‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 5)Chapitre 155 sur 299 · GUE VU 1ER · texte numérisé non relu

GUE VU 1ER

RETRAITES OUVRIÈRES. — Loi du 5 avril 1910.

Comme dans toutes les autres lois sociales (accidents du travail, assistance aux vieillards, aux infirmes, aux incurables privés de ressources, etc.), le médecin aura à intervenir comme expert dans l'application de la loi sur les retraites ouvrières. Il est dit à l'article 22 que les certificats relatifs à l'exécution de la présente loi « sont délivrés gratuitement et dispensés des droits de timbre ».

Ces certificats seront nécessaires dans les cas visés à l'article 9 qui dit :

« Les assurés qui seront atteints, en dehors des cas régis par la loi du 9 avril 1S98, et à l'exclusion de toute faute intentionnelle, de blessures graves ou d'infirmités prématurées, entraînant une incapacité absolue et permanente de travail, auront droit, quel que soit leur âge, à la liquidation anticipée de leur retraite. La constatation de cette incapacité sera faite dans les conditions et formes déterminées par un règlement d'administration publique. »

Ce règlement d'administration publique n'a pas encore paru. Il nous est impossible de commenter les conditions dans lesquelles auront lieu ces expertises qui, à notre avis, seront assez fréquentes. e. MARTIN.

RÉVULSION (MÉDICATION RÉVULSIVE). — La révulsion a pour but de créer artificiellement une irritation locale superficielle, dans le but de guérir ou d'atténuer un état morbide congestif ou inflammatoire ou même simplement douloureux, en particulier névralgique. Elle doit être distinguée de la dérivation par la saignée générale ou locale (V. in P. M. C. Saignée, Ventouses, Sangsues).

Indications générales et mécanisme de la révulsion. — Quel que soit l'agent employé, la révulsion produit au point appliqué, d'une part une douleur variable dans son intensité, d'autre part, une congestion locale avec ou sans formation d'exsudat. La douleur va de la simple démangeaison jusqu'à la douleur franche de la brûlure. Son intensité varie d'ailleurs avec la durée d'application et la sensibilité du sujet. L'ébranlement qu'elle imprime au système nerveux détermine une série de phénomènes réflexes dont le plus apparent et le plus important est la disparition de la douleur au voisinage de la région révulsée. C'est ce qui explique les effets bienfaisants de la révulsion dans les douleurs névralgiques ou inflammatoires.

La congestion locale effectuée par la révulsion, se traduit par le gonflement et la rougeur de la région révulsée. Elle s'accompagne souvent, en

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ces points, d'hyperglobulie et même d'infiltration leucocytaire (érysipèle

iodique). Avec certains révulsifs, l'exsudation devient le phénomène capital. qui va jusqu'à la vésication.

À cette congestion superficielle correspond une décongestion profonde, le premier effet d'une forte excitation superficielle étant un resserrement intense des vaisseaux normaux; il y a ainsi un balancement remarquable entre les circulations superficielle et profonde. C'est là une des actions les plus intéressantes et les plus puissantes de la révulsion : à la congestion, à l'hyperhémie, à la vasodilation des tissus révulsés correspond l'exonération, la vasoconstriction des tissus et organes voisins. De là, l'emploi des révulsifs, dans les affections congeslives et inflammatoires.

Enfin, on a soutenu aussi que la révulsion pourrait avoir une action dépurative et antitoxique. Elle exonérerait les tissus profonds d'une congestion qui accumule les germes et les toxines, agissant par un mécanisme analogue à celui des abcès de fixation (V. Abcès de fixation).

En résumé, la révulsion trouve son emploi dans de nombreuses affections douloureuses, congestives, inflammatoires.

Affections douloureuses. — Son usage est courant dans les différentes névralgies a frigore ou symptomatiques, où elle amène .la diminution et même la disparition plus ou moins définitive de la douleur.

II est classique de l'employer (Charcot) dans les myélites aiguës ou chroniques.

