Chauffage central à vapeur à double canalisation
Chauffage.
^*&vtyr^t
Fie. 1()l.
Tuyaux à ailettes.
tubes s'ouvrent à leur partie inférieure dans un collecteur horizontal et sont recouverts à leur partie supérieure dune corniche.
Répartition hygiénique du chauffage. Nous terminerons ce chapitre par quelques conseils sur la répartition hygiénique du chauffage dans l'habitation.
Il est sain de coucher dans une pièce où la température ne soit pas trop élevée. Il Tant donc aussi rarement (pie possible faire du feu dans les chambres à coucher ou les chauffer directement. Au contraire, il importe de chauffer fortement le vestibule et la cage de l'escalier, qui constituent la grande cheminée d'aération de l'habitation et, par suite, contribuent le plus à la refroidir. Les autres pièces ne doivent être chauffées (pie modérément. Il ne faut pas toutefois tomber dans l'excès contraire. Certaines personnes croient qu'en se couvrant outre mesure, elles peuvent vivre sans inconvénient dans des pièces glaciales. Cette pratique expose aux rhumes et aux bronchites par inhalation d'air trop froid.
Chaque fois que ce sera possible on n'hésitera pas à faire les frais dune installation de chauffage par circulation d'eau chaude ou par la vapeur à basse pression. Mais même dans ce cas nous préférerions qu'on conservât uniquement des cheminées dans les chambres à coucher; pour y maintenir de 12 à 16°, il ne serait pas nécessaire d'y allumer très souvent du feu, mais, quand on le ferait, on procurerait aux occupants à la fois l'agrément d'une douce élévation de température, les bienfaits d'une aération active, et le plaisir de la vue des flammes, satisfaction que ne peut donner aucun autre moyen de chauffage.
Lorsqu'on ne pourra chauffer l'habitation par la vapeur ou l'eau chaude, on installera dans le vestibule un poêle à combustion vive de dimensions suffisantes pour bien chauffer toute la cage de l'escalier; s'il y a nécessité économique, on le remplacera par un poêle à combustion lente, laissé à demeure, en observant rigoureusement les précautions que nous avons indiquées à ce sujet. Dans les chambres il y aura des cheminées (à la prussienne, dans un but d'économie pour les installations les plus modestes), où on fera du feu très rarement; car le chauffage de l'escalier, dans les maisons qui ne sont pas très vastes, assure le plus souvent une température suffisante dans les chambres à coucher.
S^Mok^cw, Gh.
Radiateurs.
561 Chaux et Calcium.
Les pièces de réunion seront chauffées par des cheminées ou, si l'on désire brûler moins de combustible, par un poêle à double enveloppe (faïence et métal) el à combustion vive. WURTZ et BOURGES.
CHAULMOOGRA (HUILE DE). — C'est une huile brune, épaisse, d'odeur nauséeuse, extraite des semences du Gynocardia o//om/a (Bixacées), grand arbre de l'Inde et de la Malaisie.
Remède populaire chez les Indiens (syphilis, dermatoses), cette huile, à hautes doses longtemps administrées, a fourni des succès remarquables dans la lèpre (v. c. m.). Malheureusement, le remède est mal toléré par le tube digestif (troubles gastriques, vomissements, diarrhée), par l'hypoderme (injections douloureuses), par la peau (éry thèmes).
On commence par la dose de Y gouttes matin et soir dans du lait chaud ou dans une infusion de menthe pour aller progressivement jusqu'à G ou CC gouttes; ces hautes doses se prennent en capsules; on essaie aussi d'introduire une partie du médicament en injection hypodermique. Sur les tubercules non ulcérés, il peut s'étendre en pommade ou en emplâtre.
Pommade (Vidal).
Huile de Chaulmoogra 2 à 4 parties.
Vaseline 5 —
Paraffine 1 partie.
CHAUX ET CALCIUM. — Nous réunissons sous ce titre la chaux, la craie préparée, le chlorure de calcium et le plâtre.
Chaux. — On obtient l'oxyde de calcium par la calcinalion du carbonate de calcium. C'est la chaux vive, caustique énergique en raison de sa grande affinité pour l'eau.
Caustique de Vienne (Codex de 1908).
Potasse caustique. . . 50 grammes.
Chaux vive 00 —
(A séparer).
Caustique de Filhos (Codex de 1884).
Potasse caustique ... 50 grammes.
Chaux vive 10 —
(A séparer).
L'hydrate d'oxyde de calcium, ou chaux éteinte, peu soluble dans l'eau (1 partie pour 800) sert à préparer le lait de chaux; l'eau de chaux est un soluté de chaux qui renferme I gr. 69 d'hydroxyde de calcium par litre.
