‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustréeChapitre 40 sur 91 · A. COUVE LA IRE · texte numérisé non relu

A. COUVE LA IRE

CHALAZION. — V. Paupières (Tumei rs).

CHALICOSE. — V. Pneumonie chronique.

CHAMPIGNONS (INTOXICATIONS). - Si certains champignons constituent un mets agréable cl sans danger, encore que peu nourrissant, un trop grand nombre d'autres espèces déterminent une série de troubles fort graves, quand elles son! ingérées, même en petites quantités; et celte intoxication accidentelle est d'autant plus regrettable qu'elle est en général due à l'imprudence ou à l'ignorance, cl, par suite, pourrait être évitée.

Étiologie. — Sans vouloir ici passer en revue tous les champignons vénéneux, nous citerons en première ligne, les ammanites, de la famille des agaricinés; car si Yammanita <-<,esarca ou oronge vraie représente une des espèces les plus estimées au point de vue comestible, Yammanita phallo/<l<js est responsable de la plupart des cas mortels observés. Deux grammes de ce champignon tuent un. moineau en vingt-trois minutes par ingestion; chez l'homme, les doses sont mal connues. Yïammanita citrina, Y A. mappa, sont également des plus dangereuses; il en est de même des volvaria speeiosa et gloiocephala qui sont heureusement plus rares. h'ammanita muscaria, ou fausse oronge, et VA .pantherina peuvent également déterminer une intoxication très grave, mais susceptible de guérison; certains lactaires, certaines russules doivent également être redoutés. Les bolets de la famille des polypores fournissent les cèpes, renommés en arl culinaire et dont les deux principaux représentants, sont le œoletus Boreus et le B.Edidis; en revanche le B. satanas et le B. luridus doivent être considérés comme suspects; les Morilles (morchela esculenta) et les Helvelles (helvella crispa) peuvent déterminer des accidents graves, si elles sont employées à l'état frais; aussi faudra-t-il les dessécher ou bien les soumet Ire à une longue ébullition.

Pathogénie. — Un fait curieux à signaler est la variabilité du pouvoir toxique des champignons suivant les pays; ainsi Y Ammanita muscaria deviendrait inoffensive en certaines contrées, la Russie, par exemple. Il n'en est pas moins vrai que l'étude chimique des champignons a permis de séparer une série de substances éminemment toxiques, dont quelques-unes sont encore mal connues, mais qui peuvent être classées en plusieurs groupes, lue première catégorie comprend une série de corps alcaloïdiques, choline, névrine, bétaines diverses, et surtout la muscarine, retirée de la fausse oronge par Schmiedeberg, qui lue le chat à la dose de 2 à i milligrammes, provoque le myosis, l'exagérai ion des sécrétions glandulaires, les contractions tétaniques des muscles lisses et l'arïurie. La mort survient par arrêt du cœur et de la respiration.

D'autres poisons appartiennent au groupe des albuminoïdes. Pouchet en a signalé la présence dans le suc de la fausse oronge. La phalline isolée de

3 r> r> Champignons (Intoxications).

VAmmanita Phalloïdes, jouil de propriétés hémolytiques accentuées, el détermine l'hémoglobinurie, puis l'ahurie avec ictère et thrombose, multiples; ce poison, soluble clans l'eau, n'est pas détruit par l'ébullition, bien qu'il semble se rapprocher des toxines microbiennes; un seul exemplaire d'Ammanila phalloïdes en contiendrai! assez pour tuer un homme.

Certaines substances résinoïdes, tels que l'acide cambogique, contenues dans les russules, sont des drastiques énergiques. Il faut en rapprocher l'acide agaricique, principe actif du polypore du mélèze, employé en thérapeutique sous le nom impropre d'agaric blanc.

Symptômes. — La multiplicité des substances énumérées ci-dessus, la possibilité de leur réunion dans un même champignon, la variabilité du pouvoir toxique suivant les espèces, impriment à l'empoisonnement un caractère de polymorphisme indéniable. Rappelons aussi que certains champignons, parfaitement comestibles, peuvent devenir extrêmement vénéneux après avoir subi la putréfaction qui détermine en eux la production d'alcaloïdes dangereux.

1° L'empoisonnement par les ammanites se traduit par des symptômes qu'on peul, artificiellement, il est vrai, classer en deux catégories, suivant l'action prédominante de la phalline ou de la muscarine.

Le syndrome muscarinique présente un début brusque, relativement précoce, survenant de deux à quatre heures environ après l'ingestion des champignons; les phénomènes sont bruyants et consistent en douleurs épigastriques intenses, en vomissements abondants, et répétés, en évacuai ions alvines fréquentes. La sécrétion salivaire peut être exagérée, mais l'anurie est souvent absolue, en même temps, fait caractéristique, se manifestent des crampes très douloureuses et une agitation spéciale, sorte d'ivresse accompagnée de délire, et connue sous le nom de folie muscarinique. Ensuite la peau se couvre de sueurs visqueuses, et la mort survient au bout de deux ou trois jours, dans le collapsus. Il s'en faut de beaucoup, cependant, que les accidents soient toujours mortels, car d'une pari le poison ne semble pas très abondant; dans les champignons, d'autre part, il tend à s'éliminer plus ou moins rapidement, aussi peut-on voir les malades tomber dans une sorte de torpeur d'où ils sortent au bout de plusieurs heures très améliorés, la guérison survenant en deux ou trois jours.

Le syndrome phallinique est caractérisé par son incubation plus longue, pouvant atteindre dix à trente heures. Le début est insidieux el les troubles gastro-intestinaux tardifs; on note de la dépression nerveuse avec stupeur, mais sans délire : l'ictère, l'hémoglobinurie, suivie (l'anurie sont la règle, attestant des lésions cellulaires profondes, aussi la- mort est-elle à peu près constamment observée : elle esl due à la paralysie du cœur el survient au bout de quelques heures, parfois de plusieurs jours, avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation.

Les deux syndromes peuvent se combiner et amener des troubles complexes, mais d'une extrême gravité. Les enfants sonl plus sensibles que les grandes personnes el succombent rapidement dans le collapsus. Pourtant le pronostic n'est pas toujours aussi sombre, bien <pie celui de l'intoxication phallinique soit à peu près fatal. Nous avons vu plus haut que l'intoxication

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muscarinique n'étail pas nécessairement mortelle; d'ailleurs les troubles gastro-intestinaux et les manifestations uerveuses peuvent n'être qu'ébauchées el alors susceptibles d'une guérison rapide.

c2° U empoisonnement par les russules et les lactaires se manifeste sous la forme (l'une violente indigestion avec diarrhée profuse, parfois choir ri l'orme.

Bien que la convalescence soil assez souvent difficile à s'établir, la vie du malade n'esl presque jamais en danger.

3° Les bolets ont une action voisine de celle des ammanites, mais les vomissements sont plus précoces cl permettent à l'organisme de se débarrasser plus rapidement du poison, aussi le pronostic est-il moins sombre.

4° Les morilles et les helvelles ne déterminent d'accidents que si on les absorbe à l'état frais, car l'acide helvellique, qui représente ici le principe toxique, est très volatil cl disparaît par la dessiccation prolongée ou bien se dissout dans l'eau bouillante; tantôt il s'agit d'une gastro-entérite parfois mortelle, tantôt on observe une hémoglobinurie accompagnée d'une albuminurie plus ou moins intense et qui peut se prolonger pendant la convalescence.

Diagnostic. — Le diagnostic , facile quand la notion étiologique demeure bien établie, devient presque impossible dans le cas contraire. On s'efforcera, autant que possible, de déterminer l'espèce du champignon, cause des accidents, le pronostic pouvant en dépendre.

11 n'est pas rare qu'une expertise médico-légale soit demandée, en cas d'empoisonnement suspect d'avoir été provoqué par les champignons : or, les lésions post-morlem n'ont rien de caractéristique. Le ramollissement hépatique, la teinte violacée de la muqueuse intestinale, la congestion des reins, les hémorragies disséminées s'observent en bien d'autres cas. L'examen microscopique des matières alimentaires, confié à un spécialiste, rendra les plus grands services, en révélant la présence de débris et surtout de spores qui permettront de déterminer l'espèce incriminée.

Traitement. — On ne saurait trop insister sur la prudence avec laquelle les champignons non cultivés doivent être admis à servir de comestibles. Une fois les accidents déclarés on s'efforcera d'évacuer le plus rapidement possible l'estomac à l'aide d'un tube de Faucher plutôt qu'au moyen des vomitifs, susceptibles de fatiguer le malade; malheureusement, vu l'époque tardive à laquelle les accidents d'intoxication phallinique font leur apparition, les tentatives d'évacuation restent souvent illusoires; les vomissements spontanés se présentent comme un moyen de défense, à la condition d'être précoces.

L'emploi des purgatifs est au contraire toujours indiqué, soil sous forme de purgatifs salins (sulfate de soude, à la dose de 40 grammes), soit sous forme d'huile de ricin (à la dose de 50 grammes). Les cataplasmes laudanisés calmeront les douleurs abdominales: on essaiera de faire boire le malade le plus possible : le lait, les tisanes faciliteront la diurèse. Certains auteurs ont conseillé, en cas d'intoxication phallinique, l'injection intra-veineuse d'une solution stérilisée de chlorure de sodium à raison de 8 grammes par litre. Le délire muscarinique est justiciable des bromures. On combattra le collapsus par les toniques généraux, les injections d'éther, les frictions,

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les applications chaudes ; d'une manière générale, le traitement aura d'autant plus de chance d'être efficace qu'il aura été autorisé plus loi après le début des accidents.

L'antagonisme de la muscarine el de l'atropine a justifié l'emploi de ce dernier alcaloïde sous l'orme d'injections sous-cutanées d'un demi-milligramme chacune, et qu'on pourra répéter; mais il ne faut pas s'exagérer la valeur d'un tel médicament dont l'action, réelle quand on l'expérimente chez les grenouilles, semble plus problématique chez les animaux à sang chaud et nécessiterait, en tout cas, l'emploi de doses relativement énormes et par conséquent toxiques. A. CLERC.

CHAMBRE (DE MALADE). — V. Isolement.

CHANCRES MOUS. — Le mot de chancre, qui éveille l'idée d'un ulcère rongeur, n'est plus guère appliqué qu'à deux ordres d'accidents vénériens : la lésion initiale de la syphilis (chancre syphilitique, v. Syphilis), — et une affection particulière, sans aucun rapport avec la précédente, — bien qu'on les ait longtemps confondues, — et qui est le chancre simple (chancrelle, chancre mou, ulcus molle des Allemands); c'est cette dernière seule qui va nous occuper ici. On sait aujourd'hui que c'est une maladie locale, spécifique, dont la cause est un agent microbien spécial découvert par Ducrey.

