ACCIDENTS
... 42 pour
100 accidents.
survenus par la faute du patron (manque de précautions, défaut d'installations des ateliers, défaut de direction des travaux)
survenus parla faute commune du blessé et du patron
survenus par la faute d'autres personnes.
dont la responsabilité n'a pu être déterminée
Les indications fournies par la statistique sur la fréquence des accidents
suivant les heures de la journée sont encore du plus haut intérêt.
Elle montre nettement qu'aux deux périodes de la journée qui s'étendent avant et après le repas de midi, les accidents sont deux fois plus fréquents dans la seconde moitié de chacune de ces périodes que dans la première moitié. La lassitude et le défaut d'attention qui en résultent , sont donc les facteurs exclusifs de près d'un tiers des accidents industriels. Cette constatation plaide victorieusement en faveur de l'établissement de périodes de repos supplémentaires au cours de la journée de travail.
PRINCIPALES VARIÉTÉS D'ACCIDENTS INDUS- TRIELS. — Accidents dus à des incendies. — Ils sont d'autant plus fréquents qu'il s'agit d'industries employant des matières très inflammables. Ce risque
spécial est particulièrement grand dans les industries qui fabriquent ou
utilisent le celluloïd.
Les articles 16 et 17 du décret du 29 novembre 1904 (*'
Fin-. 293.
Balcons et échelles extérieurs en fer (d'après F. Gallard).
-elatif à l'hygiène
1. Le décret du 29 novembre 190 i, relatif à l'hygiène et à la sécurité du travailleur, contient à peu près toute la réglementation sanitaire de l'industrie en France. Il est reproduit en annexe à la fin de cet article.
797 Hygiène industrielle.
et à la sécurité du travailleur réglementent les précautions à prendre contre le danger d'incendie dans les établissements industriels : « portes s'ouvrant de dedans en dehors; escaliers et issues toujours libres, assez nombreux et assez larges pour permettre une évacuation rapide des locaux; précautions pour l'utilisation des appareils d'éclairage ou de chauffage à combustibles liquides ou gazeux. Consigne affichée dans chaque atelier indiquant le matériel d'extinction et de sauvetage qui doit s'y trouver et les manœuvres à exécuter en cas d'incendie ». Dans les usines élevées, il est nécessaire d'établir des balcons et des échelles extérieures d'évacuation en fer (Fire escape* américains) (fig. 29T>) sur une façade des bâtiments pour le cas où les escaliers intérieurs seraient bloqués par l'incendie; d'amener l'eau sous pression à tous les étages avec bouches, tuyaux et lances pouvant être utilisés à la première alarme. Dans tous les établissements il est prudent de disposer de distance en distance des appareils extincteurs d'incendie.
En Amérique, il existe dans certains ateliers des canalisations qui projettent automatiquement de l'eau en cas d'incendie, la chaleur détruisant les ajutages en plomb fusible (Fire automatic sprinlder). Dans certaines installations très perfectionnées, des balcons extérieurs en fer font communiquer les ateliers avec un vaste escalier intérieur, complètement indépendant du reste de la fabrique dont le séparent des murs épais construits en matériaux incombustibles et munis du sprinkler System. Les ateliers peuvent être automatiquement isolés les uns des autres par des portes de fer retombant par leur propre poids lorsque la chaleur d'un incendie a fait fondre des ajutages en plomb fusible (F. Gallard).
Accidents dus à des explosions. — Des explosions peuvent parfois se produire par l'inflammation de poussières en suspension, telles les poussières de charbon dans les mines de houille, ou de farines dans les minoteries. Dans d'autres cas ces accidents se produisent lorsqu'on fait sauter une mine ou dans des fabriques d'explosifs, de dynamite, par exemple. Mais ce sont certainement les explosions de grisou dans les mines qui font le plus de victimes, car la mortalité due au grisou représente le cinquième de la mortalité totale due aux accidents de mine. On pare au danger redoutable du grisou en interdisant d'allumer du feu dans la mine sous quelque prétexte que ce soit et en y utilisant exclusivement des lampes de sûreté, dans lesquelles la flamme est isolée de l'atmosphère de la mine par un fin treillis métallique (lampe de Davy et ses dérivés). Les lampes électriques, quand leur usage est possible, sont encore préférables. On complète ces mesures de précaution en assurant, dans toute l'étendue de la mine, une ventilation permanente et énergique qui empêche une accumulation du gaz dangereux.