Mélangée à son poids d'huile d'olive, l'eau de chaux constitue le Uniment calcaire du Codex, utilisé contre les brûlures (v. c. m.).
A l'intérieur, l'eau de chaux est quelquefois employée comme antiacide dans les gastropathies hyperchlorhydriques à la dose de 50 à 150 gr. par jour. Son principal emploi se trouve comme antidiarrhéique dans la médecine infantile (7)0 à 60 gr. dans du lait ou dans une infusion).
Potion antidiarrhéique (Enfants).
Eau de chaux 100 grammes.
Sirop de coings 50
Cuillerée à café d'heure en heure dans un demi-verre d'infusion de violettes.
Carbonate de chaux (carbonate de chaux précipité, carbonate de chaux préparé). — Le carbonate de calcium officinal est le produit de la double décomposition effectuée entre des solutions de chlorure de calcium cristal-
Chaux et Calcium.
lise et de carbonate neutre de sodium officinal. Il constitue une poudre blanche, présentant au microscope un aspect cristallin.
Le carbonate de calcium précipité de la nouvelle Pharmacopée française remplace la craie lavée du Codex de 1884.
Le carbonate de chaux, comme le bicarbonate de soude, est employé comme antiacide. Toutefois, comme c'est un sel neutre et insoluble dans l'eau, il rie peut, comme le bicarbonate de soude, produire l'alcalinité du milieu stomacal. D'autre part, comme il renferme, toutes choses égales d'ailleurs, moins d'acide carbonique que le bicarbonate de soude, il paraît agir moins efficacement que ce dernier sur l'élément douleur. Par contre, son insolubilité dans les milieux alcalins en fait un absorbant et un antidiarrhéique souvent précieux, mais il convient alors de le donner à hautes doses (5 à 10 gr.).
Potion saturante.
Craie préparée 50 grammes.
Sirop tic fleurs d'oranger 100 —
Eau distillée " 800 —
Un verre à madère toutes les heures (Gastrosuccorrhée).
Paquets antigastralgiques.
de
Poudre de racine
belladone
Craie préparée . .
Phosphate de soude Magnésie calcinée.
1 centigr.
âa 1 gramme.
25 centigr.
paquet, 1 heure
Pour un paquet n° 20.
et 2 heures après les repas dans un peu d'eau (gastralgie des hyperchlorhydriques .
Poudre saturante analgésique Chlorhydrate de cocaïne 10 centigr.
Bicarbonate de
soude 20 grammes.
Craie préparée . . . ) Magnésie calcinée .
Sous-nitrate de bismuth ;
Une cuillerée à café dans un demi-verre d'eau, une heure et deux heures après le repas (hyperacidité gastrique).
aâ 10
Chlorure de calcium. — Le chlorure de calcium favorise la coagulation du sang.
Cette propriété des sels de calcium a été le point de départ de l'emploi du chlorure de calcium en thérapeutique. On l'a utilisé pour combattre les hémorragies de toute nature (hémoptysies, hémorragies gastriques et intestinales, hémorragies de la fièvre typhoïde, de la fièvre bilieuse hématurique, etc.). On l'administre à la dose de 2 à 4 gr. par jour, en solution ou en potion.
Solution.
Chlorure de calcium
cristallisé 2 grammes.
Eau distillée 120 —
A prendre par cuillerée à soupe toutes les heures.
Potion (Enfants).
Chlorure de calcium 50 centigr. à 1 gramme.
Sirop de fleurs d'oranger 50 grammes.
Eau 00 —
Potion.
Chlorure de calcium . 5 grammes.
Potion de Tood . ... 180 A prendre par cuillerée à bouche.
Lavement (Hémorragies intestin.) les).
Chlorure de calcium . 3 grammes
Antipyrine 1 gramme.
Mucilage de pépins de
coings 120 grammes
363 Chélidoine.
Sulfate de chaux. — Ge corps n'offre plus aucun intérêt médical. En revanche son utilisation chirurgicale est considérable (V. Appareils plâtrés). e. FEISDEL.
CHÉILOPHAGIE. — C'est L'habitude vicieuse de mordiller ses lèvres. Elle est fréquente chez les jeunes dégénérés, en particulier chez les tiqueurs. Les mangeurs de lèvres sont aussi nombreux que les rongeurs d'ongles (V. Onychophagie).
L'abondance et la délicatesse des terminaisons sensitives dans la muqueuse labiale explique la multiplicité et l'acuité des incitations qui en parlent, et dont chacune peut être l'occasion d'une réaction motrice. Ces réactions motrices sont tantôt des mouvements intempestifs des lèvres, rictus, moues, succions, etc., tantôt de véritables tics des lèvres, tantôt enfin des mouvements de morsure ou simplement de pincement des lèvres. Tous ces mouvements entretiennent les excoriations et les gerçures labiales qui, à leur tour, par la douleur qu'elles provoquent, sollicitent de nouveaux mouvements. Il se crée ainsi une habitude fonctionnelle vicieuse souvent difficile à déraciner.