Étiologie. — Le chancre mou est d'une fréquence variable suivant les pays, moindre à Paris que dans certaines autres villes, mais capable d'augmenter passagèrement, à la suite souvent de mouvements de population (expositions). Elle est toujours beaucoup plus grande dans la classe pauvre, chez les individus peu soigneux, les prostituées de bas étage.

Si la transmission du mal peut être accidentelle, elle est, dans l'immense majorité des cas, le fait de rapports vénériens. Tout chancre simple naît par contagion d'un chancre simple. Le pus qu'il sécrète est indéfiniment inoculable et auto-inoculable, aucune immunité ne résultant d'une première atleinte. Bien qu'il s'agisse d'une maladie purement humaine, l'inoculation a été pratiquée avec des succès divers sur différents animaux, certainement positif sur le singe (Nicolle).

Symptomatologie. — La durée d'incubation du chancre mou est pour ainsi dire nulle, mais les malades ne le remarquent d'ordinaire que quelques jours après le coït infectant. Le début réel a été suivi surtout sur des chancres d'inoculation expérimentale : dès la fin du premier jour, la piqûre s'entoure d'une auréole érythémateuse dont le centre se soulève ensuite; le 3e jour, est constituée une pustule; elle ne tarde pas à se rompre, découvrant une perle de substance petite, mais qui entame franchement le derme : c'est ainsi, dès la fin du 4e jour, un chancre en miniature, lequel va continuer à s'étendre. Voyons donc ses caractères à la période d'état.

L'ulcération est de forme ronde ou ovalaire, se modifiant suivant la configuration des parties atteintes, polycyclique lorsqu'elle résulte de la confluence de plusieurs chancres. Son bord, taillé à pic, entame les tissus comme à l'emporte -pièce; il surplombe même, sa partie profonde est comme minée, décollée, et l'on peut glisser sous elle l'extrémité d'une spatule; à la

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loupe ce bord apparaît comme dentelé. La peau, autour de lui, esl rouge el enflammée; souvent le liseré rouge esl bordé en dedans d'un fin liseré jaune. Le fond <l«' l'ulcère esl gris jaunâtre, irrégulier, sa surface rappelle celle du bois mangé aux vers. La base esl souple, toul au plus présentet-elle un léger empâtement inflammatoire, à moins que des applications intempestives n'y aient déterminé une induration trompeuse. Peu douloureuse spontanément, honnis le cas de conditions locales particulières (tiraillements, contact de l'urine), la lésion esl très sensible au toucher. Sn suppuration, assez abondante, se concrète, pour peu que le siège en rende la dessiccation possible, en croûtes noirâtres qui masquent les ulcérations. Celles-ci sont le plus suivent multiples, voire nombreuses, d'autant qu'elles se réinoculent autour d'elles. « Le chancre mou vit en famille, entouré de ses enfants » (Ricord). Les ganglions correspondants sont indemnes, ou bien l'un d'eux s'enflamme, comme on le verra à propos des complications.

Après s'être étendu pendant trois ou quatre semaines, le chancre se déterge, son fond bourgeonne, ses bords s'émoussent, il prend l'aspect d'une plaie simple. Enfin, au bout d'un temps variable, qui ne dépasse guère 20 à 50 jours pour les chancres soignés régulièrement, o0 à 00 poulies autres (rarement jusqu'à trois mois), la guérison esl complète; elle laisse presque toujours une cicatrice indélébile déprimée, dont le bord à l'empor tepièce reproduit la forme de l'ulcère.

Les signes objectifs sont sujets à quelques variantes. Nous avons l'ail allusion déjà aux chancres fissuraires des plis, aux chancres croûteux ou ecthymateux de la peau découverte. Ajoutons-y les chancres érosifs dr* muqueuses, superficiels, entamant à peine; puis les chancres folliculaires de certaines régions, petites élevures portant une ulcération cratériforme et pouvant en imposer pour des folliculitès banales. Si le chancre papuleux, tardivement ulcéré (Lavergne et Baude) esl une rareté, il n'en esl pas de même du chancre à fond surélevé, qui prèle à l'erreur si Ton n'est averti : son fond hypertrophié dépasse ses bords et s'applique si bien contre eux. qu'on dirait dune papule presque lisse, développée sur la muqueuse: mais un stylet, passé entre celle-ci et la fausse papule, permet de reconnaître l'existence du bord entaillé.

Les variétés d'aspect <lu chancre dépendent, pour une large pari, de son siège.

Chez l'homme, il a une prédilection marquée pour la rainure balano-prépuliale et les surfaces adjacentes, où les ulcérations confinent en nappes poly cycliques, voire en anneau complet autour du gland: puis pour les côtés du frein, lequel est perforé, rompu: enfin, pour le limbe du prépuce. Dans tous ces cas, il peut déterminer un phimosis avec ses conséquences. Il atteint parfois une des lèvres du méat et s'étend à quelques millimètres delà fosse naviculaire; d'où des alrésies consécutives. Sur le fourreau, il prend l'aspect ecthymateux. A la racine de la verge et plus haut, il est bien plus rare que le chancre syphilitique.

Chez la femme, toutes les parties de la vulve peinent être atteintes : à la fourchette, puis sur les petites lèvres, s'observent des chancres simplement exulcéreux, mais nombreux et confluents. A la face externe des grandes

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lèvres appartient la forme folliculaire; d'autres fois, une grande lèvre se tuméfie en masse. Le vagin est une localisation rare. Au col de l'utérus, les chancres passent souvent inaperçus, d'autant qu'ils guérissent en peu de temps; ils forment souvent une ulcération unique, occupant une grande parlie du museau de tanche, d'aspect parfois diphléroïde, ou surélevée en large papule.

Les chancres de Yanus sont fîssuraires, situés dans les plis radiés, douloureux. Leur fréquence est plus grande chez la femme, dont les sécrétions vulvaires souillent et inoculent le périnée et l'anus.

Les chancres simples extra-génitaux sont très rares; on les a observés pourtant un peu partout : abdomen, cuisse, pied, mamelle, bouche, menton, doigts surtout. Sauf peut-être à l'abdomen, ils guérissent d'ordinaire rapidement.

Complications. — Lésion peu sérieuse en elle-même, le chancre présente néanmoins un certain danger, en raison de certaines complications graves, toujours possibles.

Nous avons signalé déjà le phimosis qui complique la balanite chancreuse; les lésions sont dissimulées sous un prépuce tuméfié en battant de cloche, rouge vif, chaud et douloureux, d'où coule un pus mal lié et sanguinolent.

C'est surtout dans ces cas que se produit la gangrène, fréquemment accompagnée de fièvre et de phénomènes généraux. Les plaques de sphacèle se développent sur le prépuce, y déterminent une perforation qui laisse passer le gland, ou bien le détruisent partiellement ou totalement. Moins souvent, c'est le gland qui subit des délabrements plus ou moins graves. Les accidents sont foudroyants, mais cessent comme par enchantement dès que le prépuce est divisé par le mal ou par une intervention : le chancre a dès lors perdu sa virulence. Les chancres découverts se compliquent aussi, mais beaucoup plus rarement, de gangrènes capables de s'étendre en surface et en profondeur, de détruire le pénis, d'envahir le scrotum et même les parties voisines (abdomen et cuisses). C'est dans ces cas que la fièvre monte à 40° et plus, que l'état général devient grave et comporte des phénomènes ataxo-adynamiques inquiétants.

Le phagédénisme est la complication la plus redoutable du chancre simple: elle n'est heureusement pas fréquente. Nous verrons quelle peut suivre aussi le bubon chancreux. Elle consiste en une tendance extensive anormale de l'ulcère, lequel garde sa virulence pendant un temps pour ainsi dire indéfini. La cause vraie en est inconnue : on ne trouve d'autre microbe constant que le bacille de Ducrey, et le chancre phagédénique, qui pendant toute sa durée est inoculable, donne en règle un chancre ordinaire. C'est donc surtout le terrain qui est à incriminer; il existe de ce côté des raisons locales (saleté, traitements intempestifs) ou générales (privations, débilitalion, alcoolisme) qui manquent d'ailleurs quelquefois. L'ulcère phagédénique a un fond inégal, diphtéroïde, à surface pulpeuse e| grisâtre, des bords déchiquetés, tuméfiés, couleur lie de vin, largemenl décollés, recouvranl des clapiers, des fusées séro-purul entes. Le plus souvent il s'étend en surface, s'étale sur des régions étendues, gagne les cuisses, le périnée, N"' I». M. C. — II. 22

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L'abdomen jusqu'aux lombes el aux fesses; parfois il se répare d'un côté, continuant de l'autre sa marche serpigineuse; il laisse après lui des cicatrices irrégulières. Quand il esl térébrant, il détruil en profondeur des par- Lies plus ou moins importantes des organes génitaux.

Sa marche est quelquefois aiguë; d'autres fois, elle se prolonge pendant dos mois et des années. Elle peUl affaiblir le malade assez pour causer sa mort.

Les complications les plus fréquentes portent sur les voies Lymphatiques. La lymphangite réticulaire ne présente rien de particulier; mais on voit par- Ibis les troncs lymphatiques s'indurer, se tuméfier et donner lieu à des abcès chancreux ou simplement inflammatoires. Bien plus fréquent est le bubon, au point qu'on pourrai! presque le considérer comme un symptôme du chancre.

Bubon. — 11 apparaît d'ordinaire dans les premières semaines, mais peut se montrer jusqu'à la cicatrisation et même un peu après: les fatigues, les

Fig. 93. — Bubon chancreux phagédénique. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n° 250. Malade de Du Castel.)

soins nuls ou mal compris le favorisent. In des ganglions correspondants à la région malade se tuméfie, devient douloureux, s'entoure d'empâtement. Les[choses peuvent en rester là; mais, plus souvent que dans toute autre affection, l'adénite suppure (dans un quari des cas, a-t-ondit, proportion que Broeq croit un peu exagérée). Elle s'ouvre au boul de dix à douze jours, laissant échapper un pus mal lié. Ou bien le bubon évolue alors comme un abcès simple et guérit rapidement; ou bien la plaie d'ouverture prend les caractères du chancre, avec dc< bords décollés el livides, des l'usées et des inoculations périphériques. La cavité chancreuse esl parfois extrêmement longue à guérir. Enfin le chancre ganglionnaire peut, comme celui d'où il procède, se compliquer de phagédénisme. Strauss avait affirmé que le pus du bubon, avant l'ouverture, n'est pas inoculable : le bubon chancreux aurait été presque toujours consécutif h une inoculation externe de la plaie, contrairement au bubon chancreux d'emblée 1res rare. Celte opinion n'a plus

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coins: Krefting et Audry oni montré que le bubon est primitivement virulent ei contient le bacille, quelquefois même avant toute trace d'abcès.

