostrum. Corps gras, nullement purgatif comme on le croit généralement, mais nourrissant sous un petit volume. Il se trouve que cette période de pauvreté du sein maternel correspond avec l'issue du méconium qui dure deux, trois ou quatre jours. Ce méconium, résidu de cellules épithéliales de l'intestin, de desquamation de muqueuse, de graisse et de bile, doit être expulsé complètement avant que l'intestin puisse digérer. On voit qu'il y a une corrélation étroite entre les deux phénomènes. Pourquoi donc vouloir nourrir artificiellement l'enfant, plus que ne le veut la nature? Pourquoi de l'eau sucrée, de la fleur d'oranger, du lait stérilisé, etc., etc.? Laissons le bébé jeûner ou du moins ne pas prendre plus qu'il ne pourrait trouver au sein de sa mère. Du reste, cette prétendue sollicitude pour l'enfant cache presque toujours l'égoïsme de la garde ou de l'entourage, énervés par les cris. Il faut bien savoir que la suralimentation des premiers jours peut être l'origine d'accidents extrêmement graves.
On réglera donc le bébé dès le premier jour suivant les règles données à l'article Allaitement.
Méconium. — Le méconium commencera à être rendu tout de suite après la naissance et même quelquefois pendant la dernière période du travail. Il sera rendu pendant deux, trois ou quatre jours, d'abord pur, puis mélangé de quelques caillots caséeux, à mesure que la quantité de lait ingéré augmentera. Il en sera expulsé deux ou trois cents grammes suivant la grosseur de l'enfant, et sera pour lui la cause d'une diminution du poids net. Il ne faudra commencer à nourrir vraiment l'enfant que quand tout le méconium aura été rendu. Ce méconium très adhérent à la peau ne sera facilement enlevé qu'avec un coton enduit de vaseline, les bains étant généralement déconseillés pendant les premiers jours, comme je le verrai tout à l'heure. Bains et soins de propreté. — On conseille généralement d'attendre que le cordon soit complètement desséché et tombé avant de commencer les bains journaliers. Quand, donc, la cicatrice ombilicale sera complètement faite, on mettra tous les jours le bébé dans un bain chaud, avec les précautions déjà dites plus haut. Il arrive que dans certains cas le bébé a peur dans
745 Nouveau-né.
l'eau et pousse des cris effrayants tant que l'on ne l'a pas retiré. Ce sentiment de peur vient de ce que les jambes ont été lâchées (Pinard) et il suffit presque toujours, pour le faire disparaître, de plonger dans l'eau, pas trop chaude, l'enfant entouré d'une serviette, qui lui donnera le sentiment de la sécurité.
Change. — Les personnes expérimentées qui soignent le nouveau-né arriveront à habituer très rapidement celui-ci à rendre ses matières dans un vase. Mais cela est l'exception. Ce qui est plus facile à apprendre c'est de reconnaître, à certains mouvements ou à certains cris, quand le bébé est sale et réclame d'être changé. Un enfant bien soigné doit être changé chaque fois qu'il a sali sa couche d'urine ou de matière, et la nuit il faudra au moins une fois renouveler les couches et le mettre bien à sec.
Le bébé doit uriner souvent et donner deux ou trois selles dans les 24 heures, selles liées, non liquides, non mélangées de glaires ni de grumeaux. Pour faire le change, il faut mettre l'enfant sur ses genoux, ayant à côté de soi une cuvette d'eau tiède, du coton, le tube de lanoline et la poudre, plus toutes les pièces d'un maillot sec.
On essuiera la peau souillée avec du coton sec, ou enduit de vaseline s'il faut enlever du méconium, puis rapidement on passera un coton humide pour enlever les dernières malpropretés, sans laver à grande eau, la peau des nouveau-nés se macérant rapidement. La lanoline facilitera singulièrement l'enlèvement des matières qui n'auront pas adhéré à la peau grasse et, presque toujours, après un simple essuyage, le siège est net comme s'il avait été lavé. On remettra donc de la lanoline chaque fois et de la poudre en surveillant attentivement le pansement du cordon qui ne devra jamais être souillé d'urine.
Matin et soir le bébé sera savonné légèrement, avec du coton. Ses yeux seront lavés avec une eau spéciale contenue dans un vase très propre. Puis il sera soigneusement séché avant d'être rhabillé. On prendra un soin spécial de tous les plis, du cou, des organes génitaux, si souvent le siège d'érythèmes et de coupures. Tous les linges qui viennent d'être enlevés seront déposés dans une corbeille ou mieux dans un seau émaillé spécial, et non jetés tout sales sur le marbre de la cheminée, le parquet ou même le tapis : tous ces linges sales finiraient par infecter le sol de la chambre. Cette précaution hygiénique sera bien plus nécessaire encore si l'enfant a de la diarrhée ou une maladie quelconque.
Constipation. — Le bébé doit se salir une ou deux fois par jour. S'il était constipé, on varierait la nourriture de la nourrice ou on couperait le lait d'eau de Vais ou d'eau bouillie, si l'enfant est au régime mixte ou artificiel; on n'aurait recours, qu'à la dernière limite, aux lavements d'eau bouillie, d'huile d'olives, ou aux suppositoires de beurre de cacao simple. Jamais de glycérine et peu ou point de médicaments laxatifs par l'estomac à moins d'une indication particulière.
Accroissement pendant les premiers jours. — Pesées. — Nous savons que le bébé diminuera de poids, de toute la quantité de méconium rendue dans les premiers jours. Les plus gros enfants en rendant une plus grande
Nouveau-né. 740
quantité perdront davantage; ceux qui l'auront expulsé pendant le travail ou avant la première tétée, perdront moins.
C'est ainsi que toutes les courbes d'accroissement présentent une chute, du reste très variable suivant les cas, mais constante. Cette diminution pourra atteindre 400 gr. sans cesser d'être physiologique.