Affections congestives et inflammatoires aiguës ou chroniques. — Mais ce sont surtout les, affections pleuropulmonaires qui semblent bénéficier le plus de l'emploi des révulsifs. Ceux-ci ont une double action sur la douleur et la dyspnée. Il en est ainsi, dans les affections aiguës : pneumonie, broncho-pneumonie, congestions pulmonaires, pleurésies, bronchites. Egalement dans les affections chroniques et en particulier dans la tuberculose pulmonaire. Mais, dans ce cas, il ne faut l'employer que dans les formes apyrétiques torpides, sans fièvre ni phénomènes d'excitation. La révulsion combat efficacement les congestions pérituberculeuses apyrétiques, apparaissant autour d'une lésion ancienne parfois latente.

Dans les affections pleurales, la révulsion peut être employée à la période de début (pleurodynie), et à la période de déclin, quand la température est tombée, et que le liquide parait en faible quantité après plusieurs thoracentèses.

Comme indications moins fréquentes, il faut citer : la péritonite tuberculeuse dans ses formes sèches ou ascifiques; les néphrites, ou la révulsion est pratiquée sur la région lombaire, associée aux ventouses sèches ou scarifiées; les arthrites chroniques (rhumatisme blennorragique) et les tumeurs blanches torpides.

Les contre-indications sont restreintes. C'est une fièvre trop élevée chez les bacillaires, c'est la dégénérescence cardiaque, en particulier chez les artérioscléreux ; chez ceux-ci, l'élévation de la pression sanguine impose au myocarde fléchissant un trop grand travail, qui peut aboutir à une syncope grave.

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Agents de la révulsion, et leurs indications spéciales. Ils sonl nombreux, mais d'après le résultai que l'on cherche à obtenir, on

peut les diviser en 3 classes : rubéfiants, vésicanls et cautères.

I. — RUBÉFACTION. — La rubéfaction est obtenue, soit par les frictions, la chaleur ou le froid, soit par lés substances médicamenteuses. L'action de ces agents doit déterminer une congestion des tissus superficiels, se traduisant par une simple rougeur de la peau.

1° Frictions. — Elles sont simples : au gant de crin, au gant de flanelle — ou médicamenteuses : frictions à l'alcool camphré, eau de Cologne, alcool de lavande, vinaigres.

Elles sont souvent employées dans un but d'hygiène, afin d'activer les fonctions de la peau. Elles sont aussi un moyen d'excitation générale dans les cas de syncope, de suffocation, d'algidité générale ou partielle.

On les pratique utilement après la balnéation (chez les typhiques, par exemple).

2° Rubéfaction par la chaleur ou le froid. — Elle peut s'obtenir par différents moyens.

Le marteau de Mayor, aujourd'hui délaissé, est un simple marteau que Ton trempe dans l'eau à température élevée (60-70°) et qu'on applique pendant quelques secondes sur les régions épigastriques et précordiales pour combattre les accidents syncopaux.

L'application locale de sacs de sable chaud, de sacs d'eau chaude (sacs de caoutchouc, répandus dans le commerce), de compresses très chaudes sèches ou humides, de cataplasmes simples de farine de lin, tous moyens d'usage courant en pathologie gastrique et intestinale.

Citons aussi l'application de bouillottes très chaudes sur les extrémités ou encore le long du corps, les bottes de ouate qui sont également un bon moyen de réaction : on enveloppe tout le membre inférieur de ouate maintenue par une bande très lâche, qu'on laisse en place 12 ou 24 heures. Elles sont très employées chez les opérés, les enfants et les nourrissons. Dans le môme ordre d'idées, il faut citer Y enveloppe chauffée chez l'enfant, consistant à entourer le petit malade de 2 linges très chauds.

Parmi les applications froides, il faut nommer d'abord les compresses froides locales, par exemple au niveau de l'épigastre (compresse de Piedwitz). Cette compresse est une pièce de linge imbibée d'eau très froide, que l'on place sur l'épigastre et qu'on recouvre de taffetas gommé. Elle exerce, au bout de quelques minutes, une énergique révulsion locale et rend de très grands services pour combattre les phénomènes douloureux stomacaux.

11 faut insister ensuite sur des moyens de plus en plus répandus : les enveloppements humides froids et les draps mouillés.