Les accidents dus à des explosions de chaudières sont rares, mais en général très meurtriers. Ces explosions sont le plus souvent la conséquence de l'incrustation des chaudières, d'excès de pression ou d'insuffisance de leur alimentation en eau. Il est exceptionnel que ces explosions soient dues à un vice de construction, car l'État exige que toutes les chaudières à vapeur soient soumises à de sérieuses épreuves de pression hydraulique. Un poinçonnage fait sur chaque chaudière par les ingénieurs de l'État garantit que ces essais ont été pratiqués sous leur surveillance (décret du 1er mai 1880).
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Des inspections répétées permettent dé surveiller le degré d'incrustation des chaudières. Mais il est bien difficile de prévenir les accidents qui sont uniquement dus à la négligence du chauffeur.
Toute chaudière à vapeur devrait être munie d'un niveau d'eau portealarme indiquant, par un sifflement par exemple, que le niveau de leau qu'elle contient s'abaisse par trop. Le fait de ne confier le maniement des machines à vapeur et chaudières qu'à des mécaniciens et chauffeurs dont l'expérience a été constatée par un examen officiel, donne des garanties sérieuses. L'inspection au moins annuelle de toute chaudière en usage par des contrôleurs officiels est également très utile. Ces mesures appliquées dans certains états de l'Amérique du Nord y donnent d'excellents résultats. Accidents de machines. — En dehors des explosions de machines à vapeur, l'énorme accroissement du nombre des machines dans l'industrie crée un
danger toujours menaçant. Soit directement, soit par l'intermédiaire des vêtements insuffisamment ajustés ou des organes de transmission des machines, les dents d'un engrenage, d'une scie mécanique ou d'un peigne de filature peuvent accrocher et broyer les membres d'un ouvrier.
Pour éviter ces terribles accidents : « il faut laisser des passages suffisamment larges autour des machines et de leurs organes de transmission; engainer ceux-ci ainsi que les parties dangereuses des machines d'appareils de protection métalliques ou en bois; interdire la station auprès d'un volant, d'une meule ou de tout autre engin pesant, tournant à grande vitesse; ceux-ci doivent d'ailleurs être enveloppés de telle façon qu'en cas de rupture les fragments soient retenus.
« On installera des mécanismes de sûreté permettant la surveillance, le nettoyage et le graissage des transmissions et mécanismes en marche. Les moteurs seront isolés par des barrières ou des cloisons; ils ne seront accessibles qu'aux ouvriers affectés à leur surveillance. La mise en train et l'arrêt des machines devront toujours être précédés d'un signal convenu. Les contre-maîtres, chefs d'ateliers, conducteurs de machinesoutils, de métiers, etc.. doivent avoir à leur portée le moyen de demander l'arrêt des moteurs. La mise en train et l'arrêt des machines doivent toujours être précédés d'un signal convenu. Les ouvriers et ouvrières qui se
Fig. 29-i. — Métier de filage ancien non enveloppé (d'après F. Gallard).
Hygiène industrielle.
tiennent près des machines doivent porter des vêtements ajustés et non flottants, des vêtements flottants pouvant être pris dans les engrenages (Décret du 29 novembre 1904, art. 10, 12, 15, 14, 15 et 18) ».
La fig. 294 montre un métier de filage ancien non enveloppé et la fig. 295 un métier moderne dont tous les engrenages sont complètement recouverts.
Fig. 295. — Métier de filage moderne à engrenages recouverts (d'après F. Gallard).