Puis le 5e, 4e, 5e jour, chez un enfant alimenté et non suralimenté, on verra la ligne remonter de 10, 20, 50 et même 40 gr. par jour. Que l'on sache bien que, pendant les premiers jours surtout, les grosses augmentations ne sont pas à désirer : elles viennent presque toujours de quantités trop grandes de lait ingéré, qui finiront par fatiguer l'estomac et l'intestin du bébé et aboutiront à la suralimentation. Sachez donc exactement combien vos bébés prennent de lait et, si la feuille d'accroissement n'est pas normale, faites peser quelques tétées et vous découvrirez presque toujours la cause.
Ne laissez pas trop longtemps l'enfant au sein. Si tout est normal il doit avoir pris la quantité nécessaire en 15 minutes au maximum. Les tétées plus longues fatiguent la mère et dégoûtent l'enfant.
Très souvent aussi ce temps est beaucoup trop long et en quelques instants la tétée sera complète. Il y a donc là une étude assez importante qui sera faite pour chaque cas particulier.
On se trouvera souvent bien de peser l'enfant tous les jours pendant quelque temps. C'est la pratique que l'on suit dans les hôpitaux où l'on s'en trouve bien, cela rendant la visite du médecin très facile et le renseignant exactement. Mais en ville certains inconvénients pourront naître de la demiscience des parents et de la nervosité de l'accouchée ou de son entourage. C'est ainsi que j'ai vu toute une famille très inquiète parce que le poids du bébé, tout en étant progressif d'une façon continue, donnait une courbe un peu inférieure à la ligne rouge de la courbe officielle que toutes les mères ont entre les mains. Je répondis à cet affolement en supprimant les pesées et en ne les permettant qu'une ou deux fois par semaine.
En effet il est très facile, sans la courbe, de voir si un enfant se développe bien, s'il est suffisamment nourri et s'il est bien portant. En particulier, l'état de la fontanelle antérieure, ni trop peu ni trop tendue, celui de la suture sagittale dont les os peuvent se toucher, mais non chevaucher, vous renseigneront tellement bien que Pinard appelle la fontanelle antérieure la balance du pauvre. Puis quand on pèse tous les jours un bébé il peut arriver qu'on le pèse sans qu'il ait uriné, ou avant une garde-robe ; d'où une augmentation énorme; le lendemain au contraire la vessie et l'intestin étant vides, il y aura une diminution du poids brut sur la veille, quoique le poids net ait augmenté d'une vingtaine de grammes. On obtiendra ainsi une courbe capricieuse et l'enfant paraîtra malade, alors qu'il sera très bien portant. C'est pour ces raisons que, voyant les enfants tous les jours et les surveillant attentivement, je ne les fais peser que deux fois par semaine, ce qui me donne des moyennes d'augmentation se rapprochant davantage de la réalité.
Desquamation. — Les téguments de l'enfant qui vient de passer neuf mois dans un liquide doivent se transformer pour vivre dans l'air. Ils ont élé
747 Nouveau-né.
protégés pendant cette longue période par une très grande abondance de graisse déposée à leur surface, mais après la naissance, l'épidémie, n'étant pas accommodé à sa nouvelle fonction, se dessèche et tombe par plus ou moins grandes plaques de desquamation. Ce fait est naturel, constant et ne s'accompagne jamais d'aucun phénomène pathologique.
Sommeil, cris. — Pendant les premiers jours de la vie, l'enfant dort tout le temps qu'il n'emploie pas à téter, et généralement s'il ne peut dormir pour une cause quelconque, il crie. L'énergie que l'on mettra à régler l'enfant pour les heures de tétées sera récompensée par un sommeil plus régulier et plus tranquille. Certains enfants, mal dressés dès les premiers jours, crieront des heures entières pour réclamer une tétée supplémentaire ou pour qu'on les prenne et qu'on les promène dans les bras, ou pour qu'on les berce : toutes choses mauvaises. Quand un enfant dort, il faut éviter qu'il ait froid, mais aussi qu'il ait trop chaud ; ne pas accumuler les couvertures, les édredons, les douillettes, les camisoles de laine, etc. Il ne faut pas qu'en dormant la tête transpire : si vous voyez des gouttes de sueur sur sa figure, c'est qu'il est trop couvert. Les heures de sommeil doivent être réglées pour que la maman nourrice puisse se reposer, c'est-à-dire qu'un enfant bien portant dormira toute .la nuit, avec une ou deux interruptions pour la tétée de la nuit et le change.
Comme le nouveau-né ne connaît que le langage des cris, il protestera violemment chaque fois qu'il aura quelque chose à demander ou quand il souffrira. Si donc un enfant, bien réglé d'habitude, a pris sa dose de lait normale, et pas trop abondante, si ses couches sont d'une bonne couleur, et que néanmoins il crie, c'est qu'il a froid, ou trop chaud, qu'il est trop serré dans son maillot, ou qu'une épingle le pique, etc. Si rien de tout cela n'est reconnu, c'est qu'il y a une cause de cris anormale que le médecin devra découvrir. Je parle naturellement des enfants bien réglés dès les premiers jours; les autres crient souvent et sans cause. Mais pour arriver à cette régularité du sommeil, et surtout pour que le nouveau-né ne s'habitue pas à faire du jour la nuit, il faudra beaucoup de patience de la part de toul l'entourage, et beaucoup d'énergie. Mais si on sait résister à ces cris, les bonnes habitudes sont venues, généralement, après quelques jours.
Doit-on craindre que les cris prolongés amènent des hernies? Évidemment celles-ci se développent sous l'influence des poussées ; mais elles ne sont que l'occasion et non la cause. Les hernies se présenteront chez les enfants prématurément ou insuffisamment développés et dans tous les cas guériront presque toutes spontanément dans le courant de la première année.
