LIBRAIRIE DE L- HACHETTE ET
BOULEVARD 8A1NT-GBHRAIV. N* 77
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INTRODUCTION
Est'il permis de contraindre une femme à soulever le voile sous lequel elle se cache? Ëet-il digne de lui arracher ce voile, quoiqu’elle s’en défende, et de faire autour d’elle et à propos d’elle un bruit auquel elle se refuse?
Il parut un jour, il y a dix ans, dans le journal espagnol le Heraldo, un roman de moeurs qui excita vivement l’attention. Ce fut un événement au milieu de cette littérature qui a ses mérites, mais dont la pauvreté actuelle, à l’endroit du roman et de la nouvelle, se trahit par des emprunts quotidiens au feuilleton français. La Gaviota fit émotion dans Madrid, qn l’attribua successivement à tous les écrivains en renom, on se perdit en conjectures ; personne, pas même le journal, n’était dans le secret.
Cependant la Espaha publia Elia 6 la Espaüa treinta afios va; puis parurent la Familia Alvareda, Una m otra ' Pobre Dolores, Lucas Garcia et toute une série d’études de mœurs d’un vif intérêt.
On ne douta plus alors ; la femme s’était trahie par la
1- Voir dans oe volume Pat et Lu» et don Judax Hadeo eurait* de Une. en otra
INTRODUCTION
gracieuseté des pensées, par une douce philosophie, par la noblesse et la pureté des sentiments, par une aimable inexpérience.
, Mais son nom resta longtemps un secret. Le succès de ses écrits n’arracha pas l’auteur aux douceurs de la vie andalouse, le besoin du triomphe ne l’amena pas à Madrid; il résista à la tentation et, si le voile fut enhn levé pour quelques-uns, l’auteur resta toujours pour le vulgaire Feman Caballero.
Il ne courait pas après la renommée ; il avait recueilli pour lui, tout au plus pour quelques amis, sans rêver aux vanités de la publicité, ces scènes de mœurs, ces souvenirs locaux qui tous les jours disparaissent; il habitait tour à tour ou Cadix, ou San Lucar de Barrameda, ou Ghiclana, ou Séville, vivant au milieu de cette belle population andalouse, lui demandant ses mœurs, ses dictons, ses chansons populaires, prenant sur le fait tous ces précieux tableaux de la vie des campagnes, qui n’ont besoin ni de l’imagination ni de l’arrangement du romancier pour être dramatiques et profondément émouvants.”
Fernan Caballero avait dit : < Laissez-moi dans ma douce existence, laissez-moi mon secret ; » nous devons dire que la galanterie espagnole respecta scrupuleusement son désir. On n’est pas curieux chez nos voisins comme chez nous ; on accepte volontiers ce qui est, et on ne sait pas introduire la contrainte dans les convenances d’autrui.
Qu’importe ? la Gaviola, Dolorès, Elia sont signés Fernan Caballero; les Espagnols disent « notre Fernan, » et n’en demandent pas davantage.
INTRODUCTION
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Parmi nous on s’inquiéta autrement ; on tint à savoir ee nom si mystérieusement respecté; nous- même, en publiant dans un journal, il y a plus de trois ans, une traduction de Pobre Dolores, nous fûmes contraint d’obéir à cette manie indiscrète , et nous nommâmes dona Cecilia....
Nous n’allâmes pas plus loin.
« Vous m’avez arraché mon pseudonyme, nous écrivit Fernan Caballero*, c’est une cruauté. Vous savez combien jV tiens. Vous avez peut-être voulu me faire un bouclier de mon éventail, je vous en remercie ; mais croyez bien que les belles choses que j’ai recueillies n’en ont pas besoin.
« Je n’ai cherché à mettre dans mes récits ni étude du cœur et du monde, ni invention, ni art, ni inspiration ; c’est la peinture exacte de notre société actuelle, des mœurs, des sentiments, du langage poétique, spirituel, moqueur avec gaieté et sans fiel de notre peuple; ce sont des types espagnols vrais en tout genre, des descriptions exactes en toute matière.
c .... Ma personnalité et mon nom sont hors de jeu.
« Tout ce que j’ai décrit est vrai. Je manque d’invention, je n’ai et ne veux avoir que le petit talent de coordonner les faits réels et de les mettre en relief.
« J’ai passé ma vie à recueillir ces trésors tradition nels de poésies, de contes, de légendes, ces pieuses et poétiques croyances, qui donnent à tout ce qui nous entoure le sentiment le plus pur ; ces proverbes à la San-