Accidents dus aux monte-charges ou aux ascenseurs. — Ces accidents, qui se produisent surtout dans les mines, peuvent entraîner la mort d'un grand nombre d'ouvriers à la fois. Si le nombre de ces accidents est très faible par rapport au total général des accidents industriels, la proportion s'élève singulièrement lorsqu'on ne tient compte que des cas suivis de mort. Les dispositions suivantes tendent à les rendre plus rares : « Les monte-charges, ascenseurs, élévateurs doivent être guidés et disposés de manière que la voie de la cage du monte-charge et des contrepoids soit fermée; que la fermeture du puits à l'entrée des divers étages ou galeries s'effectue automatiquement; que rien ne puisse tomber du monte-charge dans le puits. Pour les ascenseurs destinés au personnel, la charge est calculée au tiers de la charge admise pour le transport des matériaux ou marchandises et les ascenseurs sont pourvus de freins, chapeaux, parachutes ou autres appareils préservateurs (Décret du 29 novembre 1904, art. 11). »
Il faut que tout ascenseur soit inaccessible lorsqu'il est en mouvement. Le mieux est que l'ascenseur lui-même ouvre et ferme automatiquement
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les portes au fureta mesure qu'il s'approche ou s'éloigne des paliers sur lesquels elles se trouvent.
Accidents causés par ï électricité. — (V. Electrocution.) Accidents causés par l'air comprimé. — (V. Air comprimé.)
MALADIES PROFESSIONNELLES DE L'INDUSTRIE. -- Les maladies professionnelles qui s'observent chez les ouvriers de l'industrie ont été individuellement étudiées, et leur prophylaxie particulière a été indiquée dans des articles spéciaux des volumes précédents ou de ce volume-ci. Ici nous nous contenterons de faire une énumération d'ensemble des principales d'entre elles, pour indiquer ensuite les mesures de prophylaxie applicables dans le but de prévenir ces maladies industrielles.
Les maladies professionnelles sont dues pour la plupart à l'action irritante, caustique ou toxique des poussières, des gaz ou des vapeurs dont le dégagement altère l'atmosphère des ateliers.
Les poussières irritantes provoquent des inflammations des muqueuses internes connues sous le nom de konioses (Pneumokonioses. Ophtalmokonioses. Rhinokonioses. Entérokonioses).
L'action caustique de certaines substances détermine une grande variété de lésions cutanées, groupées sous le nom de dermatoses professionnelles. Les intoxications tiennent de beaucoup la place la plus importante dans la pathologie industrielle (Saturnisme. Hydrargyrisme. Arsenicisme. Intoxications par les gaz détélères : hydrogène sulfuré, oxyde de carbone, acide carbonique. Phosphorisme. Intoxication par le sulfure de carbone. Intoxications par les hydrocarbures : benzine, aniline, pétrole, goudron, alcool, méthylène, térébenthine. Intoxications par les différents acides dues aux vapeurs sulfureuses, nitreuses, chloreuses, hydrochloreuses. Intoxications par le brome, l'iode, le chrome. Intoxications ammoniacales. Intoxication par les essences odorantes. Intoxication par le tabac. Intoxication par le haschich, etc.).
Restent enfin les contaminations professionnelles : en première ligne l'ankylostomasie, puis le charbon, la morve, la syphilis et la tuberculose.
PROPHYLAXIE DES MALADIES INDUSTRIELLES. — Les mesures générales de prophylaxie qu'il faut appliquer dans l'industrie pour éviter les maladies professionnelles doivent viser l'ouvrier lui-même, ou le milieu dans lequel il travaille.
I. Mesures générales de prophylaxie visant l'ouvrier. — Quand l'ouvrier quitte l'atelier, soit à la fin de la journée de travail, soit lorsqu'il va prendre des aliments au cours de la journée, il doit pouvoir se débarrasser des produits malsains qui souillent ses mains, son visage, son corps, d'une part en prenant des soins de propreté corporelle suffisants, de l'autre en revêtant des vêtements propres. Il faut donc qu'il trouve à l'usine même des installations permettant de prendre ces soins de propreté et de changer de vêtements, pour éviter le contact ou l'ingestion de poussières irritantes ou toxiques capables de provoquer des dermatites ou des intoxications.