Éviter surtout de donner à l'enfant des médicaments pour régulariser le sommeil, par exemple le bromure de potassium plus ou moins déguisé sous des étiquettes ronflantes : l'enfant n'a pas besoin de bromure pour dormir : gardez cela pour les convulsions.
Ne mettez pas non plus dans la bouche une tétine de caoutchouc ou le pouce du bébé comme le font certaines gardes peu patientes.
Tout au plus, avec certains enfants agités, donnerez-vous avant le coucher un bain tiède de tilleul, suivi d'une friction sèche. Quelquefois cette agitation de la nuit reconnaît comme cause l'alimenlalion de la
Nouveau-né. 748
nourrice : supprimez donc le vin, toute boisson alcoolique, le thé, le café et tous les excitants.
Hygiène de la nourrice. — C'est dire que la nourrice doit avoir une hygiène sévère. On la trouvera décrite à l'article Allaitement.
Frein de la langue. — Certains médecins abusent un peu de la section du frein de la langue. Il faut savoir que cette section est très rarement nécessaire et même utile : on a vu à la suite de cette opération des hémorragies très difficiles à arrêter et des infections graves.
Vaccination. — Il vaut mieux que l'enfant soit vacciné avant de sortir, pour éviter toute chance de contamination. On peut vacciner l'enfant en toute saison et aussitôt après la naissance, à moins qu'il ne soit prématuré et trop faible pour supporter un traumatisme même léger (V. Vaccination).
Sorties de l'enfant, voitures. — On attendra, pour la première sortie, que le cordon soit tombé et la cicatrice complète, c'est-à-dire environ une dizaine de jours. En hiver on choisira un jour de soleil sans brouillard, ni trop grand froid ; ne jamais sortir un nouveau-né par une température inférieure à 10° (Pinard). Plus tard, il sortira plus régulièrement, mais jamais quand il gèlera. Pendant l'été, on évitera aussi la trop grande chaleur.
Les jours de pluie, de brouillard sont mauvais; le vent également. Il faudra vêtir le bébé d'une façon différente, suivant les différentes saisons, ou le temps qu'il fait. La douillette sera plus ou moins lourde et chaude, mais toujours il faudra un voile léger, à mailles serrées pour éviter la poussière, lutter contre le vent. La nourrice prendra le bébé dans les bras, pour les premières sorties, quoique la voiture bien suspendue, recouverte d'une capote, telle qu'on la fait aujourd'hui, ne puisse en aucune façon nuire à l'enfant. Quand on aura à sa disposition une bonne voiture douce et qu'on évitera les cahots, elle pourra servir dès les premières sorties; elle aura même l'avantage de pouvoir être chauffée de boules d'eau, ce qui est utile pendant l'hiver,
Pour les promenades en voilure à chevaux, éviter tous les cahots, les secousses et le trop grand courant d'air.
Nourrices. — La personne qui soignera l'enfant en dehors de sa maman, porte le nom de nourrice, même quand elle est sèche. Le médecin aura à surveiller attentivement la soi-disant expérience de cette femme, qui n'est souvent faite que d'un empirisme grossier. On se méfiera des recettes contre la constipation, contre les boutons, etc.. et on exigera d'elle une obéissance absolue. La principale qualité d'une bonne nourrice sèche, c'est une très grande propreté doublée d'obéissance et de patience (V. Allaitement).
Voyages, campagne, mer. — On vous demandera souvent à quel âge un nouveau-né pourra voyager. Il pourra le faire à peu près en même temps que sa maman, c'est-à-dire au bout de quelques semaines. Les voyages seront courts autant que possible. On prendra le plus grand soin de ne pas coucher l'enfant directement sur les coussins, toujours contaminés par des contacts suspects. Certaines personnes possèdent même des lits ou hamacs de voyage. Le plus simple sera que la nourrice ne quitte pas son nourrisson, si le voyage n'est pas trop long.
749 Nouveau-né (Cordon ombilical).
La campagne lui sera bonne pendant l'été avec les règles d'hygiène particulières à chaque localité, suivant l'exposition, le vent, la chaleur, les plantations, le climat, etc.... A la montagne, ne pas dépasser une altitude moyenne de 800 mètres.
La mer ne réussit presque jamais, surtout le bord immédiat de la mer, et surtout sur les plages peu abritées, où il y a du vent. Si quelque circonstance force un bébé à être à la mer dans les premiers jours de sa vie, on fera bien de ne jamais le conduire sur la plage. Les jours de vent et de pluie, il restera complètement à la maison. On le promènera seulement dans un endroit abrité de la campagne, et il devra toujours être rentré au moins deux heures avant le coucher du soleil. BOUFFE DE SAINT-BLAISE.
NOUVEAUNÉ (CORDON OMBILICAL). — Dès qu'il est né l'enfant crie; s'il ne crie pas ou s'il crie mal on enlève les mucosités du fond de sa gorge, et on le frotte jusqu'à ce que son cri soit strident. Ce cri fait dans le poumon atélectasié un appel d'air énorme, la circulation pulmonaire s'établit immédiatement et le sang, qui passait par le trou de Botal et le canal artériel, prend le chemin de l'artère pulmonaire, et la veine ombilicale devient inutile. Théoriquement, la ligature du cordon est donc inutile : c'est pour ce motif que certains la déconseillèrent. Cependant, si pour une raison quelconque la circulation pulmonaire se trouve gênée, si l'enfant est trop serré dans son maillot, si des mucosités ou de la salive obstruent l'arrière-gorge, aussitôt le sang peut reprendre sa route ancienne et l'on a vu des hémorragies ombilicales secondaires se produire plusieurs heures après la naissance : on liera donc le cordon.
