I. Qui marche beaucoup
PAZ ET LUZ
— Et vous, dit Pastora, vous avez des visions comme saint Jean.... Je ne connais pas plus ce Diégo silencieux qu’il ne me connaît lui-méme.... Laissez-moi tranquille, si vous ne voulez pas que je me fâche. }>
(Quelques jours après cette conversation, on se prépara pour la fête de la Consolation. La Vierge dite de la Consolation est dans une chapelle située au milieu d’un bois d'oliviers , à quelque distance d'ütrera,
> ( La tradition raconte que cette Vierge , dont l’image primi- 'tive est à Xérès, fut apportée par des marins parmi lequels il s’en trouvait un du nom de Adorno, de l’illustre maison de Monte-Gil. Us étaient sur le point de périr dans une tempête épouvantable, lorsqu’ils se mirent à genoux et se recomman dèrent à la sainte Vierge. Au même instant les vagues se calmèrent, et ils virent qu’elles s’entr’ouvraient respectueusement pour faire place à une image de la Vierge que d’autres vagues portaient et poussaient doucement à côté de l’embarcation. Les marias la reçurent avec respect et reconnaissance, et, à leur arrivée , ils la transportèrent dans une charrette à Xérès. Les bœufs qui la traînèrent moururent dès qu’on eut déchargé la sainte efiigie.
c On lui hâtit une chapelle et un autel dans le couvent de Santo Domingo. Le devant de l’autel était en argent aussi bien que la charrette et les bœufs qui servent de piédestal à la Vierge, qui est petite. A Xérès on a pour elle une grande vénération, et cette dévotion est si ardente que, quoi qu’on fasse, elle ne s’éteindra pas.
( L’image vénérée à Utrera porte à la main, en mémoire de son origine, un navire d’argent.
c Pour faire ce pèlerinage , on avait donné à Pastora un vieil âne qui, à cause de sa couleur noire, était appelé Mohino. Mohino fil tout ce qu’il put pour faire comprendre que cette promenade matinale n’était pas de son goût, mais ce fut en vain. On lui mit la selle sur le dos et on la serra de manière à lui faire faire contre son gré quelques entre-chats ou cabrioles avec ses pieds do derrière. Pastora sauta légèrement sur sa monture, et Mohino, de plus mauvaise humeur que jamais, baissa la lète, laissa pendre ses oreilles comme deux sacs vides, jeta un dernier regard langoureux à son écurie, soupira et suivit en silence la caravane
288 • NOUVEI.LES ANDALOUSES.
« Lorsque l’on fut arrivé, on attacha les chevaux aux oliviers et on laissa les ânes paître en liberté. Mohino alla, comme les autres, à quoique distance, puis, -après un instant de réllexion, il leva la tête, dressa ses deux oreilles, arrêta ses grand yeux impassibles sur l’endroit où étaient ses maîtres, examina ce qui s’y passait, puis, bien sûr que tous étaient entrés dans la chapelle, il se retourna d’un air indilTôrcnt et, sans rien dire à ses compagnons, il reprit à petits pas le chemin du village.
« Pendant ce temps, Pastora et ses amis avaient entendu la messe, fait leurs prières, déjeuné sur l’herbe sèche et parfumée en chantant et en riant. Us virent avec peine les rayons du soleil, déjà obliques, traverser les feuilles étroites des oliviers.
c Allons, il est temps do retourner à Utrera, dirent les mères. La nuit marche plus vite que les ânes, elle nous attrapera en route, »
« Les hommes se mirent à la recherche des montures.
(Ehl Mohino I Mohino 1 viens donc, bourrique! Maudites soient tes longues oreilles qui ne te servent pas même à entendre qu’on t’appelle , Mohino I
— Rien !
— Mon Dieu! dirent les femmes, comment faire? Comment Pastora retournera-t-elle au village? »
tt Tous les hommes qui avaient été à cheval à la Consolation avaient amené en croupe leur mère, leur femme ou leur sœur.
« Messieurs, dit un jeune garçon, j’ai trouvé un moyen. Diégo Callado* est ici; il n’a amené personne en croupe, lui : il est toujours seul, .
— Diégo 1 Diégo! crièrent les garçons en courant vers l’endroit où il était, l’âne du père Blas a trouvé qu’il valait encore mieux revenir à midi que de porter une jolie fille comme Pastora. La fleur de la Sierra est passée de la cavalerie dans l’infanterio; il faut absolument que tu la prennes en croupe, a
€ Le jeune homme à qui ils s’adressaient fut si interdit et si confus, qu’une vive rougeur s’étendit sur son visage, quand il répondit d’une voix hésitante :
« Mon cheval ne peut porter personne en croupe. »
< Un des jeunes gens fit trois pas en arrière, s’élança et sauta
4, lignifie lilcncleui,
PA^ ET, LUZ
‘■Il I ' .
légèrement sur la croupi? dv> çhovîil., Lç noble animd, foi^^eux et doux tout à la fois, ne fit pas"un mouvement.^ ^ ^
« Allons, dit un autre, cela te va comme un gant à ïa main ,
et cela déridera ta figure refrognée. j ^ ^
— ^r^ipient, dit un secônd, il y a^dœ tas^s qui ont|Un air de providence. ' ,
— Tu feras dire une messe à la vierge de insolation',' dit .
un troisième, parce qu’elle, t’a consolé. ‘ ^ ‘ ^ ^
— Celui qui n’a pas faim," Dieu lui remplit ses greniç^.