Lorsque les patrons logent leurs employés, ils doivent mettre à leur dis-
SOI Hygiène industrielle.
position des locaux et un matériel de couchage satisfaisant aux principales règles de l'hygiène.
Pour que l'ouvrier n'absorbe pas les produits malsains répandus dans l'atmosphère des ateliers de certaines industries, s'il doit faire un repas à l'usine, il faut éviter qu'il le fasse dans l'atelier môme et prévoir des réfectoires indépendants. Enfin il est indispensable de mettre à la disposition d(^s ouvriers une eau potable saine, offrant toutes garanties de pureté, pour qu'ils ne puissent contracter à l'usine même des maladies d'origine hydrique. Ces mesures prophylactiques sont de rigueur et prescrites dans l'article 8 du décret du 29 novembre 190i.
Les lavabos doivent être en nombre suffisant pour que les ouvriers ne perdent pas de temps (1 par 5 ou 6 personnes); il est avantageux qu'ils soient attenants aux vestiaires et placés de telle façon que les ouvriers y pénètrent et s'y nettoient avant de changer de vêtements. Il est indispensable qu'ils soient tenus en état constant de propreté et que chaque ouvrier ait à sa disposition un savon, une brosse à ongles et une serviette propre individuels. Le temps consacré aux ablutions avant l'absorption d'aliments ou à la fin de la journée ne doit pas être pris sur les repos.
Dans certaines industries, dans les mines, dans les industries à poussières, dans celles où l'on manipule des substances toxiques, dans les fabriques de céruse notamment, les ablutions partielles deviennent insuffisantes et il est nécessaire de les remplacer par des ablutions générales. Des installations de bàins-douches permettent de pratiquer en quelques minutes et de la façon la plus économique un savonnage de tout le corps suivi d'un rinçage général au moyen d'une douche tiède en arrosoir.
Presque tous les ouvriers revêtent pendant le travail, soit par nécessité, soit par économie, des vêtements spéciaux. Dans les industries où il n'y a pas de dégagement de poussières ou de gaz toxiques, ni d'humidité, ni de substances pouvant salir ou détériorer leurs vêtements du dehors, ceux-ci peuvent être enfermés durant le .travail dans des armoires individuelles et fermées à clef, placées dans l'atelier même. Si ces conditions de salubrité ou de propreté n'existent pas, il faut affecter un local spécial à la garde des vêtements, un vestiaire, convenablement chauffé et installé de telle façon que chaque ouvrier dispose d'un casier individuel fermé à clef, divisé en deux compartiments bien séparés, l'un pour les vêtements de travail, l'autre pour les vêtements de ville. L'usage des vêtements de travail est à encourager, car il permet à l'ouvrier, après les ablutions nécessaires, et le changement de vêtements, de quitter l'usine absolument net de toute substance malsaine d'origine industrielle. Les vêlements de travail doivent être en tissus lavables et doivent être blanchis chaque semaine. Pour les ouvriers et ouvrières qui se tiennent près des machines, les vêtements de travail doivent pour éviter les accidents être ajustés et non flottants (art. 18 du décret du 29 novembre 1904). Dans les usines où sont manipulées des substances toxiques, il est utile que la chevelure du personnel soit protégée des poussières toxiques par une coiffure. Pour le repas de la journée, l'ouvrier doit toujours quitter ses vêlements de travail et revêtir les vêtements de ville, dès qu'il a pratiqué les ablutions nécessaires.