Pour pratiquer un enveloppement humide froid, on prend une pièce de tarlatane ou une serviette pliée en 8 à 40 doubles, de façon à envelopper complètement le thorax: on la trempe dans de l'eau froide à la température de la chambre, en l'additionnant ou non d'alcool; on l'exprime légèrement et on la place ensuite autour du thorax en la recouvrant de taffetas gommé. On aura soin de faire dépasser ce dernier de quelques centimètres pour

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éviter la dessiccation. La première sensation est désagréable, mais elle disparaît rapidement, si bien que les enfants même acceptent aisément ces applications froides. Les compresses s'échauffent, du reste, rapidement. Sous leur influence, le thorax rougit et, au bout de quelques heures, la peau est le siège d'un ér\ thème intense. On renouvelle généralement ces enveloppements plusieurs fois dans les 24 heures. Ils constituent un mode de traitement maintenant classique, des broncho-pneumonies tant de l'enfant que de l'adulte. Sous leur action, la dyspnée s'atténue, la température s'abaisse, le taux des urines augmente, le myocarde se raffermit; cette action dépasse donc singulièrement celle de la simple révulsion.

Le drap mouillé s'applique de la façon suivante : sur un lit, on met une couverture ou une flanelle et, par-dessus, un drap mouillé plié en 2 ou 4 et exprimé soigneusement. On fait coucher le malade nu, et on l'enveloppe, des pieds jusqu'au cou, du drap et de la couverture. La tète est également entourée d'une compresse d'eau froide. La durée de l'application va jusqu'à 1 quart d'heure ou 20 minutes. L'action produite s'exprime par une rubéfaction intense de toute la peau du corps. On devra renouveler d'ailleurs ces applications fréquemment, car il s'agit d'une action éphémère. Le drap mouillé est un excellent moyen de révulsion dans les affections aiguës : en particulier dans la fièvre typhoïde où il peut remplacer jusque clans une certaine mesure les bains, et aussi dans les affections hyperthermiques en général. Associé à la friction et appliqué, durant une minute au saut du lit. le drap mouillé a une réelle action tonique et stimulante, qui le fait employer chez les neurasthéniques à forme dépressive, dans certaines névroses et même chez les anémiques et les chlorotiques.

3° Agents médicamenteux. — Les plus usités sont le chlorure de méthyle, l'essence de térébenthine, la teinture d'iode et la farine de moutarde.

Le chlorure de méthyle a été introduit par Debove dans la thérapeutique des névralgies : intercostale, sciatique, etc. On peut l'employer sous forme de stypage, ou sous forme de siphonnage.

Dans le stypage, on projette sur un tampon de ouate sèche un jet de siphon de chlorure de méthyle; puis on promène ce tampon sur la peau qui devient blanche initialement pour rougir ensuite bientôt.

Le siplionnage se pratique à l'aide de pulvérisateurs dont il existe des modèles variés. On dirige pendant quelques secondes le jet de chlorure de méthyle sur le trajet du nerf malade, ce qui détermine d'ordinaire, une congélation initiale, suivie d'une rubéfaction intense. L'action du chlorure de méthyle doit être limitée dans sa durée et ne doit pas dépasser quelques secondes pour éviter la production d'escharres.

L'essence de térébenthine s'emploie en frictions locales. Mais elle peut produire des éruptions qui en limitent l'usage. Toutefois elle est utilisée chez les enfants surtout, en prenant la précaution de la mélanger à parties égales avec de l'huile d'olive.

La teinture d'iode est employée, fraîchement préparée, en badigeonnages

à l'aide d'un pinceau de crin ou d'un tampon de colon fixé sur une petite

baguette de bois. Il est prudent, avec la teinture d'iode du nouveau Codex

plus concentrée, ou de la dédoubler, ou de renouveler moins souvent les

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applications, afin d'éviter les brûlures chez les enfants et les sujets à peau fine en particulier. La teinture d'iode en badigeonnages peut être remplacée par l'application de colon iodé. La révulsion par la teinture d'iode, d'un emploi si facile, est devenue populaire dans le traitement de toutes les affections des voies respiratoires, laryngites, bronchites, pleurésies sèches. Elle est encore conseillée dans les arthrites, les adénopathies tuberculeuses, les névralgies, et même au niveau des gencives, dans la périostite alvéolo-denlaire.