— Tu gagnes le gros lot ^ans avoir mis à la tôlerie. ^
— Tu feras dorer les fers de ion 'cheval. > " ■ ^
« Tandis que toutes ces plaisanteries passaient é't se croisaient aux oreilles de Diego comme des fusées, les jeunes gens avaient placé Pastora sur le cjieval. Celle-ci, qui ne 'sé' doutait' pas de l’embarras de l)iègo, ni de’ la résistance 'qu’il' ‘avait faite, s’établissait commodément , arrangeait ses jupes' ',’ prônait' '(Tuile main le mouchoir attaché'li' la' queue dû cheval, et passait l’autre sans façon autour de la taille de Diégo/' s’appuyant sur le cœur dû jeû'ne Hbmine',' qu’une "ëmotiÔn inciôhDÜe' faisait
battre fortement. ' ' j "
Il On so mit en marche, et bientôt le béaù ''chcvât de Diégo
. lit . t . W» .ti'. / Ui,-. / ^
fut en avant de tous. ^ ^
« Diégo Mena, 'qui, dans le 'village, était séulëment connu sous le nom de Diégo le Silencieux,' surnom que lui avài'éht valu sa taciturnité et la solitude dans laquelle ilVivail , était arrivé à l'âge de vingt-six ans è'ous Tinfluencè de l’horrible catastrophe qui semblait avoir paralysé tous ses sentiments /et lès avait concentrés sous la double impression du 'éhagrin et de l’hor- ’rèur. Il était resté si feëuï'danS lé ih'ohdé,"què rien‘’n’étâit venu interrompre ce tête-à-tête avec sa douleur et sa tristesse.
" ' « Diégo était èotrtme ütl arbi*è dont làtilévê aété glacée par le iroid de l’hiver, et qui, dépouillé, triste et sontbre, n’a pàs Pair de vivre. Mais, à peine fut-il en 'contact avec cétte'belle jeune fille, si pure, si suave, si pleine de Vie,' qu’il Itfi semblé qu’une douce et vivifiante brise de printemps 'Venait' raniincr son existence. ’Auk' rayons de ce scrleü de vie et d’amoiif,' il tressaillit, ses feuilles s’entrouvrirent, ses fleurs s'épanmflrent, et l’arbre se vit dans toute ta force de la'vie; dans toute là Peaulé ' et le luxe du printemps. t ,n-.y
Il Us restèrent lotigtefflps siIencieux,''Diégo dit enfin':
NOUV. ÀNÜALOUbES.
■J90 NOUVEf,t«S-ANi)ALOUSES.
~ cRestetez-vous 'encore longtempsleil? -■ - <
— Un mois.' . ' • * ' ■ ■ ■ • ^
'i—(?fest bien peu. ' ’ ■
— Cela paraîtra bien long St moh père. '• ' ' '
— Il y bn aüra peut-être ■d'autres qui délireront' Totre retour? ' ' ^
— Noii , pas qne je ■sache. '
— Vous n’avez pas d'âmoureux? " ■ ■ • — 1
— 'Môi, non. ’ • ' * ’ •
— Ils n’ont doAc'pas d’yeüx à AntCenat ' .•>1
— Et si moi je n’Ui paâ d’oreilles ? ' • - > •
’ ’—’Êtes-vOuà bien difficile? ’
’ ' — Oui et non. ' ' ,
' — ’Cé n’eSt pas une r'épùnsô, Ou plutOt cd sont deüx réponses , ^ui se c'oùirediseïit. . . • . i
Est-ce 'que celh vous intéresse ? ' '
'■ — Peut-être.' ' ■ • ' • • > ,
Cette' foisTous ne me taiteà ril une ni tieu'x réponses "Tods "ne ih’en faites 'aucune. ■ . > " ■ ; ■
— Êtes-vous bien pressée de dire non? . .. j
Vods, v6us nel'êles'guèrb Ü’obtènir un ouî.
— y a-t-il de l’espérance dans l’incertitude?’ ' ‘
■ — L’incertitude, C’est le pttfgalOire.' ' ; ” ■ ' ’
■ -i-M'e connaïsSiez-e?ous? ' ’ ' *
' Oui, etvO'us 'auS'si die cohnaidsieit. ■! .
' ' — Qui vous l’a 'dit ? " ’ ' '* ■'''■ '
' — Un ami qui rie trompe pas. ' ' ; ’ ‘ ’
’-l Cet ami me dit, à moi, 'que jè'no'pms plaire; jo suis si triste!
— Et moi, je suis si gaie que je ne devrais pas plaire à éelui . ' qui ne l’-érit pas. ’ • • „
' — Plut à Dieu qu’il en fût âïnsil ' ’ ’ ' '
— Moi, je ne le voudrais pas 1 ' , . * !
Alors vous voiliez me plaire ? ! '
— Est-ce que les étoiles n’aiment pais à briller ?
— Vous voulez être mon étoile? ’ ^
— je ne veux rien, mais je suis ce que je. suis.]
— Non, je ne veux pas vous choisir sans que vous y consentiez. — Le consentement ne se demanderas; il é& mérité.
— Comment? • • ■ ■
PAZ ET LUZ
— Cela ne se dit pas cela ' se dévine'. i «'Ils arrivèrent. « Il y a, 4it Diégo, tBèfr-èwu,, we lenétrp
dans la cour de l’oncle Bios qui donne dans la petite jqp; l’ouvrirez-vous? . • ' ' , > ,
— Nous verrons. . , ...