Dès que la tête sera sortie, l'accoucheur introduira un doigt vers la nuque, pour s'assurer qu'il n'y a pas de circulaire autour du cou; s'il en existe un il l'attirera doucement et le fera passer, si cela est possible, au-dessus de l'occiput et du front; si le cordon est trop tendu on s'efforcera de faire passer les épaules dans son anse, sans qu'il y ait rupture ou, si celle-ci est possible, il coupera immédiatement la tige sans se préoccuper de la pincer ou de la lier; puis, dès que l'enfant sera extrait, il pincera avec le doigt l'extrémité ombilicale sans que celui-ci ait perdu une quantité appréciable de sang.
On lavera les conjonctives de l'enfant et puis on lui instillera quelques gouttes de jus de citron ou de solution de nitrate d'argent à 1 pour 50 ou de solution d'oniodol à 1 pour 1000, etc.
Ligature. — L'accoucheur aura préparé un fil de soie, s'il a pu l'ordonner chez un pharmacien ou du chanvre, tel qu'un fil de Bretagne. Il sera naturellement nécessaire que ce fil soit parfaitement aseptique. Si on ne l'a pas préparé d'avance dans un flacon fermé, il suffira de le faire bouillir pendant 20 minutes dans l'eau : ne pas employer d'antiseptiques, surtout le sublimé ou l'acide phénique que le nouveau-né ne supporte pas. Cette stérilisation mal faite pourrait entraîner des accidents très graves. « Pour placer la ligature (Depaul) voici comment on s'y prend en général. La partie moyenne du fil est placée sous le cordon, les deux bouts sont ramenés en haut ; l'un d'eux est passé deux fois à l'entour de l'autre et noué de façon à écraser la gela-
Nouveau-né (Cordon ombilical). 750
iine, et à oblitérer les parois des vaisseaux. On pourrait faire un autre nœud et s'en tenir là; mais il est préférable d'entourer encore le cordon, de serrer de nouveau et de terminer par deux nœuds l'un sur l'autre. La coith pression doit être telle, que le fil se perde dans un sillon profond, au fond duquel n'existe pour ainsi dire que les membranes et les parois vasculaires. » Il faut donc que le fil soit assez fin : le meilleur est la grosse soie plate, n° 4.
On pratiquera la ligature assez loin de l'attache ombilicale, pour pouvoir en replacer une plus rapprochée si la ficelle incisait la gélatine. Avoir soin également d'éviter l'anse intestinale qui peut se glisser quelquefois dans le cordon à travers l'anneau.
Je ne parle pas des procédés compliqués de ligature et de section du cordon. On a inventé des procédés particuliers pour le cordon trop épais : le procédé de l'allumette, du lien caoutchouté, du moignon, de la pince. J'ai vu bien des fois la gélatine écrasée par le fil, et j'avoue ne pas m'en être préoccupé. Ces cordons-là ne s'infectaient pas plus que les autres, la gélatine ne contenant pas de lymphatiques et l'infection se produisant par la couronne de lymphatiques située à la limite de la peau, dans cetle zone légèrement rougeâtre qui se continue par la gélatine.
Puis on sectionnera à 1 centimètre du fil avec des ciseaux flambés.
S'il y avait un arrachement du cordon à l'attache ombilicale, et qu'il y eût un léger écoulement de sang, il suffirait dans presque tous les cas de faire un peu de compression ouatée et de surveiller l'enfant; si le sang ne s'arrêtait pas, on pourrait faire une suture à la peau autour du débris du cordon.
Dans la grossesse gémellaire après la sortie du premier enfant, la ligature du bout placentaire du cordon est d'usage.
Pansement. — 1° Le pansement sera sec (Pinard); 2° il sera aseptique. Le meilleur est le plus simple : un petit placard d'ouate au milieu duquel passe le cordon, puis un autre petit carré de la même ouate qui recouvre le tout et que l'on entoure avec une bande de flanelle. Le pansement sec favorise la dessiccation aseptique du cordon et hâtera sa chute. On emploiera du coton stérilisé simple, la peau du nouveau-né n'aimant pas les antiseptiques chimiques. On changera cette ouate aussi souvent qu'elle sera souillée et on évitera de tremper cette région dans l'eau d'un bain.
Aussitôt après la ligature, le bout adhérent commence à se dessécher. Toute chose, par conséquent qui empêchera ou retardera cette dessiccation sera mauvaise. Cette dessiccation complète demande un temps variable; en général k jours, d'autres fois 6, 7, 8, 9, et même 11 jours. En général la chute tardive serait d'un médiocre pronostic pour la constitution de l'enfant. C'est ainsi qu'elle se produit tardivement chez les hérédo-syphili tiques et sa chute laisse souvent après elle des ulcérations ou des bourgeons assez longs à guérir.
Cette dessiccation, ce sphacèle ne sont pas aseptiques; on trouve dessus du streptocoque et des staphylocoques. Ceux-ci seraient plus abondants quand le sphacèle est humide.
Quand le moignon de cordon est desséché il tombe par un mécanisme bien discuté. Il se dessèche et quand la dessiccation a gagné la profondeur, et surtout les vaisseaux au niveau de la peau, il se détache.
751 Nouveau-né (Cordon ombilical).
Le but à se proposer est donc de hâter le plus possible cette dessiccation : on évitera les bains, on ne lavera pas le moignon, on se contentera de l'essuyer avec de l'ouate sèche; on évitera aussi soigneusement que possible que les petits garçons mouillent d'urine le pansement. Tous les jours on remplacera le coton sali et, en élevant le cordon perpendiculairement au ventre, on glissera dans le sillon ombilical une petite couronne d'ouate, qui tiraillera légèrement les vaisseaux en train de sécher et maintiendra le pansement propre,
Souvent le débris séché ne tiendra plus que par un mince filament presque toujours artériel, il n'y aura aucun inconvénient à le couper; cela permettra de panser à plat. Certains sphacèles s'accompagnent de mauvaise odeur : on pourra alors panser avec une poudre telle que le quinquina ou le tannin qui supprimerait immédiatement cet inconvénient.
