Hygiène industrielle
6° Transport sur tricycles porteurs à pédales.
Garçons de 14 ou 15 ans 50 kilogr. (véhicule compris).
— de 10 à 18 ans 75 — —
En France (') l'ouvrier esl considéré par la loi comme adulte à partir de 18 ans. La durée de la journée de travail des ouvriers adultes a été fixée à 12 heures par la loi du 0 septembre 1848. Elle a été abaissée à 10 heures dans les établissements qui emploient dans les mêmes locaux des ouvriers adultes et des femmes ou des jeunes gens ayant moins de 18 ans (loi du 50 mars 1000), sauf certaines dérogations de nécessité prévues par le décret du 28 mars 1902. Depuis 1911 la durée de la journée de travail des ouvriers adultes employés à l'abatage, dans les travaux souterrains des mines de combustibles, est de 8 heures.
Pratiquement, dans les services publics et dans plusieurs industries, la durée du travail des adultes ne dépasse pas 10 heures.
Depuis la promulgation de la loi du 15 juillet 1906 V obligation du repos, hebdomadaire a été étendue aux ouvriers adultes de l'industrie.
L'inspection du travail a été établie en France pour contrôler l'application des lois de protection des ouvriers de l'industrie et veiller, dans la mesure des règlements, à l'hygiène et à la sécurité des travailleurs. La France a été divisée en 11 circonscriptions territoriales placées sous la surveillance d'un inspectenr divisionnaire du travail, qui dépend directement du Ministre du Travail, assisté d'une Commission supérieure. Chaque circonscription esl divisée en un certain nombre de sections ayant chacune un inspecteur particulier, contrôlé par l'inspecteur divisionnaire.
Dans certaines usines, les patrons ont organisé une surveillance médicale de leurs ouvriers. Il serait à désirer que cette mesure devînt obligatoire dans toutes les industries insalubres. Cette inspection médicale permettrait de ne pas admettre à des travaux dangereux certains ouvriers plus exposés que d'autres par leur état organique ou leurs antécédents. Une surveillance régulière dépisterait les maladies professionnelles dès leur début, favoriserait les résultats thérapeutiques et donnerait souvent le moyen de tarir la source du mal par l'application précoce de mesures prophylactiques appropriées.
Des mesures plus générales aident encore à maintenir la population ouvrière des centres industriels dans un bon état sanitaire. C'est ainsi qu'elle peut trouver les moyens de se procurer au meilleur compte possible une nourriture saine et abondante, soit que les ouvriers instituent euxmêmes des sociétés coopératives d'alimentation, soit que les chefs d'industrie consentent à organiser la fourniture à leur personnel des matières alimentaires au prix de revient.
Il serait utile à l'ouvrier d'être initié aux principes d'une alimentation rationnelle et hygiénique. Il pourrait ainsi se soumettre à un régime plus réconfortant et plus économique à la fois. Des notions très simples de pué-
1. Il en est de même en Espagne et dans les Pays Scandinaves. Les ouvriers son! considérés comme adultes à partir de 17 ans en Russie; à partir de 1G ans en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche et en Suisse ; à partir de 15 ans en Italie.
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riculture et d'alimentation des enfants du premier âge, mises à la portée des ouvrières, contribueraient à sauver une foule d'existences dans la première enfance.
D'autre part le choix des boissons d'alimentation est loin d'être indifférent à l'avenir de la classe ouvrière. La France; est actuellement la nation civilisée où l'alcoolisme esl le plus répandu. Ce fléau exerce surtout ses ravages sur la classe ouvrière. 11 ruine l'organisme en altérant gravement les systèmes nerveux et circulatoires, le foie, l'estomac, les reins; en aggravant certaines infections aiguës comme la pneumonie ou . l'érysipèle ; en prédisposant tout particulièrement à la tuberculose. 11 abaisse la valeur morale de l'individu; entraîne la désaffection delà famille, le dégoût du travail, la misère et l'oubli de tous les devoirs. Il décime la descendance en la faisant disparaître en bas Age ou en la réduisant à la déchéance organique et mentale.
En mettant à la disposition des ouvriers des boissons hygiéniques (cidre, bière, vin) de bonne qualité et en leur faisant comprendre qu'ils peuvent en user modérément sans nuire à leur santé, tandis que la consommation habituelle des eaux-de-vie, des liqueurs et des apéritifs, particulièrement de l'absinthe, doit rapidement produire chez eux un véritable empoisonnement de l'organisme et aboutit fatalement à l'alcoolisme avec toutes ses conséquences désastreuses, on rendrait un immense service à la population industrielle et, en sauvant un nombre considérable d'existences, on ferait véritablement œuvre patriotique. Mais il faudrait obtenir d'abord des pouvoirs publics une importante diminution des débits de boisson dont le nombre en un demi-siècle a augmenté de 25 pour 100, alors que la consommation d'alcool individuelle a doublé et a passé de 2 litres par tête à 4. Il faudrait aussi exiger l'application de la loi de 1875 pour la répression de l'ivresse publique, qui actuellement est à peu près tombée en désuétude. Malheureusement rien n'indique que ces mesures de salut soient bientôt adoptées en France. Cependant les résultats obtenus en Suède et en Norvège par la limitation officielle des distilleries et des débits de boisson a donné des résultats bien encourageants, puisque la consommation individuelle d'alcool diminuait de moitié pour ces pays dans le môme temps où elle doublait chez nous.
L'assurance obligatoire contre les accidents du travail (loi du 9 avril 1898) et la loi du 5 avril 1910 assurant aux ouvriers \mp.retraite dès l'âge de 00 ans, contribuent à limiter et à atténuer les risques industriels.
Ces mesures de prophylaxie sociale seront complétées en France le jour où on aura pu résoudre à la satisfaction générale le problème si ardu de l'assurance obligatoire des ouvriers contre les maladies et l'invalidité, et aussi contre le chômage. L'assurance-maladie est actuellement obligatoire .en France dans les mines. Déjà, du reste, les Sociétés de secours mutuels répondent dans une certaine mesure à ces desiderata par l'assurance volontaire de leurs adhérents contre les maladies et l'invalidité (').
1. En Allemagne l'assurance obligatoire contre les accidents, contre la maladie, contre l'invalidité et la vieillesse existe déjà. L'Autriche a institué l'assurance obligatoire contre les accidents et contre les maladies et l'assurance-invalidité pour les mineurs seulement. L'assurance-accident et l'assurance contre les maladies profes-
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II. Mesures générales de prophylaxie visant le milieu industriel. — Le milieu industriel peut présenter au point de vue de l'hygiène
diverses modifications nuisibles. Les unes, de nature banale, sont communes à toutes les agglomérations humaines; les autres sont particulières à l'industrie et dépendent essentiellement de la nature du travaiKet des matières premières mises en œuvre.
1° Prophylaxie des modifications du milieu, communes à toutes les agglomérations humaines. — La malpropreté et l'insuffisance d'éclairage des locaux, le refroidissement, la viciation de l'atmosphère en dehors de toute cause spéciale à l'industrie, sont des agents d'insalubrité qui peuvent se retrouver dans tous les groupements humains.
Propreté. — L'extrême malpropreté des locaux industriels n'est malheureusement pas rare et on l'observe particulièrement dans l'industrie de l'alimentation qui devrait être la plus propre (cuisines de restaurants, fournils de boulangeries et de pâtisseries, usines de confitures, etc.).
Les deux premiers articles du décret du 29 novembre 1904 prescrivent cependant des règles qui seraient suffisantes si elles étaient bien observées :
« Les emplacements affectés au travail dans les établissements industriels seront tenus en état constant de propreté. Le sol sera nettoyé à fond au moins une fois par jour avant l'ouverture ou après la clôture du travail, mais jamais pendant le travail. Ce nettoyage sera fait soit par un lavage, soit à l'aide de brosses ou de linges humides si les conditions de l'exploitation ou la nature du revêtement du sol s'opposent au lavage. Les murs et les plafonds seront l'objets de fréquents nettoyages; les enduits seront refaits toutes les fois qu'il sera nécessaire. Dans les locaux où on travaille des matières organiques altérables, le sol sera rendu imperméable et toujours bien nivelé; les murs seront recouverts d'un enduit permettant un lavage efficace. En outre le sol et les murs seront lavés aussi souvent qu'il sera nécessaire avec une solution désinfectante. Un lessivage à fond avec la même solution se fera au moins une fofs par an. Les résidus putrescibles ne devront jamais séjourner dans les locaux affectés au travail et seront enlevés au fur et à mesure, à moins qu'ils ne soient déposés dans des récipients métalliques henné tiquements clos, vidés et lavés au moins une fois par jour. »
Si les parois et le sol sont unis et imperméabilisés, le mieux est de les laver à l'eau chaude et au savon. Il y a tout avantage à badigeonner au lait de chaux, au minimum tous les ans, les murs qui ne sont pas recouverts d'un enduit lavable.
Il serait nécessaire qu'il existât un délai dune heure au moins entre l'achèvement du nettoyage de l'atelier et la rentrée des ouvriers, pour que ceux-ci ne soient pas exposés à l'inhalation des poussières soulevées, encore en suspension dans l'atmosphère. Tous les locaux industriels devraient contenir un nombre suffisant de crachoirs fixes disposés de façon à ce
sionnelles sont obligatoires en Suisse. La Belgique a établi l'assurance contre les accidents, contre les maladies et contre l'invalidité, mais elle est facultative. L'assurance-maladie obligatoire a seule été établie en Hongrie. La Norvège, la Finlande, la Hollande, l'Italie, le Luxembourg n'ont que l'assurance obligatoire contre les accidents. Celte assurance existe seule aussi au Danemark et en Suède, mais elle y reste facultative.
Hygiène industrielle.
({ue leur contenu ne se dessèche pas el puisse être facilement stérilisé.
Éclairage. — L'éclairage est souvent parcimonieusement distribué dans les locaux industriels; certains ateliers (fournils de boulangers, imprimeries, certains services des grands bazars et magasins de nouveauté, etc.), installés en sous-sols sont à peu près complètement privés de lumière naturelle. Cependant celle-ci est un facteur de santé indéniable. Les maladies infectieuses sont plus rares dans les locaux éclairés; de plus l'insuffisance d'éclairage détermine très fréquemment la myopie.
L'art. 5 du décret du 29 novembre 1904 indiquent que « les locaux industriels, leurs dépendances et notamment les passages et escaliers seront convenablement éclairés. »
On a établi empiriquement le rapport que doit avoir la surface des fenêtres à la surface du sol de la pièce à éclairer (V. Éclairage, in P. M. C).
Pour les ateliers, le meilleur éclairage naturel est celui qui donne le plus de lumière diffuse sans que l'insolation soit trop intense pendant les heures
Vi/rr
Fig. 296. — Vitrage en shed (d'après F. Gallard).
Fig. 297. — Vitrage en saille (d'après Rarabouseck).
de travail. Le mieux est, quand cela est possible, d'éclairer les locaux au moyen de vitrages formant toitures (disposition en shed ou en sattle(ûg. 296 et 297), en modérant l'insolation au moyen de vélums, de stores ou par la
coloration bleue des verres. Aux étages inférieurs, on disposera des réflecteurs ou des verres spéciaux qui renvoient la lumière vers le fond des locaux.
Le meilleur éclairage artificiel est celui qui est fourni par les lampes électriques à incandescence. Il n'altère pas et n'échauffe pas l'atmosphère, donne une lumière intense et fixe, écarte les dangers d'explosion et réduit au minimum le risque d'incendie. A défaut d'éclairage électrique on peut considérer l'éclairage au moyen des becs à incandescence au gaz, à l'acétylène, au pétrole, au lusol ou à l'alcool comme suffisamment hygiénique (V. Éclairage).
Qu'il provienne de la lumière naturelle ou de la lumière artificielle, l'éclairement des places de travail doit toujours être supérieur à 10 bougiesmètres et, quand il s'agit de travaux délicats (dessin, broderie, etc.), il doit être au minimum de 20 bougies-mètres.
Chauffage. — Le chauffage des ateliers devient une nécessité pendant une certaine période de l'année, sinon les ouvriers sont exposés aux maladies causées par le froid. Il est d'ailleurs prescrit par le décret du 29 novembre 1904 à l'article 4 : « Les locaux fermés, affectés au travail, seront, en hiver, convenablement chauffés.... Les gardiens de chantier devront dis-
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poser d'un abri el, pendant l'hiver, de moyens de chauffage. » Dans les locaux où le personnel n'a pas d'effort musculaire à déployer, il faut que la température soit d'environ 15 à 10° ; il y a avantage à ce qu'elle soil plus basse, là où le travail exige des efforts répétés el prolongés, mais il faut autant que possible qu'elle ne descende pas au-dessous de 10°. Dans les locaux industriels le chauffage le plus hygiénique est fourni par les appareils de chauffage central à eau ou à vapeur d'eau; les poêles à combustion
vive sont recommandables à défaut de chauffage central (V. Chauffage).