Les gerçures des lèvres pendant l'hiver sont presque toujours le point de départ des habitudes chéilophagiques. Certains sujets entretiennent en permanence des excoriations, des fissures labiales, souvent assez profondes pour produire des cicatrices disgracieuses, et qui peuvent servir de porte d'entrée à toutes sortes d'infections.
Il importe de réagir énergiquement et le plus tôt possible contre cette habitude vicieuse. Comme elle est surtout fréquente chez les enfants, c'est aux parents qu'il faut s'adresser pour leur demander d'exercer une surveillance indispensable. S'ils ont l'autorité et la persévérance nécessaires, leurs avertissements, leurs réprimandes, et au besoin quelques punitions, pourront suffire.
On peut également conseiller d'appliquer plusieurs fois par jour sur les bords libres des lèvres un topique amer : la vaseline quininée remplit très bien cet office. Enfin, il peut être utile également, surtout lorsqu'à la chéilophagie s'ajoutent des mouvements intempestifs des lèvres, de soumettre le malade à la discipline psyc/io-motrice (v. c. m.), telle qu'elle est appliquée aux tiqueurs (V. Tics).
A côté des chéilophages prennent place les trichophages, mangeurs de poils, en particulier des poils de la moustache ou de la barbe.
La trichophagie reconnaît les mêmes causes que la chéilophagie ; elle est justiciable du même traitement. Comme il s'agit alors de sujets plus âgés, les interventions psycho-thérapiques peuvent être plus efficaces.
Dans le même ordre d'habitudes vicieuses figurent la trichoplastie et la trichoclastie, habitudes vicieuses de tortiller les poils (cheveux ou barbe, etc.), ou même de les briser entre les doigts. Ici encore les interventions psychothérapiques suffisent généralement pour corriger ces mauvaises habitudes.
HENRY MKIGE.
CHÉLIDOINE (GRANDE). — Son latex jaune et caustique est d'un emploi populaire contre les venues. . e. F.
Chéloïde. 564
CHÉLOIDE. — On nomme chéloïde une affection de la peau caractérisée par la production de tumeurs dures H saillantes, à surface lisse et irrégulière, qui comprennent toute l'épaisseur du derme et récidivent d'ordinaire après ablation. Ces formations sonl souvenl pourvues de digitations radiculaires qui
leur donnent l'aspect d'une pince d'écrevisse : d'où leur nom (/v.y,, pince d'écrevisse, eîSoç, ressemblance), composé par Alibert.
Rares chez les enfants el les vieillards, plus fréquentes chez les adultes, les chéloïdes atteignent indifféremment l'un el l'autre sexe. On les rencontre plus souvent chez les hommes de couleur, el surtout chez les nègres, que chez les blancs.
Symptômes. — Variétés. — Los auteurs distinguent d'habitude les chéloïdes en deux variétés, primitives, el secondaires ou cicatricielles, selon qu'elles surviennent spontanément ou qu'elles se greffent sur une cicatrice. Mais tandis que les uns, avec Bazin, appellent vraies les chéloïdes spontanées et fausses les chéloïdes cicatricielles, les autres considèrent comme vraie celle dernière l'orme de chéloïdes, et comme fausse la forme primitive. Ce n'est là qu'une question d'épithètes. Il n'en est pas moins certain que ces deux sortes de chéloïdes diffèrent l'une de l'autre, sinon par leur aspect, au moins par leur mode d'apparition et leur constitution anatomique.
Quant à la true kéloïd, d'Addison, ou chéloïde blanche, de Bazin, elle est, non pas une chéloïde, mais une manifestation de la morphée, forme de la sclérodermie (v. c. m.).
Les chéloïdes secondaires ou cicatricielles, de beaucoup les plus fréquentes, apparaissent sur des cicatrices cutanées non seulement récentes, mais encore anciennes et datant même de plusieurs années.
Tous les traumatismes peuvent en être le point de départ : plaies par instruments tranchants ou contondants; brûlures par le pétrole, l'acide sulfurique, le chlorure de zinc; lésions irritatives produites par un vésicatoire, l'huile de croton, la teinture d'iode; perforation du lobe de l'oreille, piqûre de saignée, points de suture chirurgicaux.