Diagnostic. — En présence d'un chancre, la première préoccupation que l'on éprouve est généralement de savoir s'il est ou non syphilitique. Les caractères principaux du chancre syphilitique sont les suivants, faciles à opposer à ceux décrits plus haut dans le même ordre : inoculation d'environ quatre semaines, bord non taillé à pic, érosion plutôt qu'ulcération (sauf dans des cas exceptionnels); fond rouge, sombre, lisse, luisant, souvent recouvert d'une fausse membrane détachable par les bords, qui saignent; induration spéciale; indolence; nombre discret; pléiade ganglionnaire indurée. Il faut savoir que le chancre simple, en voie de réparation, s'indure quelque peu el prend un aspect assez syphiloïde.

Mais l'inoculation de la chancrelle et de la syphilis peut avoir lieu au même point; d'où l'existence de chancres mixtes, unissant à certains caractères du chancre syphilitique, à son incubation, à son adénopathie, le bord décollé et l'ulcère profond du chancre simple, avec ses complications locales et lymphatiques possibles. Si l'inoculation est simultanée, c'est un chancre simple qui naît d'abord; au bout des trois ou quatre semaines de l'incubation fracas torienne, il s'indure, devient moins anfractueux, d'un rouge plus l'once, s'accompagne de la pléiade ganglionnaire : le chancre mixte est constitué; puis la virulence chancrelleuse s'épuise, et les caractères deviennent ceux du chancre syphilitique pur. D'où les réserves à faire même en présence d'un chancre simple typique. D'autres fois, c'est un chancre syphilitique sur lequel s'est inoculée la chancrelle qui y ajoute son caractère ulcéreux.

Certaines sypkilides secondaires eclhymatoïdes ou ulcéreuses, surtout chez la femme, peuvent simuler le chancre mou. Mais ce sont surtout les ulcérations tertiaires qui causent des erreurs : elles sont moins inflammatoires et moins douloureuses, plus lentes d'évolution (sauf des cas exceptionnels), plus profondes, plus infiltrées à leur base; les autres signes, l'effet du traitement, viendront en aide au diagnostic.

Parmi les lésions non syphilitiques, nous ne ferons que signaler les ulcérations tuberculeuses^ à bords livides, déchiquetés et décollés, quelquefois semés de granulations jaunes. Uépithélioma de la verge peut à première vue ressembler beaucoup à un chancre; la marche ultérieure suffirait, à défaut d'autres différences, pour dissiper l'erreur. Autrement banale est celle que peut causer Y herpès, surfout dans sa variété dite « chancriforme » ; mais les érosions y sont très superficielles, micropolycycliques, peu suppurantes, peu douloureuses, peu enflammées; leur évolution est rapide. Les érosions traumatiques ne prêtent guère à confusion. Lïecthyma simple a sous ses croûtes des ulcérations moins profondes, succédant à des pustules plus persistantes. Il a souvent pour cause la gale, dont on recherchera les autres signes. La balano-posthite érosive circinée (Berdal et Bataille) crée de larges exulcérations extrêmement superficielles, polycycliques, à grands arceaux limités par un liséré blanchâtre; la balanite pustulo-ulcéreuse (Du Castel) est caractérisée par une foule de petites vésico-pustules, plus nombreuses que les chancres, plus superficielles, ;i bords non décollés.

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On peut se trouver en présence de difficultés spéciales quand le chancre se Cache soi! dans l'urètre, soit sous un phimosis : dans le premier cas, on arrive généralement à le voir en écartant les lèvres du méat. Nous avons décrit plus haut les caractères du phimosis chancreux. Son écoulement sanieux, mal lié, strié de sang, diffère de celui (Tune blennorragie, où la palpation n'éveille pas la même douleur circonscrite. La recherche du gonocoque est indiquée. Quant aux chancres syphilitiques invisibles, leur induration les trahit au loucher.

Dans nombre de cas, les caractères extérieurs ne suffisent pas pour porter à coup sûr un diagnostic précis. On dispose alors de deux ressources :

1" {^inoculation du chancre à son porteur : on la pratique au bras, à la façon d'une vaccination. Elle reproduit un chancre simple (qui doit être détruit aussitôt).

L2° Vexamen bactériologique, qui montre le bacille de Ducrey. Dans le pus, qu'il suffit de colorer sur lamelles (après fixation par la chaleur) avec une couleur d'aniline quelconque, c'est un petit bacille de 2 n, trapu, à extrémités arrondies, un peu aminci au milieu « en biscuit », et dont les extrémités seules sont colorées; il est intra ou extra-cellulaire. Dans les produits de raclage des bords, mais surtout sur les coupes de tissus excisés, on trouve la forme décrite par Unna : les bacilles, plus petits et entièrement colorés, ont leurs extrémités coupées carrément, et se groupent par ces extrémités en très longues chaînettes accolées par 5 ou 4 (strepto-bacille d'Unna). Le bacille ne prend pas le Gram. Lenglet l'a cultivé le premier, sur un milieu complexe; on le cultive plus facilement sur le sang gélose (Bezançon, Griffon et Le Sourd). Il est inoculable, comme nous l'avons vu plus haut, au singe, au chat, au lapin, etc. Lorsque les infections secondaires empêchent de reconnaître, sur un chancre trop ancien, le microbe spécifique, il faut chercher celui-ci sur un chancre d'inoculation.

Traitement. — Si les chancres ne sont pas trop étendus et que la région s'y prête, on peut détruire d'un seul coup leur virulence au moyen des caustiques énergiques. Ricord les remplissait de sa pâte sulfo-carbonée (charbon et acide sulfurique). Le plus souvent, des moyens moins brutaux sont de mise. Balzer, après Soein, a employé un mélange de chlorure (1 paetie) et d'oxyde (10 parties) de zinc, additionné d'eau pour faire une pâte. Il suffit en général de badigeonner les lésions avec une solution de chlorure de zinc à 1/10 (Berdal) ou d'acide phénique à 1/10 (Du Gastel), badigeonnage qu'on répétera tous les deux jours jusqu'à extinction de la virulence. Dans l'intervalle, on panse avec soin : le meilleur topique de beaucoup est l'iodoforme; son odeur, que peuvent dissimuler en partie certaines substances (camphre, café, etc.), lui fait parfois préférer certains succédanés (diiodoforme, iodol, aristol, europhène, etc.), qui ne le valent pas. Kropitowsky a préconisé le zinc métallique finement pulvérisé. Gruel et Bressot préconisent les pulvérisations de chlorure d'éthyle, suivies d'application de poudre de calomel. La chaleur détruit facilement la virulence du pus chancreux; aussi a-l-on recommandé les bains, irrigalions et compresses d'eau très chaude (42 à 45°). Audry recommande de faire agir sur l'ulcération, jusqu'à dessiccation de sa surface, la chaleur rayonnante du thermo-

341 Chanvre indien.

cautère approchée à quelques millimètres. Actuellement, on peut agir plus efficacement encore avec les appareils à air chaud.

Les chancres sous-préputiaux doivent être découverts le plus tôt possible : en cas de menace de gangrène, on peut être amené à pratiquer l'incision dorsale du prépuce, mais elle laisse à sa suite un « jabot » déplaisant, qu'il faut opérer secondairement. On peut l'éviter par des bains et des lavages sous-préputiaux fréquents, ceux-ci faits à la seringue, avec une solution antiseptique faible: on injecte ensuite un peu d'huile de vaseline saturée d'iodoforme.

Lorsque le bubon se déclare, on essaye d'empêcher sa suppuration par le repos, les applications d'onguent napolitain et la compression; si l'on échoue, on peut pratiquer la ponction du bubon avec une seringue et y injecter du benzoate de mercure à 1/100 (Welander), de l'éther iodoformé, du nitrate d'argent à 1/100. Gruet et Bressot prétendent obtenir la guérison en 10 à 20 jours, sans cicatrice, par la stase veineuse combinée à des injections d'alcool absolu et des applications de compresses d'eau chaude : la région empâtée est couverte de ventouses, pendant 5 minutes, trois fois de suite et à 5 minutes d'intervalle ; puis de même une seconde fois dans la journée ; dans l'intervalle, pendant une heure ou deux, compresses d'eau brûlante. Lorsque se forme la suppuration, très limitée, on l'asperge avec une seringue, puis on injecte 2 ou 5 gouttes d'alcool absolu; collodion et pansement sec. Puis on reprend les ventouses. Une seconde ponction est parfois nécessaire.

Quand l'abcès est « mûr », il faut l'inciser largement pour le vider, le nettoyer dans tous ses recoins et faire agir sur la surface suppurante les antiseptiques et modificateurs nécessaires; après quoi on panse av«c soin. Le bubon chancreux, le cas échéant, se traite comme le chancre; le curettage, les caustiques forts, le thermo cautère ou les appareils à air surchauffé peuvent être utiles. Dans un cas de fistule persistante consécutive à un bubon, Balzer a obtenu la guérison en appliquant sur l'ouverture, une heure par jour et pendant 20 jours consécutifs, une ventouse de Bier.

Le phagédénisme réclame des cautérisations énergiques : après anesthésie locale ou générale, on détruira minutieusement, au thermo-cautère, toute la zone malade; après quoi on fait des pansements humides d'abord (eau phéniquée à 1/100), puis secs (iodoformé), en surveillant avec soin toute menace de reprise. Le nitrate d'argent, le tartrate ferrico-potassique, les applications très chaudes (bains prolongés à 40-45°) rendent des services. Enfin il né faut pas, en pareil cas, négliger l'état général. M. Sli'E.

CHANVRE INDIEN. — Les sommités fleuries et fruitées du Cannabis indica (Ulmacées-Cannabinées), plus ou moins agglomérées par une exsudation résineuse, constituent le haschich des Arabes, le bhang el le gunjah des Hindous.

A petites doses le haschich est anesthésique et il détermine des hallucinations oniriques et l'extase; à dose plus élevée, il provoque le ralentissement de la respiration, la tachycardie et le sommeil comateux.

Charbon.

Ce sont les propriétés sédatives du chanvre indien qu'on s'est proposé d'utiliser en thérapeutique. On en tire un extrait (20 à 80 centigr.) et une teinture (2 à 3 gr. par fractions).

Pilules (Migraine).

Extrait de chanvre indien. 5 centigr.