Dans les chantiers à ciel ouvert (mais dans ce cas seulement), on placera en hiver des braseros.
Aération. — On admet qu'un homme adulte rejette chaque heure par la respiration un peu plus de 20 litres d'acide carbonique s'il ne fait pas d'effort musculaire, le double et plus s'il fait un travail actif, tandis que pendant le sommeil il n'en expire que de 16 à 17 litres par heure. Si un certain nombre de personnes sont réunies clans un local clos d'un cubage trop faible, on comprend que peu à peu l'atmosphère puisse ainsi se charger d'acide carbonique, en même temps qu'elle se dépouille de son oxygène, au point que l'organisme en soit incommodé. Ce qui augmente encore Finsalubrité d'un tel milieu, c'est qu'en môme temps l'air s'échauffe, se surcharge de vapeur d'eau et des éléments volatils que dégage le corps humain (ammoniaque, acides gras, hydrogène sulfuré, etc.). On dit alors que l'atmosphère du local est viciée par Y air confiné.
Cet état de l'air peut être révélé par l'analyse de l'air. Quand on y trouve 1 pour 1000 d'acide carbonique ('), c'est que les substances nuisibles de l'atmosphère s'y trouvent en excès et deviennent dangereuses pour la santé ; mais il est bien entendu que si c'était l'acide carbonique seul qui se trouvait en excès dans cet air, la proportion de 1 pour 1000 serait tout à fait insuffisante pour provoquer des accidents.
Pratiquement on peut dire que quand l'atmosphère d'un local commence à prendre l'odeur de renfermé, elle n'est plus salubre et doit être renouvelée.
L'activité des mouvements musculaires des ouvriers dans beaucoup d'industries donne lieu à un abondant dégagement d'acide carbonique et à une rapide altération de l'air de l'atelier par des éléments volatils nocifs. Il est rare cependant que les ouvriers qui travaillent dans ces locaux éprouvent des accidents aigus (troubles asphyxiques, syncopes, nausées et vertiges). Mais leur organisme, par un séjour quotidien et prolongé dans une atmosphère viciée, est exposé à des désordres lents à apparaître, mais durables, tenant, en partie, à ce que dans un air impur les inspirations deviennent moins profondes et que par suite l'hématose se ralentit. Alors l'organisme s affaiblit, s'anémie peu à peu et devient de moins en moins résistant aux atteintes des maladies infectieuses, particulièrement de la tuberculose.
Un cubage des locaux de travail proportionné au nombre des ouvriers et
1. En 1906, la commission d'hygiène industrielle a émis l'avis qu'on devait exiger que l'air de l'atelier ne renfermât jamais plus de 1 pour 1000 d'acide carbonique, au voisinage des ouvriers. En Angleterre, l'air des usines textiles ne doit pas contenir réglementairement plus de 9 dix-millièmes d'acide carbonique.
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une ventilation suffisante doivent permettre d'éviter les accidents dus à l'air confiné.
L'article 5 de la loi du 12 juin 1893 lixo ainsi le cubage des ateliers (') :
« Les locaux fermés affectés au travail ne seront jamais encombrés.!^ cube d'air par personne employée ne pourra être inférieur à 7 mètres cubes. Le cube d'air sera de 10 mètres cubes au moins par personne employée dans les laboratoires, cuisines, chais; il en sera de même dans les magasins, boutiques et bureaux ouverts au public.
« Les locaux fermés affectés au travail seront largement aérés. 11- seront munis de fenêtres ou autres ouvertures à châssis mobiles donnant directement sur le dehors. »
« Pendant les interruptions de travail, l'air des locaux sera entièrement renouvelé (art 9) ».
En 1902, une Commission anglaise chargée d'une enquête sur la ventilalion des fabriques est arrivée à cette conclusion qu'un large cube d'air n'est pas à lui seul une garantie de la pureté de l'atmosphère qui dépend surtout de la quantité d'air introduite. Il faut donc assurer à tous les ateliers un renouvellement d'air continu et suffisant.
On admet qu'il faut introduire environ 50 mètres cubes d'air nouveau par heure et par tête pour réaliser une bonne aération d'un atelier. Il est bien entendu que ce chiffre représente un minimum et qu'il n'est prévu que pour les locaux où la présence des ouvriers constitue la seule cause de viciation de l'air. Pour obtenir une aération continue, on peut recourir à la ventilation artificielle (V. Aération, in P. M. C).
La ventilation naturelle est celle qui se produit normalement à travers les joints des portes et des fenêtres, les cheminées, les toitures et les plafonds perméables, enfin à travers des ouvertures spéciales d'entrée et de sortie de l'air. L'intensité de la ventilation naturelle est très irrégulière; elle dépend d'abord de la différence qui existe entre la température extérieure et celle du local ; par conséquent, elle diminue considérablement pendant la saison chaude; il est vrai qu'il est possible à cette époque de garder ouvertes plusieurs fenêtres. L'intensité de la ventilation naturelle dépend encore, d'une manière très marquée, de la façon dont les façades du local sont battues par le vent et de la force du vent. Ce facteur peut augmenter de 5 à (> fois l'activité d3 la ventilation; il fait presque complètement défaut lorsque la plupart des murs des locaux industriels sont adossés à d'autres bâtiments, comme cela a lieu souvent dans les villes.
L'article 9 du décret du 29 novembre 1904 dit bien que : « Pendant les interruptions de travail l'air des locaux sera entièrement renouvelé », ce qui signifie que, pendant les repos, il faut largement ouvrir les portes et les fenêtres des ateliers pour permettre le renouvellement de l'air en quelques minutes. Si la différence de température entre l'extérieur et l'intérieur de l'atelier est très marquée, ou si on est obligé, pour assurer
1. En Angleterre, le cubage exigé par la loi est de 7 mètres cubes en temps ordinaire et de 11 mètres cubes durant le travail supplémentaire. En Belgique, il est de 10 mètres cubes au minimum et au Canada de 11 mètres cubes. Les autres pays ne fixent pas de chiffre.
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l'aérai ion. de ne pas fermer certaines ouvertures (fenêtres, auvents, etc.), certains ouvriers se trouvent exposés à un courant d'air froid et peuvent en être incommodés.
11 en résulte que la ventilation naturelle n'est pas toujours suffisante pour assurer la bonne aération des ateliers, ou qu'elle peut provoquer des refroidissements chez les ouvriers : il faut alors recourir à la ventilation artificielle, sur laquelle nous nous étendrons plus loin, lorsqu'il sera question de l'épuration de l'atmosphère des locaux de travail où se dégagent des matières insalubres (poussières, gaz, vapeurs, etc.).
Les règlements interdisent d'exposer les ouvriers à des émanations insalubres. En dehors de tout dégagement de gaz ou de vapeurs nuisibles spécial à certaines industries, le personnel industriel peut, en effet, comme dans toutes les agglomérations humaines, avoir à souffrir des émanations qui se dégagent de matières fermentées ou de déchets en décompositions, des récipients et des conduites où se déversent des eaux sales, des cabinets d'aisance, etc. Les articles o et 4 du décret du 29 novembre 1904 ont réglé ces points de la façon suivante :
« Art. 3. — L'atmosphère des ateliers et de tous les autres locaux affectés au travail sera tenue constamment à l'abri de toute émanation provenant d'égouts, fosses, puisards, fosses d'aisances ou de toute autre source d'infection.
« Dans les établissements qui déverseront les eaux résiduaires ou de lavage dans un égout public ou privé, toute communication entre l'égout et l'établissement sera munie d'un intercepteur hydraulique fréquemment nettoyé et abondamment lavé au moins une fois par jour.
« Les éviers seront formés de matériaux imperméables et bien joints ; ils présenteront une pente dans la direction du tuyau d'écoulement et seront aménagés de façon à ne dégager aucune odeur....
« Art. 4. — Les cabinets d'aisance ne devront pas communiquer directement avec les locaux fermés on le personnel est appelé à séjourner. Ils seront éclairés et aménagés de façon à ne dégager aucune odeur. Le sol et les parois seront en matériaux imperméables. Les peintures seront d'un ton clair.
« 11 y aura au moins un cabinet par cinquante personnes et des urinoirs en nombre suffisant.
« Aucun puits absorbant, aucune disposition analogue ne pourra être établi qu'avec l'autorisation de l'administration supérieure et dans les conditions qu'elle aura prescrites. »
On trouvera à l'article Évacuation des matières usées (V. P. M. C.) tous les commentaires qui peuvent éclairer et compléter ce règlement. Nous rappellerons simplement ici que la meilleure obturation des conduites d'évacuation des eaux sales et des matières usées est constituée par le siphon hydraulique, que les urinoirs d'ardoises, dont les parois sont enduites chaque semaine d'huiles lourdes de pétrole, sont très propres et sans odeur, et enfin, que 1' « earth System » peut fournir une installation de cabinets suffisamment hygiénique et sans émanations incommodantes dans certaines localités où l'eau fait défaut (V. P. M. C).
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2° Prophylaxie des modifications du milieu, spéciales à l'industrie. —
Certaines modifications du milieu dans lequel travaille l'ouvrier sont bien spéciales à l'industrie et méritent, de ce t'ait, d'être étudiées à pari. Ce sont d'abord les modifications, particulières à certaines industries, de l'état de l'atmosphère de l'atelier par une élévation très marquée ou un abais sèment très prononcé de la température, ou encore par un état hygrométrique très élevé de l'atmosphère. Puis viennent les modifications du milieu par l'apport de substances étrangères nuisibles (gaz, vapeurs, poussières).
Surchauffage du milieu. — Dans certains cas, l'élévation de la température est générale dans tout l'atelier. Tel est le cas des ateliers de tissage où la chaleur se complique d'humidité.
Ailleurs, l'élévation de température anormale ne s'observe qu'au voisinage des sources de chaleur, qui exposent à une réverbération intense les chauffeurs des machines à vapeur, les fondeurs, les verriers, etc.
Une chaleur élevée humide est toujours dangereuse pour les ouvriers, qu'elle anémie fortement. Si la transpiration leur vient en aide pour lutter contre réchauffement de l'organisme, ils sont plus sensibles de ce fait aux causes de refroidissement et éprouvent une soif intense qui, trop souvent, les incite à l'alcoolisme. Si, au contraire, la transpiration fait défaut (ce qui est le cas dans une atmosphère surchargée d'humidité), la température interne de l'organisme s'élève, et la santé peut être gravement compromise. Dans les industries textiles où l'humidité de l'air est indispensable à la fabrication, un travail actif devient très difficile si la température s'élève à 25° avec 80 pour 100 d'humidité dans l'air; on constate alors que la température centrale des ouvriers s'élève de plus de 1 degré.
La chaleur sèche, lorsque la température reste moyennement élevée, produit seulement du dessèchement des muqueuses et une soif ardente ; mais, dès que la température devient très élevée, elle ne peut être supportée que temporairement et expose aux brûlures, au coup de 'chaleur et à la mort subite.
L'article 5 du décret du 27 novembre 1904 contient le passage suivant : « ...L'aération sera suffisante pour empêcher une élévation exagérée de la température. »
C'est, en effet, par une bonne ventilation qu'on lutte le mieux contre le surchauffage de l'atmosphère des ateliers. Cela nous amène à indiquer les procédés de ventilation artificielle usités dans l'industrie. Nous verrons d'ailleurs que ces procédés s'appliquent également à l'enlèvement des poussières, des gaz et des vapeurs nuisibles, qui contaminent l'atmosphère industrielle.
La ventilation artificielle a pour but de fournir un apport d'air supplémentaire au moyen d'appareils de ventilation. Ces appareils répondent à trois types différents :
1° Cheminées d'appel dans lesquelles l'aspiration de l'air est produite par un foyer échauffant l'air de la cheminée.
Ll° Ventilateur hydraulique réalisant un appel ou un refoulement d'air par l'injection d'un filet d'eau.
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Hygiène industrielle.
3° Appareils à propulsion mécanique qu'on peut utiliser soil pour refouler, soit pour aspirer l'air.
Les cheminées d'appel et les ventilateurs hydrauliques sont surtout utilisés dans la petite industrie où l'on ne dispose pas d'une force motrice ni d'une distribution électrique.
Les cheminées d'appel sont bâties suivant les principes appliqués à la construction des cheminées des habitations privées. Leurs dimensions sont proportionnées à l'appel d'air nécessaire. Un foyer, alimenté par du charbon ou du gaz, y entretient un tirage permanent. Les hottes constituent une variété de cheminée d'appel; elles sont construites comme les hottes que l'on établit dans les cuisines au-dessus des fourneaux.