— Rien qu’une espérance? . , . -
Voyez donc, et il n’est pas nontentl dit .Pastora on aaor tant de cheval. Merci, Diégo. Il faut avouer. que voU» icbeval naarche bien. ■ ■■ • , .! . 4
— Beaucoup- trop vite, ,P««tofa.*» , - ^
« Pastera4e salua de 4a main, «t<entrq en xoucaat dans la maison. ,
' * '« Diégo a’éloigna , emportant je -ciel dans «on.caàur. •
( Quelque temps - apres , l’onole Anda- Mbtuho wint aber(te sa'BHeulo. 11 était gai , plaisant et-panlear: il aut,ti»ntôt, en interrogeant les jeunes filles et les jeunes- gens, PamouT/de
Pastora. ^
€ Ainsi, Pastorilla, lui dit-il un jour, -il parait que -ta fais*
< mangerdu-ferà'DiégO'le-ftleneieux'*.'» •
t Pastora fit un gracieux- geste d-impatÎOTee,.et réponckt : t Seriez-vous par hasard Renchaoteur ‘Merlin , ou bie'a avezvous des yeux de chat pour savoir qui le «oir -s’approche de la
■ fenêtfe et qui l'ouvre dans l’obscurité ? ..
— !Et vous-même croyez-vfous avoir touefeé le tAapeau de^» Merlin, qui rendait jes gens invisibles? Mais tu as toujours été , mystérieuse "comme’ une petite cassette., Eh bienl qu’y d’élonnant à ce que Diégo le Siteneieu*- soit amoureux de Pastora, la (leur de la Sierra-, qui est plus jofie que les piécettes ?
Jolie l Vous voulez vous moquer j parrain?
— Tu 'n'es pas jolie, petite? • ■> .
-4.Non. ’ : ;
■ -i— Mais tü'plâis’à Diégo? • ■
Cela'provient de ce-qu’il vaut rareui être en bonne grice ^
que d’être gracieuse. •
' — Et alors tu plais? r
‘ — Que Dieu me protège, parrain. Pourquoi me tonnnemtcr^ par tant (le questions? ' ■ ' .
— Mon eni'aiit, c’éSt par affection, par intérêt pour toi. J’ai ,
’4 . Allusion aux conversations à travers la grille.
’^’ir fC4Ît XA-. i, » . , <* ' « j • Q “U • ' < r« j (, J
déjàpris'ées nyformalions. Diégo le Silencieux ÆSlparfait j il /l’y aérien à' lui' reppocber^. Âinai, tu peux lui dire que ptoi^ tpn pariain, je me charge de parler à ton père.
— Non, cela ne peut être, répondit Pastora.
— Quoi! qu’est-ce qui ne peut être, dit AndarMucho, extrêmement eurpris, car en Espagne, dans le peuple surtout, c’est nnechose-si siipple^.si naturelle et si sûre, qu’un jeune hpmine ne devienne amoureux d’une femme qu’avec l’intention de l’épouser, que le vieux parrain ne sut que penser. ^
ci ^-Vous^savaZf reprit Pastora, quespn père' été, ^é par trahison.
— Oui, oui, interrompit le parrain^ mais quel rapport y, a-t-il entre la mort du . père et le mariage du fils?
— C’est qn’il a juré de ne pas se, marier, de ne pas chercher
à être heureux, ni à, vivre trapquillejusqvi’à ce. qu’il ait accompli les devoirs d’un fils, jusqu’à ce qu’il ait rencontré et livré à Jaju6lice)J.’as6ai>Bin:tle son père,
— Bon, bon, s’écria l’/)ncle Anda-3$uchp, si c^est/là que lu
veuxenvenir, nous sommes frais!,,,,., „„
.1,-rr C’est comme s’il faisait le ,v(çu de np pas se marier. *
Ci ,TTT Après , plus, dec.yingt ans, cotnment çrpit-i| pouvoir* retrouver cet homme que personne ne çonnaît. Gp misérable est ,mort,r,ou.bipn.,il est pu begne;,et d’ailleurs se fîéra-jtil à sa mémoire, d’enfant dn, sept, ans, .pour reconnaître, après ‘tant jle .temps, un vaurien qu’il a à peine yq,? Allons, allons, ^astoira, ton- amoureux, est fpu„on peu s,’en fauji.,. ‘ " ""
VQuiez-yous,, parrain; il n’y, rénôncpra pas ^ rien ne peut le convain/;r,e, ,11^ dii,, qu’il, es, t îjé par un yoqu, et que 'son lionneur y est engagé. Il se désesppre, mais il, ne cède pas.
— Nous venons donc, reprit l’oncle Anda-Mûého , vous prier, don Justo, de parler à Diégo et de tâçhpr de le dissuader de sa résolution, inse^nsée^,.N9Us, s^ayon,s que vous vous’ intéressez à lui, et qu’il a pour vous beaucoup’ dé respect et de déférence, parce qu’il sait combien ses parents vous estimaient. C’est là, monsieur, une . manie qui fera sou malheur et, qui' pis est, celui de ma petite. Le marier est Tunique mo'ÿen dé le sortir ,Ue cette pensée de vengeance dans laquellé'iTsé renier me’coraine un hibou diiis un ciiuetière. Cliefchei üii théologien qui le releve de ce vœu" téméraire fait par un enfant dans un transport de douleur, vous ferez du bleii, coûiine loujours", à céuit qm
DrgitizécJ I',.' G«uj;le
,PA^,KT LUZ
Il 7 I < , r
2îi3,
ont repours, à vo«g,.don J\istos, efi.yous, çssuierp;?;.!?^ ,petj^^ , gouttes de pluie, qui, spnt tontbée? sur cette rose. » En disant ^ cela, il prit dans ses maips rudes, la charraanto.pçtite figure toute baignée de larmes de sa filleule. , , , , , ,,
,, « Je promis de faire, |out ce que je pourrais pquf remplir leurs* désirs qui me pajaissaient justes et raisonnableis.^ ,.,.