Nu« P. M. C — Siimm.. 51
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Dans certains établissements tout ou partie du personnel est logé par les patrons. Le logement et le couchage de ces employés ont élé réglementés au point de vue de l'hygiène par le décret du 28 juillet 1904. 11 est tout d'abord interdit de faire coucher le personnel (sauf les gardiens de nuit) dans les ateliers, magasins ou locaux quelconques affectés à un usage industriel ou commercial. Le cubage des chambres et dortoirs doit être au moins de 14 m. c. par tète. Ces locaux auront une hauteur minima de 2 m. 40. Ils seront largement aérés et munis de fenêtres ou ouvertures à châssis mobiles, donnant directement sur le dehors. Le sol sera formé d'un revêtement se prêtant facilement au lavage; les murs seront recouverts d'un enduit lavable ou badigeonnés à la chaux tous les 3 ans au moins. Ces pièces ne doivent pas être traversées par des conduits de fumée autres qu'en maçonnerie élanche, ni communiquer directement avec des cabinets d'aisance, égoufs, plombs, puisards. La literie doit comprendre : châssis, sommier ou paillasse, matelas, traversin, paire de draps, couverture et meuble ou placard pour les effets.
Les lits seront séparés les uns des autres par [une distance de 50 centimètres au moins.
Les draps servant au couchage seront blanchis tous les mois au moins et, en outre, chaque fois que les lits changeront d'occupants. Les matelas seront cardés au moins tous les 2 ans et les paillasses renouvelées au moins 2 fois par an. Chaque jour les dortoirs seront %lavés ou nettoyés à l'aide de brosses' ou de linges humides et les lits seront mis en état.
Le linge sale ne devra pas séjourner dans ces locaux. Le personnel disposera d'eau, potable et de lavabos (à raison d'un au moins par 6 personnes) munis de serviettes individuelles et de savon. Le texte de ce décret, suivi d'une énumération des mesures concernant la prophylaxie de la tuberculose, sera affiché dans chaque dortoir.
Dans un but philanthropique, certains patrons de la grande industrie assurent la salubrité des logements de leurs ouvriers, en faisant Construire pour chaque ménage de petites maisons avec des jardins, hygiéniquement bâties et distribuées. Ces habitations sont louées aux intéressés à un prix très faible et souvent même peuvent devenir leur propriété au bout d'un certain nombre d'années.
Parfois des bibliothèques, des salles de lecture, d'écoles, de fêtes, des espaces réservés aux jeux et aux sports sont en outre mis à la disposition des habitants de ces cités ouvrières.
L'article 8 du décret du 29 novembre 1904 exige que les ouvriers ou employés ne prennent point leurs repas dans les locaux affectés au travail et n'autorise de dérogations que quand les opérations effectuées dans les ateliers ne comportent pas l'emploi de substances toxiques, ni le dégagement de gaz incommodes, insalubres ou toxiques, ni de poussières. Ces prescriptions sont justifiées par des considérations hygiéniques que nous avons déjà développées. Elles permettent, de plus, de pratiquer à ce moment l'aération des ateliers pour se conformer à l'article 9 du même décret qui veut « que, pendant les interruptions de travail, l'air des locaux soit entièrement renouvelé ».
8 1 1 7» Hygiène industrielle.
Il en résulte que le repas pris au cours de la journée de travail exige la sortie de l'ouvrier de l'usine ou l'installation de réfectoire* dans les locaux industriels. Bien que le règlement ne fasse pas mention de réfectoires dans l'usine, beaucoup d'établissements importants en ont installés pour- leur personnel, qui répondent à tontes les exigences. Ce sont des salles suffisamment vastes, bien chauffés, contenant des tables et des sièges en nombre suffisant. Dans certains cas même, on y conserve au chaud les aliments que les ouvriers ont apportés.
Ue'au potable que le patron doit mettre à la disposition du personnel dans les usines présentera toutes les garanties de pureté. S'il ne s'agit pas d'eau fournie par un service public, qui en surveille soigneusement la teneur microbienne, jl est prudent d'en faire pratiquer de temps à autre l'analyse, ou mieux encore d'en assurer la pureté par filtration ou stérilisation (V. Eau potable).
Pour détourner les ouvriers de faire usage de boissons alcooliques pendant le travail, il est bon de leur fournir de l'eau suffisamment fraîche pendant l'été et au besoin d'en relever le goût par l'addition d'une substance comme de l'extrait de réglisse ou de l'essence de citron.
La fatigue, trop longtemps, prolongée et insuffisamment réparée par un repos consécutif, mène fatalement au surmenage. Celui-ci entraîne avec lui des conséquences sociales de la plus haute gravité.