Le ventilateur hydraulique (fig. 298) est constitué par un tube en U ; près de l'orifice mis en communication avec l'air extérieur, se trouve un ajutage qui projette un fin jet d'eau en pluie dans le sens opposé à l'entrée de cet air. Celui-ci se trouve ainsi aspiré dans le tube, puis refoulé dans le local où aboutit l'autre orifice du tube en U. Inversement un second ajutage disposé près de l'orifice intérieur fournit un écoulement d'eau qui aspire l'air du local et le rejette à l'extérieur. Le débit d'air est proportionnel à la pression de l'eau. A Paris, où elle est généralement de 3 atmosphères, chaque litre d'eau refoule 1 mètre cube 1/2 d'air. On construit aussi des appareils où l'appel d'air est produit par un jet de vapeur d'eau ou d'air comprimé d'une façon analogue à ce qui se produit dans le ventilateur hydraulique.
Pour que le ventilateur hydraulique fonctionne bien, il faut que l'air sorte aisément du local
ventilé dont la pression intérieure doit différer très peu de celle de l'extérieur. Il faut donc y assurer l'évacuation de l'air pardes orifices appropriés. Cet appareil a l'avantage de rafraîchir l'air en été et de le débarrasser des poussières; il rend des services partout où l'installation d'une cheminée n'est pas possible et où l'eau sous pression est d'un faible prix de revient. Les ventilateurs mécaniques sont de deux sortes : les ventilateurs hélicoïdaux ou à basse pression et les ventilateurs centrifuges ou à haute pression. Les uns et les autres peuvent être indifféremment employés à refouler l'air ou à l'aspirer. Pour les mettre en mouvement, il faut disposer d'une distribution électrique ou bien d'un moteur à vapeur à explosion, à eau ou à air comprimé.
Les ventilateurs hélicoïdaux (fig. 299) sont constitués par une roue dont les rayons sont remplacés par des ailettes métalliques ayant une torsion hélicoïdale. Cette roue est disposée à l'entrée d'une conduite d'air et son mouvement de rotation détermine un appel d'air énergique. Le débit de ces ventilateurs à basse pression diminue rapidement si la pression du local à ventiler ou des conduites que l'air doit suivre s'écarte assez sensiblement
Fig . 298.
mtilateur hydraulique.
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de la pression extérieure. On ne pourrait alors augmenter le débit qu'en accélérant le mouvement de rotation de l'appareil; mais on ne peut guère dépasser utilement 300 à 400 tours à la minute. Ces ventilateurs ne peuvent donc être employés que pour les locaux où l'air s'écoule aisément au dehors et ne sont pas pratiques s'ils sont suivis dune canalisation longue et contournée ou si l'air doit traverser des réchaufîeurs ou des refroidissent.
Les ventilateurs aspirateurs à basse pression ne doivent pas être disposés sur une façade exposée au vent; celui-ci opposant au débit du ventilateur une résistance proportionnée à sa vitesse.
Dans le ventilateur centrifuge ou à haute pression (fig. r>00) l'air pénètre au niveau de Taxe, puis est rejeté à la périphérie par la rotation rapide des ailettes. De là il est refoulé dans un tuyau (à droite de la figure), appelé buse, d'où il est dirigé par une conduite vers les locaux à ventiler.
Fig. 299. — Ventilateur hélicoïdal (d'après Rambouseck).
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500. —Ventilateur centrifuge Exjiaustor (d'après Rambouseck).
En augmentant la vitesse de rotation de ces appareils d'une façon convenable (jusqu'à 3000 tours à la minute), on obtient avec ces appareils des pressions 20 à 50 fois plus fortes qu'avec les ventilateurs hélicoïdaux. Aussi, ces appareils peuvent-ils refouler efficacement l'air dans des canalisations longues et à trajet compliqué. Inversement, ils sont utilisés pour la ventilation locale, notamment pour l'aspiration, au niveau des machines et des appareils, de l'air chargé de poussières ou de gaz dangereux (on leur donne alors à l'étranger le nom d'appareils « Exhaustor » du latin exhaurire, aspirer).
L'air puisé par la ventilation artificielle lorsqu'il est destiné à renouveler l'atmosphère d'un local fermé, d'un atelier par exemple, doit toujours être pris à l'extérieur, à un niveau assez élevé au-dessus du sol pour ne pas être mélangé d'impuretés. Il faut bien répartir l'air pur dans toutes les parties du local à ventiler et le déverser dans les couches inférieures de l'atmosphère de l'atelier de façon à ce que les ouvriers puissent le respirer avant tout mélange. 11 vaut mieux ventiler les ateliers par refoulement d'air,
8 1 7 Hygiène industrielle.
car l'aéralion par aspiration provoque une dépression qui entraîne par
aspiration clans les locaux de travail de l'air impur provenant des escaliers, des salles voisines, etc.... Il faut placer à la partie supérieure de l'atelier des ouvertures nombreuses pour l'issue de l'air usé.
Dans les ateliers de l'industrie textile (tissages et filatures) où se produit une chaleur humide malsaine, il faudrait en été, pour abaisser convenablement la température, fournir par la ventilation 250 à 500 mètres cubes d'air neuf par heure et par tête, c'est-à-dire renouveler l'air des ateliers 8 à 10 fois par heure. Il va de soi que la ventilation naturelle est tout à fait insuffisante pour fournir cet énorme apport d'air. Seule la ventilation artificielle peut y suffire, mais au prix de dépenses élevées. Pour réduire ce renouvellement d'air à des proportions plus acceptables, on rafraîchit préalablement l'air en le mettant en contact avec de l'eau.
Nous avons vu que dans certains cas le surchauiTage du milieu restait localisé au voisinage d'un foyer de chaleur; c'est ce qui se passe au voisinage des chaudières des machines industrielles, des hauts fourneaux, des fours des industries céramiques, des foyers de cuisine de restaurants ou de fournils de boulangers et de pâtissiers. Dans les cuisines ou les fournils un ventilateur hydraulique suffirait à introduire au voisinage de la source de chaleur une quantité d'air frais suffisante pour favoriser l'évaporalion cutanée et rafraîchir les ouvriers. Au-dessus des fours à grand rayonnement, comme ceux de l'industrie céramique ou métallurgique, on installe des hottes aspirant l'air chaud et le remplaçant par de l'air frais, ou bien des appareils de ventilation mécanique déversant de l'air frais au-dessus ou au voisinage des ouvriers. On peut faire de même pour les chaudières. Celles-ci d'ailleurs et leur luyautage sont recouverts d'enduits calorifuges (paille, feutre, liège aggloméré) qui diminuent la conductibilité de 90 à 95 pour 100. Les fours industriels sont souvent établis à double enveloppe avec circulation d'air ou d'eau entre la double paroi. Dans certains cas, particulière, ment dans les verreries, «on a tenté avec succès de protéger les ouvriers contre le rayonnement des foyers au moyen d'écrans interposés.
Dans les industries où les ouvriers sont exposés à de très fortes réverbérations, ils protègent leurs yeux au moyen de lunettes de sûreté, à verres colorés. Ils devraient toujours renoncer à découvrir complètement le haut du corps et s'astreindre à interposer un tissu léger protecteur entre leur peau et les rayons du foyer. Les soins de propreté fréquents sont de rigueur chez ces ouvriers qui doivent ainsi assurer le bon fonctionnement de toute la surface cutanée pour favoriser l'évaporalion protectrice qui doit s'opérer sur toute son étendue.
Travail à basses températures. — Cerlaines industries utilisent le froid soit pour la fabrication de la glace, soit pour la conservation des denrées alimentaires. Les ouvriers qui sont employés dans ces industries peuvent être exposés à des températures très basses. Il suffit généralement qu'ils soient vêtus chaudement, qu'au besoin ils se réconfortent avec des boissons chaudes. Dans quelques cas, à la fin du travail. le séjour dans des chambres de transition, dont la température s'élève progressivement, devient nécessaire.
N'" P. M. C. — Suppl. 52
Hygiène industrielle. N18
Humidité du milieu. — Dans les professions de plein air, exposées à 'humidité (matelots, pécheurs, débardeurs), il ne semble pas que celle-ci ait une influence particulièrement fâcheuse sur la santé. Il n'en est plus de même dans les industries où l'humidité se développe dans des locaux, fermés. D'autant que le plus souvent il s'agit d'humidité chaude, dont nous avons signalé plus haut les inconvénients (buanderies du type ancien, teintureries, ateliers de filature et de tissage de coton, de chanvre, de lin ou de jute).
Dans certaines de ces industries l'humidité du milieu est un inconvénient inutile, qu'il faut tendre à supprimer. C'est à quoi l'on est parvenu dans les buanderies du type moderne où le linge est lavé par des envois de vapeur et d'eau dans un récipient si bien clos qu'aucune vapeur ne se dégage plus dans le local. Il n'en est plus de même dans les industries textiles où l'humidité du milieu est une condition indispensable de travaux qui ne peuvent s'exécuter que dans une atmosphère dont l'état hygrométrique est très élevé et à une température supérieure à 2*2°. On sait que toutes les fibres textiles doivent être maintenues dans un milieu chaud et très humides pour qu'elles puissent se prêter aux mouvements que leur impriment les machines. Dans ces industries on obtient l'humidification de l'atmosphère par différents procédés. L'arrosage du sol, les rigoles traversant les ateliers, les projections de vapeur sont généralement abandonnés. On utilise actuellement de préférence la pulvérisation d'eau qui se combine aisément à la ventilation. Encore faut-il renoncer à placer les pulvérisateurs dans les ateliers mêmes. Dans ces cas en effet on les installe, pour obtenir en même temps la ventilation du local, au-dessus d'une prise d'air extérieure. Mais en hiver il. se produit alors des courants d'air tellement froids qu'on n'a d'autre ressource que de fermer la prise d'air et de renoncer à la ventilation. Le mieux est de placer les pulvérisateurs en dehors des ateliers dans lesquels on amène par une canalisation de l'air qui s'est humidifié à leur niveau et qu'on aura soin d'échauffer en hiver.
Un état hygrométrique élevé de l'atmosphère d'un atelier n'a pas seulement les inconvénients que nous avons déjà énuinérés. Lorsque l'air saturé d'humidité se refroidit, une partie de la vapeur d'eau se condense et forme des buées qui sont d'autant plus épaisses que la saison est plus froide et que la température de l'atelier est moins élevée. Le danger de chute augmente parallèlement pour les ouvriers parce que les planchers et les escaliers mouillés sont devenus glissants. De plus, ces nuages de vapeur peuvent masquer une machine en mouvement ou un organe de transmission ; de là une nouvelle source d'accidents. Aussi l'article 6 du décret du 29 novembre 1904 indique-t-il que : « Pour les buées, vapeurs..., il sera installé des hottes avec cheminées d'appel ou tout autre appareil d'élimination efficace. » Puisque la formation des buées dépend de deux conditions : 1° du dégagement de vapeurs d'eau; 2° de la saturation de l'air, il faut les supprimer l'une et l'autre pour obtenir un bon résultat. L'aspiration delà vapeur par une hotte avec cheminée d'appel est insuffisante, l'air froid qui vient remplacer l'air aspiré favorisant la formation de nouvelles buées et une partie de celles-ci n'élant pas évacuées par la hotte et se répandant
Hygiène industrielle.
dans le local. La vapeur d'eau est généralement fournie dans les ateliers où se forment des buées par de vastes récipients d'eaux chaudes; le mieux serait de les couvrir de façon à ce qu'ils ne puissent dégager de vapeurs; mais c'est loin d'être toujours possible; alors il faut aspirer ces vapeurs au point même où elles se forment et remplacer l'air ainsi soustrait par un apporl d'air chaud et sec. Les appareils pour l'enlèvement des buées doivent donc réaliser une double ventilation à la fois aspiratrice pour la vapeur d'eau et refoulante pour l'air chaud. La figure 501 montre comment on peut réaliser une installation destinée à projeter de l'air chaud dans un atelier où se forment des buées.
Pour concilier à la fois les nécessités du travail dans les industries textiles
Pig. "01. ' — Installation, pour dissiper les buées (d'après Neuwinger). — A, appareil où l'air s'échauffe au contact de tuyaux renfermant de la vapeur d'eau. — V, ventilateur refoulant l'air chauffé dans l'atelier où se produisent des buées.
Ps\ chromètre
et les exigences de la bonne hygiène des ouvriers, on peut admettre que l'atmosphère des ateliers ne devrait jamais dépasser une température de 25° avec 80 pour 100 d'humidité. On détermine l'état hygrométrique de l'air dans un local en utilisant les indications du psy chromètre (fig. 3(H bis). C'est un appareil composé de c2 thermomètres à mercure couplés; le récipient de l'un (thermomètre mouillé) est entoure d'une mousseline baignant dans un petit réservoir d'eau qui la maintient humide. L'eau dont est imbibée la mousseline refroidit d'autant mieux le mercure que l'évaporation est plus intense et par conséquent l'air plus sec. L'écart sera doue d'autanl moindre entre les indications du thermomètre mouillé et celles du thermomètre sec que l'humidité de l'atmosphère sera plus grande. On
Hygiène industrielle. 820
admet que pour rester dans des conditions qui ne soient pas défavorables à la santé de l'ouvrier, il faul que dans les ateliers la température du thermomètre mouillé ne dépasse jamais 28° et que les différences relevées entre les indications du thermomètre sec et celles du thermomètre mouillé ne s'écartent pas des limites suivantes :
Jusqu'à 20° du thermomètre sec : 1° d'écart entre les deux thermomètres. De 21 h 25° — 2° — —
Au-dessus de '25° — 3°
On voit que plus la température de l'air d'un atelier est chaude moins l'état hygrométrique doit être élevé, pour que la santé des ouvriers n'ait pas à en souffrir.