Si, après la chute, il subsistait un bourgeon rouge vasculaire, on pourrait le toucher une ou deux fois au nitrate d'argent; éviter de toucher au nitrate le bord cutané de l'orifice ombilical, qui s'ulcère avec facilité. De même, si on introduisait le crayon pour toucher profondément le petit cratère qui quelquefois suppure pendant des semaines, il faudrait, avec un peu de coton, bien essuyer le fond, car le pus dissolvant le sel caustique viendrait mouiller la peau et y déterminerait des ulcérations et même du sphacèle comme j'en ai observé un cas.
Accidents et complications. — Hémorragies. — L'enfant nouveauné est un organisme qui ne peut perdre de sang, même en petite quantité, sans danger. J'ai dit comment une hémorragie survenait : presque toujours à la suite d'une ligature insuffisamment serrée, surtout dans le cordon épais et quand on a voulu ménager la gélatine. Celle-ci se dessèche ou fond rapidement après la section, la ligature se desserre et les vaisseaux redeviennent béants. D'où le précepte de surveiller attentivement le bébé dans les heures qui suivent la naissance. S'il était survenu une hémorragie, on referait une nouvelle ligature dans le même sillon, et on n'hésiterait pas, si l'enfant était pâle, à lui injecter du sérum salé par 20 ou 25 grammes à la fois sous la peau des lombes.
Hémorragies secondaires. — Quelquefois, au moment de la chute du cordon, les vaisseaux quoique coupés par la ligature ne sont pas obturés, et il se produit une hémorragie par le moignon vasculaire. Tantôt aussi c'est le pourtour péri-ombilical qui saigne, quelquefois en nappe suffisante pour donner lieu à des accidents. Ces hémorragies devront toujours faire penser à une dia thèse héréditaire. On aura souvent beaucoup de difficultés pour arrêter le sang directement : on a essayé de placer des tampons sur le bord saignant ou de faire une suture du bord cutané; la meilleure conduite sera d'appliquer un pansement obturant : amadou stérilisé, poudres, eau gélatinée sur un tampon, adrénaline à toute petite dose.
Infections. — Fréquentes surtout chez les prématurés débiles : j'ai vu comment un pansement obturateur, absolument aseptique, était impossible. L'agent pathogène peut venir du fil, des coussins, des mains, du linge sur lequel on pose l'enfant, du coton, du bain, des éponges, dont se servent encore certaines gardes, et surtout de la contamination d'un autre cas
Nouveau-né (Mort apparente). 752
d'infection par la garde, la religieuse ou la nourrice dans un service hospitalier (Épidémie arrêtée en passant à l'étuve tout le linge des enfants). La mère pourra aussi infecter son enfant par une plaie suppurante des mains, par exemple. Autrefois les épidémies d'érysipèle ombilical étaient très fréquentes : ces épidémies coïncidaient avec celles de fièvre puerpérale, naturellement (fièvre puerpérale des nouveau-nés de Lorain).
La voie de l'infection lui est fournie par les lymphatiques du bourrelet cutané qui entoure le cordon, et qui, dans presque tous les cas, môme le plus ordinaire, est un peu rouge et le siège d'un léger degré de lymphangite. Escherich croit que l'infection se fait par les canaux d'excrétion des glandes sudori pares.
Lymphangite. — Rougeur assez diffuse de la région péri-ombilicale avec un peu d'œdème, souvent la température est peu élevée et le pansement humide légèrement alcoolisé et chaud guérit la complication en quelques heures.
Omphalite. — Ou bien cette lymphangite gagne la profondeur, l'œdème augmente, la température s'élève et il se forme un phlegmon qui peut être peu étendu, ou au contraire gagner toute la profondeur et même le péritoine. Ou bien les vaisseaux ombilicaux s'enflamment, et il survient une septicémie générale presque toujours mortelle. Traitement des abcès chauds, d'abord antiphlogistique, puis chirurgical.
Gangrène et ulcère. — Cette complication ne se voit plus guère. On observait autrefois, autour du cordon tombé par sphacèle humide, des gangrènes par thrombose des vaisseaux des téguments. Il existait parfois des pertes de substances assez considérables et des infections générales. Traitement : poudre de quinquina, de tannin, vin aromatique, etc. Se souvenir que les tissus de cet âge n'aiment pas les antiseptiques.
Érysipèle péri-ombilical. — On voit apparaître une zone rouge autour du bourrelet ombilical, zone nette de contour, mais présentant rarement un bourrelet net comme chez l'adulte, cependant se différenciant très facilement de la simple lymphangite; œdème sous-jacent, quelquefois très considérable. Cette zone gagne en surface et l'érysipèle se généralise, ou bien au contraire il se localise dans la zone péri-ombilicale. Quelquefois le tissu cellulaire s'enflamme et il se forme un phlegmon : Bouchut et Trousseau le considéraient comme de bon augure pour le pronostic. Il peut aussi survenir du sphacèle par thrombose. La peau se couvre de phlyctènes qui s'escarrifîent. La température de l'enfant est très élevée, et le pronostic est très grave, à moins que l'affection ne reste tout à fait locale [V. Nouveau-né (Maladies)]. Cet accident peut exister sous forme d'épidémies dans les services hospitaliers. Dans ce cas, pour l'arrêter, il faudra isoler complètement les enfants, rechercher le point de départ, faire passer à l'étuve les objets de pansement, layette, literie, etc. Le traitement local sera celui de l'érysipèle : pansement humide, sérothérapie (??). BOUFFE DE SAJNT-BLAISE.