Certains vestiges de dermatoses peuvent se compliquer de chéloïdes : cicatrices de vaccin, de variole, de syphilis ulcéreuse, de sycosis chronique; l'on connaît la chéloïde consécutive aux pustules acnéiques. Il n'est pas, en un mot, de cicatrice, si minime soit-elle, qui ne puisse, chez un sujet prédisposé, être l'occasion d'une chéloïde. Aussi certains auteurs, niant toute spontanéité, rapportent-ils les chéloïdes dites primitives à des lésions cutanées très légères et passées inaperçues.
Signes physiques. — Quand la chéloïde est secondaire, qu'elle se forme sur une cicatrice préexistante, celle-ci se tuméfie, augmente de volume, soit dans son épaisseur, soit vers un de ses bords. Parfois, il s'y forme comme de petits tubercules indurés, qui peuvent rester longtemps stationnaires, mais qui se développent enfin et fusionnent en une seule tumeur. La chéloïde, en s'accroissant, masque entièrement la cicatrice.
Les chéloïdes primitives qui naissent sur un tégument d'apparence saine ne sont, tout d'abord, que de petites indurations minuscules, qui augmentent lentement de volume et mettent plusieurs mois ou même plusieurs années à atteindre leur complet développement. La chéloïde constituée est une
565 Chéloïde.
tumeur surélevée de !2 à \ millimètres, lisse, plane ou légèrement convexe ou concave, de couleur rosée, ferme et mobile sur le tissu cellulaire souscutané.
Sa l'orme est extrêmement variable : souvent c'est une bande allongée et prolongée dans le tissu sain par des digi ta lions rayonnées; parfois, c'est
Fîg. lu.",. — Cicatrice chéloïdienne du cou chez un scrofuleux. (Musée de l'hôpital Saint-Louis, n° 700.)
une tumeur arrondie ou ovalaire, assez régulière; dans quelques cas, elle revêt l'aspect d'un bourrelet, d'une bride proéminente, ou bien elle est franchement irrégulière, polygonale, avec des angles l'entrants et saillants; sa surface peut présenter de nombreux accidents, des crêtes fibreuses, des élevures.
Elle est longue de plusieurs centimètres quand elle est étalée; arrondie, elle peut atteindre le volume dune grosse orange.
Sa couleur, enfin, est tantôl bleue ou violacée, tantôt rosée ou même rougeâtre par la présence d'arborisations vasculaires. La tumeur est recouverte
Chéloïde. r>f)G
d'un épidérme intact, muni de ses glandes et de poils réduits à L'état de follets.
Uniques d'habitude quand elles sont cicatricielles, souvent multiples quand elles semblent primitives, et, dans ce dernier cas, parfaitement symétriques, les chéloïdes naissent en tous les points du corps : au cou, à la face, sur les épaules, les membres, le tronc, les lobules auriculaires el même sur les muqueuses. Elles présentent cependant une certaine prédilection pour la région slernale, où elles dessinent des bandes allongées ou des crêtes parallèles, el pour la nuque où elles affectent un aspect particulier.
Celle chéloïde de la nuque esl Tort mal appelée acné chéloïdienne, car (die n'a rien d'acnéique : elle n'est qu'une chéloïde développée secondairemenl sur des pustules d'acné ou des cicatrices furonculeuses.
Elle revêt l'aspect d'une plaque rouge et saillante, allongée transversalement, parsemée de bourgeons croûteux dus aux follicules et traversée par des bouquets de poils raidis et parallèles comme les dents d'un peigne.
Les dermatologistes américains et anglais décrivent une variété de chéloïde qui se développerait dans les parties profondes du derme et dans le tissu cellulaire sous-cutané ; elle ne donnerait jamais naissance à des tumeurs surélevées, comme les chéloïdes ordinaires, mais plutôt à des indurations profondes des téguments ressemblant au sarcome.
Signes fonctionnels. — Quelques chéloïdes sont tout à fait indolentes. Mais le plus souvent le malade éprouve de vives démangeaisons, des élancements douloureux ou spontanés provoqués par la chaleur du lit et des vêtements, et ces sensations peuvent devenir intolérables.
En même temps, la sensibilité objective est émoussée au niveau des tumeurs; les contacts, les piqûres sont mal perçus.
Évolution. — Après avoir acquis un certain volume, les chéloïdes cessent de s'accroître.
Elles sont en général indélébiles. Quelquefois, cependant, elles subissent une régression spontanée; une cicatrice blanche, souple et déprimée, marque leur place.
Il est douteux qu'elles puissent s'ulcérer.
Leur transformation en tumeurs malignes n'est pas mieux prouvée.
Leur récidive après l'ablation chirurgicale, même très étendue, est une notion classique.
Lésions. — L'exérèse des chéloïdes a permis d'en étudier la structure. La coupe d'une chéloïde montre un tissu blanchâtre formé de fibres épaisses presque toutes parallèles au grand axe de la tumeur. Au microscope, les altéra lions diffèrent selon que celle-ci est primitive ou cicatricielle.
