PROCÉDÉS GÉNÉRAUX DE TRAITEMENT DES EAUX D'ÉGOUT
Procédés chimiques. — L'addition de certaines substances chimiques aux eaux d'égout détermine un collage, une précipitation qui entraîne les matières en suspension et produit ainsi une clarification en même temps
N,u P. M. C — Si;r>i»L. 49
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qu'une épuration chimique et bactériologique. L'inconvénicnl de ces procédés est de produire d'énormes dépôts de houe: aussi tendent-ils à être <lc
plus en plus délaissés.
Procédés mécaniques. — Par celte méthode, on cherche à débarrasser mécaniquement les eaux du sewage par précipitation des particules qu'elles tiennent en suspension. D'après Imbeaux, ce procédé n'est applicable que quand l'effluent, préalablement décanté, a un débit minime par rapport au fleuve où se déverse l'égouL En Allemagne, les villes situées sur les grands fleuves (Rhin, Elbe, Weser) utilisent les procédés mécaniques. En France, sauf pour le Rhône, ils ne seraient pas applicables; d'ailleurs la décantation, au point de vue de la salubrité, n'est qu'un simple trompe-l'œil. La pollution du fleuve par l'eau décantée est certaine.
Procédés biologiques. — Il y en a deux qui sont seuls en présence, à l'heure actuelle :
Épuration sur sol naturel.
Épuration sur lits artificiels.
ÉPURATION BIOLOGIQUE PAR LE SOL. —La France, il faut le reconnaître, est extrêmement en arrière au point de vue de l'assainissement des villes, de la construction des égouts et de l'évacuation des matières usées. Imbeaux, dans une enquête faite pour Y Annuaire de la distribution des eaux, a constaté que sur les 645 communes de France qui comptaient plus de 5000 habitants, 520 (soit moitié) n'ont aucun égout; 257 ont des égouts pluviaux, c'est-à-dire ne recevant pas (du moins officiellement, car il existe souvent des déversements clandestins) les matières fécales et formant un réseau généralement'ancien, fort incomplet et défectueux (égouts le plus souvent à radier plat, de hauteur faible et insuffisante pour la visite et le nettoyage) ; enfin 66, soit seulement 10 pour 100, appliquent le « tout à fégout », mais plus ou moins complètement, toutes ayant encore (même Paris) des fosses fixes, des tinettes mobiles, etc.
En Angleterre, au contraire, la plupart des villes sont complètement assainies et épurent leurs eaux d'égout. Sur les 720 villes allemandes de plus de 5000 habitants il y en a près de 200, dont 150 en Prusse, qui épurent leurs eaux résiduaires. C'est l'épuration biologique qui, en Allemagne, a été le plus préconisée par les hygiénistes. 58 villes de plus de 5000 habitants en sont actuellement dotées sans compter un nombre égal de localités plus petites, soit en tout 77 installations. En France, si Ton excepte Paris, les installations municipales ou départementales d'épuration des eaux d'égout ont été faites :
1° A Reims, par épuration sur le sol naturel;
2° A la Madeleine-lez-Lille, à Toulon, à Mesly-Créteil, Rambouillet, Champagne-sur-Seine par le système biologique artificiel; un système analogue a été installé à Lille, pour le quartier de l'abattoir, et à Tourcoing.
Quatre villes seulement (Cannes, Toulon, Trouville et Levallois-Perret) appliquent le système séparalif ; toutes les autres ont le système unitaire. Outre Paris, Saint-Denis et quelques localités de la banlieue desservies soit par le réseau de Paris, soit par celui du département de la Seine, ce sont :
Aix-les-Bains, Albertville, Ambert, Annonay, Aurillac, Bagnères-de-Bigorre, Bavonne, Baslia, Belfort, Bourg, Boulogne-sur-Mer, Brcssuire, Chambéry, Châteaurenard, Chazeïles-sur Lyon, Dijon, Dole, Évian, Grasse, Grenoble, Lens, Lorient, Lourdes, Lunéville, le Mans, Marseille, Montpellier, Montbrison, Morez, Moulins, Monaco (éjecleurs Shone), Nancy, Nantes (pà*rtie), Narbonne, Nice, Pontarlier, Reims, Rennes, Saint-Affrique, Saint-Dié, Saint- Élienne, Tarbes, Thiers, Toul, Verdun, Vesoul, Vitry, Vitré.
Enfin, Biarritz, Privas, Oullins et Saint-Malo vont exécuter un projet d'assainissement approuvé (système séparatif) et les villes de Lyon, Lille, Toulouse, Aix-en-Provence, Dinard, Saint-Enogat, Hyères, Valenciennes, Montbéliard étudient un projet de même ordre.
En ce qui regarde l'épuration des eaux d'égout, Paris et Reims appliquent seules l'épandange agricole en grand; 27 autres villes irriguent des prairies; Aubagne, Rambouillet, Toulon font de l'épuration biologique ; Marseille, Nice, Cannes, Monaco déversent en mer; enfin les autres villes jettent leurs eaux dans les cours d'eau, sans épuration.
En Algérie et Tunisie, la situation n'est| pas meilleure. On trouve cependant une douzaine de villes qui ont un réseau d'égouts assez complet et appliquent le « tout à l'égout » : Saïda, Saint-Denis-du-Sig font de Fépandage et Tunis étudie un projet d'épuration agricole. Quelques villes (Sousse, Sfax) pompent de l'eau de mer pour le nettoyage des égouts.
Tel est l'état actuel des installations faites en France pour assurer l'évacuation des eaux d'égout.
Reprenons maintenant l'étude des deux procédés actuellement en présence.
L'épuration sur sol naturel, l'ependage des [eaux d'égout et leur emploi comme fertilisant remontent à la plus haute antiquité, mais on y a eu recours d'une façon méthodique il y a 50 ans environ, en Angleterre d'abord, puis en Allemagne et en France. L'épuration sur le sol naturel comprend elle-même l'infiltration intermittente et l'utilisation agricole.
Préconisée par l'ingénieur anglais Bailey-Denton, la filtra tion intermittente se propose de pratiquer l'épuration des eaux d'égout, indépendamment de l'utilisation agricole des matières fertilisantes que ces eaux renferment. Le sol apparaît seulement dans ce cas comme une sorte de filtre naturel. La filtration intermittente de Frankland, qui s'est d'ailleurs peu répandue, est particulièrement applicable à l'épuration de certaines eaux résiduaires de l'industrie qui contiennent des substances nuisibles à la végétation. Elle peut d'ailleurs, à surface égale et dans le même temps, épurer une plus grande quantité (environ 10 fois plus) de matières usées liquides que l'épandage agricole, à la condition que [par des labours fréquents on ameublisse la couche superficielle du sol, ce qui favorise l'absorption de l'eau et l'aération du terrain. Ce procédé est donc applicable là où on ne dispose que d'étendues de terrain limitées.
Quant au mécanisme de l'épuration, il reste identique, que le terrain soit couvert de cultures ou non; il s'agit toujours d'un processus biologique naturel, le travail microbien déterminant l'oxydation de la substance organique et sa nitrification.
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ÉPURATION BIOLOGIQUE ARTIFICIELLE INTERMITTENTE. — Entre l'utilisation de terrains non 'cultivés, agissant comme un filtre naturel, et la réalisation des mêmes processus biologiques d'épuration au moyen d'un support artificiel, la distance est bien faible. Aussi n'est-il pas étonnant quelle ait" été aisément franchie, et qu'on ait recherché à concentrer sur une étendue restreinte les actions purifiantes des microbes disséminées sur une vaste surface par l'épandage.