Souillure du milieu par les gaz et vapeurs. — Les gaz et vapeurs dégagés dans l'industrie peuvent être irritants et caustiques ou toxiques, parfois à la fois irritants et toxiques.
Certains gaz dont le dégagement rend l'atmosphère irrespirable sont connus sous le nom de gaz délétères. En réalité ce sont des gaz toxiques, véritables poisons du sang. Mais comme ils provoquent toujours des accidents asphyxiques et que les mesures à prendre pour éviter ces accidents sont assez particulières, il convient d'étudier à part la souillure du milieu par les gaz délétères.
Gaz délétères. — Il arrive parfois que les mineurs, les puisatiers, les vidangeurs (coup de plomb), les égoutiers, les ouvriers qui nettoient les fours industriels ou qui travaillent à la fabrication du gaz d'éclairage, les vignerons qui descendent dans une cuve pleine de vendange en fermentation, perdent connaissance subitement et présentent des symptômes asphyxiques qui ne tardent pas à entraîner la mort, s'il n'y est pas remédié promptement. Ces accidents sont dus à des dégagements brusques de gaz délétères : hydrogène sulfuré, oxyde de carbone ou acide carbonique.
Des dégagements d'hydrogène sulfuré ont été observés lors du forage de certains puits, pendant le nettoyage des égouts, dans les fosses d'aisances ou les fosses à purin.
La combustion du charbon avec apport d'air insuffisant produit de l'oxyde de carbone ; c'est ce qui arrive notamment avec les réchauds des plombiers ou des tailleurs. Dans les mines, les carrières, lors des constructions de tunnels, l'emploi des explosifs dégage des quantités dangereuses d'oxyde de carbone; il en est de même des explosions de grisou. Dans les fours industriels il y a un dégagement abondant d'oxyde de carbone, qui peut se condenser dans la suie déposée sur les parois ou dans les conduites de fumée et qui alors se mêle brusquement à l'air lors des nettoyages. Il en est de même dans les usines à gaz soit pendant la distillation de la houille, soit pendant le nettoyage des gazomètres ou des cornues. Des fuites de gaz peuvent se faire à travers le sol et rendre irrespirable l'air d'égouts, de puits ou de caves voisines. 11 est à remarquer que très souvent dans ces cas le gaz d'éclairage abandonne au sol qu'il traverse la majeure partie de ses hydrocarbures ; il perd alors son odeur caractéristique, mais n'en est pas moins toxique, car il conserve toute sa teneur en oxyde de carbone.
Toutes les combustions produisent de l'acide carbonique en quantité; la
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fermentation des matières végétales ou organiques donne naissance également à un dégagement abondant d'acide carbonique; c'est ce qui explique les accidents survenus chez les ouvriers qui ont l'imprudence de pénétrer dans des cuves en fermentation ou chez des puisatiers qui travaillent dans des terrains traversés par des gaz provenant de dépôts de matières'organiques voisins et pour la même raison chez des fossoyeurs. 11 peut aussi y avoir accumulation d'acide carbonique dans les caves voisines des cours d'eau pendant les crues, les gaz du sol étant refoulés par les eaux. Les fermentations expliquent l'accumulation de l'acide carbonique dans les caves des brasseries, dans les cuves des distilleries, des amidonneries, des féculeries et des raffineries.
Quelles sont les mesures à prendre pour prévenir de pareils accidents? Tout d'abord chaque fois qu'un milieu peut être suspecté, qu'il s'agisse d'un puits, d'une galerie de mine ou d'une fosse d'aisances, il faut s'assurer si l'air y est respirable. Pour cela le seul moyen pratique est d'y introduire une cage renfermant un oiseau ou une souris. Ces animaux sont bien plus sensibles aux gaz délétères que l'homme et succombent en quelques minutes là où un homme résiste encore assez longtemps. Si l'animal témoin succombe, il ne faut laisser pénétrer aucun ouvrier avant d'avoir largement ventilé le milieu et constaté qu'un nouvel animal introduit n'éprouve pas d'accidents. Cette épreuve devra être renouvelée avant chaque descente et, pendant le travail, il sera prudent de conserver auprès des ouvriers un animal témoin. En cas de dégagement de gaz délétères sa mort avertirait les intéressés et leur laisserait le temps de se mettre à l'abri.
Dès qu'on a reconnu que l'atmosphère d'un milieu est devenue irrespirable, on doit largement l'aérer. En prévision de cette opération, il est prudent de tenir en réserve un ventilateur-aspirateur dans les industries où il se produit habituellement des dégagements de gaz délétères au cours du travail, dans les fonderies par exemple. Lorsqu'il s'agit d'une production fortuite de ce gaz, comme au cours du forage d'un puits, il faut aérer la cavité au moyen d'un ventilateur portatif, si c'est possible; sinon on s'efforcera de chasser l'air irrespirable en plaçant un réchaud allumé au fond du puits.
Quand on est dans la nécessité de pénétrer immédiatement dans le milieu délétère, sans avoir le temps de procéder à la ventilation, pour un sauvetage par exemple, on a recours, si on en a sous la main, à des appareils respiratoires : casques reliés à l'extérieur par un tuyau qui fournit de l'air respirable; appareils munis d'un récipient fournissant de l'air ou de l'oxygène (appareils Guglielminetti, Drâger ou Vauginot) ou bien appareils fournissant de l'oxygène par réaction du bioxyde de sodium dans l'eau et absorption de l'acide carbonique de la respiration par la soude produite (appareil Desgrez et Balthazard).
Les accidents de personnes deviendraient d'ailleurs plus rares et surtout beaucoup moins graves, si les prescriptions du décret du c29 novembre 1904 étaient rigoureusement observées. L'article 3 se termine, en effet, par ces recommandations : « Les travaux dans les puits, conduites de gaz, canaux de fumée, fosses d'aisances, cuves ou appareils quelconques pouvant con-
Hygiène industrielle. 822
tenir dos gaz délétères ne seront entrepris qu'après que l'atmosphère aura été assainie par une ventilation efficace. Les ouvriers appelés à travailler dans ces conditions seront attachés par une ceinture de sûreté. » — Que d'existences d'ouvriers auraient été conservées, si on avait toujours pris la" précaution de les munir d'une ceinture ou d'une bricole avec une corde permettant de les ramener immédiatement au dehors en cas d'alarme!
Lorsqu'un ouvrier présentant des signes d'asphyxie aura été retiré d'un milieu délétère il faudra l'étendre à l'air libre, ouvrir ses vêtements pour faciliter les mouvements respiratoires, tâcher de le faire revenir à lui par des frictions et des inhalations excitantes. Au besoin on aura recours à la respiration artificielle combinée, à la traction rythmée de la langue et à des inhalations d'oxygène. Les expériences d'Haldane ont montré que beaucoup d'asphyxiés par des gaz délétères seraient sauvés s'ils pouvaient être immédiatement placés dans une atmosphère contenant de l'oxygène comprimé. Il serait souvent possible, dans les mines par exemple, de tenir à cet effet en réserve des tubes d'oxygène comprimé et un masque respiratoire approprié, pour pouvoir secourir efficacement les ouvriers présentant des signes d'asphyxie.
Gaz et vapeurs irritants. — Les vapeurs de certains corps chimiques (chlore, brome, iode, chrome), des acides (chlorhydrique, sulfureux, sulfurique, nitrique, nitreux, fluorhydrique), de l'ammoniaque ont des propriétés irritantes et caustiques qui les rendent dangereuses, même à très faibles doses. Leur mélange à l'air d'un local clos devient insalubre à partir des proportions suivantes :
Chlore et brome 0,01 pour \ 000 d'air.
Acide sulfurique 0,3 à 0,4 —
Acide chlorhydrique 0,1 à 0,2 —
Ammoniaque 0,5 —
En général, leur présence dans l'atmosphère provoque immédiatement de l'irritation des voies aériennes et par suite de la toux, qui peut mettre en garde contre le danger.
De plus ils peuvent avoir une action caustique sur les téguments.
Les dégagements de gaz irritants s'observent principalement dans les professions suivantes :
Vapeurs chloreuses (fabriques d'eau de Javel, blanchisseries, préparation de chlorure de chaux par électrolyse du chlorure de sodium, blanchiment de la pâte à papier dans les papeteries).
Vapeurs hydrochloreuses (fabrication du chlore et de l'acide chlorhydrique, de la soude artificielle, blanchiment du fil dans les industries textiles, glaçure des poteries, étamage et galvanisation).
Vapeurs sulfureuses (extraction, distillation et raffinerie du soufre, blanchiment des tissus, désinfection par le soufre, vulcanisation du caoutchouc, soufrage des allumettes ou des mèches, fabrication du bleu d'outre-mer, fabrication de la glace par l'acide sulfureux).
Vapeurs nitreuses (fabrication de l'acide arsénique, de l'arséniate de soude, des acides sulfurique, oxalique, picrique, de la nitro-glycérine, des poudres sans fumée; la gravure ou l'affinage des métaux; l'emploi du nitrate acide
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de mercure en chapellerie; la préparation du noir pour le cirage ou la teinture).
Vapeurs d'acide picrique (fabrication de la mélinite).
Vapeurs fluorhydriques (gravure du verre ; industrie des superphosphates).
Vapeurs cyanhydriques (photographie; teinture et impression des tissus en bleu; calcination des matières animales avec des alcalins; préparation du fulminate de mercure; fabrication de la soude artificielle).
Vapeurs d'ammoniaque (fabrication de l'ammoniaque liquide et des chlorhydrate, sulfate et carbonate d'ammoniaque; des prussiates, de la soude et de la murexide; fabrication de la glace par l'appareil Carré; vidanges des fosses d'aisances; fabrication des engrais).
En dehors des procédés applicables à l'éloignement de tous les gaz dangereux (aspiration par des hottes, ventilation, etc.) quelques mesures spéciales peuvent être opposées à la diffusion des gaz irritants dans l'atmosphère. On a conseillé de les neutraliser par de l'eau de chaux et d'opposer un dégagement d'ammoniaque aux vapeurs acides. L'aspiration des vapeurs sulfureuses dans l'industrie de la vulcanisation du caoutchouc se fait au moyen de l'appareil Hudelo qui projette l'air sur le bain de soufre de façon à entraîner les vapeurs sulfureuses qui sont absorbées ensuite par contact avec une surface mouillée.
Gaz et vapeurs toxiques. — De toutes les vapeurs métalliques ce sont surtout celles qui se dégagent du mercure qui produisent le plus d'accidents d'intoxication dans diverses industries (mines de mercure, sécrétage au nitrate acide de mercure des poils de lapins et de lièvres pour la fabrication du feutre dans la chapellerie, extraction par amalgame dans les mines d'argent, construction de baromètres et de thermomètres, fabrication de jouets colorés au rouge de mercure, emploi des composés mercuriels dans le bronzage et le damasquinage des métaux, dans la teinturerie, l'industrie des fleurs artificielles, chez les naturalistes; fabrication et emploi du fulminate de mercure). L'étamage des glaces au mercure, la dorure et l'argenture au mercure, qui étaient des sources importantes d'intoxication, sont des procédés industriels qui ne sont plus employés.
Les intoxications industrielles par le plomb sont beaucoup plus dues aux poussières qu'aux vapeurs. Cependant des vapeurs dangereuses se dégagent : dans les mines de plomb lors du traitement du minerai, du raffinage, de la coupellation, de la fonte et du laminage; dans la fabrication des instruments de musique, où on fond du plomb au niveau des coudes des tubes; dans la fabrication du minium; lors de l'enlèvement des vieilles peintures à la lampe; dans l'industrie des potiers et des émailleurs du fait des vapeurs de potée d'étain.
Quel que soit le métal fabriqué, on observe dans les fonderies une fièvre à type intermittent (fièvre des fondeurs) que l'on attribue en général non seulement aux vapeurs du métal fondu, mais encore aux gaz qui se dégagent en même temps : oxyde de carbone, acide carbonique, acide sulfureux et souvent vapeurs d'arsenic et d'antimoine. La chaleur des fours et le surmenage ne paraissent pas étrangers à ces accidents qui s'observent surtout dans les fonderies de cuivre, de zinc et de laiton.