Dans les chéloïdes primitives, l'épiderme apparaît normal, ainsi que la région papillaire du derme. Au-dessous siège la tumeur, constituée par des faisceaux fibreux, épais et dirigés selon son grand axe; entre ces faisceaux, on voit des lacunes lymphatiques, de nombreux vaisseaux sanguins et des cellules conjonctives. Les glandes sudoripares et pilo-sébacées, déformées par le tissu chéloïdien, ne présentent leur aspect normal qu'au sortir de la tumeur. Dans les chéloïdes cicatricielles, le derme et les prolongements épidermiques inlerpapillaires ont disparu: à leur place, existe un feutrage
367 Chéloïde.
de faisceaux fibreux recouvert par l'épidémie aminci. Au-dessous de ce tissu de cicatrice s'étale la chéloïde, avec ses faisceaux fibreux, ses lacunes lymphatiques, ses vaisseaux et ses glandes.
Les chéloïdes acnéi formes présentent un mélange de lésions inflammatoires et hvperplasiques; le derme est infiltré, surtout au voisinage des follicules, par des éléments cellulaires divers, plasmazellen, maslzellen, cellules géantes, fibroblastes, qui se transforment graduellement en faisceaux fibreux. On y voit aussi des corpuscules ronds, homogènes, libres ou réunis en groupes dans le protoplasma des cellules, et considérés par Secchi comme blastomycètes, par Mantegazza comme des produits de dégénérescence cellulaire.
Diagnostic. — L'histologie, qui différencie les deux variétés de chéloïdes, permet surtout de distinguer celles-ci de la cicatrice hypertrophique, avec laquelle on les a si souvent confondues. Cette dernière est une simple cicatrice sans nulle trace de chéloïde; l'épiderme aminci est soutenu par d'épais faisceaux fibreux; le derme a perdu ses papilles, mais il n'existe aucune tumeur conjonctive. Cliniquement, la cicatrice hypertrophique possède aussi ses caractères propres : elle ne dépasse jamais les bords de la cicatrice, elle s'affaisse avec le temps, et ne récidive pas après l'ablation.
Il est rare que d'autres diagnostics se posent à propos d'une chéloïde. Uàcn&, le molluscum, s'en distinguent sans peine.
La morphée, blanche, sans relief, est entourée du lilac-ring caractéristique. Uépithélioona bourgeonnant des cicatrices se reconnaît à ses bourgeons irréguliers, durs, saignant facilement; des adénopathies l'accompagnent.
Des chéloïdes spontanées multiples ont été prises pour des sypltilides papuleuses; mais ces dernières sont très nombreuses, de forme nummulaire et sans digitations, de couleur cuivrée; leur surface est exfoliée; elles disparaissent sous l'action du traitement spécifique.
Certains fibro-sarcoines, à croissance très lente, ne diffèrent en rien, par leur aspect, des chéloïdes; leur structure histologique est identique, d'ailleurs, à celle de ces tumeurs; aussi Bâillon fait-il de la chéloïde cicatricielle un véritable fibro-sarcome ; quant aux chéloïdes spontanées, elles comprendraient un certain nombre d'affections très diverses.
Pathogénie. — Cette multiplicité des chéloïdes explique sans doute l'obscurité de la question, en particulier au point de vue pathogénique : Alibert plaçait les chéloïdes parmi les dermatoses cancéreuses; Bazin les rapportait à la diathèse fibro-plastique, Kohler en fait des manifestations syringomyéliques. La première hypothèse est erronée, la deuxième bien vague, la troisième reste invérifiée.
On a attribué aux chéloïdes une origine microbienne. Pour Darier, elles résulteraient d'une infection locale particulière des plaies, érosions ou lésions quelconques de la peau; la transformation chéloïdienne de certaines pustules d'acné, à l'exclusion des pustules environnantes, la récidive après ablation en certains points de suture seulement de la cicatrice, prouveraient que la condition qui préside à la production des chéloïdes exisle localement dans la plaie. La généralisation de petites tumeurs après scarification (rime Chéloïde plaiderait, selon Marie, en faveur de l'hypothèse microbienne.
Chéloïde. 368
Mais Leloir, Dénériaz, Gaucher et Sergent, Darier, ont cherché vainement quelque parasite dans les chéloïdes. Quant aux blastomycètes décrits par Secchi, ils ne seraient pour Mantegazza que des produits de la dégénérescence cellulaire.