Caféine 10 —

Pour une pilule; à prendre d'heure en heure jusqu'à 10, chiffre maximum.

Potion (Insomnie nerveuse).

Extrait de chanvre indien 1 gr. 25

Extrait de jusquiame . 50 centigr.

Lupulin 5 grammes.

Julep gommeux. . . . 100 — Une à deux cuillerées à soupe, le soir.

Mixture antigastralgique.

Teinture de chanvre indien 10 grammes.

— de coca 5 —

— de belladone 2 —

XXX à L gouttes dans une demi-tasse d'infusion de camomille.

CHARBON. — Étiologie. — Le charbon est une maladie infectieuse due à la présence d'un parasite spécifique, le bacillus anthracis, la bactéridie charbonneuse. Il se présente dans le sang, la salive, le pus, la rate des individus

atteints, sous la forme de bâtonnets immobiles, cylindriques, transparents, quelquefois segmentés en plusieurs articles, au sein desquels se voient des corpuscules réfringents; ce sont les spores qui, pendant les phases de reproduction, seront mises en liberté. Dans certains milieux de culture, on obtient de longs filaments enchevêtrés et touffus. C'est une bactéridie aérobie, que tuent la lumière solaire, la dessiccation. Les températures comprises entre 16 et 42 degrés lui sont favorables, mais les spores vivent jusqu'au delà de 120 degrés.

Le charbon est commun aux animaux et à l'homme. La contagion se fait de l'un à l'autre, souvenl indirecte et à longue échéance, car les spores, résistantes, persistent bien après la mort de la bête. Le mouton et le bœuf en sont atteints, plus rarement le cheval, l'âne, le mulet. Les oiseaux ne le contractentjpas à cause de leur température élevée, défavorable à la bactéridie; mais si, expérimentalement, on refroidit l'animal, le charbon se développe. Certaines races de bestiaux paraissent réfractaires ; on a même signalé des individus chez lesquels l'inoculation avait été négative: peutêtre ne s'agit-il que d'une question de virulence, ou de quantité de virus ;

Fig. 94. — Culture de la bactéridie charbonneuse. Bactéridies dans la pulpe de la rate (Thoinot et Masselin).

543 Charbon.

on vaccine, en effet, les animaux avec des cultures atténuées in vitro, et l'on peut, avec des doses massives de charbon, infecter le chien, habituellement indemne. La résistance individuelle entre aussi en jeu, et la maladie subit une recrudescence à l'époque des foires, où les animaux sont surmenés et agglomérés. — L'animal malade est pris d'une fièvre soudaine, à marche rapide, avec hémorragies par les narines et hématurie, œdème diffus, mou, non crépitant, signe qui le distingue de l'emphysème du « charbon symptomatique » auquel l'homme est réfractaire. La mort survient à brève échéance, par asphyxie, due soit à la grande affinité de la bactéridie pour l'oxygène, soit à des embolies pulmonaires microbiennes, soit plutôt, comme toute infection, à la toxémie. A l'autopsie, le sang est noir, poisseux, la rate sombre, ecchymosée, les viscères congestionnés, les ganglions tuméfiés et sanguinolents; c'est le « sang de rate » des vétérinaires. Sur les muqueuses, on voit comme une éruption furonculeuse. La chair prend, à l'air, une teinte brun foncé qui appelle l'attention,

Les cadavres infectent le sol sur lequel ils pourrissent, les étangs et les cours d'eau auprès desquels on les a abandonnés ; les mouches qui s'y posent transportent au loin le virus et vont inoculer, par leurs piqûres, d'autres animaux et l'homme. L'enfouissement n'empêche pas la dissémination des spores; les vers les ramènent à la surface, les pâturages sont souillés, les bêtes s'inoculent à la bouche en broutant, et le charbon animal devient endémique dans ces « champs maudits ».

Les débris d'animaux utilisés pour l'industrie conservent longtemps la propriété de transmettre le charbon; les peaux surtout, les crins et les cornes demeurent infectés, même après le tannage et les diverses préparations qu'on leur fait subir; les souliers, les gants, les harnais, le suif et jusqu'à la colle-forte, ont été des objets de contagion.

L'inoculation se fait au niveau d'une éraillure, d'une plaie des téguments. Le siège habituel de la pustule maligne sera les parties découvertes du corps : visage, cou, épaules, mains, etc.... Certaines professions y prédisposent, bouviers, éleveurs de bétail, équarrisseurs, forts de la halle, tanneurs, selliers, etc., et la maladie est fréquente en Russie, en Allemagne, en Beauce, en Provence. Quant à la contagion d'homme à homme, elle est exceptionnelle, et on n'a signalé que de rares cas de piqûres anatomiques dans les amphithéâtres d'autopsie. — Quelquefois la porte d'entrée est interne, voie pulmonaire quand les spores sont véhiculées dans les poussières que produisent le triage de la laine, la manipulation des vieux chiffons, et l'absorption se produit chez les individus qui respirent dans ces lieux infectés; voie digestive, à la suite de consommation de la viande malade, et on signale, aux abattoirs de la Villetle de Paris, presque 1 pour 100 d'animaux atteints de charbon.

Symptômes et Diagnostic. — On décrit trois formes de cette affection : la pustule maligne, l'œdème malin, le charbon interne; les deux premières étant de beaucoup les plus fréquentes, dues à l'inoculation cutanée de la bactéridie.

1° Pustule maligne. — La période d'inoculation dure 2 à 3 jours, jusqu'à J0 à 15 dans quelques observations, et, inversement, quelques heures

Charbon. 3 ï \

paraissent suffire. Sur La peau, on \oii une petite tache rouge, comme produite par une piqûre de puce ; elle est le siège d'un prurit désagréable. Ou seul à la palpation une nodosité, qui grossit, surplombe légèrement les téguments, mobile avec eux, dure H aplatie. Puis apparaît une vésicule,

distendue par une sérosité limpide ou rougeâtre, et que le malade grattée! arrache. La vésicule peu!

être volumineuse, ombiliquée au centre, entourée d'une zone i\'<va dème; bientôt elle se dessèche. s'affaisse et se recouvre de cr< tutelles jaunâtres. — Au bout de D r>(i heures se montre, au milieu de l'élevure, une eschare grise, livide, puis noire comme du charbon;

. , . .. . légèrement déprimée, sèche et

Fig. 95. — Pustule maligne. — A, eschare centrale ; ° , r

B, anneau vésiculaire ; C, noyau d'induration de la dure; elle S entoure d'une COU- ^•^1^)ole ^tttoate^M- t7^' ^ Cfcf" ronne de phlyetènes arrondies,

transparentes, disposées comme un collier de perles fines à un ou deux rangs. Plus en dehors est Y auréole, bourrelet d' œdème dur, rouge, surplombant la peau saine. L'aspect est caractéristique.

Jusqu'ici, le mal est limité; un rempart de cellules lymphatiques et d'éléments embryonnaires, infiltrés de bacilles, circonscrivent et isolent l'eschare, formée par le corps papillaire et la partie supérieure mortifiée du derme. Mais bientôt, vers le ¥ ou 5e jour, l'infection progresse et s'étend, surtout par voie lymphatique. C'est la troisième période. L'eschare grandit, la peau, alentour, s'œdémalie, rougit; la tuméfaction augmente, tend à gagner les parties riches en tissu cellulaire lâche, comme le cou, la face, les paupières. En quelques régions, des troubles mécaniques résultent de cet œdème, compression vasculaire, asphyxie....

2° L'œdème malin peut être la première manifestation de l'affection. Il n'y a, dans ce cas, aucune réaction de défense de l'organisme; au lieu d'une première période de limitation, les bactéridies sont disséminées et diffusent dès le début, et l'œdème malin est à la pustule maligne ce que le phegmon diffus est à l'abcès circonscrit (v. c. m.). L'allure est rapide et maligne; d'abord mou et tremblotant, l'œdème distend la peau; des gaz infiltrent les tissus; de place en place apparaissent des phlyetènes sanguinolentes, sur lesquelles les téguments présentent les plaques livides, puis noires du sphacèle.

C'est à ce degré que finit par arriver la pustule maligne, et l'évolution est alors la même pour les deux variétés de mal. Les liquides putrides infiltrent les tissus, des traînées lymphangiques partent de la plaie initiale, les ganglions sont indurés, et de graves phénomènes généraux éclatent : température élevée; pouls petit, rapide, irrégulier; langue sèche; bouche pâteuse; céphalée: frissons; des vomissements, de la diarrhée, de la dyspnée témoignent de l'empoisonnement, tandis que de nouveaux foyers bactéridiens se

545 Charbon.

forment dans les viscères. En même temps, les eschares se multiplient, et on a vu quelquefois le corps recouvert de phlyctènes et de plaques gangreneuses. La mort survient au milieu de symptômes cholériques; l'intelligence reste intacte jusqu'à la fin.

La guérison peut survenir spontanément. On voit alors, à la suile d'une réaction intense des téguments, la gangrène se limiter, se séparer des tissus sains, et tomber, laissant à nu le tissu cellulaire, quelquefois les nerfs et les vaisseaux. Il n'y a pas [d'abcès, pas de pus; en effet, les associations microbiennes nuisent au développement de la bactéridie charbonneuse. La cicatrice est enfin constituée et reste difforme, indélébile.

La pustule maligne est facile à reconnaître; l'eschare, avec sa couronne de vésicules et son bourrelet auréolaire, est typique; l'absence de suppuration et l'évolution en quelques jours compléteront les éléments d'un diagnostic qui doit être posé immédiatement, si l'on veut, par une thérapeutique énergique, prévenir la période de généralisation. — Autrefois, on le confondait avec \ anthrax; puis, on décrivit l'anthrax bénin, vrai, et l'anthrax malin, futur charbon, tandis que le bacillus anthracis devenait la bactéridie charbonneuse. Le furoncle sera facilement distingué de la pustule maligne, grâce à sa pointe surélevée, son sommet blanc, son bourbillon. — Les piqûres d'insecte, de guêpe, lui ressemblent d'autant plus qu'elles peuvent inoculer le virus; mais elles forment une petite tumeur dure, blanche, saillante, avec une peau enflammée à la périphérie; il n'y a ni eschare, ni vésicules. — La pustule d'ecthyma se rapproche beaucoup du charbon au début, mais elle est rarement isolée, s'accompagne d'une vive réaction et suppure rapidement. — L'œdème malin ne pourrait être confondu qu'avec un érysipèle gangreneux; si le diagnostic ne pouvait être établi par l'étude minutieuse des symptômes, la profession du malade, les conditions de l'inoculation, un examen bactériologique de la sérosité souscutanée le trancheraient rapidement.