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Les vapeurs arsenicales sont extrêmement toxiques, particulièrement l'hydrogène arsénié ; l'inspiration d'un milligramme de ce gaz entraîne la mort. Un dégagement de vapeurs arsenicales peut se produire lors de la préparation de l'arsenic; dans la préparation du vert de Schweinfurth, de la fuchsine-, dans les teintureries; dans les tanneries; dans les chapelleries; lors de la production d'hydrogène pour l'aéroslation; dans le traitement des résidus arsenicaux qui proviennent de la préparation des couleurs d'alinine. L'hydrogène arsénié se produit dans le traitement des métaux impurs, de l'acide sulfurique obtenu avec des pyrites, du cobalt, du cuivre blanc.
Les accidents provoqués par les vapeurs de phosphore dans la fabrication des allumettes ont à peu près complètement disparu depuis l'emploi exclusif du sesquisulfure de phosphore et des nouvelles machines à fabrication continue.
Des vapeurs de sulfure de carbone se dégagent dans la fabrication de ce produit, dans la vulcanisation du caoutchouc à froid, dans l'extraction des graisses et des huiles.
Les hydrocarbures dégagent également des gaz toxiques, par exemple la benzine lors de son extraction, dans les teintureries, dans les ateliers de dégraissage, lorsqu'on l'emploie comme dissolvant du caoutchouc; l'aniline, lors de sa fabrication et dans la fabrication et l'emploi des couleurs d'aniline; le pétrole, lors de son extraction, de sa distillation et de son raffinage. Des émanations toxiques de substances aromatiques sont produites lors de la distillation du goudron et de la fabrication de ses dérivés (agglomérés, paraffine, acide phénique). L'alcool, lors de sa rectification et de sa distillation, le méthylène impur, lors de sa fabrication et aussi dans les fabriques d'aniline, chez les gaziers, les ébénistes, les apprêteurs de chapeaux de feutre et d'étoffes de soie peuvent déterminer des accidents. Les vapeurs de térébenthine sont nocives dans les fabriques et dépôts de térébenthine et de vernis, chez les peintres, les ébénistes, les teinturiers, les ferblantiers, dans la fabrication de la cire à cacheter ou du caoutchouc que la térébenthine sert à dissoudre. On a sans doute exagéré les méfaits du tabac lors de sa fermentation et dans les séchoirs des manufactures de l'État.
Mesures prophylactiques contre le danger des gaz et vapeurs insalubres. — Les mesures d'hygiène destinées à lutter contre l'insalubrité des ateliers où se dégagent des vapeurs et des gaz irritants ou toxiques se trouvent indiquées à l'article 6 du décret du 29 Novembre 1904 : «... les gaz incommodes, insalubres ou toxiques, seront évacués directement au dehors des locaux de ravail, au fur et à mesure de leur production. — Pour les buées, vapeurs, gaz, ..., il sera installé des hottes avec cheminées d'appels ou tout autre appareil d'élimination efficace .... Pour les gaz lourds, tels que les vapeurs de mercure, de sulfure de carbone, la ventilation aura lieu per descensum; les tables ou appareils de travail seront mis en communication directe avec le ventilateur. — L'air des ateliers sera renouvelé de façon à rester dans l'état de pureté nécessaire à la santé des ouvriers. » L'article 7 ajoute : « Pour les industries désignées par arrêté ministériel, les vapeurs et gaz incommodes ou insalubres... seront condensés ou détruits. »
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Lorsqu'il se fait dans l'industrie <l<is travaux qui entraînent le dégagement de gaz ou de vapeurs nuisibles, il est indiqué, quand on ne peut transformer complètement la méthode industrielle de façon à éviter ces dégagements, de n'user que d'appareils hermétiquement fermés et d'opérer en vase dus, ce qui empêche toute souillure de l'air de l'atelier. C'est ainsi qu'on procède dans les chambres de grillage des fonderies de plomb, dans les ateliers de sécrétage au mercure où sèchent les peaux. 11 faut même, pour plus de sûreté, établir dans ces appareils une dépression permanente afin d'éviter la moindre sortie des gaz par les joints et d'assurer, au moment
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Fig. 301 1er. — Hottes de forges avec ventilation aspirante (d'après F. Gallard;
de l'ouverture des chambres, leur balayage complet par l'air extérieur, sans qu'il puisse y avoir diffusion des vapeurs nuisibles dans l'atelier.
Ce travail en vase clos devient impossible lorsqu'il est nécessaire de manipuler les substances susceptibles de dégager des gaz dangereux. Dans ces cas on'en est réduit à éloigner ceux-ci au moyen de hottes où fréquemment ils sont aspirés en outre par un appareil de ventilation.
Pour qu'une hotte soit réellement efficace il faut qu'elle ait une hauteur et une largeur suffisante; que l'ouverture communiquant avec l'extérieur et servant à l'issue des gaz soit placée à sa partie supérieure el présente un diamètre étendu ainsi que la conduite de dégagement; celle-ci doit monter verticalement et assez haut pour qu'il s'établisse un fort tirage (fig. 301 ter). S'il est nécessaire de faire descendre la hotte très bas et que cependant des manipulations s'imposent ou bien on rend la hotte mobile
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verticalement grâce à une chaîne à contrepoids, ou bien elle reste fixe, mais pourvue d'une ouverture facile à obturer.
Il y a avantage à construire les hottes à double enveloppe et à circulation d'eau, dans les cas où elles s'échauffent au point d'incommoder lesouvriers qui travaillent auprès d'elles.
Pour activer l'éloignement des gaz, on peut avoir recours à l'action d'une rampe à gaz, d'injeetcurs à eau ou à vapeur placés dans l'intérieur de la hotte; l'aspiration peut encore y être réalisée par un ventilateur mécanique. Dans certains cas on combine l'insufflation à l'aspiration, les vapeurs nuisibles étant balayées sur la surface d'émission et refoulées vers une hotte qui les aspire.
Dans les usines où on manipule des vapeurs plus lourdes que l'air : la benzine, le sulfure de carbone (vulcanisation à froid du caoutchouc), les vapeurs froides d'alcool ou d'éther, dans les ateliers où la fermentation produit un dégagement considérable d'acide carbonique, l'évacuation des gaz dangereux est réalisée par des bouches aspiratrices per descensum et une canalisation évacuatrice. Dans les ateliers de vulcanisation à froid du caoutchouc on utilise des ventilateurs mécaniques qui aspirent jusqu'à iOOOO mè très cubes d'air à l'heure.
Comme il n'est pas toujours possible d'évacuer la totalité des gaz nuisibles et que certains d'entre eux comme l'hydrogène arsénié, l'hydrogène sulfuré, l'oxyde de carbone restent dangereux même lorsqu'ils ne se mêlent à l'atmosphère qu'en proportion très faible, il faut assurer avec grand soin la ventilation générale des ateliers où peuvent se produire ces dégagements redoutables.
Dans le cas où il est impossible de mettre l'ouvrier complètement à l'abri des vapeurs dangereuses, on en est réduit à le munir d'un masque respiratoire. Dans ces industries il est toujours indispensable de tenir en réserve quelques ballons d'oxygène pour pouvoir intervenir au moindre accident asphyxique. ,
Pour éviter le déversement insalubre dans l'atmosphère extérieure des gaz et vapeurs nuisibles évacués des ateliers, on opère soit leur condensation par refroidissement, soit leur absorption dans l'eau ou dans des solutions appropriées. On peut ainsi encore utiliser ces produits en les régénérant, ou en les employant à l'état de combinaison dans quelque nouvelle industrie. On peut même tirer partie directement des gaz évacués dans l'usine même soit qu'on trouve à utiliser leur température élevée, soit qu'on les exploite comme force motrice pour activer des machines.
Poussières industrielles. — Dans un grand nombre d'industries, le travail donne lieu à un dégagement considérable de poussières. L'air des ateliers peut en renfermer des quantités telles qu'il devient dangereux pour la santé des ouvriers.
Normalement, à l'air libre, l'atmosphère contient en moyenne 1/2 milligr. de poussières par mètre cube d'air, tout au plus 1 milligr. lorsque le temps est très sec et qu'il souffle beaucoup de vent.
Dans les industries où le travail produit des poussières et où elles ne sont pas convenablement captées, on peut en constater jusqu'à 50 à 100 milligr.
Hygiène industrielle.
par mètre cube d'air des ateliers et même parfois 200 milligr. (par exemple, dans certaines fabriques de chaussures de feutre ou certaines usines de ciment); en pareil cas, un ouvrier inspire environ \ gr. de poussières chaque jour durant 10 heures de travail.
La quantité des poussières ainsi dégagées est bien un facteur d'insalu-
Fig. 302. — Poussières de verre vues au microscope d'après Rambouseck).
Fig. 503. — Poussières de fonte
vues au microscope, dessin schématique
(d'après Rambouseck).
brité, car, quelle que soit leur nature, elles ont toujours une fâcheuse influence sur les voies aériennes et peuvent servir de véhicules à des germes infectieux.
Mais la nature de ces poussières a encore plus d'influence sur la santé des ouvriers que leur quantité. Certaines poussières sont particulièrement irritantes parce qu'elles sont dures, coupantes ou pointues (poussières irri-
Fig. 30i. — Poussières de bois
vues au microscope, dessin schématique
(d'après Rambouseck).
Fig. 303. — Poussières de soie
vues au microscope, dessin schématique
(d'après Rambouseck).
tantes). D'autres sont constituées par des particules de substances toxiques, et deviennent ainsi pour les ouvriers des poisons de l'organisme (poussières toxiques). Enfin, toutes les poussières peuvent véhiculer des microbes pathogènes et provoquer des maladies infectieuses (poussières infectieuses). Poussières irritantes. — Les plus dangereuses sont les poussières minérales (particulièrement celles qui contiennent du silice, du grès, du quartz
Hygiène industrielle. Xïx
ou du verre) (fig. 502) auxquelles sonl exposés les tailleurs de pierre, les remouleurs, les ponceurs, les faïenciers et les potiers. Elles sont, en effet, dures, anguleuses et coupantes. Les poussières minérales qui ne contiennent pas de silice (ciment, marbre, scories, plâtre) sont moins dangereuses.
Les poussières métalliques, particulièrement celles du fer (fig. 303), sont irritantes et constituent un grave péril dans différentes industries (tailleurs de limes, aiguiseurs, fabricants d'aiguilles, serruriers).
Les poussières de charbon déterminent par leur accumulation des inflammations chroniques des voies aériennes chez les ouvriers qui y sont habituellement exposés (mineurs, charbonniers, mouleurs de métaux, etc.). Mais elles sont moins irritantes que les poussières de bois (fig. 504), dont les extrémités sont très pointues, et les poussières textiles (fig. 305) (soie, laine, lin, chanvre, coton), dont les particules sont allongées et intriquées et forment dans les voies aériennes un feutrage difficile à expulser.
Parmi les poussières anguleuses et tranchantes, il faut encore signaler celles que produit le travail au tour de la corne, de l'ambre, de l'écume de mer.
Poussières toxiques. — Ces poussières sont d'origine métallique et proviennent le plus souvent du plomb ou de l'arsenic. Ce sont surtout les poussières des sels de plomb (blanc de céruse, minium, etc.) qui provoquent le plus d'accidents d'intoxication saturnine. Les poussières arsenicales sont exclusivement des poussières de sels d'arsenic et se dégagent surtout dans la fabrication et l'emploi des couleurs arsenicales (verts de Scheele et de Schweini'urlh, bleu d'arséniate de cobalt, rouge darséniate d'alumine, brun de sulfure d'arsenic).
Les poussières d'acétate de cuivre peuvent être toxiques pour les fabricants de verdet, ainsi que celles d'oxyde et de carbonate de cuivre pour les chaudronniers ou les fondeurs en cuivre, bronze ou laiton.
Pendant l'extraction du mercure dans les mines, les ouvriers absorbent parfois des particules de ce métal, qui se mêlent à l'air; il en résulte des accidents d'intoxication mercurielle.
Poussières infectieuses. — Les poussières industrielles peuvent véhiculer des microbes pathogènes et provoquer des maladies infectieuses chez les ouvriers. Ce mode de contamination par les poussières n'offre, dans l'industrie, de caractères particuliers que pour un petit nombre d'industries où les conditions professionnelles multiplient les infections ou y prédisposent. C'est ainsi que les travailleurs en contact avec les animaux ou leurs dépouilles (peaux, crins, cornes) sont plus exposés à l'infection charbonneuse; que les industries à poussières dures prédisposent à l'infection tuberculeuse; que les blanchisseurs et les chiffonniers deviennent fréquemment tuberculeux ou sont sujets à contracter la variole ou la scerlatine en temps d'épidémie, leur profession les exposant à l'inhalation des poussières qui se détachent du linge ou des chiffons infectés.