Dans la population industrielle le surmenage de la femme a une fâcheuse répercussion sur le bien-être de la famille et sur les soins qu'exigent les enfants ; il diminue le nombre des naissances et aboutit à la déchéance de la progéniture.
Le surmenage des enfants favorise chez eux l'apparition des maladies et s'oppose au développement normal de l'organisme.
On a noté avec une fréquence marquée la faiblesse du poids par rapport à la taille et l'insuffisance du diamètre thoracique chez les conscrits provenant des centres industriels.
Enfin le surmenage des hommes multiplie le nombre des accidents comme nous l'avons déjà indiqué ; il ralentit la production industrielle, laisse l'organisme sans résistance contre l'attaque des agents infectieux, particulièrement de ceux de la tuberculose et de la fièvre typhoïde; incite les ouvriers à rechercher un stimulant dans l'usage des boissons alcooliques, les achemine ainsi vers l'alcoolisme, qui prépare également l'infection tuberculeuse.
Il en résulte au point de vue hygiénique que la durée du travail doit être d'autant plus courte; 1° que l'organisme du travailleur est moins développé et offre moins de résistance; 2° que l'occupation professionnelle est plus dangereuse ou exige plus d'efforts physiques ou intellectuels.
Ce sont ces graves considérations qui ont amené l'Etat à intervenir dans la limitation de la durée du travail industriel.
La loi du du 2 novembre 1892, complétée par la loi du 30 mars 1900, a établi des règles destinées à protéger les enfants et les femmes dans l'industrie.
Elle a d'abord fixé la limite d'âge minima pour le travail industriel des enfants.
Hygiène industrielle. 80 \
Ce n'est qu'à partir de 12 ;ms pour ceux qui sont munis du certificat d'études primaires el à partir de I") ans pour les autres que les enfants sont admis en France à travailler dans les établissements industriels (*). Encore faut-il qu'ils soient munis d'un certificat d'aptitude physique, gratuitement délivré par un médecin chargé d'un service public.
Les inspecteurs du travail peuvent toujours exiger qu'un enfant au-dessous de 16 ans soit soumis à un examen médical pour constater si le travail dont il est chargé excède ses forces. Dans ce cas el sur l'avis, conforme d'un médecin chargé d'un service public, ils sont en droit d'exiger le renvoi de l'enfant. Il est pratiqué un examen contradictoire, si les parents le réclament.
La durée du travail (2) pour les sujets de fini et Vautre sexe âgés de moins de 18 ans et pour les femmes, ne peut pas dépasser en France J0 heures par jour, coupées par un ou plusieurs repos dont la durée totale ne peut pas être inférieure à 1 heure.
Un nombre de sièges égal à celui des femmes qui y sont employées doit se trouver dans chaque salle des magasins, pour permettre au personnel de s'y reposer (loi du 29 décembre 1900).
Le travail de nuit (3), c'est-à-dire entre 9 heures du soir et 5 heures du matin, est interdit pour eux, sauf dérogation pour les femmes qui, dans certaines industries, particulièrement les travaux de modes, peuvent parfois (60 fois par an) prolonger le travail jusqu'à 11 heures du soir et exceptionnellement jusqu'à minuit, sans que la durée totale de la journée puisse dépasser 12 heures.
L'article 5 de la loi du 2 novembre 1892 rendait déjà le repos Jtebdomadaire obligatoire pour les sujets des 2 sexes au-dessous de 18 ans et pour les femmes.
L'atelier de famille que l'ouvrier organise dans son domicile même échappe à. toute réglementation en ce qui concerne la durée du travail et l'obligation du repos hebdomadaire, à condition qu'il ne soit fait usage ni de moteur mécanique ni de chaudière à vapeur et que l'industriel exercée ne soit pas classée par le décret de 1810 comme dangereuse ou insalubre pour le voisinage. Il échappe donc à toute surveillance hygiénique.
Les sujets du sexe féminin ne sont pas admis dans les travaux souterrains des mines et des carrières.