5° Charbon interne. — La mycose intestinale en est la variété la plus fréquente : on a signalé des épidémies de cette forme, consécutives à la consommation de viandes provenant d'un animal mort du charbon. Le début se fait par des phénomènes généraux graves, qui apparaissent brusquement, frissons, céphalalgie, tendance à la syncope, prostration. Bientôt se montrent des troubles digestifs à forme typhique, diarrhée sanguinolente, douleurs à la fosse iliaque; ou cholériformes, avec crampes, algidité, refroidissement; les vomissements sont fréquents, la respiration difficile, le pouls faible et intermittent. Si la mort ne survient pas à ce moment, on voit, vers le ()e ou le Xe jour, apparaître des nodosités sous-cutanées, ;i tendance gangreneuse, des phlyctènes, des pétéchies, avec quelquefois de véritables pustules malignes. La rate, les glandes salivaires, les ganglions sont tuméfiés. L'infection progresse cl la terminaison fatale est la règle. — Avant ces manifestations extérieures, le diagnostic est fort difficile, et on pense à un empoisonnement, ou même à une occlusion intestinale,

Le charbon pulmonaire est plus rare, survenant à ta suite d'inhalation de poussières contaminées. Le début est le même (pie dans la mycose inlesli-

Charbon. 346

nale, bien que moins marqué; puis apparaissent dès symptômes fonctionnels : coryza, sécrétion lacrymale, expectoration pulmonaire, avec crachats gris el noirs, à odeur de sphacèle; à l'auscultation, on perçoit des foyers de broncho-pneumonie. La dyspnée esl vive, L'haleine et la sueur fétides, les mines pares; le malade souffre «lime constriction thoracique angoissante. La morl survient à la fin de la première semaine par asphyxie ou dans le coma: ici encore la guérison spontanée est l'exception. Le diagnostic est à peu près impossible au débul : la douleur thoracique, la fétidité de la sueur el l'absence de lièvre sont les signes les plus caractéristiques.

Traitement. - 1° Prophylactique. — Tout animal charbonneux doit être isolé et traité; les individus qui le soignent prendront les plus grandes précautions antiseptiques pour éviter la contagion; encore le danger restet-il grand à cause des mouches et des insectes qui peuvent servir de véhicule au bacille. Si l'animal meurt, on n'utilisera en aucune façon sa peau, ses cornes...; il doit être aussitôt incinéré, pratique meilleure et aussi simple que l'enfouissement à plus de 3 mètres de profondeur, avec une couche de chaux vive le recouvrant. Au cas d'une épizootie, on vaccinera préventivement tout le bétail des régions limitrophes; on se sert de cultures atténuées par la chaleur; l'inoculation est répétée, à quelques jours d'intervalle, avec des vaccins de plus en plus virulents. — Dans les ateliers où on travaille les peaux, les laines de provenance étrangère, surtout celles venant d'Asie, où le charbon est endémique, il est bon de désinfecter les matériaux suspects; la ventilation avec destruction des poussières par le feu, employée dans certains centres industriels, a fait diminuer les cas de charbon interne.

2° Curatif. — C'est un traitement d'urgence. Aussitôt la pustule maligne diagnostiquée, il faut intervenir. Si on extirpe, quand elle est localisée, une pustule maligne produite expérimentalement chez le cobaye, on arrête l'infection, et la plaie guérit perprimam; si on attend l'engorgement lymphatique, le traitement doit être plus énergique et plus étendu, car les ganglions sont un nouveau centre de dissémination: mais une fois que la bactéridie charbonneuse a passé dans le sang, seule la défense naturelle de l'organisme peut, dans certaines conditions restées l'exception, triompher de l'infection. — Chez l'homme, nous avons vu que le mal s'étendait dès le 5e ou le ¥ jour; il est de toute nécessité d'intervenir avant.

Trois procédés thérapeutiques sonl à retenir : l'extirpation, la chaleur, les injections antiseptiques. — \J extirpation est une excellente méthode quand le mal est au débul, bien limité, qu'il n'y a ni infiltration, ni rougeur au delà de l'auréole, ni engorgement ganglionnaire. On peut alors, en incisant en tissus sains, et sans loucher à la partie malade, circonscrire le foyer et prévenir, par son ablation, toute récidive. La peau est suturée, et la réunion se l'ail par première intention. On évitera, pendant la désinfection des téguments, de crever la vésicule el d'inoculer, avec son contenu, les téguments sur lesquels portera le bistouri: on plongera, au préalable, la pointe du thermocautère au centre de la pustule. — Le thermocautère agit localement en détruisant les tissus au point où on l'applique, et, à

3 i 7 Chauffage.

distance, par la chaleur qu'il développe. On pratique de larges incisions, circonscrivant le mal, et on complète en débridant et ponctionnant les tissus œdématiés. De la sérosité s'écoule par ces orifices. La guérison est lente, les tissus brûlés se sphacèlenl, tombent; la cicatrice est large, difforme, indélébile. — Les injections modificatrices, loco dolenti, ont été faites avec diverses substances, dont trois méritent d'être conservées. Le sublimé, déposé en nature sur la plaie, est un puissant antiseptique, mais il est caustique et douloureux; le traitement doit être plusieurs fois répété, et on a signalé des cas d'intoxication hydrargyrique. L'acide phénique, en injections sous-cutanées à 1 pour 20, a donné de bons résultats, et trouvé de fervents défenseurs ; la technique de ce procédé ne diffère pas de celle que nous allons donner pour la teinture d'iode. L'iode est, en effet, un spécifique de l'infection charbonneuse; il est très maniable, et compte à son actif le plus grand nombre de succès; on peut remployer seul ou associé au fer rouge; c'est alors le traitement mixte, que nous allons décrire.

Sous anesthésie générale, on détruit complètement au thermocautère, au rouge sombre, Teschare et la couronne de vésicules; puis on fait une série de pointes de feu, profondes jusqu'au tissu cellulaire, sur l'auréole, distantes d'un peu plus de 2 centimètres les unes des autres et de la plaie centrale; enfin, on injecte dans la zone œdématiée périphérique, jusqu'à la limite des tissus sains, 2 à 4 centimètres cubes de teinture d iode pure, répartis en 8 à 10 injections, espacées de 5 centimètres les unes des autres. S'il y a une traînée lymphatique et des ganglions, la chaleur et la teinture d'iode y seront portés. Si l'infiltration augmentait les jours suivants, on pratiquerait au delà et entre les points déjà traités de nouvelles injections. Dans l'intervalle, on pulvérisera la plaie à l'eau phéniquée ou avec une solution de sublimé, et on pansera à sec.

L'état général doit être relevé par l'alcool à haute dose, le café, le quinquina: on prescrira X gouttes de solution iodo-iodurée de Gramm, toutes les deux heures, cinq fois par jour. Dans le cas de charbon interne, le traitement médical est le seul possible; les toniques, l'iode à l'intérieur sont encore de mise, avec, comme adjuvants, les inhalations d'oxygène, la saignée.... On a conseillé récemment l'injection inlra-musculaire de 5 centimètres cubes de lipiodol, sorte d'huile iodée, peu toxique, et contenant une grande quantité d'iode sous un petit volume; le traitement sera répété à quelques jours d'intervalle, jusqu'à guérison. Mais celle-ci reste exceptionnelle, et il faut attendre que de nouvelles recherches bactériologiques aient rendu applicable à l'homme une méthode sérothérapique qui, jusqu'à présent, n'a donné que quelques rares succès.

; 1 .1 / ÊDÉE BA UMGA H TNE H .

OHAUFFAGE DE L'HABITATION. — L'organisme humain produit chaque jour une quantité de chaleur énorme, capable d'élever de 10° la température de 300 litres d'eau. Une faible partie de celle chaleur est transformée en travail mécanique, tout le reste est utilisé à maintenir le corps humain à une température constante voisine de r>7°. C'est assez dire combien L'homme a intérêt à lutter contre toute déperdition de chaleur; aussi, physiquement

Chauffage. 548

moins bien protégé que les animaux, a-t-il <lù faire appel à son industrie el recourir à do* moyens artificiels , le vêtement, l'habitation, pour s'abriter des intempéries de l'atmosphère.

Pour augmenter L'efficacité de La protection que lui offrait l'habitation, il

a peu à peu appris à lui choisir un emplacement abrité de la pluie el des vents froids, longtemps exposé aux rayons solaires; il a su reconnaître les qualités isolantes de certains matériaux, avec lesquels il a construit les parois extérieures de son abri; il a donné à celles-ci l'épaisseur nécessaire pour diminuer encore l'influence réfrigérante du milieu extérieur. Obligé de ménager des orifices, pour permettre à l'air el à la lumière de pénétrer dans sa demeure, il les a fermés de châssis mobiles garnis de verre, pour laisser entrer le jour en restant maître de la quantité d'air extérieur à introduire dans l'habitation. Dans certains pays il a <lù même renforcer celle barrière contre les attaques de l'air glacé du dehors el établir des fenêtres doubles, au détriment, il est vrai, du renouvellement spontané du milieu atmosphérique intérieur.

Mais ces moyens de défense, tout précieux qu'ils soient, restent insuffisants pour assurer une température convenable et égale dans l'habitation, lorsque la température extérieure s'abaisse au-dessous d'une certaine limite. Il a fallu, pour ces cas, recourir à l'élévation de la température intérieure par le chauffage artificiel.

Le problème ainsi posé, on ne doil pas croire que sa solution soit simple et facile, à en juger par le temps qu'il a fallu à l'homme pour trouver do* procédés de chauffage pratiques et efficaces et par les difficultés qu'on rencontre encore actuellement à établir des appareils répondant à la fois aux besoins de ceux qui les utilisent, aux moyens dont ils disposent et aux exigences de l'hygiène.

Conditions hygiéniques du chauffage. — Pour faire face à toutes les nécessités, le chauffage de l'habitation doit fonctionner sous un certain nombre de conditions hygiéniques de première importance.

La température doit être maintenue dans des limites favorables à la santé humaine. L'adulte robuste et bien portant n'a pas besoin d'une température 1res élevée; 12 à 14° lui suffisent. Les enfants, les vieillards, les malades réclament une moyenne plus élevée (10 à 18°). D'une façon générale les températures extrêmes de l'habitation ne devraient pas monter au-dessus de 20°, ni s'abaisser au-dessous de 10°.