La farine de moutarde, traitée par l'eau froide ou tiède, laisse développer une essence qui est rubéfiante et qu'on utilise de façon très variée :

1° Cataplasmes sinapisés. — On les confectionnent en soupoudrant de farine de moutarde un cataplasme ordinaire de farine de lin à peine tiède. Le cataplasme de farine de lin se fait avec de la farine bien fraîche, qu'on mêle à un peu d'eau tiède de façon à former une bouillie assez épaisse que l'on étale entre un linge et une mousseline. Le côté mousseline est alors saupoudré d'un peu de farine de moutarde. Une autre façon de sinapiser le cataplasme est d'incorporer, au préalable, la farine de moularde à la farine de lin. Le cataplasme appliqué est recouvert d'un taffetas gommé.

Il détermine une vive douleur avec sensation de cuisson rapidement intense, qui limite la durée de son application. Elle est de 5 à 10 minutes chez l'enfant, de 15 à 20 minutes chez l'adulte. Il faut avoir soin de bien enlever ensuite la farine de moutarde qui peut rester adhérente à la peau de la région sinapisée. On recouvre ensuite cette région d'une couche de ouate ou simplement d'un linge fin. Si la douleur persistait, on la calmerait par l'application d'huile de jusquiame, ou de Uniment oléocalcaire.

2° Sinapismes en feuille. — Dans ces sinapismes, la farine de moularde dégraissée est fixée en couche mince sur des feuilles de papier épais. La plus connue de ces préparations est le papier Rigollot. Avant l'application, on l'imbibe d'eau tiède; on ne doit pas le laisser en place plus de 20 minutes, certains malades ne tolérant même son contact que quelques minutes.

Cataplasmes sinapisés et sinapismes en feuilles sont employés couramment pour combattre les phénomènes congestifs des affections bronchopulmonaires ou pleurales. On les applique sur le thorax au niveau des points malades. Mais, chez l'enfant, il faut surveiller leur usage, l'excitation qu'ils produisent pouvant amener de vives réactions générales qui peuvent aller jusqu'aux convulsions.

Placés sur les membres inférieurs, les sinapismes sont indiqués en particulier dans les congestions cérébrales, les attaques apoplectiformes, ou simplement les céphalalgies. Chez les sujets comateux, leur emploi doit être surveillé à cause des brûlures qui résulteraient d'une application trop prolongée ;

5° Pédiluves et bains sinapisés. — Pour préparer un pédiluve sinapisé, on délaie 50 à 100 gr. de farine de moutarde dans un bain d'eau tiède dans lequel les membres inférieurs plongent jusqu'à mi-jambe. Sa durée sera de 12 à 15 minutes. Il est utile dans les céphalées, les migraines congés-

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tives et toutes les lois qu'on veut tenter une dérivation vers les parties inférieures des nerfs.

Le grand bain sinapisé se prépare en délayant la farine de moutarde dans îa proportion de o gr. par litre d'eau. Il faut ainsi en moyenne 75 gr. pour un bain d'enfant, 500 à 500 gr. pour un bain d'adulte. La farine, placéei dans un rouet, sera plongée préalablement quelques minutes dans une certaine quantité d?eau froide. On versera ensuite la quantité d'eau chaude à 55°, suffisante pour compléter le bain.

Les malades éprouvent, presque immédiatement, une cuisson très vive ou un frisson ardent. Ou les sortira du bain dès que ces sensations deviennent trop intenses.

La durée du bain est du reste très courte et ne dépasse pas 5 à 10 minutes chez l'enfant.

Les bains sinapisés constituent un moyen thérapeutique héroïque dans les broncho-pneumonies graves de l'enfant avec collapsus, dans le choléra infantile. Heubneren a fait un traitement systématique des broncho-pneumonies.

Les bains sont renouvelés A à 8 fois par jour. La révulsion considérable qu'ils produisent, s'accompagne d'une action stimulante sur les centres respiratoires, d'une ampliation des mouvements de la respiration, du retour d'une toux active et de l'expectoration.

On a proposé de les remplacer chez l'enfant par des enveloppements sinapisés qui permettent d'obtenir aussi une révulsion intense et rapide, mais qui sont d'un emploi moins courant.