La clinique et l'expérimentatioD montrent cependant des rapports évidents entre les chéloïdes cl la tuberculose. Les sujets atteints de chéloïdes seraient fréquemment tuberculeux. En inoculant à divers animaux un certain nombre de chéloïdes. Darier a obtenu une fois chez un cobaye une tuberculose virulente généralisée; Nevins Hyde aurait à plusieurs reprises obtenu le même résultat; il aurait même reconnu des bacilles tuberculeux dans les cellules conjonctives de petites chéloïdes. Sans savoir comment il agit, ni comment il produit des tumeurs fibreuses, il paraît assez vraisemblable que le bacille tuberculeux joue un rôle important dans le développement des chéloïdes.
Pronostic — La chéloïde n'est pas une affection grave. Elle s'arrête de croître avant d'avoir atteint un volume gênant, et peut même régresser spontanément. Cependant, les malades, se plaignant de la difformité qu'ils portent ou des douleurs qu'ils ressentent, désirent souvent en être débarrassés.
Traitement. — Le traitement interne est peu efficace; on a tour à tour préconisé, sans grand succès, l'iode, l'iodure de potassium, le mercure, l'arsenic, et contre la douleur, un grand nombre d'analgésiques.
Les moyens externes sont nombreux, et d'action différente.
Hébra recommande Y emplâtre suivant contre l'élément douloureux :
Emplâtre de Vigo ) ~ ,~
1 , ?,., . aa 15 grammes.
— de mehlot )
Étendez sur un linge et saupoudrez avec 1 gr. 50 de poudre d'opium.
La destruction de la tumeur à l'aide de caustiques chimiques donne de mauvais résultats, car la récidive est fatale. Elle n'est pas moins certaine après Y ablation au bistouri et au thermocautère; la tumeur peut même atteindre, après l'intervention, des dimensions plus considérables qu'auparavant. Aussi ne recourt-on à l'exérèse qu'après avoir épuisé tous les autres modes de traitement.
On a pratiqué des injections dans la tumeur. L'huile d'olive créosotée à •20 pour 100 employée par P. Marie, puis par Balzer et Monsseaux, a semblé exercer une action d'arrêt sur la marche de la chéloïde; mais tandis que P. Marie a obtenu un embaumement sans inflammation de la peau ambiante, les autres auteurs ont vu une portion du tissu chéloïdien s'éliminer et se former à sa place une ulcération assez profonde.
En Amérique, Tousey et Newton ont traité des chéloïdes par des injec lions sous-cutanées de thiosinamine en solution alcoolique à 10 pour 100; ces injections, très douloureuses, ont vite amené un assouplissement considérable des tumeurs, mais n'en ont pas diminué le volume. On a obtenu aussi, en France, quelques succès des injections de thiosinamine et de fibrolysine.
Les douches sulfureuses eh a iules ont été employées avec succès contre
569 Chéloïde.
les chéloïdes multiples. Une fois Ouinquaud a pu, parce moyen, produire en quinze jours l'affaissement des tumeurs, et Brocq a vu un malade guéri, à Ludion, par les douches sulfureuses et le massage. Avec Raoul Leroy, nous avons vu des chéloïdes multiples consécutives à des syphilides ulcéreuses, très améliorées, mais non complètement guéries par le massage.
Mais les médications qui ont paru jusqu'ici donner les résultats les moins inconstants sont : les applications d'emplâtre de Vigo, les scarifications, Télectrolyse et la radiumlhérapie.
Les applications d'emplâtre de Vigo, surtout quand on y peut joindre la compression méthodique de la tumeur, sont assez efficaces; mais il faut continuer le traitement avec la plus grande persévérance pendant des mois et des années.
L'électrolyse, employée par Hardaway, puis par Brocq, produit de bons effets; on pratique, avec une aiguille iridiée, des piqûres qui pénètrent dans toute l'épaisseur de la tumeur et sont distantes l'une de l'autre de 7 à 10 millimètres; on fait passer le courant dès que la pointe de l'aiguille est en contact avec les téguments; pour éviter au malade les secousses et les douleurs trop vives, on tourne assez lentement le collecteur de la pile jusqu'à ce que l'aiguille du galvanomètre marque 5 milliampères environ. La douleur produite par le passage du courant est des plus vives. Au bout de quelques séances, espacées de 8 à 15 jours, il est bon d'interrompre le traitement pendant plusieurs semaines (Brocq).
On peut employer avec succès les scarifications linéaires, que Vidal a fait connaître. Ces scarifications doivent être faites à une distance de 2 millimètres l'une de l'autre, quadrillées à angle droit ou obliquement, et empiétant un peu sur le tissu sain. Il faut qu'elles intéressent toute l'épaisseur de la chéloïde, laquelle s'enfonce au-dessous de la peau trois fois autant qu'elle s'élève au-dessus d'elle. On peut au préalable anesthésier la peau à laide du chlorure de méthyle. La chéloïde scarifiée est d'abord pansée avec de l'ouate imbibée d'eau boriquée; le lendemain, on y applique de l'emplâtre de Vigo, renouvelé matin ou soir (Laffite).