La température doit être uniforme dans toutes les parties de la pièce chauffée, ("elle condition est particulièrement difficile à remplir et on peut dire qu'on ne pourra jamais y satisfaire d'une façon absolue, si l'on songe que la température variera forcément : suivant le voisinage des parois échauffées par la contiguïté d'un local où brûle déjà du feu, ou au contraire refroidies par le contact de l'air extérieur; suivant l'élévation au-dessus du plancher (l'air chaud ayant toujours tendance à monter, l'atmosphère du bas de la pièce sera toujours plus froide que celle qui se trouve au-dessous du plafond); enfin suivant la distance du point où se trouve le générateur ou le distributeur de chaleur dans la pièce elle-même.

Il importe aussi (pie la température reste uniforme à toute heure du jour

3 *i> Chauffage.

et de la nuit. Ce problème serait réellement insoluble, étant donnés les écarts considérables que subil la température extérieure dans les vingtquatre heures, si les réserves de chaleur qu'accumulent les murailles épaisses, construites de matériaux bien isolauls, ne contribuaient pas pour une bonne pari à régulariser la température intérieure.

Il faut encore que les appareils de chauffage donnent la meilleure utilisation possible du combustible, c'est-à-dire qu'ils fournissent le maximum de chaleur avec le minimum de dépense. Nous verrons plus loin que la réalisation de cette condition ne se trouve pas aisément en accord avec les exigences de l'hygiène.

Enfin il est de toule importance que le chauffage n'altère pas les qualités de l'air contenu dans la pièce, qu'à aucun moment les gaz dégagés par la combustion (acide carbonique et oxyde de carbone), ainsi que la fumée ou les poussières du foyer, ne puissent se répandre dans le local.

Combustibles. — Ce sont les combustibles solides : le bois, la houille, le coke, la tourbe (dans certaines contrées du Nord), qui sont le plus couramment employés dans notre pays. Le bois est assurément le plus hygiénique des combustibles. Il brûle en donnant de belles flammes dont la chaleur rayonnante exerce sur l'organisme une action stimulante et agréable. Malheureusement à poids égal il dégage près de trois fois moins de chaleur que le coke et surtout que la houille. S'il n'est pas parfaitement sec, un quart de la chaleur qu'il dégage est utilisée à la vaporisation de l'eau qu'il renferme. On voit donc que son rendement est extrêmement minime et qu'à cause de son prix élevé il reste un combustible de luxe (sauf dans les pays de forets).

Les houilles grasses, qui sont celles qui fournissent le plus de chaleur, dégagent trop de fumée pour l'utilisation domestique. Les houilles maigre* et le coke (qui donne un peu moins de chaleur que la houille) sont les combustibles les plus pratiques pour le chauffage de l'habitation.

La tourbe ne donne guère plus de chaleur que le bois à poids égal cl dégage en bridant une odeur assez désagréable. Ce ne sont donc que des raisons économiques qui l'ont fait adopter comme combustible dans certains pays.

Le charbon de bois, qui dégage beaucoup d'oxyde de carbone, ne doit être employé qu'à la cuisine.

Dans les grandes villes, où le gaz d'éclairage est distribué par des services publics, on l'utilise de plus en plus comme combustible, malgré son prix élevé. Certains avantages qu'il présente expliquent celle vogue. Si sa combustion est bien assurée, il bride sans produire ni cendres, ni suie, ni fumée. La mise en train des appareils de chauffage par le gaz est immédiate et n'exige aucune manipulation préalable; leur fonctionnement ne réclame aucune surveillance, tant que le gaz reste allumé; la combustion est instantanément portée à son maximum; l'extinction des feux ne demande que le temps de fermer un robinet. Mais le gaz présente de graves inconvénients : il forme avec l'air un mélange explosible des plus redoutables; il esl toxique par suite de la faible proportion d'oxyde de carbone qu'il renferme; en brûlant il dégage des gaz dangereux. Il faut à notre avis le proscrire impiloyableinenl des chambres à coucher et de toutes les pièces

Chauffage. 550

dans lesquelles le séjour esl prolongé. En revanche on l'emploiera utilement comme combustible dans les Locaux où il esl nécessaire d'élever La température rapidemenl H pour peu de temps (cabinets de toilette, chambres à

bains). Son emploi esl également très pratique dans les cuisines où il permet d'obtenir de L'eau bouillante en quelques minutes, de faire cuire, sans allumer Le fourneau, des aliments de préparai ion rapide et d'éviter, dans bien des cas. des perles inutiles de combustible el de temps.

Les combustibles liquides sont employés quelquefois au chauffage des locaux de faible étendue. Le pétrole a l'inconvénient de dégager trop souvent une odeur désagréable. Quant à Valcool, il donne un rendement de chaleur trop faible. Les appareils dans Lesquels on utilise les combustibles Liquides ont été généralement mal compris au point de vue hygiénique; nous en reparlerons plus loin.

Appareils de chauffage. — Passons maintenant en revue les divers appareils utilisés pour le chauffage de l'habitation:

A) Cheminées. — Le plus répandu, sans conteste, esl la cheminée ordinaire, dont le foyer ouvert esl formé par une cavité adossée au mur ou creusée dans son épaisseur, au-dessus de laquelle s'élève le tuyau de fumée qui débouche à l'extérieur. Le combustible est placé dans le foyer, le bois élevé sur des chenets, le charbon dans une grille métallique, de façon à ce que l'air arrive au-dessous et traverse aisément le combustible pour le bien faire brûler; la fumée el les gaz de combustion sont entraînés au dehors par le tuyau qui surmonte le foyer. La chaleur émise esl surtout rayonnante el par suile très agréable et très saine. De plus nous avons déjà vu que la cheminée constituait un appareil très actif de ventilation de la pièce (V. Aération). Mais la perle de chaleur avec ce mode de chauffage est énorme. Le foyer ouvert ne renvoie dans le local à chauffer que le quart environ de la chaleur rayonnée fournie par- le combustible; le reste est entraîné par le tuyau de fumée et demeure inutilisé. De plus, le rendement en chaleur rayonnée ne représente lui-môme que la moitié de la chaleur loi aie dégagée par la houille ou le coke et le quart seulement de celle donnée par le bois. En résumé, la cheminée ordinaire n'utilise qu'un huitième de la chaleur produite par la houille ou le coke et un seizième de celle que donne le bois. Encore ces chiffres ne sont-ils exacls que pour les cheminées du type courant qu'on construit actuellement. Les vastes cheminées des anciennes demeures ne permettaient guère à la chaleur de rayonner dans la pièce; elle était presque entièrement entraînée au dehors et il fallait s'installer sur des sièges placés dans l'intérieur même de la cheminée pour bénéficier réellement du feu.

Pour augmenter le très faible rendement des cheminées on a été conduit à en améliorer les dispositions. On place autour du foyer, pour accroître le rayonnement, des pans inclinés de faïence blanche qui renvoient à l'intérieur de la pièce la chaleur qui les frappe. En établissant les faces latérales du foyer de façon à ce qu'elles fassent un angle de 45° avec le tablier de la cheminée et en limitant la profondeur du foyer au liers de la largeur de l'ouverture du chambranle, on renvoie dans le local une plus grande quantité de chaleur. Enfin en rétrécissant l'orifice par lequel le' tuyau de fumée

Chauffage.

s'abouche dans le lover, on diminue la vitesse du courant d'air provoqué par le tirage et on l'utilise mieux pour la combustion.

Mais les cheminées dites « à la pi^ussienne » ou « cheminées-poêles » fournissent une utilisation sensiblement plus eomplèle el plus économique du combustible. La caisse en lôle, qui contient le foyer, est indépendante de la muraille et fait entièrement saillie dans la pièce. Le tuyau de fumée, qui surmonte celle cheminée, peul être raccordé au conduit d'évacuation placé dans le mur, à la hauteur qu'on veut. La chaleur est donc fournie non seulement par le rayonnement du foyer, mais encore par les parois de la caisse et du tuyau de lôle, sur toute sa hauteur. Ce mode de chauffage peut rendre de grands services dans les habitations modestes, où l'on ne se laissera pas arrêter par le défaut d'esthétique du tuyau apparent. Mais il faut avoir bien soin d'isoler convenablement la caisse du plancher et ne pas se contenter de l'interposition d'une simple plaque de tôle, très insuffisante pour écarter loul danger d'incendie. De plus on fera placer à l'intérieur de la caisse un foyer en terre réfractaire, qui continuera à donner de la chaleur encore quelque temps après que le feu sera éteint et empêchera l'enveloppe métallique extérieure, en s'échauffant trop fortement, de brûler les poussières de l'atmosphère qui viennent en contact avec elle et de répandre cette odeur acre et désagréable qui est la conséquence de cette combustion. On a pu déterminer en effet que les poussières de l'air commençaient à se décomposer au contact de surfaces de chauffe dont la température n'atteignait que 70°.

Entre 76° et 80° celle décomposition devient très marquée et s'accompagne d'un fort dégagement d'ammoniaque: elle semble plus active quand l'atmosphère de la pièce est chargée d'humidité.

On construit des cheminées ventilatrices établies d'après les principes que nous avons indiqués à l'article Aération et donnant beaucoup plus de chaleur que les cheminées ordinai- Ces, parce qu'elles utilisenl ;i la fois la chaleur du foyer el celle qui est fournie par les parois de l'âtre et par une étendue plus ou moins grande du tuyau de fumée. L'air extérieur est amené par une conduite dans une gaine qui forme manchon autour du foyer el du départ du tuyau de l'innée et où il s'échauffe, pour passer ensuite dans la pièce à travers (U^ bouches de chaleur ouvertes sous la tablette de la cheminée (appareil Joly, Bg. 96), soil des deux côtés de la cheminée (appareil Fondet). Nous avons indiqué déjà les inconvénients de ce dispositif pour la ventilation de la pièce;

Fig. 96. — Appareil Joly.

Chauffage. 352

on peul les atténuer en pratiquant au liant de la pièce une ouverture pour la sortie <le l'air vicié. A celle condition, les cheminées ventilatrices sont avantageuses, surtout dans les pièces vastes, où un chauffage plus intensif s'impose, tandis que les défectuosités de l'aération restent plus atténuées du fait même de l'étendue du cube d'air de ces pièces.

En terminant ce que nous nous proposions de dire sur les cheminées, nous devons ajouter quelques mots à propos d'un grave inconvénient, qu'elles présentent plus souvent que les autres appareils de chauffage : celui de fumer. Ce n'est pas d'ailleurs la pénétration de la fumée clans un local et la petite incommodité qui en résulte pour les habitants qui constituent le danger, mais bien la présence des gaz toxiques de la combustion qui sont refoulés en môme temps que la fumée et mettent en danger la santé et parfois la vie des occupants.

Pour pouvoir remédier au mauvais fonctionnement de ces appareils, il faut en déterminer les causes. Nous n'indiquerons que les plus fréquentes.