Mesures prophylactiques à opposer aux dangers des poussières industrielles. — La plupart sont indiquées dans le décret du 29 novembre 1909, qui prescrit :
« Art. G. — Les poussières... seront évacuées directement au dehors des
Hygiène industrielle.
locaux de travail au fur et à mesure de leur production. Pour les... poussières légères, il sera installé des hottes avec cheminées d'appel ou tout autre appareil d'élimination efficace. — Pour les poussières déterminées par les meules, les batteurs, les broyeurs et tous autres appareils mécaniques, il sera installé autour des appareils, des tambours en communication avec une ventilation aspirante énergique. — La pulvérisation des matières irritantes et toxiques ou autres opérations telles que le tamisage et l'embarillage de ces matières se feront mécaniquement en appareil clos. L'air des ateliers sera renouvelé de façon à rester dans l'état de pureté nécessaire à la santé des ouvriers.
« Art. 7. — Poulies industries désignées par arrêté ministériel, après avis du Comité consultatif des arts et manufactures..., les poussières seront condensées ou détruites. »
On voit donc que, quelle que soit leur nature, les poussières sont toujours considérées comme dangereuses et que leur évacuation est imposée dans tous les cas par les règlements.
Pour être efficace, c'est-à-dire pour prévenir toute altération de la santé des ouvriers, cette évacuation doit se faire au point même de dégagement des poussières avant qu'elles aient pu souiller l'atmosphère de l'atelier. La ventilation générale ne peut donc être appliquée ici. Il faut avoir recours à la ventilation locale disposée de façon à aspirer et éloigner les poussières dès qu'elles se forment. Telle est la mesure prophylactique, de beaucoup la plus employée, pour prévenir la diffusion des poussières dans l'atmosphère de l'atelier.
Un autre procédé est applicable dans quelques cas; il consiste à prévenir la formation des poussières par l'humectation au moyen de l'eau des matériaux de travail.
500. — Aspiration des poussières dé bois (d'après F. Gallard).
Hygiène industrielle.
Enfin, lorsque tout autre procédé est inapplicable, il faut avoir recours aux appareils protecteurs (masques respiratoires, lunettes), qui mettent l'ouvrier plus ou moins complètement à l'abri des inconvénients des poussières.
Nous allons étudier successivement ces diverses mesures prophylactiques que Ton peut opposer au danger des poussières industrielles.
L'idéal est évidemment d'arriver à isoler hermétiquement la source de poussières en l'enfermant en vase clos. En ce cas, le travail à la main est remplacé par le travail mécanique. C'est ce qu'on a réalisé pour les broyeurs à boulets, utilisés pour le ciment par exemple, où la pulvérisation est
Fig. 307. — Encadrement des meules d'un atelier de polissage (d'après F. Gallard)
opérée en vase clos par le choc et la rotation les unes sur les autres de billes en acier ou en granit.
Mais, le plus souvent, les nécessités du déchargement des machines ou des manipulations interdisent cet isolement en vase clos, et il faut se contenter d'un enveloppement incomplet des appareils producteurs de poussières avec aspiration évacuatrice dans le coffrage même. C'est ainsi qu'on pratique l'enveloppement partiel, avec aspiration, des scies et appareils à travailler le bois; des meules, des tours et des polissoirs de métaux; des appareils servant à peigner et à trier les matières textiles, etc.
Dans certaines grandes menuiseries toutes les machines destinées à scier, à couper ou à raboter le bois sont munies de hottes ou embouchures aspirantes (fig. 306) se terminant par un tube vertical qui se déverse ensuite dans un collecteur. Il en est de même pour l'évacuation des déchets de liège dans la fabrication des bouchons, des poussières dans les industries textiles.
Hygiène industrielle.
Dans le polissage des métaux, il faut éviter toute projection des poussières métalliques dans la direction de l'ouvrier. Pour cela, les meules sont partiellement recouvertes d'encadrements en forme de capuchons, se terminant par un tube aspirateur à leur partie inférieure (fig. 307). Le capuchon enveloppant la meule peut être articulé de façon que l'ouvrier puisse augmenter ou diminuer l'occlusion de l'appareil au cours de son travail (fig. 508).
L'éloignement des poussières peut encore être obtenu sans enveloppement par l'aspiration seule. C'est ce qui a lieu avec les tables aspirantes à claire-voie (fig. 509) utilisées pour le triage des laines ou celui des chiffons.
Le procédé de l'humectation par l'eau des matières premières avant leur
pulvérisation, applicable seulement quand l'humidité n'altère pas ces
Fig. 508. — Encadrement de meule à capuchon articulé (d'après F. Gallard).
Fig. 51)9. — Table aspirante à claire-voie (d'après Rambouseck).
matières, supprime à peu près complètement les poussières; s'il s'en produit encore, elles sont trop lourdes pour s'élever et incommoder l'ouvrier. On emploie, pour pulvériser hygiéniquement l'émail et les matières siliceuses, des broyeurs à boulets remplis d'eau. Grâce à l'humectation, le broyage de la céruse et le ponçage chez les peintres deviennent inoffensifs.
Faute de mieux, dans les cas où l'aspiration des poussières n'est pas praticable et où l'humectation ne peut être utilisée, on en est réduit aux appareils de protection qui mettent plus ou moins les ouvriers à l'abri des poussières. Les masques respiratoires sont généralement constitués par un treillis métallique garni d'une substance filtrante (ouate ou éponge) et appliqué sur la bouche et le nez; on a aussi proposé l'emploi d'un casque de gaze métallique très serrée. Ces appareils pourraient rendre quelques services pour le vidage des chambres où les poussières se condensent, pour le travail dans les usines d'arsenic, pour les tailleurs de pierres, les piqueurs de grès, les rhabilleurs de meules, etc.... Mais les ouvriers ne son! généralement pas disposés à les utiliser, les trouvant incommodes et peut-être aussi ridicules.
L'usage de lunettes comme protection contre les éclats métalliques ou autres rend des services. L'Association des industriels de France a adopté le type Simmelbauer avec verres trapézoïdaux de 2 à 6 millimètres d'épais-
Hygiène industrielle.
seur. Il ne sciai! pas inutile de colorer les verres pour les ouvriers qui travaillent au feu.
Quand la pulvérisation des matériaux constitue l'objet principal de L'industrie (ciment, plâtre, poudrette, scories, céruse, minium, etc.), il faut, à la sorlie du moulin, transporter les matières pulvérulentes jusqu'au récipient destiné à les contenir (baril ou sac) ou jusqu'à un wagon sans qu'elles
Fig. 510. — Installation d'aspiration des poussières dans une usine (d'après Rambouseck). A B C D, ateliers ; I I . tables et appareils de travail ; o, ouvertures aspirant les poussières
puissent se répandre à aucun moment dans l'atmosphère. Les produits cheminent alors à travers des conduites étanches, entraînés par un transporteur à courroie ou à godet à l'aide d'une vis d'Archimède; ou bien simplement aspirés par un ventilateur.
L'évacuation des poussières, qui ne sont qu'une complication du travail industriel (poussières de l'industrie textile, de bois, de métal, etc.), se fait également par des conduites bien hermétiques, dans lesquelles la ventilation aspiratrice assure une dépression permanente. Ces conduites s'abou-
Hygiène industrielle,
des poussières
chent dans des Lubes collecteurs qui aboutissent au ventilateur el déversent leur contenu dans une chambre spéciale (fig\ 310) on dans des appareils collecteurs (appareils centrifugeurs ou filtres).
Les chambres à poussières sont utilisées dans les industries métallurgiques ou textiles ou dans les usines de produits chimiques. Elles contiennent fréquemment de l'eau pulvérisée ou en nappe, qui arrête el retient les poussières. Ces chambres ont l'inconvénient d'occuper un espace étendu.
Les appareils centrifugeurs exigent moins de place. Le plus répandu est l'appareil de Ransome dit « Cyclone » (fig. 311), dans lequel l'air chargé de poussières arrive au sommet lange ntiellement à la paroi, passe sous le cylindre intérieur et sort par le haut de l'appareil, tandis que les poussières, emportées par la vitesse acquise, suivent la spirale el tombent
( ivclone.
Poussières
(Ml
Fig. 312. — Aspirateur-collecte ur de poussières de M. Lumpp ûv Lyon).
dans la chambre inférieure. L'aspirateur-collecteur de poussières de M. Lumpp (de Lyon) (fig. 512) est employé pour le délissage dv> chiffons ei
N"« P. M. < Suppl.
Hygiène industrielle. *•"> 4
dans les tissages, les fabriques de chaussures, etc. Cet appareil se compose d'un aspirateur d'air à force centrifuge A, tournant dans un encaissement dans lequel débouche un tuyau I> qui amène l'air chargé de poussières. Celui-ci esl refoulé dans un collecteur C en forme de tambour cylindrique, suivantla direction des flèches par les ailes de l'aspirateur. Une large ouverture eircalaire E est ménagée sur le fond opposé du tambour. Ce tambour G tournant en même temps que l'aspirateur A, l'air entraîné est projeté à la surface circonférencielle où les poussières restent maintenues par la force centrifuge, tandis que l'air dépouillé des poussières sort par l'ouverture E chassé par l'air nouveau que refoule constamment le ventilateur. Les poussières sont enlevées de temps en temps par une porte ménagée à la circonférence extérieure du tambour.
Les poussières les plus légères sont incomplètement séparées par les appareils centrifugeurs. Pour les retenir, on emploie des filtres dans lesquels les poussières sont retenues par des étoffes de coton, de toile ou de flanelle. Pour que les mailles de ces tissus ne s'obstruent pas au point de ne plus laisser passer l'air et pour débarrasser le tissu des poussières qu'il retient, la plupart des filtres comprennent un dispositif qui les agite énergiquement à intervalles réguliers. Les poussières tombent alors dans un récipient disposé à cet effet.
Les poussières industrielles peuvent être sans valeur; mais, comme il n'est pas permis de les rejeter à l'air libre, on les déverse alors, en général, dans un cours d'eau ou, si c'est possible (poussières textiles, poussières de bois), on les brûle. Dans ce dernier cas, on peut les utiliser comme combustible dans un foyer destiné à chauffer des machines. Parfois, les poussières industrielles ont une certaine valeur comme sous-produits. C'est ainsi que les déchets des usines de bouchons, agglomérés par pression hydraulique, servent à la fabrication du linoléum, de semelles de chaussures ou de parois isolantes.
Nous croyons utile de reproduire en entier le décret du 29 novembre 1904 que nous avons cité par fragments au cours de cet article et qui est Is plus important au point de vue de la réglementation de l'hygiène industrielle :
Décret du 29 novembre 1904 relatif à lhygiène et à la sécurité des travailleurs.
\vl i«r — ier, emplacements affectés au travail dans les établissements visés par l'article 1er de la loi du 12 juin 1893. modifiée par la loi du 11 juillet 11)05, seront tenus en état constant de propreté.
Le sol sera nettoyé à fond au moins une fois par jour avant l'ouverture ou après la clôture du travail, mais jamais pendant le travail.
Ce nettoyage sera fait soit par un lavage, soit à l'aide de brosses ou de linges humides si les conditions de l'exploitation ou la nature du revêtement du sol s'opposent au lavage. Les murs et les plafonds seront l'objet de fréquents nettoyages: les enduits seront refaits toutes les fois qu'il sera nécessaire.
xrt. il — Dans les locaux où l'on travaille des matières organiques altérables, le sol sera rendu imperméable et toujours bien nivelé: les murs seront recouverts d'un enduit permettant un lavage efficace.
En outre, le sol et les murs seront lavés aussi souvent qu'il sera nécessaire avec
835 Hygiène industrielle.
une solution désinfectante. Un lessivage à fond avec la même solution sera fait au moins une fois par an.
Les résidus putrescibles ne devront jamais séjourner dans les locaux affectés au travail et seront enlevés au fur et à mesure, à moins qu'ils ne soienl déposés dans des rccipionls métalliques hermétiquement clos, vidés et lavés au moins une l'ois par jour.
Art. 111. — L'atmosphère des ateliers et de tous les autres locaux affectés au travail sera tenue constamment à l'abri de toute émanation provenant d'égouts, fosses, puisards, fosses d'aisances, ou de toute autre source d'infection.
Dans les établissements qui déverseront les eaux résiduaires ou de lavage dans un égout public ou privé, toute communication entre l'égout et l'établissement sera munie d'un intercepleur hydraulique fréquemment nettoyé et abondamment lavé au moins une fois par jour.
Les éviers seront formés de matériaux imperméables et bien joints; ils présenteront une pente dans la direction du tuyau d'écoulement et seront aménagés de façon à ne dégager aucune odeur. Les travaux dans les puits, conduites de gaz, canaux de fumée, fosses d'aisances, cuves ou appareils quelconques pouvant contenir des gaz délétères ne seront entrepris qu'après que l'atmosphère aura été assainie par une ventilation efficace. Les ouvriers appelés à travailler dans ces conditions seront atlachés par une ceinture de sûreté.