€ Quinze jours après la conversation que je t’ai rapportée , l’oncle Anda-Mucho partit d’ici pour Aracena emmenant, avec lui Diégo Mena. " "
aComme c’était pendant l’été, ils se mirent en chemin à six heures du soir; ils traversèrent la plaine du côté de Triana, en suivant la route royale de l’Estrémadure. Au coucher du soleil, un peu de fraîcheur, douce émanation de la nuit qui approche, se répandit sur la terre; tout prit' alors un aspect doux , et calme. La fatigue causée par la chaleur dinjinua, et un bienêtre général se fit sentir. . ' . ... .....
€ La longue file do mules qui mafcliaiont l’uné deygnt l’autre, , s’avançait avec la régularité d*une pendule. Les clochettes qui,, étaient attachées à, leur cou faisaient ehleiidré un son iiionotonu" et grave, que des "milliers de grillons accompagnaient ‘de ieuj' , chant aigu et sonore. Ces différents bruits ^vajen^t Iç charine indéfinissable et poétique dé tout' son monotone enténdu'do n,uil , dans la campagne, En Andàléusiej Ôn aime, beaucoup les gri':-^ Ions ; on les vend sur lés marchés aux fféuriji”dâns”dés‘ petites** jages, et l’été, pour qu’il ne manque rjén à iin balcon, ij lut* aut le rideau de soieécrue*, les’ vaÿes garnis dé plantés grim- -lantés, l’alcaraza ' d’eau fratclie ét pure, et lé grillon qiii chanlq * pendant la chaleur! ’ ' .
c Sur une des’ mules qui marchaient en télé j était le garçôn^ qui servait l’oncle Anda-Mucho. Ce jéühé homnie! éxcélieni ca-
"4. Vese de forme’ m'àùrésqùé 'qui conserve l’'è’au ff'atcli'e! ’
tà ttf* tH ’ f I ' f l.j / <4«/wa-' 4t/«4. "OÎ J 4t*tf fcf**
valier, 4tait couché sur la mule, de telle manière que, sa tète ^ appuyée sur celle de l’animal ne faisait qu’un avec elle, comme ' les càméés antiques qui, vus d!un côté, représentent une, tête . de mqle,,çt de l’autre cellè du roi Midas.
« Il chantait d’urie voix claire et harmonieuse, sur un de cejk. charmants airs populaires, les couplets suivants r
Le ciel le plus pur, le plus bleu,
' C’est le beau ciel d’Aracena ;
Et c’est pour cela que ses femmes ^ T ont un regard lujnineux.
Le ciel possède la lumière,
La mer les perles, le corail;
, Les fleurs possèdent la beayté ; , ...
Ton visage réunit tout. ,
Rose et jasmin sur ta figure
• • Réclament leur place à Fenvie. . •
Avec l’amour règne la rose , ,
. . En son absence. Je jasmin., . ...
» La mqsique et la poésie viennent du cœur; l’intelligeBCe, , l’art, le génié même ne peuvent que polir et perfectionner leurs inspirations. La poésie se rencontré dans le peuple, belle, et riche, parce qu&.la pauvreté nç d&illusionne pas comme là société. Dans les champs, l’imagination a son libre essor, et n’est pas renfermée et avilie comme dans les villes où elle est en contact avec le vice et la misère qui lui coupent . les ailes.
« L’oncle Anda-Mucho, assis sur sa mule', laissait pendre ses jambes couvertes de guêtres de drap noir, et faisait une cigarette ayec un grand calme. Diégo Mena, qui le précédait,, se. désespérait dé n’aller qu’'au, pas. ■ , , . .
€ Ayez pationce, disait le vieux muletier; votre beau cheval ferait bien, dix lieues en sk heures, mais après il ne pourrait plus continuer, et nous en avons vingt à faire, tes mules les feront aans. ralentir le pas et presque sansse reposer. Laissezles tranquilles elles savent où sont les mauvais passages, et; elles connaissent le chemin comme je connais mes deux mains.
c La nuit était venue quand ils arrivèrent à la venta de la Pajanosa. Ils quittèrent là la route royale, et suivirent un sen-
Ï»AZ!’ËT tl/z;
tiet' étroit et si conVert de broussailles qu’on ne lé voyait que sous les pieds des mules. ‘
« Peu à peu toiit sembla plus solitaire et plus a^è^O: lé sol devint pierreux, et le sileàice plus absolu; "car la faible brise d’une nuit d’été ne pouvait agiter les feuilles épaisses, dures et épineuses des lièges et des chênes verts.