Ils ne peuvent ainsi que les jeunes gens et les enfants être employés dans des établissements insalubres ou dangereux qu'à des conditions spéciales, prévues par le décret du 15 mai 1895 et les décrets qui ont suivi. Ces
1. L'âge minimum auquel est autorisé le travail industriel pour l'enfant est de 10 ans en Espagne, de 12 ans dans les pays Scandinaves, la Belgique, la Russie, l'Angleterre; de 15 ans en Allemagne; de 14 ans en Autriche et en Suisse.
2. La durée de la journée de travail des enfants est de 6 à 10 heures pour l'Angleterre et les Pays Scandinaves: de 6 à 11 heures pour l'Espagne et l'Allemagne; de
9 à 11 heures pour la Russie et l'Autriche: de 11 heures pour l'Italie et la Suisse; de 12 heures pour la Belgique. — La durée de la journée de travail des femmes est de
10 heures en Angleterre ; de 1 1 heures en Espagne, en Allemagne, en Autriche et en Suisse; de 12 heures en Italie. Elle n'est pas limitée dans le Pays Scandinaves, en Russie, ni en Belgique.
3. Le travail de nuit est interdit aux femmes et aux enfants dans la plupart des pays européens, sauf la Belgique et les Pays Scandinaves.
8 < ) à Hygiène industrielle.
établissements sont divises en 5 catégories et énuniérés dans 3 tableaux :
Le tableau A comprend les établissements où l'on manipule des substances toxiques, où il se produit des émanations, des gaz, des vapeurs ou des poussières nuisibles (fabrication delà céruse, du phosphore, du cyanure de potassium, des acides, des couleurs d'aniline, de l'aniline et des dérivés de la benzine, de l'eau de Javel, étamage des glaces par le mercure, polissage à sec du verre, des cristaux, des métaux, etc.). Le travail y est interdit aux femmes et aux jeunes gens des deux sexes au-dessous de 18 ans.
Le tableau B comprend les industries où le travail exige de la prudence cl de l'attention (fabrication et manipulation d'explosifs, de celluloïd, infirmerie de chiens, etc.). Le travail y est interdit aux jeunes gens des deux sexes au-dessous de 18 ans.
Le tableau C indique un groupe d'industries où le travail des femmes et des enfants n'est interdit que pour certains travaux et dans certaines parties des usines. (Interdiction du travail des femmes et des jeunes gens dans les usines de caoutchouc, là où se dégagent des vapeurs de sulfure de carbone ; pour le décrochage du cuivre, la dorure et l'argenture, là où se dégagent les vapeurs acides, etc. — Interdiction du travail des enfants au-dessous de ÏX ans, pour la fusion des pâtes et le trempage dans les fabriques d'allumettes chimiques; dans les blanchisseries pour la manipulation de linge sale non désinfecté ou non lessivé à cause du danger des maladies contagieuses (décret du i avril 1905); dans les ateliers où l'on carde les laines, où on treillage le chanvre, où on fabrique les chapeaux de feutre, lorsque les poussières nuisibles se dégagent librement, etc. — Interdiction du travail des enfants au-dessous de 16 ans dans toutes les industries où les dangers d'incendie sont grands, comme les dépôts d'allumettes, d'alcool, d'huiles essentielles, les fabriques de collodion, d'hydrocarbures, de vernis à l'espritde-vin: ou dans celles où se dégagent des émanations nuisibles comme dans les ateliers des manufactures de tabac où on démolit les masses ou dans les ateliers de soudure des boîtes de conserves, etc.)
En dehors de ces cas, certains travaux dangereux sont interdits aux femmes et aux jeunes gens au-dessous de 18 ans : le graissage, le nettoyage, la visite ou la réparation des machines ou mécanismes en marche (art. 1 du décret du 13 mai 1893).