NOUVEAU-NÉ (MORT APPARENTE). — Tant que l'œuf est intact, avec une bonne présentation du sommet, suffisamment fixé au-dessus du détroit supérieur, les contractions utérines n'ont sur le fœtus qu'un retentissement peu important, même si le travail dure depuis longtemps. Il n'en est pas de même si
753 Nouveau-né (IVIort apparente).
les membranes se sont rompues prématurément ou si celles-ci ne s'étant rompues qu'à la dilatation complète, la période d'expulsion se prolonge. Tous les praticiens connaissent en effet la transformation que subit le rythme des pulsations fœtales pendant et quelque temps après la contraction : elles diminuent de nombre dans la proportion de 140 à 80, pour redevenir normales après quelques instants; tellement que les personnes inexpérimentées prennent peur et que beaucoup d'interventions ont été faites sans véritable indication. On comprendra facilement qu'à la longue le fœtus souffrira. La circulation fœto-placentaire s'altérera; ne pouvant faire pénétrer de l'a:r dans les poumons, les mouvements d'inspiration, s'ils se produisent, intrc^ duiront dans la trachée des mucosités, des corps étrangers, qui s'opposeront après l'expulsion au rétablissement de la respiration. De même si la têle n'étant pas engagée ou fixée, s'il se produit une procidence ou une compression quelconque du cordon, les mêmes phénomènes asphyxiques se reproduiront.
Viendront ensuite les causes traumatiques, suites d'une intervention, d'un rétrécissement du bassin, d'une extraction difficile de la tête dernière, etc.
Enfin, dans certains cas, l'enfant naît en état de mort apparente sans qu'on puisse en déterminer la cause, et les accidents surviennent avec une telle rapidité qu'ils sont impossibles à prévenir. Quoi qu'il en soit, toute personne qui surveille un accouchement doit connaître les signes de la souffrance de l'enfant et se tenir prête, aussitôt après son expulsion, aie ranimer par les moyens classiques.
Signes de la souffrance de l'enfant pendant le travail et l'extraction. — A) Pendant le travail. — J'ai dit que quand la poche était intacte et le sommet engagé ou fixe, il ne pouvait que très difficilement survenir un accident : par exemple une tête s'engageant en face avec un circulaire, le cordon étant comprimé entre la tête défléchie et le dos, ou bien encore ce que Pinard appelle l'insertion vicieuse du cordon sur le placenta inséré vicieusement.
Donc si la tête n'est pas fixée, si on a affaire à une grande multipare, avec un fœtus très mobile, ou à une présentation transversale avec laquelle il est difficile de ramener la tête et de la fixer, se méfier d'une procidence possible, surveiller attentivement la présentation dès le début du travail et ausculter très fréquemment. Dans certains cas même, il sera indiqué de rompre la poche après avoir fait fixer la tête par un aide.
Une fois la poche rompue, tant que les bruits du cœur restent normau::» au-dessus de 100, tant que le liquide qui s'écoule n'est pas teinté de vert, l'enfant ne court aucun danger, mais si l'un de ces signes survenait (ne par? oublier qu'en présentation du siège, le fœtus rend du méconium pendant tout le travail), on surveillerait plus attentivement et on se préparerait à intervenir dès que les bruits du cœur le commanderaient.
L'intervention à cette période est délicate : elle peut être la dilatation manuelle si l'orifice cervical est souple et déjà dilaté dans une certaine mesure. Si, au contraire, cet orifice ne peut être dilaté rapidement sans danger de rupture, et si la compression du cordon se fait par la partie qui s'engage, on n'a d'autre ressource que le ballon Champetier de Ribes. N"° p. m. c. — V. 48
Nouveau-né (Mort apparente). 754
B) Pendant l'expulsion. — C'est à celle période qu'il faudra surveiller l'enfant avec un soin incessant. On auscultera le cœur toutes les 5 ou 6 minutes, car ici, la tête bouchant l'ouverture, le méconium n'apparaîtra pas. On pratiquera l'extraction immédiate de l'enfant si les bruits du cœur se ralentissaient dans le voisinage de 100, dans l'intervalle des contractions utérines.
Divers aspects que peut présenter l'enfant. — Il peut être, comme on dit : simplement étonné; c'est-à-dire qu'au lieu de crier immédiament et de présenter celte coloralion rouge vif, qu'ont les enfants bien portants, il est flasque, bleu, immobile, son thorax est immobile, mais l'on voit distinctement le cœur soulever rapidement la poitrine et les ondulations du creux épigastrique sont très fortes. Il suffira, dans ce cas, de quelques frictions sur les membres et surtout sur la colonne vertébrale pour faire crier l'enfant et le ranimer. Si ces simples moyens ne réussissent pas, il faudrait, avec le tube de l'insufflateur, aspirer les mucosités de la trachée. On sera souvent étonné de leur abondance. Toujours l'enfant se mettra à tousser, et criera immédiatement après.
Quand l'enfant sera en état de mort apparente, il pourra extérieurement avoir deux aspects différents, ou il sera bleu, ou il sera blanc. On a essayé de tirer un pronostic de cette coloration au point de vue de la cause de la mort apparente. Mais j'ai ranimé des enfants pâles et j'ai perdu des enfants bleus, malgré des soins prolongés. Cependant, je dois dire que j'aime mieux essayer de ranimer un enfant qui ne présente pas cette pâleur cireuse de la mort véritable. Mais s'il me fallait diviser les enfants à ranimer, immédiatement après leur expulsion, je préférerais les distinguer d'après ce grand signe qui prime tout : l'état du cœur, et à moins de lésion cérébrale ou d'hémorragie centrale avec fracture, ce qui n'empêche pas toujours de ranimer les enfants, mais les tue secondairement, je dirais : quand un enfant naît en état de mort apparente, il sera d'autant plus facile à ranimer que son cœur bat plus vigoureusement, quand les battements sont impossibles à sentir, la mort n'est plus apparente, quoiqu'on nous raconte que certains enfants aient été ranimés néanmoins. Dans tous les cas, cela est une exception rare.