« Ils marchèrent çiinsi toute la nuit sans que les mulfes donnassent si^e de fatigue. À dix heures du matin, ils arrivèrent à une vei)tp ^litaire, le seule habitation, qu’ils eussent rencontrée, et qui étgit ^ pep près à la moitié de la route. Cette venta est située dans un fond» entre deux petites collines, autour desquelles serpente . Un de ces mille ruisseaux dont la sierrp est couverte comme d’un filet d’argent. En face de la venta, uq ravin permet k la ^e de S’étendre jusqu’au càstillo de.lasGuardas,; et derrièrQ la naai8on,.S9.,truuve un petit vallqn au piilien duquel un pin étend son vaste ombrage sur quelques vaches pareaseusemeut couchées. C’est au fond de ce vallon ,cpie se promène lentement le petit ruisseau. Au milieu d’une petite île slélève un vieux saule pleureur, ,si couvert, de lierre qu’on ne * peut dire si ses branches. s’abaissent par tristesse ou.pai; arnour pour le ruisseau qui les caresse; ni si c’est la vieillesse qu le poids de ce lierre qui les courbe jusqu’à terre.
( Nos voyageurs n’étaient point dès hpmtnes à admirer les beautés des, paysages. Aussi après avoir déchargé et pansé leurs mules, ils déjehnèrent avec du pain et du saucisson, et après avoir bu, ils s'étendirent sur les couvertures de leurs mbles et s’endormirenl^préfondément.
« deux heures de l’après-midi Diégo fut le premier qui se’ leva. "Voyant ses compagnons encore endormis, il sortit et s’assit devant la venta., Non loin de lui était une petiteiillede septou huit ans assise sur des branches .de jara comme une reine sur son trône. Elle arrachait à la. jara ses fleurs blanclues et s’en faisait une couronne. Une odeur délicieuse, parfum que les élégantes de la cour pourraient envier pour Ipurs boudoirs, embaumaif, l’air. Diégo demanda à l’enfant d’où venait cette odeur,
« Ma mère, répoHdit-el)e, allume son. four, et cette, odeur doit venir des' branches qu’elle y brûle. Ne saviez- vous pas que la jara sentait aussi boq. Elle sent aiqsi parce qu’elle sue du sang comme Notre-Seigneur. Ses fleurs ont cinq feuilles blanches, et chaque feuille a une tache rouge et sanglante comme les plaies
NOUVELLES ANDAtOUSES.
du Sauveur, les voyez-vous, dit-elle en s’approchant de Diégo,' et en lui donnant une fleur. Regardez, il y en a cinq. » c Diégo prit la fleur et la regarda longtemps. Comme si elle avait été dessinée par un peintre, il y avait une blessure sanglante sur chaque feuille,..Gbose étonnante I celte petite fleur suave et parfumée, fascinait ion regard, cnQammait son imagination, et lui causa4ain sentiment ü’borreur et d’épouvante, A côté de lui, au contraire, la petite fille la contemplait, aveç
amour et complaisance. i, i ,i ,,
, K Xu es heur«iue,!lui dit Diégo, toi qui ne vois de, blessures t que sur desReursi si tu les voyais sur le sein.de lamàré, que
« ferais-tu ceux qoi les lui auraient faites!^ » ,,,
.% U'onfant resta un instant peusiye, puis .elle répondit : , jt JLe SeignauTia pardonné, cela. nous enseigne que nous de^
Yons pardonner aussi, ^ , ' . ,
— Tu n’aüneg pas ta nîére ! XliégQ'en.se levant, brusque*^ ment., ., i , . i... . . ,>, ■ ■ ,i , ^ ,,, ,, ,, , ,,,
. '-r.Plus que VOUS n’aimez votre père, » répondit la petite, ’ën
s’élfiignant^d’un air piqué,
,,« En ce moment J’pnçle, Anda-Mucho parut gur ja porte <^e là venta, bâillant ,et, s’étiraci,^de, fgçon ^ la, remplir tout entière’. ' «Ce Nicolas, dit-il,,(lort com.mo un m,ort. Je l’ai féyeillè ,« de,u,x. fois,,: mais, ipul;iiemeiil,| Dpbput, Nicolas, debout! le « temps .pgsse et.lé chemin.resle, à .faire. » * ^
« Un quart d’heure, après, le long cordon noir que formaient lés mules, serpentait çomme une immenÿq couleuvre sgr le senliér capricieux qui faisait mille détours, ne pouvant suivre la ligne .droite à cause des accidents du terrain. Les chênes, lés chàtaigners, ,les Ifégea, les noyers, dans toute leur force'et leur vigueur,, formaient déjà de véritables bois; les “ruisseaux se multipliaient bordés partout de la,uriecs- roses, qui forinaient audessus d’eux des berceaux comme pour cbuseryer leur fraîcheur.
,« Après ayoïr passé le village de ,Val-dé-Elor^s,‘ et celui dé la Higuera,, ils, aperçurent .enfin Aracena. Àracena est bâtie eh forme de demi-lune au pied d'une montagne élevée. Dans le temps, des àl^ures, il y, avait un jmmepse et formidable château sur ce rocher, aujourd’hui c’est là qu’est le cimetière dont le premier monument funèbre est le sqqejette tombé du château guerrier, Une église à l’aspect saint et pacifique a succédé à .(HJttOj masse m.euaçanle. , i
PAZ ET,LUZ. 297
« Vous voyez cette hauteur qui semble causer avec les uuat ges? dit l’oncle Anda-Mucho. Eh bien, c’est ici le cimetière. ,, c Les morts ne descendent pas à la terre, mais ils y montent.