C'est surtout en Amérique, à la station de Lawrence, qu'on a bien étudié expérimentalement les conditions à réaliser pour obtenir les meilleurs résultats de la fîltration intermittente artificielle. Ces recherches ont montré qu'un hectare de sable ou de gravier peut arriver à épurer pendant toute l'année plus de 900 mètres cubes par jour, à condition qu'il soit laissé au repos dix-huit heures sur vingt-quatre. Si on diminue les périodes de repos, on peut arriver à épurer 2000 et même 4000 mètres cubes de sewage par jour; mais au bout d'un temps variable, suivant la nature de la substance filtrante, le support s'encrasse et le débit diminue, puis devient nul. Cet engorgement de filtre est sensiblement retardé, soit qu'on fasse passer d'abord les eaux sales sur du gros gravier ou des morceaux de coke, soit qu'on pratique l'aération forcée du filtre. On revivifie celui-ci, lorsque la surface en est colmatée, en enlevant la couche superficielle, ou en la retournant, ou en la repiquant par le râteau, de façon à faire pénétrer de nouveau dans la profondeur l'air nécessaire aux actions biologiques oxydantes. Il s'agit en effet ici des mêmes interventions microbiennes qne dans l'épandage, le support artificiel servant, comme le sol, de substratum indispensable à l'action oxydante etnitrifiante des micro-organismes. C'est à la suite de ces expériences de Lawrence qu'une douzaine de villes des Etats-Unis ont établi des bassins de fîltration intermittente pour l'épuration des eaux d'égout. Le fond de ces bassins est formé par un terrain sablonneux ou graveleux au-dessous duquel des drains collectent ces eaux épurées. On rompt de temps à autre le colmatage du filtre au râteau ou à la herse. •
Il est aujourd'hui démontré que les eaux d'égout distribuées par l'irrigation sur un sol perméable abandonnent leurs principes fermentescibles aux couches qu'elles traversent et deviennent ainsi l'un des engrais les plus puissants. Le sol est en effet l'épurateur le plus parfait des eaux chargées de matières organiques. Cette propriété resssort de l'examen des faits que la nature nous permet d'observer tous les jours. Voici, d'ailleurs, comment les choses se passent :
Lorsque ces eaux impures sont versées sur un sol meuble, les matières insolubles sont d'abord arrêtées par la surface comme par. un filtre : quelques particules, assez ténues pour franchir ce premier obstacle, sont bientôt fixées un peu plus bas. Tel est le premier effet produit; c'est un simple filtrage mécanique. L'eau débarrassée des matières insolubles descend plus avant; le sol s'en imbibe; chaque particule de terre s'enveloppe d'une couche liquide extrêmement mince; ainsi divisée, l'eau présente à l'air confiné dans le sol une surface énorme; alors s'opère le second effet de l'irrigation : la combustion de la matière organique dissoute dans l'eau d'égout. On dit que le feu purifie tout; et, en effet, il n'y a pas de matière
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organique si impure, si malsaine que le feu ne transforme, avec le concours de l'oxygène de Pair, en acide carbonique, eau et azote, composés minéraux absolument inoffensifs. Dans l'intérieur du sol se passe unyphénomène du même ordre, non plus violent et visible comme celui produitpar le feu, mais lent, sans aucun signe extérieur; ce n'en est pas moins une combustion qui réduit toute impureté organique en acide carbonique, eau et azote; il lui arrive même d'être plus parfaite que la combustion vive, et doxyder, de brûler l'azote, ce que le feu ne peut pas faire. L'azote est, en effet, beaucoup moins combustible que le carbone et l'hydrogène, c'est-à-dire qu'il se combine beaucoup plus difficilement que ces corps avec l'oxygène; c'est pourquoi la transformation de l'azote organique en acide nitrique est le signe d'une parfaite combustion dans le sol. Quant aux matières insolubles retenues à la surface, elles n'échappent pas davantage à la combustion lente, surtout quand un labour les a incorporées dans le sol. Tout ce qui en reste est un sable extrêmement fin qui comptera désormais parmi les éléments minéraux de la terre.
Les expériences dues à Schloesing et à Mùntz ont d'abord jeté quelque jour sur cette propriété remarquable de la terre végétale de brûler les matières organiques des eaux d'égout et de nitrifier l'azote. Les matières humiques, qui existent dans tous les sols sous des doses très variées, ne sont point indispensables pour la manifestation de cette propriété : en effet, quand on arrose régulièrement, avec de l'eau d'égout, du sable quartzeux calciné au rouge", c'est-à-dire dépouillé de toute trace de substance organique, on peut obtenir la combustion totale des impuretés et la nitrification complète de l'azote si la dose journalière versée sur le sable est telle que le liquide mette huit jours à en parcourir l'épaisseur.
La découverte de la nitrification de l'azote par la terre végétale reçut une sanction définitive grâce à la découverte du ferment nitrique du sol en 1890 par Winogradsky, le processus de la nitrification (production de nitrite et préparation du travail aux bactéries) a été bien,décrit par le même auteur, mais ces nitro-bactéries, dont le rôle est limité à la transformation de l'azote, ne suffisent pas à la destruction de la matière organique. Celle-ci est due aux microbes de la putréfaction qui prépare le travail de la nitrification en transformant l'azote de la matière organique en ammoniaque et sels armonicaux.
L'eau d'égout est assez riche en matières organiques ou minérales pour nourrir les organismes chargés de l'épurer, sans le secours de la matière humique du sol; c'est pourquoi le sable calciné peut remplacer la terre végétale pour épurer l'eau d'égout.
L'épuration par le sable ne s'établit pas dès le premier jour de l'irrigation. Les germes des organismes nitrificateurs ne se trouvant pas dans ce milieu, il faut d'abord qu'ils soient apportés et qu'ils s'y développent en quantité suffisante; ce n'est, d'ordinaire, qu'après quelques semaines que l'épuration se produit. Dans la terre végétale, elle commence immédiatement, parce que les organismes sont en pleine possession du terrain. Mais, à cette différence près, un sable, convenablement accessible à l'air, doit valoir la terre la plus riche en humus, au point de vue spécial del'épuration.
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Les terres plus ou moins arables, comprenant, par suite, une plus ou moins forte proportion d'humus, sont donc propres à épurer les eaux d'égout, en même temps qu'elles en utilisent les éléments; mais les terres les plus pauvres, les sables purs assurent, au bout d'un temps très court, une épuration tout aussi parfaite, l'eau d'égout fournissant d'elle-même les organismes nilrificateurs que renferme à l'avance l'humus des terres arables.
L'irrigation par les eaux d'égout ou épandage agricole a pour but d'utiliser de la façon la plus avantageuse possible grâce à la culture les eaux résiduaires. Actuellement, l'étendue du terrain utilisé aux environs de Paris pour l'épuration agricole des eaux d'égout du Département de la Seine comprend plus de 5000 hectares qui reçoivent chaque jour une moyenne de 600000 mètres cubes de matières usées liquides, ce qui donne environ 40000 mètres cubes par hectare et par an. A Paris, les eaux d'égout, à la sortie des usines élévatoires de Colombes, de Clichy et de Pierrelaye sont conduites par l'émissaire général jusqu'aux champs d'épandage de Gennevilliers, Achères, Carrières, Triel et Pierrelaye; les effluents de ces derniers champs d'épandage vont à l'Oise. La carte ci-contre montre la topographie de cette distribution et indique que, plus en aval de Triel, dévastes champs d'épandage, depuis Vernouillet jusqu'à Mézières, pourraient être prochainement utilisés pour l'irrigation. Les champs actuels sont tout à fait insuffisants. En 1912, les égouts de Paris ont débité 22 500000 mètres cubes d'eaux usées. Il n'y en a eu que 2 500 000 d'épandues. Le reste a été déversé directement à la Seine!
L'épandage agricole n'est guère appliqué que dans une trentaine de villes françaises, au lieu de 64 en Grande-Bretagne. Quatre seulement ont une installation de quelque importance, ce sont : Paris, Reims, Montpellier et Montélimar.
On compte qu'un hectare ne doit pas recevoir plus de 40 000 mètre cubes par an, les quantités déversées sont surtout subordonnées à la nature de la culture, mais cette utilisation agricole, il faut bien le savoir, ne joue qu'un très faible rôle dans l'épuration des eaux- d'égout par l'épandage, c'est pour ne pas perdre la quantité d'engrais contenu dans les eaux d'égout qu'on l'a surtout mise en pratique. Cette valeur est d'environ 15 centimes par mètre cube. Les résultats de cette épuration sont tout à fait satisfaisants tant au point de vue chimique qu'au point de vue bactériologique. En effet, les eaux sortent de l'effluent très pures au point de vue bactériologique, mais les immenses étendues de terrain nécessaires à ce mode de purification des eaux d'égout et la cherté de ce procédé ont fait que l'on a recherché autre chose.
Actuellement, il semble que la méthode d'épuration biologique des eaux devra se substituer au système de l'épandage agricole.
Rares sont en effet les villes qui peuvent tout déverser directement en mer ou dans un fleuve, et même plusieurs de celles qui avaient cru pouvoir le faire ont dû y reconnaître après coup de graves inconvénients (les plages fréquentées sont souillées, et les établissements ostréicoles sont contaminés et perdus). Assez rarement aussi, on peut se contenter d'une simple épura-
tion mécanique (sédimentation, décantation et clarification) ou méeanicochimique (nombreux ingrédients chimiques ajoutés), celle épuration ne suffisant pas à empêcher la putréfaction ultérieure. Aussi doit-on souvent choisir entre l'épandage agricole et la méthode biologique, cette dernière, née il y a peu d'années en Angleterre, ayant rapidement conquis le monde.
L'épuration par le sol n'est pas applicable partout : elle exige des surfaces considérables (il est vrai que la filtration intermittente permet de les réduire notablement, mais alors elles deviennent improductives), ne s'accommode vraiment bien que des terrains sablonneux ; enfin elle ne va pas sans gêner la culture à certaines époques de l'année. Au contraire, le traitement bactérien ne demande qu'un espace très restreint et n'est pour ainsi dire pas influencé par les saisons : il peut donc facilement s'installer n'importe où, et on a en outre l'avantage de pouvoir pousser l'épuration jusqu'au degré voulu et de proportionner ainsi le travail au résultat final qu'on désire obtenir; en revanche, le procédé demande une surveillance assidue. Rappelons que la désintégration des matières.organiques subit dans ce traitement deux phases : la phase de fermentation anaérobique ou d'hydrolyse, qui se passerait surtout dans le septic tank, et la phase d'oxydation ou aérobique ou de nitrification, qui se fait dans les lits de contact, plutôt dans les percolateurs à action continue qui tendent à les remplacer. Les applications anglaises, les expériences du docteur Calmette à Lille et celles de la ville de Columbus ne laissent aucun doute sur l'efficacité du procédé et sur le mode de travail de ses parties constituantes. Quoi qu'il en soit, le choix entre les systèmes sera encore une question d'espèce et dépendra des circonstances locales.