II. — VÉSICATION. — La vésication consiste à déterminer, à l'aide d'agents chimiques, une irritation de la peau aboutissant à la formation d'un exsudât avec soulèvement de l'épidémie en une phlyctène plus ou moins large.

Nous ne ferons que citer le tartre stibié, Y huile de croton, dont l'action est très infidèle et qui laissent des cicatrices indélébiles.

La vésication par Y ammoniaque s'obtient en imbibant un morceau de ouate que l'on maintient; à l'aide d'un verre de montre on voit apparaître ainsi en quelques minutes une phlyctène remplie de sérosité.

Le thapsia, qui a été longtemps employé dans les bronchites au début, a l'inconvénient de donner naissance à des démangeaisons extrêmement pénibles avec formation d'une éruption pustuleuse, susceptible de se gêné raliser. En effet, le sujet, après grattage, charge ses ongles du liquide exsudé et de quelques débris de thapsia, qui vont provoquer en d'autres points de nouvelles irritations, particulièrement dangereuses au niveau de la muqueuse oculaire.

Vésicatoire. — Mais de tous les vésicants, il en est un qui, discuté par les médecins, a gardé la faveur du public, c'est le vésicatoire à base de poudre de cantharides.

La poudre de cantharides est obtenue en pilant des cantharides. insectes coléoptères qu'on recueille sur les frênes, en particulier dans le Midi, et dont le principe actif est la cantharhline.

Pour appliquer un vésicatoire, on savonne la région et on la rase préala-

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blement s'il y a lieu; puis, on fixe l'emplâtre vésicant sur la peau nue avec des bandelettes de diachylon entrecroisées. Au préalable, on aura eu soin de le saupoudrer de camphre ou d'éther camphré et en môme temps d'interposer entre la vésication et la peau une mince feuille de papier de soie huilée, afin d'éviter l'absorption de la cantharidine. D'autre part, on ne doit recourir qu'à des vésicatoires de dimensions restreintes : 3, 4, 5 centimètres de côté, les grands vésicatoires exposant davantage aux accidents d'intoxication sans être d'un effet plus utile.

La durée d'application ordinaire est de 8 à 10 heures chez l'adulte, et ne doit pas dépassera heures chez l'enfant. Le vésiçatoire provoque une douleur cuisante et s'accompagne de la production d'une vaste phlyetène, remplie de sérosité, dont l'étendue se superpose à celle de l'emplâtre vésicant. Cette sérosité est formée par un liquide clair, riche en leucocyles. Lorsqu'en retirant le vésiçatoire, la phlyetène n'est pas formée, on active son apparition par l'application d'un cataplasme.

Le vésiçatoire enlevé, on ouvre largement la bulle en son point déclive et on applique un pansement aseptique avec de la vaseline boriquée. La plaie. qui en résulte, guérit en général du deuxième au cinquième jour. On n'emploie plus aujourd'hui l'ancien vésiçatoire permanent.

Les indications du vésiçatoire autrefois très étendues ont été très restreintes par la constatation des accidents nombreux qu'il est susceptible de provoquer.

On l'employait dans la pneumonie, là broncho-pneumonie où le vésiçatoire soulage efficacement le point de côté et la dyspnée. En réalité, il n'abrège nullement la durée de ces affections. Dans la pleurésie, ses effets sont identiques, s'il atténue la douleur de la pleurésie sèche ou avec épanchement, il ne paraît, en aucune façon, faciliter la résorption de l'épanchement liquide.

Dans la tuberculose pulmonaire, son emploi est pour ainsi dire abandonné. Cependant Grancher le considérait comme un des meilleurs moyens de combattre un foyer limité de tuberculose apyrétique.

Le vésiçatoire était encore autrefois le traitement inévitable des péritonites, des méningites, des péricardites, des endocardites, des arthrites aiguës.

Il était employé encore dans le traitement de l'épilepsie bravais-jaksonnienne où Pitres l'a préconisé, en applications répétées autour du membre frappé. Il est du reste peu d'affections contre lesquelles le vésiçatoire n'ait été autrefois employé.

Mais on est aujourd'hui beaucoup plus réservé dans son application, à cause des accidents locaux et généraux auxquels il peut donner lieu.

