‹ Nouvelles andalousesChapitre 2 sur 38 · Ces lettres de l’auteur sont en français · texte numérisé non relu

Ces lettres de l’auteur sont en français

cho, ces belles maximes à la don Quichotte* dont se compose le langage énergique et fleuri du peuple. Je leur therche une place convenable dans ces récits que je fais imprimer uniquement pour conserver mes trouvailles.

« Tout est vrai dans mes tableaux de mœurs populaires, le sujet et les détails, j’en suis fier, comme un peintre de la beauté du modèle qu’il a choisi.... L’histoire de Lucas Garcia est vraie, ainsi que ce mot qu’il répétait toujours : no la conosco! J’ai connu Simon Verde; une pauvre vieille m’a raconté l’histoire de loterie que j’ai placée dans Va Estrella; tout est vrai dans Una en Otra; j’ai recueilli presque tous mes dialogues sur les lèvres des interlocuteurs.

c J’ai glané les derniers épis dans ce beau champ qu’on dévaste, j’en ai fait une gerbe, méprisée peut-être aujourd’hui, dont on recueille les quelques bluets qui s’y glissent ; mais qui sera appréciée un jour. >

I. Qu’on ne prenne pas ce mot dans le sens que nous lui attriliuons en France. Le don Quichotte de Fernan Caballero et des gens lie cœur qui ont médité l’osuvre immortelle de Cervantès n’est pas i n ridicule redresseur de torts imaginaires, c’est un rêveur sublime, '[me Sophie Gay a dit, dans Ellenore : «Cervantès a compté sur le -irieux de l’esprit espagnol pour admirer la loyauté, la sensibilité, le courage de son héros à travers sa folie comique ; il eût été inexcusable de faire rire aux dépens des plus rares vertus humaines : 1 amour du prochain , l’abnégation de soi-même , le dévouement au malheur.» Fernan Caballero est plus généreux encore à l’égard du liéros, plus sévère à l’^ard de l’illustré écrivain : « L’esprit, nous écrivait-il, a étouffé la cœur chez Cervantès. Il n’avait pas de cœur celui qui fit de don Quichotte un être ridicule. Ni le casque de Mambrin ni l’amour de Maritomos ne me l’ont rendu risible.... Il m’a toujours fait pleurer. >

Pendant que nous trahissions à demi le secret de Fernan Caballero, un recueil belge (ce peuple est sans pitié), allait beaucoup plus loin avec une gaucherie sans exemple. « Nous n’oserions pas violer ce secret, si nous écrivions dans un journal de Madrid, disait l’écrivain; mais ici nous sommes plus libres, et nous sommes jaloux d'écarter le voilé qui dérobe aux regards cette intéressante figure. »

Et maintenant voici la fable ridicule que l’écrivain a imaginée à propos de notre auteur :

c II existe k Sainte-Marie, entre Cadix et Xérès, une sefiora connue sous le nom de dofia Cecilia.... Ses voisins sont bien persuadés qu’elle n’a d'autre souci que le soin de sa maison. Les oisifs qui se promènent dans les bois de pins que la nature a semés du Port-Royal à la rive du Guadalete, la voient passer quelquefois dans un cabriolet qu’elle conduit elle-même avec la rapidité de l’éclair. C’est ainsi qu’elle médite ces pages délicieuses qui font le charme de tous les amateurs du beau et du grand. Cette femme qui voit tous les jours le soleil se plonger dans la mer majestueuse qui entoure Cadix, que l’on rencontre k cette heure sur la promenade située entre les pentes pittoresques de Saint-Âlexaiidre et de Saint- Pierre, inconnue de tout le monde, et que les pauvres recherchent seuls, parce qu'ils connaissent son cœur, cette femme est le chevalier Fernand. >

Nous devons dire qu’on a cru donner quelque autorité k ce singulier portrait de pure invention , complété par la ridicule traduction d’un nom propre, en le signant, d’un nom espagnol. Jamais assurément un Espagnol nu

INTRODUCTION

s’exprimerait de la sorte. Qu’on n'en croie rien, ni cette histoire du cabriolet, ni ces courses faites avec la rapi-* dité de l’éclair ; ni ces méditations aux rouges lueurs du soleil qui se plonge dans la mer de Cadix ; nous ne connaissons pas d’existence calme, digne, noble et retirée lomme celle de dona Cecilia. On peut en juger par ce passage que nous avons surpris d'une lettre de l’un des écrivains les plus distingués de l'Espagne, don Mariaiio Canete :

« J’oublie tous les ennuis, tous les chagrins , grâce à l’amitié et aux agréables relations de notre admirable Fernan Caballero. Quel cœur que ce cœur pur et droit I quelle intelligence noble et élevée ! Sa conversation est comme ses livres ; elle a le prestige de rendre bons ceux qui la partagent ; ce digne et fécond privilège est si rare aujourd'hui I »

Nous croyons inutile d’introduire notre lecteur dans cette douce retraite que Fernan Caballero occupe à l'alcazar de Séville, de lui faire un portrait, une biographie, un tableau d’intérieur, nous offenserions encore une susceptibilité qu’il nous est ordonné de respecter. Il existe d’ailleurs maintenant un Dictionnaire des Contem~ porains; à lui le droit d'être indiscret, de recueillir et de contrôler les confidences qui ont été faites, et de conserver pour la postérité, c’est son devoir, un nom qu'elle réclamera certainement.

Ce que nous pouvons dire, parce que M. de Mazade l'a Écrit dernièrement*, c’est que dofia Cécilia est d’un rang

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