Voici donc un enfant qui a, été expulsé ou qu'on a extrait, bleu ou blanc, mais flasque ou en demi-rigidité, avec cette mobilité particulière de la tête sur le tronc que connaissent bien les praticiens; les yeux sont fermés ou mi-clos, les narines sont embarrassées de mucosités, le corps est souillé de sang et de méconium, et malgré les excitations cutanées, les frictions sèches ou à l'alcool, les fustigations, la respiration ne s'établit pas.
(Un conseil en passant : on fera bien de ne pas fustiguer trop vigoureusement l'enfant, surtout en le tenant par les pieds la tête en bas; car s'il existe une lésion hémorragique, on voit tout de suite la conséquence de ces procédés sauvages.)
D'abord couper le cordon entre deux pinces, ou après une ligature première rapide; car dans l'affolement de la situation, j'ai vu arracher l'attache ombilicale. Puis poser l'enfant sur un oreiller recouvert de linges chauds, le corps étendu et la tête un peu en bas ; si on le peut, le cou sur un
755 Nouveau-né (Mort apparente).
petit bourrelet, pour favoriser l'introduction du tube de l'insufflaleur. Car cette manœuvre est absolument nécessaire, quand bien même on ne serait pas partisan de l'insufflation, quand bien même on aurait une confiance aveugle dans le procédé des tractions rythmées de la langue; il faut avant tout enlever les corps étrangers de l'arbre aérien pour ouvrir la porte à l'air extérieur, et en second lieu pour éviter les inflammations secondaires à la présence de corps organiques, véhicules et terrains de culture d'organismes infectants.
A ce moment, on commencera à mettre en pratique l'un des différents procédés classiques: l'immersion alternative et brusque dans l'eau froide et dans l'eau chaude, la projection douce d'une douche froide sur la poitrine. Tous ces moyens réussissent'dans les cas simples, mais dans les cas graves, ils sont inactifs.
Dans les cas graves, deux moyens doivent être employés : la respiration artificielle, les tractions de la langue.
Tractions de la langue. Procédé de Laborde. — On tiendra la langue avec un mouchoir fin, ou avec une pince spéciale qui ne peut déchirer les tissus friables. J'ai vu un cas dans lequel une pince à forcipressure avait déchiré l'artère du frein, et l'enfant, qu'on avait ranimé, présenta une hémorragie qu'on ne put arrêter qu'avec une suture de la face dorsale de la langue. Vous tirerez sur la langue toutes les deux ou trois secondes, quelquefois lentement. Tarnier, Pinard, Budin et d'autres ont vu le procédé échouer alors que la respiration artificielle ranimait le cœur immédiatement. Il pourra cependant rendre des services dans le cas où l'on n'aurait pas d'insufllateur et dans les cas peu graves.
Respiration artificielle. — Quand on n'aura pas d'insufflateur, on pourra employer le procédé de Sylvester par les mouvements des bras comme chez l'adulte, ou le procédé de Schulze, qui décrit ainsi son procédé : « L'accoucheur debout, le haut du corps légèrement penché en avant, les jambes écartées, les bras étendus vers le bas, tient l'enfant suspendu à ses index passés d'arrière en avant sous les creux axillaires et recourbés en crochet, les pouces reposent doucement sur le sommet de la face antérieure du thorax fœtal, les trois derniers doigts de chaque main appliqués dans une direction oblique en bas et en dedans sur la face postérieure du thorax.
La tête de l'enfant, qui tend à tomber inerte en arrière, trouve un point d'appui sur les bords cubitaux tournés l'un vers l'autre, et sur une partie de la face palmaire des mains. C'est la position d'inspiration, dans laquelle l'enfant ne doit pas être maintenu pour le moment. Sans perdre un instant, l'accoucheur tourne l'enfant en avant et en haut; quand les bras de l'accoucheur ont un peu dépassé l'horizontale, ils arrêtent leurs mouvements doucement, de façon que l'extrémité inférieure du corps de l'enfant se rapproche progressivement du corps de l'accoucheur par une flexion de la colonne vertébrale. Ce mouvement de flexion amène une compression du ventre de l'enfant par le poids de son extrémité pelvienne.
Dans ce balancement par en haut, il faut particulièrement prendre garde : que la flexion de la colonne vertébrale se produise non pas dans le segment thoracique, mais dans la région lombaire, que le soulèvement des bras
Nouveau-né (Mort apparente). 75G
jusqu'à l'horizontale ait lieu d'un mouvement brusque et vigoureux, se fasse dans l'articulation scapulo-humérale, afin que l'élévation du bras se fasse de plus en plus lentement. » Ce procédé, un peu brutal, sera néanmoins très actif quand on sera livré à ses seules forces.
La respiration artificielle par l'insufflation est le procédé de choix.
On a voulu pratiquer cette insufflation de bouche à bouche, ou à l'aide d'un stéthoscope dont le pavillon recouvre la bouche et le nez de l'enfant : mais par ce procédé on insuffle également l'estomac et on n'atteint aucun résultat appréciable. Sans compter que le procédé est malpropre et peut être dangereux pour l'opérateur.
L'insuffiateur a des inconvénients, mais peu importants quand il est bien manié et avec prudence, et il rend des services inappréciables.
L'instrument préférable est l'insuffiateur de Ribemont-Dessaignes(fig. 155). Il se compose d'un tube recourbé dont la courbe a été copiée sur un moulage en plaire de la bouche cl de l'arrière-bouche d'un enfant moyen.
Fig. 155. — Insufflateur de Ribemont-Dessaignes.