Il va sans dire que, dans le cas d'évacuation séparée des matières fécales, celles-ci doivent être traitées dans des usines de transformation, qui seront établies et exploitées de façon à ne pas sérieusement incommoder le voisinage.
Épuration biologique artificielle. — Le principe de l'épuration biologique artificielle est l'utilisation des bactéries comme agent de transformation des matières organiques. Calmette résume très clairement les transformations que doivent ainsi subir les souillures contenues dans le sewage :
« Les eaux d'égout et la plupart des eaux résiduaires industrielles renferment deux groupes principaux de substances qui doivent être décomposées. Ce sont d'abord les substances dites ternaires qui ne contiennent que du carbone, de l'oxygène et de l'hydrogène, sans azote, telles que la cellulose, le sucre, l'amidon, les acides organiques. Ces substances existent en abondance dans les résidus de légumes ou de fruits, dans l'herbe, dans le papier, le linge, dans les débris de bois ou de végétaux ligneux, dans les eaux résiduaires de sucreries, de distilleries, d'amidonneries. Elles doivent être transformées en éléments minéraux simples par l'intervention successive de microbes qui, le plus ordinairement, préfèrent vivre à l'abri de l'air, c'est-à-dire à l'état anaérobie. Les derniers termes de ces décompositions successives sont l'acide carbonique, l'hydrogèjie, l'azote et le méthane ou formène (CH*).
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« Le second groupe de substances, dites quaternaires, comprend toutes les matières azotées qui sont particulièrement abondantes dans les déjections humaines et animales el dans les résidus ménagers. Les principales sont les albumines du sang, les débris de viandes, les déchets d'abattoirs e-t de laiteries. Toutes ces matières azotées, quand elles deviennent la proie des ferments, commencent à se liquéfier si elles étaient solides, puis elles se transforment en peptones; d'autres ferments interviennent alors pour les dégrader davantage et en faire des acides amidés, de la leucine, du glycocolle, de la tyrosine, de l'urée et surtout de l'ammoniaque. A leur tour les acides amidés et l'ammoniaque subissent une désintégration plus complète sous l'influence des ferments ni trifica teurs, el ceux-ci aboutissent en dernier lieu à la formation des nitrates que les plantes peuvent assimiler directement pour construire leurs tissus. C'est donc sous cette forme de nitrates assimilables par les plantes que l'azote rentre dans la rotation générale du monde vivant.
« Une eau d'égout est épurée, lorsque toutes les matières organiques ternaires ou quaternaires qu'elle renferme ont subi ces désintégrations successives et sont devenues des substances minérales. » • C'est Dibdin qui a tenté le premier la purification biologique après des essais répétés de purification chimique des eaux vannes par la chaux et le sulfate de fer; mais Dibdin a reconnu qu'il ne s'agissait que d'une clarification sans suppression de souillures. Prenant des eaux du sewage de Londres, déjà débarrassées de la majeure partie des matières en suspension par une précipitation chimique due à la chaux et au sulfate ferreux, Dibdin les faisait écouler d'une façon intermittente à travers une couche de coke, d'argile cuite concassée ou de mâchefer. L'opération était répétée 5 fois par jour, en laissant à chaque fois cinq heures de repos au support. L'expérience avait montré que ce dispositif était particulièrement favorable à l'oxydation de la matière organique soluble par les microbes aérobies; de là le nom de lits bactériens aérobies qu'on a donné à ces bassins. A Barking, les eaux à épurer ne subissaient qu'une fois cette opération (contact simple); à Sutton," où Dibdin installa des lits bactériens à double contact, les eaux renouvelaient deux fois le passage à travers le support oxydant.
Plus tard, Dibdin remplaça la précipitation chimique des matières insolubles par une sédimentation dans des bassins de décantation. Mais ce premier temps de l'opération aboutit à la disparition des substances insolubles par un double mécanisme : d'une part, par la sédimentation, de l'autre, par une véritable dissolution des matières due à la fermentation anaérobie, qui se développe, à l'abri de l'air sous la croûte qui ne tarde pas à se former à la surface des eaux séjournant dans ces bassins de dégrossissage.
Depuis quinze ans, l'épuration biologique des eaux d'égout a fait des progrès considérables ; dans tous les pays civilisés, les hygiénistes et les ingénieurs sanitaires se sont efforcés de perfectionner les méthodes et les appareils. En France, M. Calmctte s'est mis à la tête de ce mouvement et par ses beaux travaux a contribué à rendre des services éminents à lhy-
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giène publique. Avant de donner, comme exemples à suivre, les systèmes qui nous paraissent les meilleurs à adopter pour une ville ou pour des agglomérations quelconques, nous allons exposer quels sont, d'après Calmotte et Masson, les principes de l'installation d'un établissement d'épuration des eaux d'égout.
Principes généraux de l'épuration biologique des eaux d'égout. — Les procédés biologiques artificiels permettent d'ellectuer l'épuration des eaux d'égout sur des sols artificiellement constitués par des matériaux très perméables (tels que scories ou mâchefer, pouzzolanes ou corps poreux de toutes sortes) disposés en lits sur une épaisseur moyenne de 1 m. 50 à 2 mètres.
A la surface de ces lits, on déverse par intermittences, soit au moyen de canalisations desservies par des réservoirs de chasse, soit au moyen de dispositifs mécaniques quelconques, dont on connaît actuellement un grand nombre de systèmes, des volumes d'eau d'égout correspondant en moyenne à 500 litres par mètre carré de surface et par 24 heures (5000 mètres cubes par hectare et par jour ou 1825 000 mètres cubes par hectare et par an).
Le liquide filtre à travers le sol poreux et s'y débarrasse de la matière organique qu'il contenait. Celle-ci est rapidement transformée en nitrates par une série d'actions microbiennes d'autant plus actives que l'aération du lit est plus parfaite dans toute la masse des matériaux qui le constituent.
Pour que l'épuration s'accomplisse d'une manière satisfaisante sans encrasser Je lit bactérien, il est indispensable :
a) Que l'eau distribuée à la surface du lit soit débarrassée aussi parfaitement que possible de toute matière en suspension ;
b) Que la distribution soit régulière et que les déversements soient réglés de telle sorte que l'oxydation des substances organiques dissoutes, fixées sur les matériaux pendant les périodes de mouillage, ait le temps de s'effectuer.
La première condition (séparation des matières en suspension) peut être réalisée de plusieurs manières.
La plus simple consiste à retenir préalablement les eaux d'égout dans un ou plusieurs bassins étanches et convenablement disposés, pour recueillir par décantation ou dépôt toutes les substances lourdes et pour séparer au moyen de diaphragmes ou de chicanes de surfaces les corps légers flottants, en particulier les graisses. Pour que ces matières soient retenues, il est alors indispensable de donner aux bassins une capacité correspondant au débit total moyen fourni par l'égout en six heures.
L'effluent est ensuite dirigé sur les lits bactériens et les boues sont évacuées des bassins de dépôt au moyen de dragues ou de pompes, sans avoir subi de fermentation. Avec ce système, la manutention des boues exige une main-d'œuvre assez onéreuse.
Aussi lui préfère-t-on dans beaucoup de cas celui des fosses septiqùes étanches qui permet de raréfier notablement les dragages.
Les fosses septiques sont des bassins profonds de 2 mètres à 4 mètres et d'une capacité correspondant au débit total fourni par l'égout en 24 heures.
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Ces fosses restanl constamment pleines laissent écouler par déversement à Tune de leurs extrémités un volume d'eau égal à celui qu'elles reçoivent à l'autre extrémité. Elles remplissent la double fonction de bassins de décantation et de bassins de fermentation. Les matières lourdes se déposentau fond; les matières légères (graisses principalement) émergent à la surface et y sont retenues par des cloisons plongeantes qui ne laissent filtrer que les liquides parfaitement décantés. Les fermentations complexes qui s'y accomplissent ont pour résultat de solubiliser environ 30 à 50 pour 100 des matières organiques en suspension qu'elles reçoivent. Celles de ces matières que les ferments microbiens ne parviennent pas à dissoudre y restent accumulées en même temps que les substances minérales (argiles et sables fins). On les évacue de temps en temps avec des pompes ou par des dragages lorsque leur masse réduit d'un tiers environ la capacité volumétrique des fosses.