Les accidents locaux consistent en sphacèle de la peau, plus à craindre chez les sujets cachectiques, albuminuriques ou diabétiques. Il faut signaler aussi les complications septiques, qu'évite une bonne asepsie : érysipèle. diphtérie, etc. On peut aussi lui reprocher les plaques pigmentaires indélébiles qu'il laisse à sa suite sur la peau et qui se compliquent souvent de furoncles, d'anthrax, d'echtyma.

Les accidents généraux sont les plus importants. Il faut signaler l'agitation,

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l'insomnie, le priapisme el surtout de redoutables complications urinaires. ('."est la cystite avec douleur à la miction, urines purulentes, qui persiste d'ordinaire 1 à 2 jours. C'est surtout la néphrite cantharidienne, insidieuse dans son apparition, se traduisant par la raréfaction du taux des urines. F albuminurie, enfin l'anime; l'urémie même peut survenir et se terminer par la mort.

Ces accidents peuvent cire évités, dans une certaine mesure, en faisant ingérer au malade du bicarbonate de soude pendant que le vésicatoire est en place, et si l'on connaît bien les contre-indications qui commandent l'abstention.

La véritable contre-indication, c'est la néphrite aiguë ou chronique; d'où la nécessité de l'examen des urines avant la pose du vésicatoire. L'âge (artério-sclérose), la fièvre (affections à détermination rénale), les intoxications (diabète, ictère) s'opposent presque aussi nettement que l'albuminurie à cette médication.

C'est pour éviter les effets nocifs de la cantharide, qu'on a voulu lui substituer le menthol et le chloral associés, en proportions diverses, à des emplâtres, à des taffetas vésicants. Mais il ne semble pas, jusqu'ici, que leur emploi mette complètement à l'abri des accidents reprochés à la cantharide.

III. — CAUTERISATION. — La cautérisation consiste dans la destruction du corps papillaire du derme par la chaleur ou les agents chimiques.

Cautérisation par les agents physiques. — Elle se faisait autrefois à l'aide des cautères. C'est ainsi qu'on employait la poudre de Vienne ou tout autre caustique. On l'appliquait, soit à la partie interne de la jambe au-dessus du mollet, soit au creux de l'estomac. A ce niveau, on plaçait sur la peau un morceau de diachylon percé d'un trou, de diamètre inférieur à l'ulcération voulue. Puis, l'on plaçait sur les téguments exposés, un fragment du caustique maintenu par une bandelette de diachylon. On laissait le tout en place pendant 4 à 6 heures. La petite plaie ainsi obtenue était entre tenue à l'aide d'un pois d'iris, enduit de pommade irritante.

Le cautère était conseillé dans les gastralgies rebelles, l'asthme, chez les tuberculeux où on l'appliquait sur le haut de la poitrine. Mais aujourd'hui, ce mode de révulsion qui, avec le vésicatoire permanent et le séton, constituait un exutoire des plus usités, est complètement tombé dans l'oubli.

Cautérisation ignée. — Le cautère a été remplacé par la cautérisation ignée, depuis l'invention de Paquelin.

Celle-ci se pratique à l'aide du thermocautère pour la peau, du galvanocautère pour les muqueuses.

Le principe du thermocautère est basé sur la propriété que possède le platine de devenir incandescent au contact d'un mélange d'air et de vapeur, de substances hydrocarbonées. Cette incandescence augmente avec la pression du mélange, et persiste tant que ce mélange arrive à son contact.

L'appareil de Paquelin se compose essentiellement de 5 parties : l°le cautère proprement dit, porté par un manche en bois; 2° le récipient à hydro-

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carbures, muni d'un double tube à rallonge, et adapté (rime pari au cautère, d'autre part à l'appareil de soufflerie; 5° L'appareil de soufflerie.

1° Le cautère, proprement <lit, consiste en une chambre de platine, qui peut affecter la l'orme de couteau, de pointe: qui peut être droite, courbe, giosse ou (ine. Il est monté à demeure sur un tube de cuivre nickelé, percé de trous qui servent au dégagement des vapeurs de combustion. A son extrémité libre, ce tube porte un pas de vis maie, qui s'adapte au pas de vis femelle d'un manche en bois canaliculé, manche avec lequel on saisit le cautère.