Dans le plus grand nombre des cas, les cheminées fument parce que la quantité d'air neuf introduite dans la pièce est notablement inférieure à celle qui serait nécessaire pour que le courant d'air, passant par le foyer et y établissant le tirage, conserve une intensité suffisante et une régularité constante. Pour rétablir un fonctionnement normal de la cheminée, il suffira d'introduire dans le local un supplément d'air neuf au moyen de conduites venant de la façade extérieure.

Il faudra exhausser la partie supérieure du tuyau de la cheminée, si celle-ci fume pour l'une ou l'autre raison suivante : soit que le tuyau de fumée soit trop court (une longueur totale de 8 à 10 mètres est considérée comme nécessaire à un bon tirage), inconvénient que présentent souvent les cheminées de l'étage le plus élevé de l'habitation; soit que l'extrémité du tuyau, étant dominée par une muraille plus élevée, le vent se réfléchisse en frappant celle-ci et s'engouffre dans la cheminée, en y exerçant un refoulement. Dans ce dernier cas il faut élever le tuyau de fumée jusqu'au-dessus du faîte de la muraille voisine.

Les vents violents, en frappant l'extrémité de la cheminée de haut en bas. peuvent également faire refluer la fumée dans la pièce chauffée. Les capes à vent sont ici le remède indiqué.

Enfin, les gaz de combustion et la fumée peuvent pénétrer dans une pièce par sa cheminée, sans qu'il y ail de l'eu. C'est qu'alors il existe une communication, accidentelle ou non, entre la cheminée de la pièce et le tuyau d'une cheminée voisine, où on fait du feu à ce moment. Il s'est ainsi produit assez fréquemment des accidents mortels d'asphyxie. Aussi les règlements de police interdisent-ils qu'un tuyau de fumée desserve plus d'un foyer.

Faisons remarquer à ce propos que la construction des conduits de fumée demande beaucoup de soin et qu'il est regrettable de constater combien souvent (') cette partie cachée de la construction est négligée, alors qu'elle devrait être établie de façon à assurer rigoureusement le bon fonctionnement des appareils de chauffage et à se prêter à un ramonage facile. Du

1. A Paris, d'après les constatations du Laboratoire municipal, un très grand nombre de tuyaux de fumée sont plus ou moins fissurés et par conséquent dangereux.

353 Chauffage.

foyer au foîte le conduit de fumée doit monter le plus droit possible en évitant les coudes ou déviations. La brique bien cuite, les poteries dures, épaisses, lisses, s'emboîtant bien l'une dans l'autre, la pierre bien posée ou régulièrement l'orée sont les meilleurs matériaux à employer au point de vue de la durée. De plus, bien jointoyés, ils assurent l'élanchéité indispensable à des conduits que traversent incessamment des gaz toxiques.

B) Poêles. — Les poêles sont des appareils bien plus économiques que les cheminées ordinaires, puisqu'ils utilisent jusqu'à 70 et même 90 pour 100 de la chaleur dégagée, tandis que celles-ci ne donnent qu'un rendement de 6 à 12 pour 100. L'orifice du foyer étant très réduit, l'air qui pénètre dans un poêle représente à peu près la quantité nécessaire à la combustion et non plus cet énorme courant d'air qui s'engouffre dans une cheminée et emporte la plus grande partie de la chaleur dégagée. De plus, l'appareil étant généralement placé tout entier dans la pièce à une certaine dislance de toute paroi, dégage de la chaleur par toutes ses faces et même par le tuyau de fumée, qui traverse souvent une partie du local. Mais lorsque les poêles brûlent on ne voit pas la flamme dont le rayonnement lumineux pro cure une chaleur si saine et si agréable. De plus, ils ne produisent pas ui. appel d'air comparable à celui des cheminées! et par suite constituent des agents beaucoup moins actifs de ventilation. Leur disposition intérieure et leur valeur hygiénique varient beaucoup suivant que les poêles fonctionnent à combustion vive ou à combustion lente.

a) Poêles à combustion vive. — Ils utilisent jusqu'à 75 pour 100 de la chaleur dégagée. L'air nécessaire à la combustion pénètre par une porte à coulisse, qui permet de régler le tirage. Le combustible est maintenu par une grille, au-dessus d'un tiroir métallique, où tombent les cendres. Les constructeurs placent généralement, sur le parcours du tuyau, une clef destinée à modérer le tirage en cas de besoin. Cette disposition est défectueuse, car il peut y avoir refoulement d'oxyde de carbone dans la pièce chauffée, lorsque le tuyau de fumée est plus ou moins complètement obturé par cette clef. Mieux vaut régler le tirage uniquement par la porte à coulisse.

Les poêles à paroi* métalliques s'échauffent très vite; ce sont ceux qui fournissent le plus de chaleur; mais dès qu'ils sont éteints ils se refroidissent rapidement. De plus si on pousse trop le feu, les parois sont portées au rouge et les habitants ressentent une sensation de malaise que l'on attribue soit au passage d'oxyde de carbone à travers la fonte rougie, soit à la calcination des poussières, soit à la dessiccation de l'air.

Les poêles en faïence, à cause des qualités isolantes de leurs parois, conservent de la chaleur et en dégagent longtemps encore après qu'ils ont été éteints. Ils n'altèrent pas l'atmosphère de la pièce, comme peuvent le faire les poêles métalliques trop chauffés. En revanche ils dégagent près de moitié moins de chaleur, ils sont longs à s'échauffer et parfois se fissurent sous l'action du feu, ce qui laisserait passer dans le local des gaz de combustion.

En construisant des poêles à double enveloppe, l'intérieure métallique, I extérieure en faïence, on combine les avantages de l'un et l'autre revêtements, tout en diminuant leurs inconvénients respectifs. Il est bon de laisser N"' P. m. c. - II. 23

Chauffage. 35 ï

une mince couche d'air cuire les deux enveloppes. De plus il vaut mieux disposer dans la partie métallique un foyer en terre réfraclaire, ce qui empêchera la foule d'être portée à une température trop élevée. Le double revêtement met complètement à l'abri du passage de gaz toxiques.

Les poêles ventilateurs comportent deux enveloppes entre lesquelles passent de l'air venu du dehors, qui s'échauffe au contact des parois du foyer, puis se répand dans l'atmosphère de la pièce par des ouvertures pratiquées à la pailic supérieure de l'appareil. Le rendement est très élevé et va jusqu'à 80 pour 100 de la chaleur produite; mais les objections au point de vue de la ventilation sont les mêmes que celles que nous avions déjà développées à propos des cheminées ventilatrices. Quelques-uns de ces poêles sont construits de façon à emprunter l'air destiné à être chauffé, non plus à l'extérieur, mais à l'atmosphère même de la pièce; leur fonctionnement augmente donc encore l'impureté de l'air déjà vicié du local.

Les cheminées et les poêles à gaz sont à circulation d'air; ils sont établis suivant les mêmes principes que les appareils ventilateurs et sont passibles des mêmes critiques. Ils utilisent de 00 à 80 pour 100 de la chaleur dégagée. Nous avons indiqué plus haut qu'il nous paraissait préférable de ne pas plaeer ces appareils dans des pièces dans lesquelles le séjour est prolongé à cause de la toxicité du gaz et de ses produits de combustion.

On construit aussi de petits poêles à gaz mobiles, qui fonctionnent sans tuyau de fumée. Ces appareils sont absolument insalubres, car ils produisent dans le local où ils brûlent une accumulation d'acide carbonique et probablement aussi d'oxyde de carbone, qui peut provoquer des accidents aigus ou chroniques d'asphyxie. Il en est de même de quelques appareils de chauffage au pétrole ou à V alcool (poêles ou tables chauffantes), que l'on construit sans conduite de dégagement pour les gaz de combustion.

Ces appareils n'offrent guère moins de dangers que les antiques braseros, encore [employés en Espagne et en Italie, ou que les chaufferettes, encore utilisées couramment dans le midi de la France. Les dangers de ces moyens de chauffage ont été récemment bien mis en lumière par une série de cas d'asphyxie produits par des chaufferettes de voiture, dans lesquelles brûlaient des briquettes de charbon de Paris (à combustion lente, mais à dégagement d'oxyde de carbone intense), sans qu'on ail prévu aucun conduit de dégagement des produits de combustion.

On n'en est cependant pas réduit uniquement aux bouillottes à eau chaude, qui se refroidissent trop vite, car on trouve actuellement dans le commerce des bouillottes, qui sont très recommandables au point de vue de l'hygiène, mais sont malheureusement d'un prix élevé. Ces appareils consistent en un récipient métallique, rempli d'acétate de soude contenant 40 pour 100 d'eau de cristallisation et préalablement chauffé à 120° pour obtenir une fusion complète. Chaque fois qu'on veut se servir d'un de ces appareils, il suffit de le laisser immergé dans l'eau bouillante pendant un temps qui varie suivant les dimensions de la bouillotte (de 1/2 heure à 1 heure 1/2). Le sel qui y est enfermé a la propriété d'emmagasiner une grande quantité de chaleur, qu'il dégage ensuite en ne la perdant que peu à peu. L'appareil, en sortant de l'eau bouillante, conserve une tempéra-

555 Chauffage.

turc 1res élevée pendant plusieurs heures (de 6 à 8 heures et plus). Une fois qu'il est refroidi, il suffit de le replacer le temps voulu dans l'eau bouillante, pour qu'il puisse servir à nouveau.

h Poêles à combustion lente ('poêles mobiles, poêles américains). — Ces appareils sont établis de façon à donner le maximum de chaleur avec le minimum de dépenses de combustible. La plupart des modèles peuvent être déplacés d'une cheminée à l'autre, pour chauffer successivement plusieurs pièces du même appartement.

Ils sont constitués par une double enveloppe métallique. La partie inférieure, qui reçoit le combustible, se charge par une trémie. Le brasier est au-dessous de la colonne de chargement qui descend progressivement et se consume de bas en haut. L'orifice supérieur du poêle, par lequel se fait le chargement, est fermé par un couvercle très lourd, dont on s'efforce dans certains svstèmes de réaliser l'obturation hermétique, soit en l'enfonçant dans du sable, soit au moyen de bourrelets d'amiante, ou d'une occlusion hydraulique. On réduit la circulation d'air au minimum, pour obtenir une combustion très lente, en rétrécissant l'orifice d'admission de l'air et le diamètre du tuyau de fumée.

On arrive ainsi à obtenir un résultat remarquablement économique, puisque ces appareils utilisent jusqu'à 90 pour 100 de la chaleur dégagée. De plus ils fonctionnent automatiquement, sans exiger de surveillance; il suffit de renouveler le combustible toutes les douze, ou même toutes les vingt-quatre heures seulement.