Art. IV. — Les cabinets d'aisances ne devront pas communiquer directement avec les locaux fermés où le personnel est appelé à séjourner. Ils seront éclairés et aménagés de manière à ne dégager aucune odeur. Le sol et les parois seront en matériaux imperméables; les peintures seront d'un ton clair.
Il y aura au moins un cabinet pour cinquante personnes et des urinoirs en nombre suffisant.
Aucun puits absorbant, aucune disposition analogue ne pourra être établie qu'avec l'autorisation de l'administration supérieure et dans les conditions qu'elle aura prescrites.
Art. V. — Les locaux fermés affectés au travail ne seront jamais encombrés. Le cube d'air par personne employée ne pourra être inférieur à 7 mètres cubes. Pendant un délai de trois ans. à dater de la promulgation du présent décret, ce cube pourra n'être que de (> mètres.
Le cube d'air sera de 10 mètres au moins par personne employée dans les laboratoires, cuisines, chais; il en sera de même dans les magasins, boutiques et bureaux ouverts au public.
Un avis affiché dans chaque local de travail indiquera sa capacité en mètres cubes.
Les locaux affectés au travail seront largement aérés et. en hiver, convenablement chauffés.
Ils seront munis de fenêtres ou autres ouvertures à châssis mobiles donnant directement sur le dehors. L'aération sera suffisante pour empêcher une élévation exagérée de température. Ces locaux, leurs dépendances et notamment les passages et escaliers seront convenablement éclairés.
Les gardiens de chantiers devront disposer d'un abri et. pendant l'hiver, de moyens de chauffage.
Art. VI. — Les poussières, ainsi que les gaz incommodes, insalubres ou toxiques, seront évacués directement au dehors des locaux de travail au fur et à mesure de leur production.
Pour les buées, vapeurs, gaz, poussières légères, il sera installé des hottes avec cheminées d'appel ou tout autre appareil d'élimination eflicace.
Pour les poussières déterminées par les meules, les batteurs, les broyeurs et tous autres appareils mécaniques, il sera installé, autour des appareils, (\(^ tambours en communication avec une ventilation aspirante énergique.
Pour les gaz lourds, tels que les vapeurs de mercure, de sulfure de carbone, la ventilation aura lieu }>er descensum. ', les tables ou appareils de travail seront mis en communication directe avec le ventilateur.
La pulvérisation des matières irritantes et toxiques ou autres opérations, telles que le tamisage et l'embarillage de ces matières se feront mécaniquement en appareils clos.
L'air des ateliers sera renouvelé de façon à rester dans l'état de pureté nécessaire • i li santé des ouvriers.
Art. VII. — Pour les industrie- désignées par arrêté ministériel, après avis du Comité consultatif des arts et manufactures, les vapeurs, les gaz incommodes et insalubres et les poussières seront condensés <>u détruits.
Ait. VIII. — Les ouvriers ou employés ne devront point prendre leurs repas dans les locaux affectés au travail.
Hygiène industrielle. 8 3 1 »
Toutefois, l'autorisation d'j prendre les repas pourra rire accordée, en cas de besoin et après enquête, par l'inspecteur divisionnaire, -ou- les justifications suivantes :
I" Que les opérations effectuées ne comportenl pas l'emploi de substances toxiques;
2° Qu'elles né donnent lieu à aucun dégagemenl de gaz incommodes, insalubres bu toxiques, ni de poyssières;
7)° Que les autres conciliions d'hygiène soient jugées satisfaisantes. Les patrons mettront à la disposition de leur personnel les moyens d'assurer la propreté individuelle, vestiaires avec lavabos, ainsi que de l'eau de bonne qualité pour la boisson.
Art. IX. — Pendant les interruptions de travail, l'air (\r< locaux sera entièrement renouvelé.
Art. X. — Les moteurs à vapeur, à gaz, les moteurs électriques, les roues hydrauliques, les turbines, ne seront accessibles qu'aux ouvriers affectés à leur surveillance. Ils seront isolés par des cloisons ou barrières de protection.
Les passages entre les machines, mécanismes, outils mus par ces moteurs auront une largeur d'au moins 80 centimètres; le sol des intervalles sera nivelé.
Les escaliers seront solides et munis de fortes rampes.
Les puits, trappes, cuves, bassins, réservoirs de liquides corrosifs ou chauds seront pourvus de solides barrières ou garde-corps.
Les échafaudages seront munis, sur toutes leurs laces, de garde-corps rigides de i>0 centimètres de haut.
Les ponts volants, passerelles pour le chargement et le déchargement des navires, devront former un tout rigide et être munis de garde-corps des deux côtés.
Art. XL — Les monte-charges, ascenseurs, élévateurs seront guidés et disposés de manière que la voie de la cage du monte-charge et des contrepoids soit fermée; que la fermeture du puits à l'entrée des divers étages ou galeries s'effectue automatiquement; que rien ne puisse tomber du monte-charge dans le puits.
Pour les monte-charges destinés à transporter le personnel, la charge devra être calculée au tiers de la charge admise pour le transport des marchandises, et les monte-charges seront pourvus de freins, chapeaux, parachutes ou autres appareils préservateurs.
Les appareils de levage porteront l'indication du maximum de poids qu'ils peuvent soulever.
Art. XII. — Toutes les pièces saillantes mobiles et autres parties dangereuses des machines, et notamment les bielles, roues, volants, les courroies et câbles, les engrenages, les cylindres et cônes de friction ou tous autres organes de transmission qui seraient reconnus dangereux seront munis de dispositifs protecteurs, tels que gaines et chéneaux de bois ou de fer, tambours pour les courroies et les bielles, ou de couvre-engrenages, garde-mains, grillages.
Les machines-outils à instruments tranchants, tournant à grande vitesse, telles que machines à scier, fraiser, raboter, découper, hacher, les cisailles, coupe-chiffons et autres engins semblables seront disposés de telle sorte que les ouvriers ne puissent, de leur poste de travail, toucher involontairement les instruments tranchants.
Sauf le cas d'arrêt du moteur, le maniement des courroies sera toujours fait par le moyen de systèmes tels que monte-courroie, porte-courroie, évitant l'emploi direct de la main.
On devra prendre autant que possible des dispositions telles qu'aucun ouvrier ne soit habituellement occupé à un travail quelconque dans le plan de rotation ou aux abords immédiats d'un volant, d'une meule ou de tout autre engin pesant et tournant à grande vitesse.
Toute meule tournant à grande vitesse devra être montée ou enveloppée de telle sorte qu'en cas de rupture ses fragments soient retenus, soit par les organes de montage, soit par l'enveloppe.
Une inscription très apparente placée auprès des volants, des moules et de tout autre engin pesant et tournant à grande vitesse indiquera le nombre de tours par minute qui ne doit pas être dépassé.
Art. XIII. — La mise en train et l'arrêt des machines devront être toujours précédés d'un signal convenu.
Art. XIV. — Lappareil d'arrêt des machines motrices sera toujours placé sous la main des conducteurs qui dirigent ces machines et en dehors de la zone dangereuse.
Les contremaîtres ou chefs d'atelier, les conducteurs de machines-outils, métiers, etc., auront à leur portée le moyen de demander l'arrêt des moteurs.
Chaque machine-outil, métier, etc.. sera en outre installé et entretenu de manière à pouvoir être isolé par son conducteur de la commande qui l'actionne.
8 " 7 Hygiène industrielle.
Art. XV. — Dos dispositifs de sûreté jlevronl être installés dans la mesure du possible pour le nettoyage cl le graissage des transmissions et mécanismes en marche.
En cas de réparation d'un organe mécanique quelconque, son arrêt devra être assuré par un calage convenable de l'embrayage ou du volant; il en sera de même pour le< opérations de nettoyage <pii exigent l'arrêt des organes mécaniques.
Art. XVI. — § a) Sorties. — Les portes des ateliers, des magasins ou des bureaux devront s'ouvrir de dedans en dehors, soit qu'elles assurent la sortie sur les cours, vestibules, couloirs, escaliers el autres dégagements intérieurs, soit qu'elles donnenl accès à l'extérieur. Dans ce dernier cas. la mesure ne sera obligatoire que lorsqu'elle aura été jugée nécessaire à la sécurité.
Si les portes s'ouvrent sur un couloir ou sur un escalier, elles devront être "disposées de façon à se développer sans faire saillie sur ce dégagement. Les sorties seront assez nombreuses pour permettre l'évacuation rapide de rétablissement; elles seront toujours libres et ne devront jamais être encombrées de marchandises, de matières en dépôt ni d'objets quelconques.
Dans les établissements, des inscriptions bien visibles indiqueront le chemin vers la sortie la plus rapprochée.
Dans les ateliers, magasins ou bureaux où sont manipulées des matières inflammables, si les fenêtres sont munies de grilles ou grillages, ces grilles et grillages devront céder sous une légère poussée vers l'extérieur pour servir éventuellement de sortie de secours.
15 b) Escaliers. — Les escaliers desservant les locaux de travail seront construits en matériaux incombustibles ou en bois hourdé plein en plâtre.
Le nombre de ces escaliers sera calculé de manière (pie l'évacuation de tous les étages d'un corps de bâtiment contenant des ateliers puisse se faire immédiatement.
Une décision du ministre du commerce, prise après avis du Comité consultatif des arts et manufactures, pourra toujours, si la sécurité l'exige, prescrire un nombre minimum de deux escaliers.
Tout escalier pouvant servir à assurer la sortie simultanée de vingt personnes au plus aura une largeur minima de 1 mètre; cette largeur devra s'accroître de 15 centimètres pour chaque nouveau groupe du personnel employé, variant de une à cinquante unités.
Les passages ménagés à l'intérieur des pièces, ainsi que les couloirs conduisant aux escaliers, auront les mêmes largeurs que ceux-ci et seront libres de tout encombrement de meubles, sièges, marchandises ou matériel.
Art. XML — a) § Éclairage et chauffage. — Il est interdit d'employer pour l'éclairage et le chauffage aucun liquide émettant des vapeurs inflammables au-dessous de 55°, à moins que l'appareil contenant le liquide ne soit solidement fixé pendant le travail ; la partie de cet appareil contenant le liquide devra être étanche, de manière à éviter tout -uintement de liquide.
Aux heures de présence du personnel, le remplissage des appareils d'éclairage ainsi que des appareils de chauffage à combustible liquide, soit dans les ateliers, soit dans les passages ou escaliers servant à la circulation du personnel, ne pourra se faire qu'à la lumière du jour et à la condition qu'aucun foyer n'y soit allumé.
Les tuyaux de conduite amenant le gaz aux appareils d'éclairage ou de chauffage seront en métal ou enveloppés de métal.
Les flammes des appareils d'éclairage ou des appareils de chauffage portatifs devront être distantes de toute partie combustible de la construction, du mobilier ou des marchandises en dépôt, d'au moins 1 mètre verticalement, et d'au moins 50 centimètres latéralement, des distances moindres pourront être tolérées en cas de nécessité en ce qui concerne les murs et plafonds, moyennant l'interposition d'un écran incombustible qui ne touchera pas la paroi à protéger.
Les appareils d'éclairage portatifs auront une base stable et solide.
Les appareils d'éclairage fixes ou portatifs devront, si la nécessité en est reconnue, être pourvus d'un verre, d'un globe, d'un réseau de toile métallique, ou de tout autre dispositif propre à en empêcher la flamme d'entrer en contact avec des matières inflammables.
Tous les liquides inflammables, ainsi que les chiffons et cotons imprégnés de ces substances ou de substances grasses, seront enfermés dans des récipients métalliques, clos et étanches.
Ces récipients ainsi que les gazomètres et les récipients pour l'huile et le pétrole lampant seront placés dans des locaux séparés et jamais au voisinage des passages ou des escaliers.
£ b) Consigne pour le cas d'incendie. — Les chefs d'établissement prendront les pré-
Hypodermique (Médication)
«xr>s
cautions nécessaires pour que toul commencement d'incendie puisse être rapidement et efficacement combattu.
l ne consigne affichée dans chaque local de travail indiquer,» le matériel d'extinction et de sauvetage <|ui doit s'y trouver et les manœuvres à exécuter en cas d'incendie, avec le nom des personnes désignées pour y prendre pari.
La consigne prescrira des essais périodiques destinés à constater que le matériel est en bon état et que le personnel est préparé à en faire usage.
Cette consigne sera communiquée à l'inspecteur du travail; le chef (rétablissement veillera à son exécution.
Art. XVIII. — Les ouvrière et ouvrières qui ont à se tenir prés des machines doivent porter des vêtements ajustés et non flottants.