2° Le récipient est un flacon à large ouverture, qui porte un bouchon de caoutchouc traversé en son centre par deux tubes métalliques, juxtaposés à leur parlie inférieure, mais divergents à leur partie supérieure. Un crochet mousse est fixé au col pour permettre de suspendre le flacon, au rebord d'une poche par exemple. De ces tubes métalliques, l'un se continue avecun tube en caoutchouc adapté au manche, l'autre reçoit un tube en caoutchouc qui vient de la soufflerie. L'air atmosphérique amené par ce dernier est saturé de vapeurs hydrocarbonées, à son passage dans le récipient. Celui-ci doit être garni au tiers d'essence minérale. 5° La soufflerie estime poire de Richardson.

A l'appareil est annexé une lampe à alcool, qui sert à chauffer au préalable la lame de platine.

En effet, pour se servir du lermocautère. ses différentes pièces étant agencées, il faut présenter le couteau de platine à la partie blanche de la flamme, sans faire fonctionner la soufflerie. Au bout d'un instant, lorsque la pointe de platine commence à rougir, on fait marcher doucement l'insufflateur, par petites saccades. Presque immédiatement le cautère devient incandescent. On le retire alors de la flamme. L'appareil amorcé n'a plus besoin que du jeu de l'insufflateur, pour maintenir l'incandescence de la lame. Ine fois l'intervention terminée, il suffit de porter le platine au rouge vif, afin de détruire complètement les débris et les germes qui pourraient y adhérer. L'appareil-type de Paquelin a été modifié (aphysocautère, pyrophore, etc.), mais ses qualités pratiques lui valent de rester universellement employé.

Le principe est tout autre dans le galvanocautère. Ici la chaleur est développée sur un fil métallique à l'aide d'un courant galvanique suffisamment intense.

Le nombre d'appareils proposés et utilisés est très grand, mais quel que soit l'appareil employé, tous les cautères galvaniques se composent d'un fil de platine, susceptible de revêtir les formes les plus diverses : droit, recourbé en bec d'oiseau, en forme de râteau (cautères scarificateurs) ; en forme d'anse, d'olive, ou bien en forme de ruban (couteau galvanique de Seré). Tous ces fils sont montés sur un manche isolant, qui présente une solution de continuité d'un des conducteurs. Au moyen d'un bouton ou d'une pédale, dont le jeu rapproche les deux parties isolées du conducteur, on peut à son gré faire disparaître la solution de continuité et déterminer ainsi le passage du courant. Celui-ci est fourni par des accumulateurs, comme c'est le cas dans l'appareil de Chardin modifié, qui est assez simple

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et assez facilement transportable. Ou bien, le courant peut être emprunté à un tableau de Gaiffe, doni l'usage est habituel en oto-rhinolaryngologie,

par exemple. Dans tous ces appareils, il existe une disposition permettant de graduer la tension et l'intensité de courant jusqu'à un point maximum qu'il ne faut pas dépasser, si Ton veut éviter la fusion du (il.

Le gaivanocautère jouit ainsi de la propriété précieuse de pouvoir être porté à la température convenable, et de pouvoir être éteint, presque inslanlanément. Aussi, est-il l'appareil de choix pour les opérations à pratiquer dans la profondeur des cavités : fosses nasales, bouche, larynx, vagin, etc., où il peut être introduit à froid, et retiré de môme. En outre, le gaivanocautère, par suite de son très petit volume, développe très peu de chaleur rayonnante. Il constitue donc une excellente méthode de révulsion; mais son prix de revient, sa complexité, les manipulations qu'il exige, en font un appareil délicat et infiniment moins pratique que le thermocautère.

Les cautères ne sont pas seulement employés comme agents de révulsion. <«e sont encore des facteurs de destruction profonde, très actifs (ignipunclure), d'exérèse et d'hémostase. Mais nous devons seulement étudier ici leur action révulsive.