L'extrémité trachéale est renflée pour obturer complètement le larynx et son orifice latéral pour que l'extrémité mousse ne puisse éraflerla muqueuse délicate ou faire une fausse route. Son extrémité libre se termine par un ajutage sur lequel s'applique une poire en caoutchouc, dont le volume est calculé sur celui du poumon d'un enfant normal. La partie supérieure de cette poire est percée d'un orifice entouré extérieurement d'un rebord de caoutchouc sur lequel le pouce de l'opérateur s'appuiera pour obturer la poire et faire pression.
L'opération est composée de deux manœuvres essentielles : l'inspiration ou aspiration des mucosités et corps étrangers de la trachée, et l'insufflation proprement dite.
Comment introduit-on le tube dans la trachée? Cela doit être presque machinal ; car la manœuvre sera répétée plusieurs fois aussi rapidement que possible; en effet, il est de règle absolue de ne jamais pousser dans le poumon le contenu de la poire, aussi longtemps que l'on entendra dans le tube le moindre gargouillement.
L'opérateur introduira dans la bouche de l'enfant l'index de sa main gauche, et, abaissant légèrement la langue, il ira reconnaître le gros orifice postérieur, ou orifice de l'œsophage, qu'il faudra bien sentir, pour ne rien y introduire. Puis, ramenant le doigt légèrement en avant, il sentira en retroussant l'épiglotte l'orifice de la glotte terminé en arrière par deux petites pointes dures très nettes, les deux cartilages arythénoïdes. C'est sur la pulpe du doigt, ainsi placé, sentant bien la face postérieure du larynx,
757 Nouveau-né (Mort apparente).
que sera glissée la portion courbe du tube soigneusement aseptisée que l'on ramènera entre les deux petites pointes dures au-devant du doigt et en ayant soin qu'il y ait entre ce doigt et l'instrument, la petite membrane ou paroi laryngo-œsophagienne. Puis, avec la poire vidée d'air, à laquelle on laissera reprendre sa forme, quand elle aura été ajustée et obturée avec le doigt; ou môme avec la bouche, car ce sera souvent fort difficile de vaincre l'adhérence des mucosités très épaisses, on attirera dans le tube les corps étrangers muqueux ou liquides que les inspirations prématurées de l'enfant auront introduites dans les voies aériennes; on enlèvera une fois, deux fois, trois fois l'insufflateur pour le vider, puis quand on jugera la trachée bien débarrassée, on commencera l'insufflation. Celle-ci peut se faire avec la bouche; on répond ainsi aux contradicteurs qui accusent l'insufflation d'être un moyen aveugle qui détermine presque toujours de l'emphysème. Il est bien certain que cette critique est juste pour tous ceux qui pratiquent Vinsufflation d'une façon brutale. La poire en caoutchouc contient bien une quantité d'air calculée mathématiquement; mais nous savons que dans les poumons qui n'ont pas encore respiré, les portions atélectasiées ne sont pas perméables et le tiers ou la moitié des vésicules seul devra emmagasiner tout l'air inspiré. D'où emphysème : c'est à cela que répond le procédé de l'insufflation par la bouche et le tube; mais ce procédé est fatigant et ne peut être prolongé longtemps, et on peut, avec la poire, en la vidant très lentement, et en cessant la pression dès qu'on sent la moindre résistance, éviter tout accident.
Mais que l'on emploie l'un ou l'autre procédé, on commencera par quelques inspirations assez espacées. Il sera même curieux d'observer qu'après quelques mouvements inspiratoires, il reviendra dans le tube quelques mucosités dont il .faudra encore se débarrasser. Puis enfin, la trachée étant libre, on pourra ne plus s'interrompre. 11 faudra donc aller très lentement, 20 à 25 fois par minute à peine. On verra presque aussitôt, même dans les cas graves, le cœur accélérer ses battements; on verra alors ces mouvements vermiculaires du creux épigastrique qui sont pour Pinard d'un si bon augure. Puis, après quelque temps, quelquefois longtemps, une heure peut-être, surviendra la première inspiration, saccadée, spasmodique, diaphragma tique, suivie d'un long soupir. Puis cette inspiration se renouvelle, il en arrive deux, puis trois, qui se rapprochent petit à petit, toujours saccadées, purement réflexes; enfin, entre ces inspirations spasmodiques, surviennent des mouvements respiratoires réguliers. L'insufflation est devenue inutile. On donnera à l'enfant un bain chaud, puis on l'habillera.
Quand on aura ainsi ranimé l'enfant, sera-t-on toujours tout à fait victorieux? Non pas! Tout ira bien s'il n'y a pas de lésion cérébrale; dans le cas contraire, l'enfant respirera, mais sera atteint de convulsions, ne criera pas, et finalement mourra. Mais ce pronostic n'est pas fatal et j'ai vu des enfants, atteints d'enfoncements du crâne et ranimés à grand'peine, guérir complètement.
Voilà pour les cas heureux. Il n'en est pas toujours ainsi. Souvent l'insufflation, prolongée fort longtemps, entretiendra bien les mouvements du
Nouveau-né (Ophtalmie). 758
cœur, mais ne pourra ramener le réflexe respiratoire. On voit même des enfants qui, au sortir de l'utérus, ont fait une ou deux inspirations, puis sont morts sans que rien n'ait pu les ranimer.
Notre devoir est de continuer l'insufflation tant qu'il reste dans l'enfant une étincelle apparente de vie. Rappelons-nous les cas classiques dans lesquels un enfant abandonné, soi-disant cadavre, sous un lit ou sur le bord dune fenêtre, a été retrouvé vivant, malgré tout, et s'étant ranimé tout seul, avait fait sa première inspiration plusieurs heures après sa naissance. Cela serait une défaite pour notre amour-propre médical.