Au-dessous de 16 ans les enfants ne doivent pas être employés à faire tourner des appareils en sautillant sur une pédale, ni à faire tourner des roues horizontales, ni à faire tourner des roues verticales plus d'une demi journée divisée par un repos d'une demi-heure au moins; ils ne doivent ni actionner des métiers au moyen de pédales, ni travailler aux scies circulaires ou à rubans, aux cisailles et autres lames tranchantes mécaniques; ni, dans les verreries, cueillir un poids de verre supérieur à 1 kilo, ou dans les fabriques de bouteilles ou de verre à vitre pratiquer le soufflage par la bouche (au-dessous de 13 ans il est interdit aux enfants de cueillir et de souffler le verre); ni faire le service des robinets à vapeur; ni remplir les fonctions de doubleurs dans les ateliers où s'opèrent le laminage et l'étirage de la verge de tréfilerie, s'il n'y a pas d'appareils prolecteurs ; ni être employés à des travaux exécutés à l'aide d'échafaudages
Hygiène industrielle. 800
volants pour la réfection ou le nettoyage des maisons. Les jeunes filles audessous de 16 ans ne peuvent être employées au travail des machine- à coudre mues par des pédales (art. 3, i, 5, 6, 7, 8. 9, 10 et 12 du décret du ir>mai 1893).
Le transport des charges est réglementé par l'article 11 du même décret. 11 est interdit de faire porter, pousser ou traîner des charges quelconques par des femmes dans les 5 semaines qui suivent leurs couches. C'est la seule protection que la loi française assure aux ouvrières qui viennent d'accoucher (*).
Ne sont pas autorisés : le transport sur cabrouets par les femmes et les jeunes gens au-dessous de 18 ans; le transport sur tricycles porteurs par les ouvrières de tout âge ou les garçons au-dessous de 14 ans; le transport sur brouettes ou charrettes à bras par les garçons au-dessous de 14 ans ou les fillettes de moins de 18 ans.
Les charges maxima fixées par le décret du 13 mai 1 89T> pour les ouvrières et les enfants au-dessous de 18 ans dans l'industrie sont les suivantes :
1° Port de fardeaux.
Ouvrières au-dessous de 14 ans 5 kilogr.
— de 14 ou 15 ans 8 —
Garçons au-dessous de 14 ans et ouvrières de 16 ou 17 ans. . . 10 —
— de 14 ou 15 ans 15
— de 10 à 18 ans 20 —
Ouvrières de 18 ans et au-dessus
2° Transport par wagonnets circulant sur voie ferrée.
Ouvrières au-dessous de 16 ans 150 kilogr. (véhicule compris.)
Garçons au-dessous de 14 ans et ouvrières
de 16 ou 17 ans 500 —
Garçons de 14 à 18 ans 500 — —
Ouvrières de 18 ans et au-dessus 600 — —
3° Transport sur brouettes.
Garçons de 14 à 18 ans et ouvrières de 18 ans et au-dessus 40 kilogr. (véhicule compris).
4° Transport sur véhicules à 5 ou 4 roues, dits « placières, pousseuses, pousse-à-main », etc.
Garçons au-dessous de li ans et ouvrières
au-dessous de 10 ans . 55 kilogr. (véhicule compris).
Garçons de 14 à 18 ans et ouvrières de
16 ans et au-dessus 60 — —
5° Transport sur charrettes à bras à 2 roues dites « haquets, brancards,
charretons, voilures à bras, » etc.
Garçons de 14 à 18 ans et ouvrières de 18 ans et au-dessus 130 kilogr. (véhicule compris).
1. Dans l'intérêt de sa santé et de celle de son enfant, l'ouvrière devrait cesser son travail un mois avant l'accouchement et ne le reprendre qu'un mois après. La plupart des États européens interdisent le travail des ouvrières durant les quatre à six semaines qui suivent l'accouchement, quelques cantons de la Suisse interdisent même le travail deux semaines avant l'accouchement. L'Allemagne est le seul pays où, grâce à l'assurance obligatoire contre la maladie, les ouvrières reçoivent un secours pécuniaire pendant les six semaines qui suivent l'accouchement. Sans ce secours l'interdiction du travail après l'accouchement ne parait pas pratiquement applicable dans la plupart des cas.