Les fermentations qui s'accomplissent dans les fosses septiques s'accompagnent de dégagements gazeux assez abondants dont le volume correspond en moyenne à dix litres par mètre cube d'eau d'égout traitée. Ces dix litres de gaz sont constitués par un mélange de méthane (gaz de marais), d'acide carbonique et d'hydrogène avec une petite quantité d'hydrogène sulfuré. Leur odeur désagréable entraîne l'obligation de placer les fosses septiques loin des agglomérations ou même, dans certains cas, de supprimer leur emploi.
Pour éviter l'encombrement trop rapide des fosses septiques par des corps étrangers insolubles (sables, scories, cendres), il est toujours nécessaire de n'y admettre que des eaux d'égout grossièrement décantées, soit au moyen de bassins spéciaux munis de grilles placées à leur entrée, soit au moyen de décanteurs mécaniques dont il existe un grand nombre de systèmes.
L'effluent des fosses septiques est évacué et distribué sur les lits bactériens, comme il a été dit ci-dessus.
// importe de savoir que la fosse septique ne saurait en aucun cas être considérée comme réalisant même partiellement l'épuration des eaux d'égout. Son râle est limité à la solubilisation d'une partie des matières organiques en suspension.
L'épuration ne s'accomplit que sur les lits bactériens par l'action des ferments aérobies dont sont peuplés les matériaux poreux qui les constituent.
Aussi les autorités sanitaires ne sauraient-elles être mises trop en garde contre cette idée erronée et trop fréquemment émise que les fosses septiques sont des appareils d'assainissement. Les fosses septiques sans lits bactériens, proposées pour remplacer les fosses d'aisances fixes, ne sauraient être tolérées dans les villes; par les mauvaises odeurs qu'elles dégagent et par leurs déversements directs de matières en pleine fermentation à l'égout, elles constituent à la fois une gêne et un redoutable danger pour la santé publique. L'usage n'en est possible que dans les campagnes, lorsque leur eflluent peut être déversé sur des prairies.
Etant donnée la multiplicité des méthodes et des dispositifs employés
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pour l'épuration biologique des eaux, tant en France qu'à l'étranger, il pourra paraître utile au lecteur de savoir quel est le meilleur système à employer pour une agglomération, village, bourgade ou ville.
Voici trois types différents qui fonctionnent depuis quelque temps et qui ont donné toute satisfaction. Ce sont la station d'épuration biologfque des eaux dégoût du quartier de l'Abattoir, celle de l'hôpital de Rosendael et celle de la station balnéaire d'Hardelot.
Station du quartier de l'Abattoir à Lille. — La ville de Lille avait
Fig. 292. — Station d'épuration des eaux dégoût du quartier de l'Abattoir, à Lille. A droite, î jlits bactériens; à gauche, fosses septiques; au fond, appareil « Kremer » (Calmetle, Epuration des Eaux d'égout).
décidé, en 1907, de faire établir une installation d'essai d'épuration des eaux d'égout dont les résultats devaient servir de base à l'établissement d'un projet définitif et complet d'assainissement.
Le quartier de l'Abattoir fut choisi comme étant celui qui contribue le plus à polluer la Deûle par le rejet d'eaux résiduaires particulièrement chargées et difficiles à épurer.
L'épuration est réalisée par le système biologique artificiel. Les eaux arrivent à la station dans un appareil Kremer, d'où elles s'écoulent dans la fosse septique (fig. 292).
La fosse septique, d'une capacité de 1200 mètres cubes, a une longueur de 50 mètres et une largeur de 8 mètres. La profondeur varie de 3 m. 20 aux extrémités à 5 m. 80 au centre. Des chicanes incomplètes la divisent en quatre parties. A l'extrémité de la fosse septique se trouve un plancher perforé supportant un filtre en scories que les eaux doivent traverser de bas en haut. Une rigole courant le long de la fosse dirige les eaux vers les deux lits bactériens.
Les lits bactériens sont construits, partie entre murs bas, perforés à la base et traversés par les drains d'évacuation, partie en talus, sur \ ni. 75 de hauteur. Ils sont constitués par des scories mélangées d'un vingtième environ de pierres calcaires; au fond, les matériaux sont très gros pour former drainage; à la surface, au contraire, ils sont très fins. Une rigole d'alimentation traverse chacun des deux lits 'pour distribuer l'eau à quatre réservoirs de chasses intermittentes. La répartition à la surface des scories est obtenue au moyen de drains en poterie mis bout à bout, sauf pour un seul bassin qui déverse les eaux dans des tuyaux de fonte perforés comme ceux de l'installation expérimentale de la Madeleine.
Rôle de la fosse septique. — Dans la fosse septique 40,5 pour 100 des matières en suspension dans l'eau brute échappent à l'appareil Kremer et se rendent dans la fosse septique. Quant à l'effluent de la fosse septique, il renferme encore 10,3 pour 100 des matières en suspension totale. La proportion des matières colloïdales dans l'eau brute est de 77,7 pour 400.
La diminution est très faible pendant le passage dans l'appareil Kremer, assez peu importante pendant le séjour dans la fosse septique, et souvent considérable clans l'effluent des lits bactériens.
Quant à l'épuration sur les lits bactériens, elle est régulière à toutes les époques de l'année. Les effluents se sont toujours montrés imputrescibles, même dans les ..conditions anormales obtenues pour l'épreuve d'incubation. Quant aux matières en suspension, entraînées avec effluents, il est très difficile d'obtenir leur décantation complète. Cependant on peut réduire la quantité de façon très appréciable et inférieure à celle généralement admise comme limite tolérée.
Ce système d'épuration biologique, d'après Calmette, peut épurer 1260 litres par journée complète et par mètre carré bactérienT Les eaux résiduaires d'abattoir étant plus difficiles à épurer que les eaux d'égout ordinaires en raison de la concentration très forte de ces eaux et de leur richesse en matières organiques putrescibles, on peut en conclure que les eaux d'égout ordinaires peuvent être épurées à l'aide d'un système analogue à celui du quartier de l'Abattoir, lorsqu'il ne s'agit pas d'une très grande agglomération.
Épuration biologique des eaux de l'hôpital de Rosendael. — Voici, d'après Calmette, une installation modèle pour l'épuration biologique des eaux d'un hôpital :
La ville de Dunkerque (Nord), très resserrée dans ses fortifications, a dû construire récemment son nouvel hôpital sur la commune de Rosendael. La surface de terrain dont on disposait étant assez restreinte, les installations d'épuration devaient se trouver à proximité des bâtiments, ce qui a conduit le constructeur à adopter certains dispositifs spéciaux que nous croyons intéressant de signaler.
Les eaux d'égout (environ 40 mètres cubes par jour) sont recueillies dans un réseau de canalisations qui ont abouti à deux postes de relèvement, d'où elles sont refoulées à la station d'épuration par l'air comprimé.
Les eaux sont reçues alors dans un bassin régulateur couvert, d'où elles s'écoulent dans une fosse septique couverte. L'effluent de la fosse septique
781 Hygiène des villes.
esl désodorisé par l'addition, automatique et proportionnelle au débit, d'une solution diluée et filtrée de chlorure de chaux.
L'expérience a montré qu'une proportion de 2 milligr. de chlorure par litre était suffisante pour la désodorisation, et que cette dose ne nuisait en aucune façon à l'épuration biologique ultérieure.
Les lits bactériens, formés de scories, sont alimentés par des réservoirs à siphons de chasse automatique et par des tuyaux métalliques perforés. Dans le but d'éviter les effets des fortes gelées, on a établi à quelque distance de la surface des lits un léger plancher de fer en I pour supporter des paillassons.
Comme on a signalé que dans certains lits à percolation se développaient des mouches, et qu'à proximité d'un hôpital il y a lieu d'éviter leur présence, puisqu'elles peuvent transporter des germes infectieux, ou tout au moins incommoder les malades, le lit bactérien est recouvert d'un toit en tôle ondulée et galvanisée et entouré de tous côtés par des panneaux garnis de toile métallique formant moustiquaire.
Les résultats d'épuration sont excellents, l'effluent ayant donné un échantillon qui présentait 185 milligr. de nitrate par litre (nitrification très intense).
Nous citerons enfin comme système pouvant être adopté pour un groupe de maisons situées dans une banlieue de grande ville ou pour une commune suburbaine dont les égouts ne communiquent pas avec ceux de la métropole, le système inauguré à Hardelot (Pas-de-Calais) dans une station balnéaire récemment créée dans une contrée presque inhabitée. Cette circonstance a permis de doter la station d'Hardelot d'un système d'assainissement presque parfait. Voici d'après Calmette quelle en est la disposition.
Un réseau de canalisation distribue l'eau potable dans chaque maison et un autre réseau permet le tout à l'égout.
Les administrateurs de cette station ont eu l'idée d'établir un traité de concession de l'assainissement, comme on fait des traités de concession d'eau potable, et ils ont trouvé un concessionnaire, M. Degoix, ingénieur à Lille, qui s'est engagé à faire toute l'installation à ses frais, risques et périls, moyennant un abonnement annuel correspondant à l'importance de chaque villa et à ne déverser, dans le ruisseau d'évacuation, qu'un effluent parfaitement épuré, répondant aux conditions exigées par le Conseil supérieur dhygiène publique de France. C'est, croyons-nous, la première fois qu'une entreprise d'assainissement et d'épuration des eaux d'égout s'est effectuée dans ces conditions sur le territoire français.
