lie nouTcau pont cl’ArcoIe
en construction à Paris, en face de l’Hôtel- de- faille,
Par M. OuDRY, ingénieur des ponts et chaussées, directeur de la Compagnie des
ponts en fer.
1855. — PtAKiCBES 35, 36, 37, 38.
Le nouveau pont en fer, d’une seule arche, que M. Oudry vient de jeter sur le grand bras de la Seine, en face de l’hôtel de ville, à Paris, est certainement l’ouvrage le plus remarquable que l’on ait encore exécuté en ce genre.
Description et dimensions générales. — Ce pont, qui a 80 mètres d’ouverture et 20 mètres de largeur, entre garde-corps, est entièrement construit en fers laminés et en tôle.
Il se compose de douze fermes en fer, dont l’intrados est cintré suivant un arc de cercle de 80 mètres de corde et de 6™. 12 de flèche (environ ,V) ; dix de ces fermes sont placées à 1“'.333 de distance d’axe en axe, et les deux autres, qui sont les fermes des têtes, et les premières fermes intermédiaires d’amont et d’aval, sont placées à 3“.50 de distance d’axe en axe.
Chaque ferme est formée d’un arc, d’un tympan rigide et d’un longeron supérieur qui est solidement ancré dans la maçonnerie des culées.
Les fermes sont entretoisées sur les arcs, sur les tympans et sur les longerons, de manière à éviter tout mouvement de flexion transversale.
Le plancher du pont est formé de rails Barlow, qui sont rivés et boulonnés directement sur les longerons des fermes.
La chaussée est en empierrement. Elle a 12 mètres de largeur, et les trottoirs, bituminés sur ballast, ont h mètres de largeur chacun.
Les gravois des trottoirs sont maintenus sur les têtes du pont par des garde-grèves en fonte ornementée, qui sont fixés sur le plancher.
Les garde-corps sont également en fonte ornementée , et sont assemblés au-dessus des garde-grèves.
Fermes. — Chaque ferme se compose, comme il a été dit, d’un arc inférieur, d’un longeron supérieur et d’un tympan rigide rendant l’arc et le longeron solidaires l’un de l’autre. Voici les dimensions de détail de ces diverses pièces.
jrcs. — La section des arcs est celle dite en double T. Elle est formée par une lame verticale appelée âme, ayant 0”. 10 d’épaisseur, qui est découpée suivant la courbure de l’arc , et qui est rivée à deux lames transversales supérieure et inférieure , appelées nervures , par quatre cours de cornières ou fers d’angle ayant 0“. 10 et 0“.09 de côté : ces cornières sont placées dans les angles du double T. La largeur des nervures est de 0'".53 ; leur épaisseur est de O"". CAA pour les arcs de rive et pour les premiers arcs intermédiaires d’amont et d aval. Elle n’est que de O"”. 028 pour les huit autres arcs intermédiaires, en raison de leur rapprochement. Ces épaisseurs sont formées : la première, par trois lames de tôle de 15 et IA millimètres, superposées, et la deuxième par deux lames de IA millimètres seulement; ces lames sont réunies entre elles par les rivets des cornières d’assemhlage et par deux autres cours de rivets qui régnent 5 0'". 06 de leur bord. En tout 4 cours de rivets sur les nervures.
NOCVKI.LKS ANNALKS DK LA CONSTiUJCTIOlN.
S Kl* T KM 15 P, K 18 5 5.
Les arcs prcsenlent une épaisseur totale de à la clef et une hauteur verticale de 1"'.A0 aux naissances; ils sont roidis dans le sens de leur hauteur par une série de barres de fer laminé îi section T simple, qui sont ployécs en forme d’U couchés et polygonaux, et qui viennent se river dos à dos sur l’ûme et sur les nervures transversales à 1"'.50 environ de distance les unes des autres.
Les arcs sont renforcés vers les naissances, aux points où ils s’appuient sur les cales de règlement par de fortes équerres en fer forgé (1).
Longerons. — La section des longerons qui couronnent les fermes est celle dite en T simple. Elle est formée par une lame transversale de 0"’.300 de largeur et de 0"'.015 d’épaisseur, réunie à une lame verticale de même largeur et de O™. 01 d’épaisseur par deux cours de cornières ayant 0™.10 et 0"'.09 de largeur de côté.