On peut combiner les trois méthodes précédentes, pratiquant tour à tour l'électrolyse et les scarifications, tout en ne cessant pas d'appliquer l'emplâtre de Vigo. Sous l'influence de ce traitement mixte, longtemps continué, nombre de chéloïdes finissent par disparaître.
La radiothérapie a procuré dans la cure des chéloïdes quelques résultats satisfaisants. Herschell Harris, Barney, etc., ont guéri complètement des chéloïdes en les soumettant à l'action des rayons X; mais on n'en a, dans d'autres cas, obtenu qu'une amélioration. La radiothérapie peut être employée, surtout contre les chéloïdes volumineuses ou rebelles.
Wickham et Degrais ont obtenu d'excellents résultats de la radiumthérapie en faisant agir, dans un premier temps, le rayonnement global, et dans un second temps le rayonnement ultra-pénétrant. D'après eux, les chéloïdes, dans la plupart de leurs formes, sont tout particulièrement justiciables du radium. La radiumlhérapie peut encore être avantageusement employée pour le nivellement et l'amélioration de certaines cicatrices X'" p. M. c. - II. 2i
Chétivisme. ")7<>
vicieuses, qui se compliquent de chéloïdes et de saillies fibro-scléreuses, comme des cicatrices de brûlures ou de lésions tuberculeuses.
Ce n'est qu'après avoir épuisé vainement toutes les méthodes de traitement qu'on pourra tenter Y extirpation dune chéloïde, en prenant soin d'avertir le malade de la récidive possible et probable. L'incision devra circonscrire la tumeur aussi largement que possible et empiéter sur le tissu sain; elle sera profonde et l'on aura soin qu'aucun fragment de tumeur ne demeure dans la plaie; les sutures seront faites avec le plus grand soin, nombreuses et serrées, de façon à produire un affrontement aussi parfait (pie possible des surfaces cruenlées (Tillaux). En prenant toutes ces pré- Cautions, peut-être pourra-t-on éviter la récidive, et, parlant, guérir le sujet.
FERDINAND TRÉMOLltiRES.
CHÉTIVISME. — Sous le nom de chétivisme, A. Bauer a proposé de désigner le syndrome morphologique décrit communément sous la dénomination ^infantilisme de Lorain. Le terme de chétivisme signifie donc les « états dystrophiques produits et entretenus pendant la période de croissance par une maladie chronique, congénitale ou accidentelle » (Brissaud) et dont les principaux traits, selon Lorrain, sont « la débilité, la gracilité, la petitesse du corps ».
Le c/iélif est « un être mal venu, retardataire à tous égards, de petit esprit, de petite faille et le plus souvent de petite santé » (Brissaud).
h'aspect du chétif n'est pas celui de Uenfant, mais, suivant l'âge, tantôt celui d'un adolescent à la période pubérale, petit et délicat, tantôt celui d'un adulte grêle et maladif, tantôt enfin celui d'un petit vieillard sec et rabougri. En règle générale, le chétif ressemble à un « homme en miniature », à un homme « vu par le gros bout de la lorgnette », son type extrême est constitué par le nanisme total (V. Nanisme).
En raison de la multiplicité et de la complexité de ses causes, l'hypotrophie générale, qui caractérise le chétivisme, est rarement un syndrome isolé. Le plus souvent, en effet, on observe chez les chélifs des manifestations morbides, plus ou moins graves, dont il est difficile de préciser les relations avec le chétivisme ; tantôt elles semblent tributaires de la cause dont résulte le chétivisme lui-même, tantôt elles paraissent être elles-mêmes la cause directe ou indirecte du syndrome morphologique. Ainsi s'expliquent les aspects si divers sous lesquels se présentent les chétifs. Tels d'entre eux sont atteints de lésions viscérales syphilitiques, tels autres de lésions tuberculeuses ou impaludiques, tels autres encore de lésions d'origine toxique (lésions cardio-vasculaires, gastro-intestinales, hépatiques, thyroïdiennes ou autres). L'enchaînement vrai des lésions et des troubles, le plus souvent, ne peut pas être précisé.
Reconnaîlre le chélivisme est habituellement chose facile. Toulefois, le rapprochement et parfois même la confusion qui ont élé faits enlre l'infantilisme vrai, infantilisme myxœdémateux d<> Brissaud, cl le syndrome de Lorain, prouvent qu'en certaines circonstances le diagnostic du chétivisme peut prêter à discussion. D'ailleurs, il n'est pas étonnant que certains chétifs dy s thyroïdiens aient pu passer pour des infantiles vrais aux yeux d'ob-
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survaleurs non prévenus, car on peut rencontrer toutes les formes de transition entre L'infantilisme le plus pur et le chétivisme le plus franc (V. Infantilisme).