Les eaux d'égout sont drainées par un réseau de canalisation en fonte, à joints étanches, d'une longueur actuelle de 5800 mètres, et elles s'écoulent par gravitation jusqu'à un poste de relèvement d'où elles sont refoulées par l'air comprimé à la station d'épuration.
Les plans ont été établis en tenant compte du développement progressif d( la station balnéaire; mais pour éviter des constructions qui ne seraient pas en rapport avec le cube d'eaux d'égout à traiter, au moins dans les pre
Hygiène des villes. 782
mières années, le concessionnaire a divisé les installations en un certain nombre d'unités qui seront édifiées au fur et à mesure des besoins. Cette méthode aura de plus le grand avantage de déterminer la capacité épuratrice de chaque unité et de régler les agrandissements successifs suivant les résultats obtenus. Actuellement, les eaux d'égout arrivent dans un bassin régulateur, destiné à uniformiser autant que possible le débit extrêmement variable. Elles s'écoulent alors dans une fosse septique, dont l'effluent est déversé à des intervalles réguliers sur les lits bactériens percolateurs au moyen de réservoirs avec siphons de chasse automatique et de tuyaux de fonte perforés, comme à la station expérimentale de la Madeleine.
Le volume d'eau traité par jour a été de 50 à 60 mètres cubes pendant la saison de 1910. Les résultats d'épuration sont excellents et la nitrification très active, comme nous avons pu nous en rendre compte par l'analyse (155 milligr. de nitrates par litre).
Contrôle des méthodes dépuration biologique des eaux d'égout. — Nous venons d'indiquer trois types de procédés d'épuration des eaux résiduaires. il est indispensable, pour le bon fonctionnement de ces procédés, qu'il y ait un contrôle constant des méthodes employées.
Voici quelques méthodes simples à adopter, d'après Calmette. Il estime que l'épuration est satisfaisante :
1° Lorsque l'eau épurée ne contient pas plus de 0 gr. 05 de matières en suspension par litre ,
2° Lorsque, après fîltration, sur papier, la quantité d'oxygène que l'eau épurée emprunte au permanganate de potassium en quatre heures reste sensiblement constante avant et après sept jours d'incubation à la température de 50°, en flacon bouché à l'émeri ;
5° Lorsque, avant et après sept jours d'incubation à 50°, l'eau épurée ne dégage aucune odeur putride ou ammoniacale ;
4° Enfin lorsque l'eau épurée ne renferme aucune substance t chimique susceptible d'intoxiquer les êtres vivants, végétaux on animaux.
MESURES DE PROTECTION GÉNÉRALES DES VILLES CONTRE L'INDUS- TRIE ET LE COMMERCE. — Nous ne ferons qu'indiquer en terminant une série de mesures destinées à protéger les villes contre certains inconvénients provenant principalement de l'industrie, par exemple contre les odeurs, les gaz, les vapeurs et les fumées.
Le classement des industries insalubres, réglementées par le décret de 1810, visait surtout les odeurs pouvant incommoder les habitants. Nous avons déjà parlé des fumées qui, dans certaines grandes cités industrielles comme à Glasgow et bien d'autres villles encore, obscurcissent la lumière du soleil, condensent les vapeurs atmosphériques, les brouillards et la pluie, déposent sur les maisons, sur les vêtements et sur les personnes des résidus noirs qui nécessitent un appropriement constant. Malheureusement les appareils fumivores qu'on a inventés, et ils sont légion, ne semblent pas répondre parfaitement au but qu'ils devaient atteindre.
Quant aux odeurs, soit qu'elles proviennent de la décomposition des
matières organiques des égouts, des vidanges, du crottin, ou bien de diverses opérations industrielles; elles sont plus gênantes et plus insupportables qu'elles ne sont nuisibles au point de vue de la santé. On pensait autrefois qu'elles apportaient à l'homme les germes des maladies infectieuses (miasmes) : on sait qu'il n'en est rien. Dans la nomenclature des établissements dangereux, incommodes ou insalubres:
218 sont classés pour l'odeur;
115 pour le danger d'incendie; 7 1 pour la fumée ;
65 pour les poussières et émanations nuisibles ; 52 pour l'altération des eaux; 24 pour le bruit, etc.
Il faut constater toutefois que les odeurs de Paris ont beaucoup diminué, surtout depuis la suppression des dépotoirs et les perfectionnements apportés à la fabrication des superphosphates. Le traitement des os à l'air libre est maintenant interdit partout.
Quant au bruit, qui peut être parfois intolérable comme celui qui provient des essais de moteur pour aéroplanes, ou du passage de certains autobus, il constitue un inconvénient et un désagrément, surtout pour les personnes nerveuses, mais d'après une récente décision du Conseil d'État il ne saurait donner lieu à aucun recours particulier. Les Conseils d'hygiène peuvent toutefois interdire certaines industries trop bruyantes, dans les centres habités.
Si l'on résume les inconvénients des centres industriels, il est incontestable que l'industrie est un moindre degré, le commerce exerçant une influence désastreuse sur l'hygiène des villes. C'est d'ailleurs pour cela que les différentes industries ont été réglementées dans les villes et classées d'après leurs différents degrés d'insalubrité.
PROTECTION DES VILLES VIS-A-VIS DES CAUSES D'INSALUBRITÉ DÉTER- MINÉES PAR LES HABITANTS. — L'hygiéniste devra encore envisager la protection des villes vis-à-vis des causes d'insalubrité déterminées par les habitants. Ce qui revient à étudier :
1° Les moyens de lutte contre les maladies transmissibles ;
2° Les moyens de lutte contre les maladies sociables, autres que les maladies transmissibles.
La lutte contre les maladies transmissibles comprend un certain nombre de mesures que nous ne ferons qu'indiquer parce qu'elles sont contenues dans les lois et règlements concernant la santé publique, ce sont :
1° La déclaration obligatoire des maladies infectieuses;
2° L'affichage des cas de maladies (cette mesure n'est pas adoptée en France) ;
5° Une enquête sur les cas de maladies infectieuses déclarées;
4° L'isolement;
5° La désinfection;
6° La vaccination ;
7" L'immunisation, en particulier contre la diphtérie
Hygiène des villes. "xj
8° La police sanitaire des animaux.
A ce sujet nous devrons mentionner l'importance des mesures de police sanitaire que Ton doil prendre pour combattre la rage. En Allemagne, la page esi inconnue ou excessivement rare parce que le port de la muselière est obligatoire. En France, la sensiblerie du public et surtout du public parisien n'a pas permis aux différents préfets de police de juguler la rage en ordonnant le port obligatoire de la muselière toute l'année.
11 faut savoir d'ailleurs qu'il y a à Paris entre 30 et 40 000 chiens sans propriétaires ou qui en changent au hasard de leurs fantaisies. Les boucheries canines qui fonctionnent en Allemagne avec succès rendraient de grands services à Paris;
9° Surveillance de la prostitution.
Les maladies vénériennes rentrent pour une part notable dans la mortalité et la morbidité urbaine, il convient donc de surveiller sévèrement la prostitution.
Toutes ces mesures sont indispensables à la bonne hygiène d'une grande ville. Elles sont prévues par la loi et par les arrêtés en France, mais elles ne sont presque jamais exécutées complètement, sauf peut-être à Paris ; encore y a-t-il de nombreuses réserves à faire à ce sujet. Gela tient à ce que les maires, partout ailleurs qu'à Paris, détiennent l'autorité en matière d'hygiène et que les préoccupations politiques font passer le souci de la santé publique au dernier plan. C'est donc un article de la loi qu'il sera urgent de réformer.
RÈGLEMENTS SANITAIRES DES VILLES. — Voici quels sont les principaux règlements sanitaires de la ville de Paris.
Nous pensons que ces documents, qui peuvent servir de modèles, seront plus utiles aux médecins praticiens, désireux de connaître le détail de la police sanitaire urbaine, que des développements plus détaillés sur l'hygiène générale des villes. (
Salubrité de la voie publique dans ses rapports avec la commodité et la sûreté de la circulation.
Ordonnance du 18 mars 1904.
Les articles 1 et 2 sont les mêmes que pour la Préfecture de la Seine.
Art. Ê ¥- Préalablement à toute démolition d'immeuble, les caves, sous-sols, rezde-chaussée et étages devront être nettoyés et balayés; les débris et détritus de toute nature, ordures, papiers, vieux chiffons, etc., seront brûlés sur place.
On devra procéder à la vidange, au curage, au comblement ou à l'assèchement de toutes les fosses fixes et mobiles, des puits, puisards, caves infectées par des dépôts de matières putrescibles, égouts particuliers et canalisations souterraines; on désinfectera les murs ou parois, par exemple en les aspergeant d'une dissolution de sulfate de fer, puis en les badigeonnant au moyen d'un lait de chaux fraîchement préparé. Pour la vidange des fosses et le curage des puits et puisards, on se conformera aux règlements en vigueur et notamment à l'ordonnance de police du 20 juillet 1838.