Du côté des culées, les longerons sont prolongés jusque derrière et dans les maçonneries par deux bandes de fer méplat ayant O™. 300 de largeur et O™. 02 d’épaisseur, qui embrassent leur lame verticale ainsi que les abouts d’ancres verticales noyées dans les massifs des culées; les abouts de ces moises, derrière les culées, sont réunis entre eux au moyen d’une fourrure en fer, et les longerons sont tendus par un calage effectué contre cette fourrure et contre une plaque en fonte disposée à cet effet derrière les culées.
Du côté de la clef du pont , la lame verticale des longerons est prolongée jusqu’à l’arc , et est rivée sur ce dernier au moyen de deux cornières. Comme en ce point la hauteur maxima de la tôle est de 1 mètre, on l’a découpée suivant des espèces d’ellipses qui continuent et terminent les figures géométriques formées par les barres des tympans.
Tympans, — Les tympans sont formés d’étais en fer laminé à section double T, et en fer laminé à section croix , qui sont disposés en V et W d’une manière très-ingénieuse et particulière au pont dont il s’agit ici. Les naissances des W sont reliées entre elles au moyen d’un arc moyen en fer laminé à section croix , et tous les assemblages sur l’arc, sur le longeron, et sur la barre moyenne, sont recouverts par des fleurons en fonte ornementée. Les rosaces à rivets placées aux naissances des W sont seules laissées à nu, parce qu’elles forment par elles-mêmes une décoration suffisante.
Entretoises des fermes. — Les fermes sont entretoisées et contreventées : 1° par des entretoises en fer T simple, ayant 0"'.200 de largeur et 0“.10 de hauteur de nervure, qui sont rivées normalement au pont, sur tous les arcs, à l’intrados et à l’extrados ; 2° par une deuxième série d’entretoises droites formées d’une tôle de 0"’.Ü06 d’épaisseur, placées entre chaque arc et embrassées à l’intrados et à l’extrados par des cornières de O^.OS de côté rivées, comme les fersàT formant la première série d’entretoises droites ; 3« par une triangulation très-remarquable formée par une sorte de zigzag continu dont les éléments sont des bielles à ventre de poisson, en forme de solide de plus grande résistance. Ces bielles sont placées entre le premier arc intermédiaire et l’arc de rive correspondant; elles sont composées de trois lames de tôle dont l’une a toute la largeur de la bielle, et dont les deux autres, qui n’ont que la demi-largeur, sont assemblées sur la première au moyen de quatre fers d’angle ayant 0"’.10 et 0">.09 de côté; 4° par des tubes de 0”.05 de diamètre , en fer de 0“.005 d’épaisseur, qui sont placés entre chaque ferme , au droit des rosaces des tympans, et dans lesquels passe un boulon de O™. 03 de diamètre, qui traverse tous les tympans et est serré sur une des têtes; 5° enfin les fermes sont encore entretoisées par le plancher, en rails Barlow, qui est rivé sur chacune d’elles.
Plancher du pont. — Le plancher du pont est simplement fait avec des rails Barlow de 0'".295 de largeur et de 0™.125 de hauteur, qui sont rivés sur tous les longerons , normalement aux fermes, à 0"'.375 de distance d’axe en axe.
Chaussée et trottoirs. — Le vide de 0“’.08 qui est laissé entre chaque rail, pour permettre l’écoulement des eaux d’infiltration à travers la chaussée, est recouvert par des briques; la chaussée, macadamisée, qui a O”™. 20 d’épaisseur moyenne, repose directement sur le plancher et sur les briques.
Les trottoirs, qui ont 0“.37 d’épaisseur moyenne, et qui sont formés de massifs en béton recouverts par une couche de bitume, reposent aussi sur le plancher; ils sont limités, du côté de la chaussée, par une bordure en granit.
Garde-grèves et garde-corps. —Les trottoirs sont limilés, sur chaque tête du pont, par un garde-grève en fonte ornementée qui a 0™.48 de
(1) Les plaques en fonte qui transmettent la poussée des fermes aux maçonneries ont une hauteur de l^.lO et une largeur de 1 mètre.
hauteur. Les garde-grève, ainsi que les garde-corps qui les couronnent, sont fondus par panneaux de l^.SO de longueur qui s’assemblent dans les poteaux des garde-corps solidement fixés sur le plancher.
Les garde-grèves, les garde-corps et les candélabres qui ornent les têtes des culées sont en fonte d’ornement à lignes très-riches, et complètent de la manière la plus heureuse l’aspect léger et gracieux de la construction.