« Les Maures y avaient un si grand château que lorsque les K chrétiens venaient les attaquer tous les gens du village pou-
< valent s’y renfermer. Un jour le chef chrétien envoya dire au '« Maure de lui livrer le château. Le Maure répondit en se mo- * quant qu’il vînt s’en emparer et qu’il l’attendrait à souper, c En entendant ces paroles, les chrétiens s’irritèrent, prirent c leurs armes et le chef leur cria : c Eh bien, mes braves, al>
< Ions souper. » (A la cena). A la cena, répétèrent, -ils tous, en
< montant à l’assaut. Il fut si vigoureusement donné, qu’ils
< prirent le château, et restèrent maîtres du village qu’ils, ap- « pelèrent de leur crj.de guerre : A la cena, nom qu| avec le ( temps s’est changé en â^rucena. »
t Diégo Mena dont la timidité augmentait à mesure qu’ils approchaient, était troublé et prêtait peu d’attention gux coq- . naissances historiques dont faisait parade l’oncle Anda- Mucho.
c Vous m’assure* donc, lui dit-il, que je serai bien reçu?
— Caramba, répondit Anda-Mucho, je voudrais savoir où
vous ne le seriez pas F Mon ami, en ce monde il ne faut pas avoir tant de défiance de soi-même. Ne connaissez-vous, pas le proverbe : Reste vilain qui se croit tel. Allons donc, s’ils seront contents, je le crois, ma foi, bienl Us savent. déjà par moi que vous êtes jeune, de bonne mine, de bonne famille, et que vous êtes bien à votre aise. Il faudrait vraiment qu’ils fussent bien difficiles , s’ils ne s’accommodaient pas de Ûiégo Callado. , ,i ,.
— Je ne m’appelle pas non plus Diégo Callado. Je m’appelle
Diégo Mena. , '
— Cela revient au même, répondit le muletier, .pioi jo.m’ap; ,
pelle Curro Moreno, et personne ne niq. connaît que, sous le surnom d’oncle Anda-Mucho. Vous pouvez lever la tête,, vous ôtes un fiancé comme il y en atpeu . i i .
— Oncle Anda-Mucho, vous me regardez d’un œil trop fa-:
vorable. , , ,, , ..... .
— Et Pastora? , '
— Pastora.... bien. Celle-là m’aime, et celui qu’on aime
parait toujours beau, ,
Dv ■
• • • , » .1 ^ - — Bien, bien, Diego. Le fjrèjcç MQde3.to ,n’a jamais fî\it son chemin. Du courage, et ne faites pas l’enfant, ;
«r Dès qu’ii furçnt arrivés, l’oncle Ànda-Mucho envoya apnon; , cer leur venue à la famille, et nos voyageurs apres s’être rasés I et habillés avec le soin que comportait , la circonstance, se di- | rigèrent vers la maison (Je‘ Pa’slora. ; ", i -,
« L’oncle Aifda-itfucho.précédait triomphalement Diégo, dont la jolie figure et lq bon air aOiraiçnt üaltentipn de, toits ceu? qui Je rencontraient : JL paraissait plus trpubjé, qu’une jeunp , fille de q.uUïze ans. . '1 . . , .
« L’oncle Anda-Mucho, disait l’un, .ne, se, serait.pas.mêjé de cela, si.éon protégé ne devait pas luii faire honneur.. . .
-A Onclé Anda-Mucho,jliii. disait un antre, les. jeunes filles • vous feront des neuvaines comme à saint Antoine, si vous apfportez souvent de serablables'^ chargenii, enta., . .
— ônclé Anda-Wucho, ajouta un jèjupe homipe, au premier .
* voyage, au, lieu .de pantalôrjs, apporte? des jupes., , ' ■
• — Fais en sorte qu’elfes veuillent venir, répondit le vieu:? et»j
jovial muletiçç.,» . .
,<t lis* arrivèrent ainsiA la rpaiçon .des payents de Paptora, C’était une grandQ.et bonne maison. A drope de Centrée, il, y avait line salle avec deux petitçfi alcôves, parallèles' :;.d, es phaises de pajlte, 'au dossier, droit, et. élevé, étaient, rangées aptour.de la chambre,; une grande; table dq noyer, rendue noire et brillante * par 'iqs apnées ,; s’appuyait à l’un des niurs et supportaif une énorme lampe à huit, becs qui brillait comme, de l’or. En facedq la porte de la rue, en raison dç.l’inégaJité.du sol, quel-', ques degrés donnaient entrée dans la cuisine dans laquelle Qrt. . se.lenait haljituçllç/nçnt. .ü.ue iftimense cbem.ioée en occ(ipait lefond,' etune énorme quantité de'jambôns', d’anclôuilles, debour- , dins et de saucisses, pendaippt au plafond pour.y être eufumé.s. Une porte s’ouyrait sur une basse-cour où se trouvaient le four, la buanderie, les, écuries et lès autres dépèndàiicés de la’ maison. , , "
ff.Quancl.ils entrèrQptj^ loufe’la famîljn avec elle. l’alcado était réunie. En voyant tant de monde, le pauvre Diégo ressentit un pénible sentiment de gêne. Pastora cachée derrière sa.uiôre, se sentait aussi .emtiarra.ssée, non {Ws,,qu’ell(i fût, comme lui, naturellement timide ; mais parcê que l’amour aûme le rnyslcre , comme le rossignol aime la nuit, et parce que dans toutes les '
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classes de la société,- l'amour est d’une délicatesse telle qu’unregard le trouble, un compliment l’irrite, une plaisanterie le blesse, une vulgarité’ le ‘révolte. • - ■ . .
c -Diégo ’et Pastora échangèrent pourtant un regard qui leur donna tant de bonheur que leur embarras en fut diminué* et que leur position leur- sembla plus tolérable. '
« Et mon compère, où est-il? demanda Anda-Mucho, voulant ' avaBt tout'préseoter 'lo 'futur à son beau-pèrei . ■
— Il va venir, répondit- sa femme,, il n’était. pas ici-quand
voue noua aveï avertis de votre arrivée'; nous ne voas attendions pas si tôt. • • . . . -
•*- O’esb que j’avai» un bctn ' mùletier, dit l’oncle ‘ Anda-Mucho; en montrant Diégo. a - '
c En Gèt instant, on entendit le pas- d'un cheval; peu après entra un honime encore-jeune'. On lui fit- place,' et il s’avança tenant d’une main ses besaceh, et-deTantre son escopette.