Dans le cas de démolition des fondations en contre-bas du sol du rez-de-chaussée et notamment de berceaux de caves, d'anciennes fosses ou d'anciens égouts et de toutes cavités souterraines, les matériaux, les résidus retirés des fouilles et les terres infectées qui en sont extraits et qui seraient ^reconnus capables de compromettre la santé et la salubrité publiques et d'engendrer des maladies endémiques, épidémiques ou contagieuses, seront désinfectés, par exemple par le saupoudrage d'un mélange de sulfate de fer pulvérisé et de chaux vive, à raison de 500 grammes de sulfate de fer pulvérisé et d'un kilogramme de chaux vive par mètre cube.
Ces débris de démolition el ces terres ne pourront être transportés qu'aux décharges, et, dans des cas spéciaux (terres infectées par des fuites de lusses d'aisances, d'anciens égouts, etc.), ils devront être portés dans des dépôts de gadoues autorisés, dans des voitures couvertes qui ne laissent rien répandre sur le sol.
Toutes dispositions seront prises pour protéger le voisinage contre la poussière.
Art. .">. — Les chargements, transports et déchargements de toute nature, auront lieu dans des conditions telles que la voie publique n'en puisse être salie, ni leji. passants incommodés.
Art. 6. — Les dispositions des articles ci-dessus s'ajouteront à celles indiquées dans des ordonnances de police du 1" septembre 1853, 25 juillet I S(>"2 et 10 juillet 1900 (art. 369).
Salubrité des logements loués en garni.
Art. 7 (modifié depuis 1908). — Le nombre des locataires qui pourront être reçus dans chaque chambre sera proportionnel au volume d'air qu'elle contiendra : ce volume ne sera jamais inférieur à li mètres cubes par personne.
Le nombre maximum des personnes qu'il sera permis de recevoir dans chaque pièce y sera affiché d'une manière apparente.
Art. 8. — Le sol des chambres dans les étapes situés au-dessus du rez-de-chaussée sera imperméable ou imperméabilisé et disposé de façon à permettre de fréquents lavages.
Le sol des locaux sis au rez-de-chaussée, au-dessus des caves ou des terre-pleins, devra toujours être imperméable.
Les murs, les cloisons et les plafonds seront enduits en plâtre; ils seront maintenus en état de propreté et, de préférence, peints à l'huile ou badigeonnés à la chaux.
Les peintures seront lessivées ou renouvelées au besoin tous les ans.
On ne pourra garnir de papier que les chambres à un ou deux lits, et ces papiers seront remplacés toutes les fois que cela sera jugé nécessaire.
Art. 9. — Les chambres doivent être convenablement ventilées.
Les chambrées, c'est-à-dire les chambres qui contiennent plus de quatre locataires, devront être pourvues d'une cheminée ou de tout autre moyen d'aération permanente.
Le nombre maximum de locataires que peuvent recevoir ces chambrées devra être indiqué soit sur la porte de chaque chambrée, soit près de cette porte, au moyen de la peinture à l'huile et en caractères apparents.
Art. 10. — Dans les chambres situées à rez-de-chaussée, où des traces d'humidité seraient constatées, les murs devront être, dans leur partie inférieure, revêtus de lambris isolés du mur ou d'enduits imperméables jusqu'à une hauteur de 1 m. 50 au moins.
Art. 11. — Il est interdit de louer en garni des chambres qui ne seraient pas éclairées directement ou qui ne prendraient pas air et jour sur un vestibule ou sur un corridor éclairé lui-même directement.
Les pièces qui prendraient air et jour sur un vestibule ou sur un couloir éclairé directement devront être pourvues d'une cheminée ou de tout autre moyen d'aération permanente.
Les chambrées et les chambres qui contiendraient plus de deux personnes devront toujours être éclairées directement. ..v*
Art. 12. — Il est interdit de louer des caves et des sous-sols en garni.
Art. 13. — Aucune chambre à coucher ne pourra être traversée par* un tuyau de fumée en métal.
Art. li. — Il y aura au moins un cabinet d'aisances pour vingt personnes.
Art. 15. — Ces cabinets, peints au blanc de zinc et tenus dans un état, constant de propreté, seront suffisamment aérés et éclairés directement.
Ln réservoir ou une conduite d'eau en assurera le nettoyage. A défaut de réservoir ou de conduite d'eau, une désinfection journalière sera opérée au moyen d'une solution, p.-ir exemple de sulfate de fer, à raison de. 50 grammes par litre d'eau, dont quelques litres seront toujours laissés dans les cabinets.
Les cabinets devront être munis d'appareils à fermeture automatique fonctionnant
autre nt que parle poids des matières. Si l'Administration le juge nécessaire, un
siphon obturateur sera établi au-dessous de celle fermeture.
Le sol sera imperméable el disposé en cuvette inclinée, de manière à ramener les liquides vers le tuyau de chute el au-dessus de l'appareil automatique.
Les prescriptions contenues dans les trois paragraphes précédents ne sont pas
Nu« P. M. C. - Suppl. 50
Hygiène des villes. 786
applicables dans les immeubles où les matières de vidanges sont directement écoulées à l'égout.
Les urinoirs, s'il m existe, devront être construits en matériaux imperméables et imputrescibles, pourvus d'effets d'eau suffisants ou entretenus et désinfectés partout autre moyen équivalent et munis, avant leur raccordement sur la conduite d'évacua^ tion, d'une occlusion hermétique et permanente.
Aht. 16. — Les corridors, les paliers, les escaliers et les cabinets d'aisances devront être fréquemment lavés, à moins qu'ils ne soient frottés à la cire ou peints, ainsi que cela a été prescrit pour les chambres.
Les peintures seront de ton clair.
Les cuvettes d'eaux ménagères seront munies d'une fermeture hermétique, lavées et désinfectées comme il est dit à l'article précédent. Les gargouilles, caniveaux et tuyaux d'eaux pluviales et ménagères seront entretenus avec le même soin.
Art. 17. — Les orifices de décharge des eaux usées dans les cours, écuries ou remises, éviers, vidoirs, postes d'eau, lavabos ou toilettes, baignoires, etc., devront être pourvus chacun d'une occlusion hermétique et permanente avant le raccordement sur le tuyau de descente ou le conduit d'évacuation.
Art. 18. — Chaque maison louée en garni sera pourvue d'une quantité d'eau potable suffisante pour assurer la propreté et la salubrité de l'immeuble et pour subvenir aux besoins des locataires.
Art. 19. — Toutes les fois qu'un cas de maladie contagieuse ou épidémique se sera manifesté dans un garni, un médecin délégué de l'Administration ira constater la nature de la maladie et provoquer les mesures propres à en prévenir la propagation.
Le logeur sera tenu à déférer aux injonctions qui lui seront adressées à la suite de cette visite, notamment en ce qui concerne l'isolement des malades, la désinfection des linges, des vêtements et des locaux.
Garnis à établir dans des immeubles actuellement construits.
Art. 20. — Les chambres louées en garni devront avoir un cube d'air d'après le nombre de leurs locataires.
Le cube d'air minimum pour une personne sera : de 18 mètres cubes, si la chambre est située, soit au rez-de-chaussée, soit au premier étage, ou si elle n'a de fenêtre que sur un couloir éclairé et aéré directement; de 16 mètres cubes, si la chambre est établie au-dessus du premier étage et si elle est éclairée et aérée directement.
Une chambre habitée par deux personnes ne pourra avoir un cube inférieur à 28 mètres, et une chambre habitée par trois personnes ne pourra avoir un cube de moins de 40 mètres.
Pour la fixation du cube d'air de ces logements, on comptera deux enfants audessous de 12 ans comme un adulte.
Art. 21 (modifié en 1908). — Les orifices des cabinets d'aisances seront munis d'un appareil formant fermeture hermétique et permanente, afin d'intercepter toute communication entre l'atmosphère des tuyaux de chute et celle des locaux desservis. Les cabinets d'aisances devront être pourvus de la quantité d'eau nécessaire pour assurer le lavage complet des appareils et l'entraînement des matières.
Garnis à établir dans des immeubles construits après la publication du présent règlement.
Art. 22. — Le cube d'air minimum pour une personne sera de 20 mètres cubes.
Art. 23. — Ces garnis devront, en outre, satisfaire aux prescriptions des chapitres i et il non contraires à celles de l'article 22, ainsi d'ailleurs qu'à celles du décret du 13 août 1902 et du règlement sanitaire de la Préfecture de la Seine.
Déclaration des maladies.
Art. 24. — Les déclarations faites en vertu de l'article 5 de la loi du 13 février 1902 seront adressées à la Préfecture de Police (Bureau d'Hygiène).
Isolement des malades.
Art. 23. — Tout individu atteint d'une des maladies transmissibles dont la déclaration est obligatoire sera isolé de telle sorte qu'il ne puisse propager cette maladie. Ceux qui devront l'approcher seront tenus de prendre les précautions nécessaires pour éviter la propagation du mal.