Art. XIX. — Un arrêté ministériel déterminera pour chaque nature de locaux celles des prescriptions du présent décret qui doivent y être affichées
Art . XX; — Le ministre du commerce et de l'industrie peut, par arrêté pris sur le rapport des inspecteurs du travail et après avis du Comité consultatif des arts et manufactures, accorder à an établissement, dispense permanente ou temporaire de tout ou partie des prescriptions des articles 1" (alinéa 5), V (alinéas 2 et 5), IX el X (alinéa 6), dans le cas où il est reconnu que l'application de ces prescriptions est pratiquement impossible et que l'hygiène et la sécurité des travailleurs sont assurées dans des conditions au moins équivalentes à celles qui sont fixées par le présent décret.
Art. XXL — Sous réserve du délai spécial fixé par l'article Y el des délais supplémentaires qui seraient accordés par le ministère en vertu de l'article XX. le délai d'exécution des travaux de transformation qu'implique le présent règlement est fixé à un an, à dater de sa promulgation, pour les établissements non visés par la loi du 12 juin 1893.
Art. XXII. — Les décrets des 10 mars 180L 14 juillet 1901 et G août 1902 sont abrogés.
Art. XXIII. — Le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale est chargé de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin ries Lois et publié au Journal officiel de la République française.
WURTZ et BOURGES.
HYPODERMIQUE (MÉDICATION). (Injections sous- eu lances, et intra-muscalaires). — r La méthode hypodermique consiste à déposer la substance médicamenteuse, que Ton désire administrer au malade, dans le tissu cellulaire sous-cutané au moyen de la seringue de Pravaz ; de là, celte substance diffuse rapidement dans tout l'organisme, ainsi qu'en témoignent la rapidité des effets thérapeutiques el l'apparition précoce, dans les urines* de la substance introduite. Par extension, nous comprendrons dans la méthode hypodermique, les injections inlra-musculaires dans lesquelles la substance active est portée au sein même des masses musculaires et non plus seulement dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Les avantages de ce mode d'adminislralion des médicaments sont considérables et expliquent le succès extraordinaire de la méthode hypodermique à notre époque. Entre tous ces avantages nous signalerons la rapidité el l'intensité des effets thérapeutiques, la possibilité de dosages précis du médicament, sans oublier le bénéfice résultant de la suppression de l'ingestion de substances presque toujours néfastes à un degré plus ou moins marqué pour le fonctionnement de l'estomac et du lube digeslif, si souvent lésés autrefois par des irritations aiguës ou chroniques d'origine médicamenteuse. '
Substances pouvant être injectées sous la peau ou dans les muscles. - Les substances solubles dans l'eau ou dans un liquide neutre, tel qu'une huile grasse ou la vaseline, la glycérine neutre et étendue, doivent seules être employées en injections hypodermiques.
85D Hypodermique (Médication).
Quelques composés mercuriels insolubles ou certains métaux à Fêlai colloïdal peuvent cependant être introduits par voie hypodermique à l'étal de suspension dans un véhicule approprié : mais leur absorption est toujours lente et irrégulière.
Quelle que soit d'ailleurs la substance injectée, elle doit être facilement tolérée par le tissu conjonctif sous-cutané et le muscle, et n'être, par conséquent, ni caustique ni même irritante.
Enfin le médicament injecté devra être tel qu'il ne subisse aucune transformation importante du fait de la composition chimique des humeurs qui baignent les cellules des tissus au sein desquels il est porté, (-'est ainsi, par exemple, que le nitrate d'argent donnerait en présence du chlorure de sodium renfermé dans les tissus, du chlorure d'argent insoluble, bientôt réduit, d'ailleurs, en argent métallique.
Choix du dissolvant. — L'alcool coagulant les matières albuminoïdes ne peut pas être employé, sauf exception (V. Injections d'alcool).
La glycérine n'est pas un liquide toujours rigoureusement neutre et, d'autre part, son action irritante est assez marquée. Dans certains cas, on peut cependant utiliser avec avantage des solutions de substances médicamenteuses dans la glycérine étendue.
Les huiles grasses, végétales ou animales, sont absorbées lentement par le tissu cellulaire sous-cutané ou le tissu musculaire et peuvent être utilisées, comme dissolvants, quand la substance médicamenteuse est insoluble dans l'eau, et dans la glycérine. L'huile de vaseline a été assez préconisée ces dernières années.
Incompatibilités. — Incompatibilités chimiques. — On devra éviter d'associer dans une même formule des produits susceptibles de former par combinaison, immédiatement ou très lentement, un dérivé insoluble.
Ainsi les solutions alcalines (phosphates, borates) peuvent donner avec les sels solubles de mercure un sel insoluble. Le biiodure de mercure, en solution aqueuse simple ou phosphatée, fournit un précipité insoluble avec la cocaïne, \a.stovaïne, la novocaïne.
Le biiodure de mercure dissous dans les huiles végétales détermine, au bout de quelques jours, des aiguilles (Yoléate de mercure, en particulier avec les huiles non lavées à l'alcool.
L'iodure de sodium, lorsqu'il renferme des traces d'iode, précipite les alcaloïdes et, en particulier, la spartéine.
L'huile de vaseline au calomel ne peut être additionnée de cocaïne, le mélange étant réduit et passant du gris clair au noir suivant la proportion (mercure précipité).
Incompatibilités physiologiques. — L'iode semble exalter les effets des arsenicaux: la cocaïne médicament analgésique, mais vaso-constricteur) esl incompatible avec la trinUHne (médicament vaso-dilatateur); une élévation de température rend les solutés de cocaïne, de novocaïne, de stovaïne beaucoup plus actifs; voilà pourquoi, dans la technique analgésique, il esl utile de chauffer les ampoules au bain-marie à 57° ou 58" avant d'injecter leur contenu. Parfois les incompatibilités peuvent être
Hypodermique (médication).
utilisées en cas d'empoisonnemenl : c'esl ainsi qu'une pelite dose d'atropine ajoutée à la morphine évite les vomissements.
Préparation des solutions. Solutions aqueuses. - L'eau distillée doit être uniquement utilisée, l'emploi de l'eau ordinaire, qui renferme des ■ sels, peut donner lieu à des précipitations plus ou moins complètes de certains principes actifs.
La question d'isotonie esl importante à considérer, surtoul lorsqu'il s'agit d'injecter une grande quantité de liquide; elle intéresse d'ailleurs plutôt la sérothérapie (V. Sébums artificiels) que la médication hypodermique dans laquelle on n'injecte ({ne quelques centimètres cubes d'une solution de substance active.
Néanmoins, le degré de concentration des solutions a une grosse importance au point de vue de la production des effets physiologiques déterminés par certaines substances et au point de vue de la tolérance de l'organisme pour lequel une solution isoionique n'est que peu ou pas douloureuse.
Toute solution destinée aux injections hypodermiques devra être rigoureusement stérilisée.
Certaines substances organiques ne peuvent supporter sans altération la stérilisation à l'autoclave, mais résistent à une température un peu inférieure à KM)0. Il suffit de maintenir ces solutions au bain-marie bouillant pendant un certain temps pour obtenir des solutions capables d'être injectées sans danger.
Quand la substance à injecter ne supporte même pas des températures voisines de 100°, on la dissout dans l'eau distillée, préalablement stérilisée, ou on tyndalise la solution par le chauffage répété et discontinu à 70°.
Les solutions destinées aux injections hypodermiques doivent être de préparation récente. Pour faciliter leur conservation on les additionne parfois d'une faible dose d'une substance antiseptique appropriée.
Il est prudent de les placer après stérilisation dans des flacons pleins et bien bouchés. Il est préférable — et cette pratique se généralise de, plus en plus — d'avoir recours à des ampoules scellées à la lampe, qui permettent une conservation très longue de ces solutions, à condition toutefois que le verre de l'ampoule et la solution soient sans action l'un sur l'autre.
Certaines solutions demandent de plus à être conservées à l'abri de la lumière solaire.
Solutions huileuses. — L'huile d'amandes douces et, de préférence, l'huile d'olives purifiée et stérilisée sont surtout employées dans la préparation des solutions à véhicule huileux.
Choix de la région. — Les injections sous-cutanées doivent être faites en certains points où le tissu cellulaire est lâche, abondant, pauvre en vaisseaux et nerfs : flancs, fesses, cuisses à la partie supérieure et externe. Dans les autres points, les injections sont douloureuses à cause de l'inextensibilité du tissu et de sa richesse en filets nerveux.
Les injections intra-musculaires se font, soit dans la région fessière, soit dans la région scapulaire, la première étant la région de choir.
Manuel opératoire. — C'est à l'aide d'une seringue et d'une aiguille que Ion pratique les injections hypodermiques. Laiguille est indispen-
8 i I Hypodermique (IVlédication).
sable: la seringue peut êlre remplacée, pour l'injection dos sérums artificiels, par le dispositif suivant imaginé par Chevretin : le récipient contenant le sérum est suspendu au-dessus du lit du malade; un tube en caoutchouc relie ce récipient à l'aiguille introduite à travers la peau et l'action de la pesanteur amène l'écoulement du liquide lentement daHfs le tissu cellulaire sous-cutané.
Les seringues employées dérivent toutes de la seringue primitive de Pravaz et sont de dimensions variées, suivant la nature de la substance à injecter : de I c. c. ou 2 c. c. pour la morphine, la cocaïne, l'ergotine, etc.; de 10 c. c. pour les sérums, plus grandes encore pour les sérums artificiels. On doit les choisir, de préférence, entièrement en verre, parce que plus faciles à stériliser.
Les aiguilles sont d'une longueur moyenne de 2 à 5 centimètres, de gros seur variable et sont en acier ou, de préférence, en platine iridié.
Solution, seringue, aiguille seront préalablement stérilisées ou bouillies, les mains de l'opérateur désinfectées et la peau du malade aseptisée par l'application d'une couche légère de teinture d'iode.
Accidents. — A la suite d'une injection sous-cutanée, on peut voir survenir quelques accidents : abcès, phlegmons, souvent dus à la stérilisation insuffisante de la solution ou des instruments mais qui, cependant, chez certains sujets, semblent se produire en dépit de toutes les précautions aseptiques.
Il peut également résulter des décollements, des kystes et surtout des nodosités imputables au défaut d'absorption de la substance.
Des phénomènes douloureux peuvent se produire : piqûres d'un nerf, lésion d'un vaisseau entraînant une petite hémorragie. Tous ces accidents, mis à part quelques cas exceptionnels très rares, sont toujours essentiellement bénins.
Voici quelques formules de solutions destinées à l'usage hypodermique:
L — Médication broncho-pulmonaire.
Créosote.
Créosote officinale 10 grammes.
Huile d'olives lavée à l'alcool (). S. pour 140 c. c.
15 c c. renfermant I gramme de créosote. Un peut injecter jusqu'à 5 c. c. par '2i heures chez l'enfant «M 15 c. c. chez l'adulte, en particulier dans la tuberculose pulmonaire.
Gàîacol.
Gaïacol cristallisé 10 grammes.
Huile d'olives lavée à l'alcool (). S. pour 100 c. c
I <•. c renferme 0,10 de gaïacol. Dose : 1 à 20 <•. c. dans les 24 heures. Tuberculose pulmonaire.
Goménol.
Goménol 20 grammes.
Huile d'olives lavée à l'alcool Q. S. pour 100
I ce. — 0,20 centigr. de goménol. Dose : 2 à 20 c. c. à doses progressives, en injection- sous-cutanées ou mieux intra-musculaires dans les affections respiratoires aiguës f>t chroniques.
Hypodermique (Médication).
Eucalyptol composé.
Eucalyptol <>u goménol 12 grammes.
Gaïacol :>
[odoforme •"
Huile d'olives lavée à l'alcool Q. S. pour 100 c. i\
De I à 3 <•. c. par 24 heures.
Menthol.
Menthol 2 grammes.
Huile d'olives lavée à l'alcool 20 c. c.
I c. c. contienl o gr. 10 de menthol; de 1 à 2 c. c. par 24 heures.
Eugénol.
Eugénol. 10 grammes.
Huile d'olives lavée 100 c. c.
De I à 2 c. c, par 24 heures.
Aristol.
Aristol 10. 15 ou 20 grammes.
Huile d'olives lavée 100 c. c.
I à 2 C. C. par jour.
Camphre.
Camphre 10 grammes.
Huile d'olives lavée et stérilisée Q. S. pour 100 c. c.
1 c. c. =r0,10 centigr.de camphre. Doses : 5 à 10 c. c. par 2i heures, en particulier dans la pneumonie et les broncho-pneumonies. Injections sous-cutanées et mieux intra-muscul aires.
ï odoforme.
[odoforme 1 gramme.
Huile d'olives lavée 20 <\ p.
I c. c. renferme 0,05 d'iodoforme : jusqu'à 5 c. c. par 2i heures.
Adrénaline.
L'adrénaline a été utilisée avec succès dans le traitement de Vasthme. Injecter 1/2 c. c. de la solution à 1/1000'' au moment des accès.
Oxygène.
(Voir Injections d'oxygène.)