« Yoîci votre fils', José Rdmos, dit Anda-Mucho tout joyeux et relevant la télé d’nn air fier, voua trouverez, je pense, que' Pastorilla' a’ bon goût. " - • ■ • -
— Qu'il soit te biènvenü dans ma raa(ison-, bSpondit José '
Rames, et prenant sa 'fille par te raiain, ’il ajouta : Vôici ma' fille, elle est à vous, puisqu’elle vous aide. -C’est toot' ce que j’aimë te ptud au môndel Que Dieu Voua bénisse comme jè le fais, -moi vôtre père. » . . ■ ■
< Diégo fit ün pas'en avant, leva .la tiéte qatil tenait baissée depuis que l’oncle Anda-Mucho l’avait pris par la main, et regardâ l’ho'mûie doùt les'patoles l’avaient ému.
€ Son regàrd se fixa sur lui sans qu’il pôt Ten détacher. Une • pâleur mortelle couvrit son visage, et ses yéux parurénÉ agrandis par Tépouvanté.'
ï Dites quelque chose,' lui- dit à l’oreiHé Anda-Mucho, vous « êtes trop timide^ et cela devient trop fort; ils vont croire qu**
« Vous êtes' muet. .
t Diégo Mena demeurait immobile, et l’expression de son visage causait un éfonriement général. '
€ Par le dieu Bacchus! dit l'oncle Anda-Mucho entinyé, voyant que tout te monde se réunissait surpris autour d’eux; par te dieu liacchus, que Voyez- vous dans te figui'è de notre bon, honorable et cher voisin José Ramos pour être ainsi changé ‘ en statue comme la femme de Loth?
— Je vois, dit Diégo d’une voix sourde, sans détourner son
terrible regard 'du père de Pastora; je vois.... rassàSsin'de mon père ! > ' ,
« Un cri général fut suivi d’un profond silence. ' ’ "
« Qu’osez-vous dire? s’écria enfin Anda-Mucho.’ Êtes-vous fou? est-ce un accès de délire? ' " ' ''
— Qu’on jette hors de chez moi cet insolent imposteur, cria
la femmfe de José RamoS. • . , i i
— Imposteur, dit Diégo avec une agitation convulsive ;'re-”
gârdez-le, et voyez s’il ose me démentir. j> ' ■ * ' ■ '
«José Ramos avait baissé la tête' sur sa poitriné'et restait ' appuyé sur son escopette. ' ‘ ’• ' ‘ '•
« Diégo,' dit le muletier -voulant 'l’éramenei', vous perdez la tête; vous avez une manie qui vous dérange le cerveau. Né’’ voyez- vous pas tout ce qu’il y a d’extravagant et d’absurde à vouloir reconnaître, après plus de vingt ans, un homme que ' vous n'avez fait qu’entrevoir quand vous étiez si petit. '
— Je l’ai dit alors, s’écriaDiégo Mena, exalté jusqu’au délire,
d’ici à cent ans, entre cent assassins, je reconnaîtrai celui do mon père, et lui-même aussi l’a dit. N’est-il pas vrai que vous ' l’avez dit en dirigeant votre escopette sur le sein de cet homme honorable : « il n’y à pas d’engagement’ qui ne se tienne, ni de ’’ dette qui ne’ se paye?» “ , ■ .
« En entendant ceé paroles, José Ramos laissa tomber l’escopette sur laquelle il s’appuyait, etfserait lui-même tombé par terre, si son vieux compagnon et d’autres parmi les assistâVits ne l’eussent soutenu dans leurs bras; " ‘
« Vous le voyez, poursuivit DiégO toujours hors de lui, il he peut pas soutenir l’accusation. Alcade, au nom de la loi, je vous somme de l’arrêter. Vous tous, soyez témoins qu’il n’a pas pu • nier son crime. N’est-il pas vrai, assassin de Juan Mena que, reconnu par son fils, tu t’avoues coupable? » ' , ' >
« José Ramos restait anéanti. . , i. . <
« Au nom du Dieu de vérité, moi, le fils de Juan Mena, je te « le demande, as-tu tué mon père i »
« José Ramos, réunissant toutes ses forces, leva vers le ciel son pâle visage, croisa les mains, et dit d’une voix ferme :• <
U Oui, je l’ai tué. , ... |
rr- Sainte Vierge! cria sa femme cachant son visage dans ses ' mains.'.. ; .. ,
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'fi... ■ i TU- . I. . . it
Oui pauvre femme, tu as été ^ trompée; mais tu le sais, ce n’est pas moi qui t’ai demandée. Tu. sais que j’ai refusé quand ton père m’offrit, à moi, son pauvre serviteur, de devenir son üls. Ce n’est que quand ton amour déçu faillit te conduire au tombeau que j’ai consenti à m’unir à toi et à te rendre heureuse. J’ai tenu ma parole, femme,. au moins ai-je fait tout ce que j’ai pu pour la tenir I^Mais il ne m’était donné d’effacer le passé, et ce passé, c’était, grand Dieu I... un crime et le bagne! ,
— Un forçat t un forçat I » murmura sa femme, et elle tomba sur sa chaise comme une masse inerte. Les autres fepimes l’entourèrent.