787 Hygiène des villes.
Dans aucun cas, les malades ne pourront être soignés dans des locaux commerciaux.
Transport des malades.
Art. 20. — Il est interdil de transporter ou de faire transporter des malades atteints de maladies transmissibles, dont la déclaration est obligatoire, dans des voitures publiques.
Si, par exception, une de ces voitures a servi au transport d'un contagieux, elle devra être désinfectée immédiatement.
Vaccination et revaccination.
Art. 27. — Il est interdit aux nourrices, gardeuses ou sevreuses de prendre ou conserver les enfants n'ayant pas satisfait aux obligations de la loi en ce qui concerne la vaccination antivariolique.
Voyageurs venant de pays contaminés.
Art. 28. — Toute personne venant d'un pays déclaré contaminé est tenue, dans les vingt-quatre heures de son arrivée à Paris, de faire parvenir à la Préfecture de Police (Bureau d'Hygiène) le passeport sanitaire qui lui a été délivré à la frontière en y indiquant l'adresse exacte où le médecin-inspecteur des épidémies ira s'assurer de son état de santé.
Désinfection des voitures publiques, bateaux, etc.
Art. 29. — Le matériel servant au transport en commun des voyageurs (omnibus, tramways, bateaux, chemin de fer Métropolitain, etc.) et les voitures de place devront être désinfectés à toute réquisition de l'Administration.
Transports de corps.
Art. 30. — Les corps des personnes ayant succombé à la suite de Tune des maladies dont la déclaration est obligatoire seront inhumés dans un des cimetières du département de la Seine. Il ne pourra être délivré de permis de transport à quelque distance que ce soit du territoire du département à moins que le corps ne soit placé dans un cercueil métallique étanche.
Art. 51. — Le présent Règlement sera publié et affiché.
Les contrevenants aux dispositions qu'il renferme seront poursuivis par application des lois des 15 février 1902 et 7 avril 1903.
Les règlements sanitaires de Paris sont sous la dépendance de la Préfecture de la Seine, en partie, et de la Préfecture de Police. C'est ce dernier qui vient d'être exposé.
Voici maintenant le règlement sanitaire de la Ville de Paris (Préfecture de la Seine), qui complète le précédent.
Salubrité de la voie publique dans ses rapports avec la salubrité de lhabitation.
Art. 1er. — Il est interdit d'effectuer aucun dépôt, de quelque nature et à quelque heure que ce soit, sauf l'autorisation spéciale, sur aucune partie de la voie publique rues, places, quais, ports, berges, etc.); d'y pousser des ordures ou résidus provenant du balayage des maisons; d'y battre ou secouer des tapis, draperies, étoffes quelconques, après 8 heures du matin, du 1er avril au 30 septembre, et après 9 heures du matin, du 1er octobre au 51 mars.
Art. 2. — Toute projection d'eaux usées, ménagères ou autres, est interdite sur les voies publiques pourvues d'égout. Il est fait exception, toutefois, pour les eaux provenant du lavage des façades des maisons, des portes-cochères et vestibules, des devantures de boutiques; l'eau en provenant sera balayée immédiatement au caniveau. Il est défendu d'employer à ce lavage des eaux usées.
Il est prescrit aux entrepreneurs de travaux exécutes sur la voie publique ou dans [es propriétés qui l'avoisinent, de tenir la voie publique en état de propreté, aux abords de leurs ateliers ou chantiers et sur tous les points qui auraient été. salis par
Hygiène des villes. 788
suite de leurs travaux; il leur ésl égalemenl prescrit d'assurer aux ruisseaux un libre écoulement.
Ai;i. 5. - Les terres el détritus quelconques provenanl des fouilles seronl désinfectés, s'il \ a lieu, et, dans tous les cas, transportés sans retard aux décharges.
Les transports de toute nature auront lieu dans des conditions telles que la vonpublique n'en puisse être salie, ni le- passants incommodés; les chargements <■! déchargements seronl effectués en conséquence.
.\i;t. ï. — Le propriétaire de tout immeuble habité est tenu de faire déposer chaque matin, soit extérieurement sur le trottoir, soil intérieurement près de la porte d'entrée, en un point, parfaitement visible et accessible, un ou plusieurs récipients communs, de capacité suffisante pour contenir les ordures ménagères de tous les locataires ou habitants.
Il en sera de même pour les immeubles situés dans les voies non classées dont les propriétaires auront consenti un abonnement au balayage, à moins que les tombereaux n'y puissent circuler. Si ces deux conditions ne peuvent être remplies, les récipients seront déposés aux débouchés de la voie privée sur la voie publique.
Le dépôt de ces récipients devra être effectué une beure au moins avant l'heure réglementaire de l'enlèvement qui doit commencer à 0 h. 1/2 du mat n, pour être terminé à «S h. 1/2 en été (c'est-à-dire du 1er avril au 50 septembre) et commencer à 7 heures, pour être terminé à 9 heures en hiver (c'est-à-dire du 1er octobre au 31 mars).
Les récipients devront être remisés à l'intérieur de l'immeuble une demi-heure au plus après le passage du tombereau d'enlèvement.
Art. 5. — Les récipients communs, quels qu'en soient le mode de construction et la forme, devront satisfaire aux conditions suivantes :
Chaque récipient aura une capacité de 100 litres au maximum. Il ne pèsera pas à vide plus de 15 kilogrammes. S'il est de forme circulaire, il n'aura pas plus de 55 centimètres de diamètre; s'il est de forme rectangulaire ou elliptique, il n'aura pas plus de 50 centimètres de largeur ni de 80 centimètres de longueur. En aucun cas, la hauteur ne dépassera la plus petite des deux dimensions horizontales.
Les récipients seront, à l'intérieur des habitations, pourvus d'un couvercle et tenus fermés; ils seront pourvus de deux anses ou poignées à leurs parties supérieures. Ils devront être peints ou galvanisés et porter sur l'une de leurs faces latérales l'indication du nom de la rue et du numéro de l'immeuble en caractères apparents. Ils devront être constamment maintenus en bon état d'entretien et de propreté, tant intérieurement qu'extérieurement, de manière à ne répandre aucune mauvaise odeur à vide. Ils seront mis à la disposition des locataires et par les soins des propriétaires, depuis 9 heures du soir jusqu'à l'enlèvement.
Art. G. — Il est interdit aux habitants de verser leurs ordures ménagères ailleurs que dans les récipients communs affectés à l'immeuble.
Si le récipient commun vient à faire défaut, ou se trouve accidentellement insuffisant, ils devront laisser leurs récipients particuliers en dépôt, à la place ou auprès du récipient commun.
Art. 7. — Il est interdit aux chiffonniers de répandre les ordures sur la voie publique. Mais ils pourront faire le triage sur une toile et devront remettre ensuite les ordures dans les récipients.
Art. 8. — Il est interdit :
1° De projeter dans les égoiits, par les bouches et les regards [établis sur la voie publique, des matières de vidange liquides ou solides;
2° D'introduire dans les égouts des corps solides, ordures ménagères, détritus liquides ou solides et matières quelconques, pouvant émettre des vapeurs ou gaz incommodes, dangereux ou inflammables;
5° D'écouler des eaux chaudes dont la température serait supérieure à 50 degrés avant leur arrivée dans l'égout ;
4° D'écouler des eaux acides. Ces eaux devront être neutralisées avant leur projection dans les égouts.
Salubrité des voies privées.
Dispositions générales, chaussées et trottoirs.
Art. 9. — Aucune voie privée servant d'accès commun à plusieurs immeubles, qu'elle soit ou non close à ses extrémités, ne pourra être établie qu'à la condition de se conformer aux prescriptions contenues dans les articles suivants.
Art. 10. — Les chaussées et trottoirs y seront établis suivant les mêmes profils, constitués au moyen de matériaux identiques ou équivalents et satisferont aux mêmes conditions que les chaussées et trottoirs des voies publiques.
789 Hygiène des villes.
La répartition des largeurs entre les chaussées et trottoirs sera déterminée d'après la largeur des voies elles-mêmes, conformément au tableau inséré à l'arrêté préfectoral du 15 avril 1846.
Un délai de trois ans est accordé pour la transformation des voies privées existantes.
Art. 11. — Afin d'empêcher tout dépôt d'ordures et d'immondices, les voies privées devront être éclairées d'une façon suffisante.
Art. 12. — Le sol en devra être tenu constamment en bon état d'entretien et de propreté; la chaussée et les trottoirs devront être balayés et les ruisseaux lavés chaque jour.
Pendant la durée des chaleurs, les propriétaires seront tenus de faire arroser la voie privée chaque jour, au moins une fois dans l'après-midi. L'usage pour l'arrosement, des eaux usées, est interdit.
Art. 15. — Les propriétaires seront tenus de faire casser la glace dans toute l'étendue et sur toute la largeur des voies privées; les glaces seront mises en tas le long des ruisseaux, du côté de la chaussée. Ils feront également balayer les neiges.