Le chëtivismë doit être connu du médecin pour être traité comme il convient : Traitement de la cause, lorsque cette cause est connue et peut être directement traitée. — Traitement général (fer, arsenic, glycéro-phosphate de chaux, elc). — Traitement opothérapique associé.
HENRY MEIGE.
CHEVEUX (MÉDECINE LÉGALE). — V. Poils.
CHEYNE STOKES. — V. Dyspnée, Urémie.
CHIQUE. — V. Dermatozoaires.
CHLORAL. CHLORALIDES, CHLORALOSE. — Le corps utilisé en thérapeutique sous le nom de chloral n'est pas l'aldéhyde trîchloré (trichloraldéhyde), mais L'hydrate de ce composé.
Hydrate de Chloral. — L'hydrate de chloral se présente sous la forme de masses saccharoïdes incolores, résultant de l'accolement de prismes rhomboïdaux, el doué d'une odeur et d'une saveur piquantes caracléristiques.
Il fond à 57°, mais il se volatise déjà sensiblement à la température ordinaire; il est très soluble dans l'eau et dans l'alcool. Soumis à l'action des alcalis, le chloral se transforme intégralement en chloroforme et formiate alcalin.
Trituré avec le camphre, il devient liquide; il donne avec l'ammoniaque, les amides, l'antipyrine, des combinaisons définies dont quelques-unes sont utilisées en thérapeutique et sont désignées sous le nom générique de chloralides.
Le chloral, suivant la dose administrée, se comporte comme un hypnotique simple, comme un anesthésique ou comme un poison. Aux doses de 1 à 3 gr., il provoque au bout de 5 à 20 minutes un engourdissement cérébral progressif, un besoin de dormir irrésistible, et le sommeil s'établit, de tous points comparable au sommeil naturel, sans analgésie, ni anesthésie vraies : les douleurs empêchent le sommeil, les bruits violents réveillent le malade.
V doses plus élevées, il y a diminution de la sensibilité et de l'excitabilité réflexes; les battements du cœur et les mouvements respiratoires sont ralentis, la tension artérielle est diminuée, les pupilles sont contractées, il y a hypothermie plus ou moins marquée (V. Poisons médicamenteux).
Ainsi la conscience est la première engourdie, l'excitabilité réflexe l'est ensuite: la circulation et la respiration sont les dernières atteintes. C'est ce qu'on exprime en disant que le chloral a une action prédominante sur te cerveau, moins marquée sur la moelle épinière, moins marquée encore sur le bulbe. Le sommeil chloralique dure 3 à 8 heures, suivant la dose et suivant les individus. Ordinairement le réveil ne s'accompagne d'aucun phénomène désagréable.
h' accoutumance n'existe guère, en sorte (pie l'usage même prolongé
Chloral.
n'oblige pas habituelletnenl à augmenter les doses, contrairement à ce qui se produit pour la morphine par exemple. Il ne faul donc pas s'exagérer les méfaits du chloralisme chronique.
À doses élevées (ô à 10 gr.), on peut constater des symptômes d'intoxica- Lîon aiguë : sommeil profond, abolition de la sensibilité et des réflexes, petitesse du pouls, diminution d(%^ mouvements respiratoires, érythèmes, etc.
Indications. — Le chloral est surtout utilisé comme hypnotique et comme modérateur du pouvoir réflexe de la moelle. Comme hypnotique on le prescrira associé ou non suivant les cas aux bromures ou à la morphine dans la pluparl des insomnies et des délires. Comme modérateur 'ht pouvoir réflexe ou pourra l'employer dans les maladies convulsives et spasmodiques : éclampsie puerpérale, tétanos, rage, chorée, intoxication par la strychnine (v. c. m.), etc.
11 est classique d'indiquer deux contre-indications à l'emploi du chloral : 1" l'altération du myocarde; 2° l'irritai ion du tube digestif.
Les doses hypnotiques du chloral varient, non seulement suivant l'âge, mais encore suivant l'état du sujet; chez les alcooliques il faut employer des doses élevées de chloral pour provoquer le sommeil. Voici d'ailleurs, d'après Nothnagel el Rossbach, les doses hypnotiques et les doses toxiques de chloral aux différents âges et chez les alcooliques.
EnfanU. .
Adultes. .
Alcoolique
Doses hypnotiques.
0 gr. 10 à 1 gr.
2 gr. a 5 gr.
à 8 gr.
5 gi
Doses toxiques.
2 à ." gr.
5 à 10 gr.