« Oh! emportez-moi d’ici, emportez-moi, pt cachez-moi jus-^ ( qu’au fond de la terre, leur dit-elle. > ,
« On l’emporta évanouie.
c Revenue de sa première stupeur, Pastora, comme une lipnne, se jeta sur son père, lui mit la main sur la bouchp, en lui disant ;
« Taisez-yous, taisez-vous, naon père 1... Vous vous calomniez; vous vous perdez! Vous, mon révéré, mon tendre, mon adoré père; non, vous n'’avez jamais fait, jamais, pu commettre une mauvaise action ! Tu mens, ta mens vil calomniateur, il n’a pas tué ton père ! ^ .
— Ma fille! fille de mon cœur, dit José.Ramos, je ne puis mentir ! Oui, c’est moi qui, poussé par mon désespoir, ai tué soq père ; parce que lui, sort père, m’avait perdu, et avec moi toute ma famille ; parce que lui, son père, m’avait enlevé la femme que j’aimais d’un amour sans bornes ! Mais depuis lors, je, n’ai eu ni un jour heureux ni une nuit tranquille. Dans mes entretiens avec Dieu, je lui disais que mon bonheur était usurpé Je, l’ai toujours considéré comme un prêt que je devais rendre le jour que Dieu assignerait. Je savais que moi aussi j’avais une dette à payer, que la justice divine réclamerait, Le jour est yqnu, je suis prêt. Allons, contiuua-t^il en s’adressant à l’àlcade, emmenez-moi et jugez-moi promptement.
— Non, non, cria Pastora, vous ne l’emmènerez pas! Non, non, c’est impossible; cela ne sera pas, j’en mourrais I Ne savez-vous donc pas qu’il est le meilleur entre les bons, le père (les pauvres, le modèle do toutes les vertus? S’il a ôté la vie a celui qui lui avait tout enlevé, pourquoi serait-il plus criminel que celui'là qui lui lit encore plus de mal? Si par une injustice
il fut envoyé aux galères,' pôiï'rquoi en serait-il déshonoré conuaü.s'il^àt ét4 £aHpebile?Alckapère,.J.’effaoeraLlps traces de vos ebiÿîue^ auecSnes pksirs.et ines caresses.!.. ,
( Pasloru s’était jçtéeà genoux, elle .ealoura,it de sesi>cas les pieds> de son père, qu’dis cou«r,ait de baisers et de larmes. <
■ c Ma fiUe, lui dil celui''Ci en <la; relevant et en la pressant sur son cœur.. -O ma fillcLd'ouçe et unique fleur qui ait fleuri sur le seatier aride >de ntQ>viet •tu>as étp moa seul 4)unheBi', ma joieet4na gl(ûp»| fleur^diaine qui dewf ait ^briller- au <€161 entre les étoiles, et que moi misérable je flétris par • le ^éshou*
Beur»' „ 1. 1 .. 1 •<
— ' DiégoL'.ï Dié-.-i.-goI-’erie ia-ffialheureese -enfant 'en sanglotant.
-“»-‘E>Tégo, ‘dit^à^80h-tOQr-teviett* parrain avec deelarmw aux yeux et dans la voix , ayex pitré d’elle ! renoncez a votre poursuite, dites qu’une ressemblance vous a induit en erreur. Voyez rialérêt général •qn’ll'iBSpipe; -renoneez-y,t -pour l’amour de Diee/tenoncez-y ! * ' •. • - - i ; --
Diége, à qai non anaour avait fak oublier un instant sa" douleur- et sa haine, souffrait maintenant d’-une manière cruelle et profonde, «l il répondît •d’wna vaix sourde ; - • i
'* c J’ai juré de -venger la »ort-de-nien pèrôf - ’
— Diégo, dit Pastora s’arrachant des bras, de son père,- et UVmbant aux genoux do son fiancé,-- poisse 'tu aolant' aimé ton pèro, Itf dois savoir -combien ij’àimé le mien. Par tout ce que td as souffert, me me condamné »pas à dés douleurs tniHe fois horribles. Drégo, ''mens par générosité ^puisque t'honileur
empéehe mon pèrO de ‘mèntrri ' -
- -il A^-t-iPeu- pitié de daf'victimednnocenté? dit Diégo en détoünïant la léte^our ne-pas Voirie visage tlè' Paàtora. ‘ ‘
-i- -Asseï,-ma ’&11e; dil Joséftamos en la relev'ant :1a vie nô vmitpasunè baSsèsse. - ■ - ■ ' '
'■ — Va donc l crié Pàstora be relevàht droite et fière, akièrô etbellé en'sà rfoùtenr cèmme née 'Spartiate. Sois'Hché el’héureux, puisque tu as échangé les plaisirs doux et purs de l’amour pour* lés jouissances trdmpeuses de la vengeance. Va, et puisque tü h’a pas eu de pitié,' puissent Dieu' el les hommes te la refuseé ici-bâs el là-i^haut. »' .
« Le biêtrie séir; on instruisit le prècès de'Manuèl Diaz, connu feous le noih 'd'e José Ramos. Dans sôn inlerr6gatoiré,'il avoua