‹ Nouvelles andalousesChapitre 36 sur 38 · I. Jalei Sandeau, MaitUine · texte numérisé non relu

I. Jalei Sandeau, MaitUine

— Député, moi, monsieur ! Vous vous moquez !

— Pourquoi ne le serais-tu pas?

— Pourquoi? Ai-je la position, la fortune, le savoir, l’expérience, la popularité, la considération nécessaires?

— Laisse là ces théories et ces redondance* : sois homme positif, sinon on se moquera de toi. Sois député, il te sera facile de conquérir une bonne position. J’espère que ce brillant avenir te sourira.

— Non, monsieur, dit Gabriel d’une voix ferme et sévère.

— Comment, insensé 1 tu refuses tout? Et pourquoi?

— Puisque mes raisons précédentes, sans doute à cause de leur humble origine, n’ont pas à vos yeux force suffisante. Je TOUS dirai un mot qui fut la devise d’une illustre maison française', et dont j’ai fait, si humble que je sois, le régulateur de ma vie. Il m’aidera à accomplir mes devoirs aussi fermement que je refuse résolûment tout ce que vous m’avez proposé ; ce mot, c’est <r plus d’honneur que d'honneurs. »

— Sors de ma présence, et que je ne te revoie de ma viel cria le général, rompant les digues de sa colère contenue.

— Vous voudrez bien au moins, avant de m’éloigner devons, dit Gabriel d’un ton respectueux, me donner votre consentement, sans lequel je ne prendrais aucune résolution.

— Je te promets, répondit le général en sortant de la chambre, mon oubli le plus entier, mon dédain le plus complet; tu peux être certain que pas un denier de ce que je possède ne parviendra jamais à tes indignes mains I»

Gabriel fit tout aussitôt les préparatifs de son départ. Il vendit tous ces objets de luxe qui lui avaient été indispensables pour se tenir au niveau de la mode; il vendit ses vêlements, ses armes, tout ce qu’il possédait, en un mot. Le produit de cette vente, ajouté à ce que son père lui avait donné pour faire face à ce qu’on appelle les nécessités de la jeunesse élégante et les exigences du bon ton, tout cela réuni forma une somme dont il fut étonné. * Sans doute, se dit-il, si la vanité n’avait pas créé le luxe, il eût été imaginé par l'humanité; elle eût trouvé ce moyen d’ouvrir une vaste issue à la fortune des riches et des puissants et de la répandre sur les arts, sur l’industrie, sur le commerce, au profit des classes laborieuses; mais pourquoi

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