Dans ce mode de cautérisation, on ne doit pas dépasser la face profonde de la peau. C'est une action caustique qu'on produit sur les tissus, une brûlure superficielle qui est, suivant le degré et la durée d'application, une rubéfaction, une vésication, une destruction. L'escharre produite est sèche, noirâtre; son épaisseur varie suivant les cas de 2 à 4 millimètres. Elle est circonscrite d'ordinaire par une auréole blanche, zone exsangue, qui circonscrit la zone carbonisée, elle-même entourée d'une auréole rouge, qui résulte de l'action de la chaleur rayonnante (zone de congestion). La petite escharre se détache du 5° au 8e jour.

Il y a deux variétés de cautérisation révulsive : la cautérisation ponctuée, connue sous le nom de pointes de feu, et la cautérisation transcurrente, ou raies de feu.

Les pointes de feu sont d'un usage journalier. Qu'on se serve du thermo ou du gaivanocautère, la pointe de platine, assez fine, doit être mousse et un peu arrondie. On tient solidement le cautère par le manche, à la façon d'une plume à écrire, et, d'un mouvement rapide, on touche légèrement la surface à cautériser. On applique successivement un certain nombre de pointes, variable suivant les cas, en prenant soin de les disposer avec régularité.

Il faut agir avec une grande légèreté de main, de façon à avoir des escharres tout à fait superficielles. Même dans ces cas, les pointes de feu n'ont que trop de tendance à laisser des cicatrices indélébiles; on ne doit pas l'oublier, quand on pratique des pointes de feu au niveau d'un sommet, chez une jeune femme.

La douleur est peu intense, si l'on porte le couteau au rouge blanc. L'action est alors rapide et profonde, le cautère agissant à la façon d'un bistouri. Au rouge sombre, au contraire, la douleur est manifestement plus vive. Par contre, l'action est moins profonde, plus limitée, le cautère adhérant aux tissus qu'il carbonise.

Révulsion (Médication révulsive). 1 46 i

On aura soin de saupoudrer de talc ou d'amidon la région cautérisée et de la recouvrir ensuite de ouate ou d'un linge fin.

Les indications des pointes de feu sont très étendues : tuberculose au début, où la cautérisation est pratiquée au niveau des régions sus-épineuses: foyers congestifs péri tuberculeux apyrétiques; tumeurs blanches, arthrites simples, rhumatismes chroniques, névralgies de toutes sortes, douleurs rachidiennes, affections spinales. 11 y a toutefois une tendance à en user un peu moins qu'autrefois. C'est ainsi que, dans les néphrites chroniques, certains auteurs pensent qu'il est plutôt nuisible d'en appliquer sur la région lombaire. Mais il est encore bon nombre d'affections chroniques où leur action est incontestée : ainsi les névralgies sciatiques ou intercostales rebelles, les arthrites, les douleurs rachidiennes. Certains spasmes aussi cèdent bien à la médication ignée.

Les raies de feu (cautérisation transcurrente) sont, par contre, d'un usage moins courant.

Elles ont été recommandées dans le traitement des affections articulaires, comme un moyen plus énergique que les pointes de feu, agissant non seulement par révulsion, mais encore par rétraction cicatricielle consécutive à la chute des escharres. C'est dire qu'elles doivent être faites un peu profondes, sans dépasser le derme toutefois, et appliquées avec le cautère au rouge sombre. Mais elles sont si douloureuses, qu'on est obligé de recourir à l'anesthésie, quand on les pratique sur une surface assez étendue. Les raies sont faites parallèlement ou concentriquement, dépassant légèrement les limites de l'articulation, et écartées d'environ 2 centimètres les unes des autres. On appuie d'abord très légèrement sur la peau, puis on repasse le couteau, toujours au rouge sombre, dans la même raie en insistant modérément, jusqu'à la production d'une teinte jaune dorée caractéristique et jusqu'à l'apparition de quelques gouttes de sérosité transparente. On recouvre ensuite la région cautérisée de compresses humides.

La cautérisation transcurrente a encore été appliquée au traitement du lupus, et à celui de diverses affections cutanées. Il s'agit en somme d'une scarification, qu'il est commode de pratiquer avec le galvanocautère à forme de râteau.

C'est également au cautère galvanique qu'on s'adressera pour agir sur les muqueuses. Dans les rhinites chroniques hypertrophiques, les cautérisations linéaires profondes, à l'aide du cautère cutellaire, sont très employées et très efficaces. PAUL DESCOMPS.

SALVARSAN.

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