Calculs de résistance et de stabilité. — Les calculs de résistance et de stabilité des pièces ont été faits dans les conditions suivantes ; La section limite, admise par millimètre carré de section, est de 6 kilogrammes, mais elle reste en général au-dessous de 5'^.50, parce que les fers d’angles employés ont été plus forts que ceux supposés dans les calculs. La section à la clef d’un arc de rive est de 68542”“q-, La section d’un arc intermédiaire est de 51902””<i-. La section totale du pont à la clef de 688384““>q-, soit 0“<i-69. Les sections aux naissances ne diffèrent de celles à la clef que par une hauteur d’âme de 1 mètre en plus, et une feuille de tôle de recouvrement large de O^-.GS en moins.
Montage et travaux de chantier. — Tout le pont a été construit et monté dans le court espace de trois mois. On a d’abord démoli la pile centrale de l’ancien pont suspendu, qui n’était qu’une passerelle pour les piétons, et l’on a construit les maçonneries des culées sur massifs de béton hydraulique. Cela fait, on a élevé deux corps principaux d’échafaudages de rive, destinés à porter les pièces du pont jusqu’au tiers environ de la distance, pour les mettre en place ensuite sur les cintres même. Les cintres, entièrement fixes, reposaient d’ailleurs sur quatre systèmes d’étais en éventail, reliés ensemble par des moises, et recouverts par le plancher du cintre sur lequel tous les douze arcs ont été posés. Une partie des travaux de rivure a été faite dans l’atelier; le reste a été fait sur place. Chaque arc a été amené surplace par quatre pièces. Les tympans à jour ont été amenés d’une seule pièce.
Z>e/?ewses. — L’ensemble du pont coûtera 1,150,000 fr.
Les fers laminés ont été fournis à raison de 34 fr., 38 fr. et 40 fr. les 100 kilos. Les tôles, à raison de 48 fr. les 100 kilos. Les fontes pour parapets et décorations à raison de 36 fr. les 100 kilos. Les rails Barlow, à raison de 35 fr. les 100 kilos. Les rivets, à raison de 75 fr. le mille. Les garde-corps pèsent d’ailleurs, en moyenne, 65 kilos le mètre courant. Le pont, dans son entier, tous fers et fontes compris, pèse 1,120 tonnes. Le ballast et l’empierrement pèsent 500 kilos par mètre carré en moyenne. La charge d’épreuve sera de 500 kilos par mètre carré.
En résumé , toutes les dispositions de cet ouvrage sont remarquablement bien entendues. C’est un résultat hors ligne, tant au point de vue de l’art qu’au point de vue de l’économie et de la rapidité d’exécution. On reconnaît partout la main d’un ingénieur habitué à manier le fer sous toutes ses formes et à l’appliquer avec succès à toute espèce de traveux; onnedoutepas, en un mot, qu’en suivant les mêmes principes, et en les perfectionnant de plus en plus, on ne puisse établir un jour des ponts fixes, en fer, composés d’arches ayant jusqu’à 100, 110 et 120 mètres d’ouverture, dans des conditions aussi économiques que possible. Le remplacement d’un grand nombre de ponts suspendus par des ponts fixes en fer est, par conséquent, immanquable, et, dans tous les cas où l’on attachera du prix à ce que l’épaisseur à la clef d’un pont soit la plus faible possible (et cette condition se rencontre à chaque instant dans la navigation et dans les chemins de fer), on aura recours au système expérimenté avec autant de succès que de bonheur au pont d’Arcole.
M. Oudry vient de traiter récemment avec la ville de Brest pour la construction d’un immense pont tournant de 106 mètres d’ouverture, qui sera établi sur les deux rives de la Penfeld, à l’amont du port maritime. Il est également occupé des projets relatifs à l’établissement d’un pont en fer de trois arches de 95 mètres d’ouverture chacune, pour remplacer un pont suspendu sur l’Ardèche, à Saint-Just.
liongueur et prix «le revient, par mètre eourant, «les égouts (le Paris.
La longueur totale des égouts de Paris, en 1660, était de 10,034 mètres. Un siècle et demi après, en 1806, elle était deux fois et un tiers plus considérable; en 1832, quatre fois; en 1840, dix fois et demie; en 1847, treize fois; en 1854, plus de seize fois.
Le prix moyen du mètre de longueur d’égout a, au contraire, successivement diminué, ainsi qu’il suit :
De 1806 en 1824, il coûtait, en moyenne, 353 fr. — De 1824 à 1830, il était descendu à 149 fr. — De 1830 à 1840, à 106 fr. — De 1841 à 1853, à 84 fr., et même au-dessous de ce dernier chiffre.
N()IJVMU,i:S ANNAU-;S DK LA CONSTIUJCTION. — SKI'TK.MIUU'; 1855.