Le cours des ruisseaux, dans toute la longueur de la voie privée, devra être tenu libre sur une largeur de 50 centimètres au moins pour faciliter l'écoulement des eaux.
Il est défendu de déposer des neiges et des glaces sur les tampons de regards d'égout et auprès des bouches de lavage et bouches d'égout, et de pousser dans les égouts des glaces et des neiges congelées.
Il est interdit de déposer sur le sol de la voie publique aucune neige ou glace provenant d'une voie privée ou des propriétés riveraines de cette voie.
Art. 14. — Tous les terrains situés en bordure des voies privées appartenant à des particuliers ou à la ville de Paris, seront clos de telle façon que l'on ne puisse y pénétrer ou y verser des ordures ou détritus.
Les dépôts de fumier, gravois, ordures ou immondices sont absolument interdits dans les terrains en bordure des voies privées.
Conduites d'eau. Évacuation des eaux fluviales et ménagères
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et des matières de vidange.
Art. 16. — Toute voie privée comprenant des habitations doit être pourvue, sur la longueur nécessaire, par les soins des propriétaires intéressés, de deux conduites : l'une amenant l'eau potable et l'autre destinée aux lavages et aux usages industriels
Art. 17. — Dans toute voie privée débouchant de part ou d'autre sur une voie déjà pourvue d'un écoulement souterrain, les eaux pluviales et ménagères des maisons ne pourront pas être écoulées à ciel ouvert; il sera établi, sur la longueur nécessaire, à moins d'impossibilité absolue, un conduit souterrain convenablement aménagé pour recevoir ces eaux; ce conduit sera lavé par des chasses d'eau suffisantes.
Art. 18. — Toutes les propriétés riveraines doivent être reliées à ce conduit souterrain par des branchements établis dans les conditions prévues au paragraphe 8 du chapitre ni.
Il est accordé, à cet effet, un délai maximum de trois ans, à partir de la mise en vigueur du présent Règlement.
Ce délai ne courra, pour les voies privées qui ne seraient pas dans les conditions visées par l'article 17, qu'à partir du jour où elles viendraient à y rentrer parla mise en service d'un écoulement souterrain de part ou d'autre.
Balayage de la voie publique et nettoiement des trottoirs, des ruisseaux, des devantures de boutiques et des abords des bâtiments en construction, ateliers ou chantiers de travaux. (Ordonnance de police du 1er septembre 1855.)
Art kler. — Les propriétaires ou locataires sont tenus de faire balayer complètement, chaque jour, sauf les cas prévus par l'article 5 ci-après, la voie publique au-devant de leurs maisons, boutiques, cours, jardins et autres emplacements.
Le balayage sera fait jusqu'aux ruisseaux dans les rues à chaussée fendue
Dans les rues à chaussée bombée et sur les quais, le balayage sera fait jusqu'au milieu de la chaussée.
Le balayage sera également fait sur les contre-allées des boulevards, jusqu'aux ruisseaux des chaussées.
Les boues et immondices seront mises en t;ts; ces las devront être placés de la manière suivante, selon les localités, savoir:
Dans les rues sans trottoirs, entre les bornes: dans les rues à trottoirs, le long des
Hygiène des villes. 790
ruisseaux, du côté de la chaussée, si la rue est à chaussée, si la rue es! ;'i chaussée bombée; H le long des trottoirs» si la rue esl à chaussée fendue; sur les boulevards, au bord des trottoirs, du côté do la chaussée.
Dans Ions les cas, les tas devront être placés à une distance d'au moins 2 mètres des grilles OU des bouches d'égOUt.
Nul ne pourra pousser les boues ou immondices devant les propriétés de ses voisins.
Art. 2. — Le balayage sera fait entre cinq et six heures du matin, depuis le 1er avril jusqu'au 50 septembre, et entre six heures et sent heures du matin, du l'r octobre au 31 mars.
En cas d'inexécution, le balayage sera fait d'office aux frais des contrevenants.
Sauf les cas prévus par les articles 7, 13, 20 ci-après, il est interdit à toute personne étrangère à l'administration municipale de balayer ou de faire balayer la voie publique en dehors des heures ci-dessus fixées.
Art. 3. — Lorsque des travaux de pavage auront été exécutés, le balayage quotidien prescrit par l'article 1er sera suspendu sur les parties de la voie publique où ces travaux auront été opérés.
En ce qui concerne le pavage neuf et les relevés à bout, c'est-à-dire les pavages entièrement refaits, le balayage ne sera repris que quinze jours après l'achèvement des travaux, lorsque les entrepreneurs de la ville auront relevé et enlevé les résidus du sable répandu pour la consolidation du pavé, et que les agents de l'administration auront averti les propriétaires et locataires que le balayage devra être repris.
En ce qui concerne les pavages en recherche ou réparations partielles, le balayage sera repris dès l'avis donné par les agents de l'administration.
Les sables balayés et relevés avant les quinze jours de l'achèvement des travaux, ou avant les avis donnés par les agents de l'administration, seront répandus de nouveau aux frais des contrevenants.
Art. 4. — En outre du balayage prescrit par l'article 1er, les propriétaires ou locacataires seront tenus de faire gratter, laver et balayer chaque jour les trottoirs existants au-devant de leurs propriétés, ainsi que les bordures desdits trottoirs, aux heures fixées par l'article 2.
Cette disposition est applicable aux dalles établies dans les contre-allées des boulevards; les propriétaires ou les locataires sont tenus de les faire gratter, laver et balayer chaque jour; les boues et ordures provenant de ce balayage seront mises en tas, ainsi qu'il est prescrit par l'article 1er.
L'eau du lavage des trottoirs et des dalles devra être balayée et coulée au ruisseau.
Les propriétaires ou locataires devront également faire nettoyer intérieurement et dégager les gargouilles placées sous les trottoirs des rues et sous les dallages des boulevards, de toutes ordures et objets quelconques qui pourraient les obstruer. Ce nettoiement doit être fait chaque jour, aux heures prescrites pour le balayage.
Art. 5. — Les devantures de boutiques ne pourront être lavées après les heures fixées pour le balayage et l'eau du lavage devra être balayée et coulée au ruisseau.
Art. 6. — Dans les rues à chaussée bombée, chaque propriétaire ou locataire doit tenir le cours du ruisseau au-devant de sa maison; dans les rues à chaussée fendue, il y pourvoira conjointement avec le propriétaire ou locataire qui lui fait face.
Les ruisseaux sous trottoirs dits en encorbellement devront être dégagés des boues et des ordures et tenus toujours libres et en état de propreté.
Art. 7. — Il est prescrit aux entrepreneurs de travaux exécutés sur la voie publique, ou dans les propriétés qui l'avoisinent, de tenir la voie publique en état constant de propreté aux abords de leurs ateliers ou chantiers, et sur tous les points qui auraient été salis par suite de leurs travaux; il leur est également prescrit d'assurer aux ruisseaux un libre écoulement.
En cas d'inexécution, le nettoiement de ces points de la voie publique sera opéré d'office et aux frais des entrepreneurs.
Arroseraient de la voie publique.
Ordonnance de police du 20 [juin 1851.
Art. 1er. — A compter du jour de la publication de la présente ordonnance, et pendant tout le temps que dureront les chaleurs, les propriétaires ou locataires sont tenus de faire arroser, au moins une fois par jour, de onze heures du matin à deux heures de l'après-midi, la partie de la voie publique au-devant de leurs maisons,
Hygiène des villes.
boutiques, jardins et autres emplacements; ils feront écouler les eaux des ruisseaux pour éviter la stagnation.
Ces dispositions sont applicables aux propriétaires ou locataires des passages publics à ciel ouvert existant sur des propriétés particulières.
Art. 2. — Il est défendu de se servir de l'eau stagnante des ruisseaux pour l'arrosement.
11 est également défendu de lancer l'eau sur la voie publique de manière à gèiier la circulation ou à éclabousser les passants.
Art. 3. — Les concierges, portiers ou gardiens des établissements et maisons domaniales sont personnellement responsables de l'exécution des dispositions ci-dessus, en ce qui concerne les établissements et maisons auxquels ils sont rattachés.
Art. 4. — Les contraventions aux injonctions ou défenses faites par la présente ordonnance seront constatées par des procès-verbaux ou rapports qui nous seront adressés.
Les commissaires de police et l'inspecteur général de la salubrité feront arroser d'office et aux frais des contrevenants, qui, en outre, seront traduits, s'il y a lieu, devant le tribunal pour être punis conformément aux lois et règlements en vigueur.
Instruction du 27 décembre 1871, relative au balayage et à l'enlèvement des neigea et glaces.
L'immense étendue des voies publiques, à Paris, et l'insuffisance des moyens de transport ne permettant pas d'enlever rapidement les quantités considérables de neige qui peuvent tomber dans les rues de Paris, la population est invitée à exécuter les dispositions de l'instruction suivante pour remédier, autant que possible, aux inconvénients résultant de la présence des neiges.
Art. Ie1. — Le balayage et l'enlèvement des neiges, ainsi que le bris des glaces dans les ruisseaux, seront effectués concurremment par les :