De pareils avantages expliquent suffisamment la vogue toujours croissante des poêles à combustion lente, malgré les dangers certains qu'ils font courir à ceux qui les emploient. Passons donc en revue les tares hygiéniques qu'ils présentent.

Leur tirage réduit n'assure qu'un apport d'air de A m3 par kilogramme de combustible, alors que 9 m3 suffiraient à peine à transformer tout le carbone en acide carbonique. lien résulte une surproduction d'oxyde de carbone d'autant plus dangereuse que, le tirage étant réduit, les refoulements des gaz de combustion à l'intérieur de l'habitation se produisent aisément. C'est le cas notamment lorsqu'on déplace ces poêles et qu'on les adapte à une cheminée qui n'est pas encore échauffée : la température de celle-ci étant inférieure à celle de la pièce, il s'établit un tirage renversé, jusqu'au moment où la température du contenu du tuyau de fumée s'est élevée suffisamment. Plus rarement, il est vrai, par suite de fissures de la maçonnerie de la cheminée, les gaz toxiques provenant des poêles à com- ■buslion lente peuvent pénétrer dans des tuyaux de fumée voisins et se répandre à d'autres étages et dans des ^pièces éloignées, où ils déterminent des asphyxies à distance, dont l'origine est parfois impossible à établir.

Malgré tout, les poêles à combustion lente sont aujourd'hui si répandus, qu'on ne parviendrait pas à décider le public à y renoncer. Mieux vaut lui indiquer les précautions à prendre pour en réduire les dangers au minimum.

A notre avis, il faut complètement renoncer à déplacer ces appareils dune cheminée à l'autre et ne les fixer qu'à une cheminée dont le tirage se sera toujours montré énergique et régulier. Les poêles ;i combustion lente

Chauffage. 356

ne doivent être installés ni dans les chambres à coucher, ni dans les cabinets de toilette adjacents. On aura toujours soin de fermer pour la nuit les portes des chambres à coucher communiquant avec une pièce où fonctionne un appareil e\c ce genre. Ce mode de chauffage n'esl applicable aux pièces où on séjourne une bonne partie de la journée qu'à la condition «pic la ventilation y soit assurée par des orifices constamment et directement ouverts à l'air libre. Dans les maisons de proportions suffisamment restreintes on peut placer à poste fixe dans le vestibule un poêle à combustion lente, dont le tuyau de fumée traversera de bas en haul toute la cage de l'escalier. Celle-ci se trouvera ainsi économiquement chauffée, sans grand inconvénienl pour les habitants, car c'est en général la partie la mieux ventilée de ce genre d'habitations.

Au moment d'allumer un poêle à combustion lente, on s'assure que la cheminée attenante a un tirage suffisant en y brûlant du papier, jusqu'à ce ([ue la flamme et la fumée montent bien vers le tuyau. Si cela ne suffit pas, on fait une flambée dans la cheminée. Quand le poêle vient d'être allumé, on laisse l'orifice de réglage largement ouvert pendant un certain temps, pour bien assurer le tirage. Ce n'est qu'après avoir pris cette précaution qu'on peut diminuer convenablement l'entrée de l'air. La cheminée ou le tuyau desservant le poêle doivent être munis d'appareils indiquant constamment le sens dans lequel s'effectue le tirage. Il ne doit pas y avoir de clef sur le tuyau de fumée, car il est dangereux de régler le tirage autrement qu'au moyen de l'orifice d'admission de l'air. Après chaque renouvellement du combustible il faut s'assurer que l'orifice de chargement est hermétiquement fermé et ventiler largement le local, pour en chasser les gaz de combustion qui auront pu s'y répandre pendant cette opération.

Lorsque, malgré toutes ces précautions, il se fait des refoulements persistants, par les grands vents par exemple, il ne faut pas hésiter à éteindre le poêle.

C) Chauffage électrique. — Nous en aurons terminé avec tous les modes de chauffage local, c'est-à-dire où le foyer est dans la pièce même qu'il s'agit de chauffer, lorsque nous aurons dit quelques mots du chau ffage électrique, encore peu répandu chez nous, mais qui a des applications assez nombreuses en Angleterre, en Amérique et en Allemagne.

Dans un circuit électrique il se fait un dégagement de chaleur proportionnel à la diminution de tension que subit le courant à travers le circuit. Si donc on diminue dans un circuit métallique le diamètre du fil sur une certaine longueur, cette portion amincie s'échauffe. On empêche ce til de brûler en le mettant à l'abri de l'air par un enrobage dans un émail de composition spéciale. Tel est le principe suivant lequel sont construites les surfaces de chauffe électriques. Les fils sont en ferro-nickel et on les applique sur des plaques en fonte de forme très variée. Si l'on fait passer le courant, le fil s'échauffe et transmet sa chaleur à la plaque de fonte. On construit ainsi des plaques murales (fig. 97), accolées aux parois de la pièce ou des poêles électriques (fig. 98) qu'on place au milieu du local qu'il s'agit de chauffer. On construit également des tabourets chauffants, servant de chaufferettes, et des fourneaux pouvant être utilisés pour la cuisine.

Chauffage.

Chauffage central. — Lorsqu'il n'y a qu'un foyer de chaleur destiné au chauffage de toute l'habitation et qu'il est placé en dehors des locaux dont on se propose d'élever la température, on dit que le central. Pour le réaliser

chauffage est

Fig. 97.

Plaque murale électrique.

Fig. 98.

Poêle électrique.

on emploie des appareils qui distribuent la chaleur au moyen de l'air, de l'eau ou de la vapeur d'eau élevés à une haute température. La source de chaleur est placée dans le bas de la maison, généralement dans les caves; des conduites en parlent pour répartir dans toute l'habitation le gaz ou l'eau destinée à transporter le calorique. Lorsqu'on emploie l'air chaud, il est déversé par des bouches de chaleur dans l'atmosphère des pièces auquel il se mélange; tandis que l'eau et la vapeur d'eau restent enfermés dans les conduites et n'agissent sur l'air des locaux que par l'intermédiaire de surfaces de chauffe rayonnantes, disposées dans chaque pièce.

Le chauffage central présente des avantages nombreux : il réalise une notable économie de combustible, utilise bien la chaleur produite, la répartit assez également dans toutes les parties de l'habitation et ne salit plus les pièces de poussières de combustible, de cendres ou de fumée comme le font tous les appareils à chauffage local. Mais les trois modes de chauffage central ont une valeur hygiénique bien différente.

a) Calorifères à air chaud. — Bien que ce mode de chauffage central soit encore le plus répandu, il n'en est pas moins insalubre. Il modifie d'abord fâcheusement les conditions de ventilation de l'habitation. Dans une pièce, si l'air chaud pénètre par une bouche placée au niveau du plancher, il monte immédiatement au plafond à cause de sa faible densité et les couches inférieures restent occupées par l'air vicié, moins chaud; par contre, s'il pénètre au haut de la pièce, on est obligé, pour le diffuser dans le local, de placer les orifices d'évacuation dans le bas et il se fait une ventilation renversée, qui prolonge aussi le séjour d'une partie de l'air vicié à liant eur d'homme, comme nous l'avons déjà indiqué.

L'air chauffé a l'inconvénient de fournir très peu de chaleur, si on n'a soin de le porter à une température très élevée. On est donc amené à distribuer de l'air qui a été surchauffé au niveau du foyer, où par conséquent il s'est desséché et surtout a pris cette odeur acre et désagréable que lui com mimique la combustion des poussières au contact des surfaces de chauffe.

Chauffage.

A celte première cause d'altération de l'atmosphère <le l'habitation vient quelquefois s'en ajouter une seconde, beaucoup plus dangereuse.

Les calorifères à air chaud sont en elle! établis de façon qu'une colonne d'air veinant de l'extérieur cl montant ensuite aux appartements s'échauffe au contact du foyer. Il y a donc deux circulations de gaz voisines et indépendantes, celle de la fumée et des gaz de combustion d'une part et celle de l'air de l'autre. Mais s'il se lait des fissures dans le tuyau de fumée on dans l'appareil de chauffe môme, les gaz de combustion peuvent pénétrer dans la conduite d'air et être entraînés dans les locaux à chauffer, au plus grand dommage de leurs habitants.

De plus, pour éviter que l'air chaud ne produise des courants d'air violents à la sortie des bouches, il faut le faire circuler à travers des conduite- de distribution très larges, qui tiennent beaucoup de place et où se perd une partie de la chaleur.

Enfin l'air chaud ne s'étend pas clans les conduites à une dislance horizontale de plus de 15 mètres, à moins qu'il ne soit propulsé par une force mécanique.

Une partie de ces inconvénients, notamment le danger du mélange des gaz de combustion à l'atmosphère de l'habitation, disparaît si le calorifère est établi de façon à ce que l'air s'échauffe au contact non plus d'un foyer, mais de surfaces de chauffe à circulation d'eau ou de vapeur d'eau. Mais l'air n'en arrive pas moins surchauffé dans les pièces, et s'élève immédiatement au plafond, au lieu de monter peu à peu en diffusant; enfin l'air vicié est retenu dans la partie inférieure du local.

b) Le chauffage par circulation d'eau chaude est bien plus hygiénique. Le principe utilisé pour faire monter l'eau chaude aux différentes hauteurs de l'habitation est celui du thermosiphon (fig. 99). Un récipient A plein

d'eau est surmonté d'un tuyau B, C, I), qui s'incurve de façon à s'aboucher en E à la partie inférieure du récipient. Si l'on chauffe celui-ci, l'eau chaude qu'il contient monte dans D le tuyau B, refoule l'eau plus froide contenue en C, D, E, et il sï'tablil un courant dans le sens des flèches de la figure. C'est ainsi qu'on fait monter de l'eau chaude dans les différentes pièces d'une habitation. Ce principe est également appliqué pour le chauffage des wagons, des baignoires, etc. On ne peut guère appliquer au chauffage de l'habitation la circulation d'eau chaude sans une certaine pression, sinon, l'écart de température entre la colonne montante et la colonne descendante étant très faible et, par suite, l'ascension de l'eau chaude étant très lente, il faudrait employer de grandes quantités de liquide et des conduites de très fort diamètre pour obtenir un rendement de chaleur satisfaisant. Si l'on établit une pression très forte, on est exposé à des explosions. Les appareils à pression moyenne sont plus pratiques, mais sont dispendieux et réclament une installation très soignée. En revanche ils permettent de mieux régler la chaleur que ne le font les appareils de chauffage par la vapeur.

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