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ci commence à vivre d'une vie active. Dans ces régions boréalesy les végétaux se développent donc beaucoup plus rapidement que chez nous; il paraîtrait même, d'après les observations de M. Schubler, que la végétation rapide des céréales dans le nord a exercé une influence notable sur leur aptitude à se développer hâtivement et que, toutes choses égales d'ailleurs, les graines des contrées méridionales mûrissent moins vile que celles recueillies dans la contrée ou ses expériences furent faites. Ce botaniste a remarqué aussi que les graines du nord sont plus pesantes et plus riches en fécule que celle des pays méridionaux, et que dans la première de ces régions les plantes sont généralement d'un vert plus foncé, caractère qui correspond à une puissance d'assimilation plus grande, puisque c'est la matière verte des végétaux qui possède la facuUé de décomposer l'acide carbonique, sous l'influence de la lu- . mlère, et de fixer dans l'organisme le carbone puisé dans l'atmosphère.
Malgré l'intensité et la longue persistance du froid pendant l'hiver, la culture des céréales est donc susceptible d'acquérir une grande importance dans certaines parties de la péninsule Scandinave. En Norwége, ses produits sont loin de suffire au Rescinde la population; ainsi, pendant les cinq années composes entre 1870 et 1876, l'exportation des céréales n'a été éva- '*tée, terme moyen, qu'à environ 1 1 53 000 hectolitres, tandis 9ue les importations ont dépassé 24^^00 hectolitres. En ^uède, il y a également insuffisance de froment et de seigle; '^dis, quant à la production de l'orge et de l'avoine, il en est *^lrement : Texportaiion est beaucoup plus considérable que * importation. En 1876, par exemple, il n'est entré en Suède lU'envîron 348000 pieds cubes d'orge et il en est sorti environ 7^000 pieds cubes; pour l'avoine, l'écart fut encore plus considérable : l'importation n'a été que de 102700 de ces me- ^^tesy tandis que l'exportation a été de 21 053729 pieds cubes.
La culture de la pomme de terre, dont Tintroduction en Suède date de l'jaS, fut d'abord très-lente à se développer, mais elle a maintenant une grande importance. En général, elle produit annuellement plus de 19 millions d'hectolitres de tubercules, et elle prospère jusqu'en Laponie.
L'agriculture et les industries rurales qui s'y rattachent occupent en Suède les trois quarts de la population et les paysans y ont toujours joui d'une grande considération. Ils constituent un des quatre corps de l'Etat, et dans la législature ils sont représentés par une chambre élective spéciale.
'Les produits forestiers ont en Suède aussi bien qu'en Norwége une grande importance. Leur bois, désigné communément sous le nom de bois du nord, est fort estimé et constitue une de leurs principales richesses. Les quantités exportées augmentent rapidement et il est même à craindre que les prôûts obtenus par le commerce extérieur dont ils sont l'objet ne fassent exploiter les forêts d'une manière imprudente, et ne porte ainsi dans l'avenir un préjudice grave à ces deux pays. Pour donner une idée de l'augmentation survenue récemment dans l'exportation du bois de la Norwége, il me suffira de dire qu'en 1866 on l'évaluait à environ 4^ millions de francs, tandis qu'en 1873 elle s'est élevée à plus de 78 millions et que pour la Suède Texporiation des madriers et des planches est montée, en 1877, ' à plus de io5 millions de pieds cubes. On évalue à environ 2^5 millions le revenu annuel des forêts de la Suède, et j'ajouterai que depuis quelques temps les divers travaux dont le bois est l'objet ont pris une grande extension, notamment la menuiserie et la tonnellerie. 11 est aussi à noter qu'aujourd'hui on emploie beaucoup de pulpe de bois pour la fabrication du papier et qu'en 1876 la quantité de cette substance exportée par la Norwége a été de 85oo 000 kilogrammes.
Pour compléter ces indications sommaires des principales -
sources de richesses de la péninsule Scandinave, il me faut donner aussi quelques renseignements sur les pêcheries de la Norwége et sur les mines de la Suède choses sur lesquelles mon allenliona été particulièrement attiré par l'Exposition universelle, et dont je parlerai dans un prochain article.
§ VIII
PfiCHBRIBS NORWÉGIENNES ; PÊCHE DU HàRBNG; RECHERCHES RÉCENTES RELATIVES AUX YOTAGES PÉRIODIQUES DE CE PoiSSON ET A QUELQUES AUTRES POINTS DE SON HISTOIRE.
Une partie de TExposilionnorwégienne, qui est peu visiiée par les promeneurs, mais qui m'a beaucoup intéressé , se trouve dans un chalet isolé près de la limite du Champ-de- HarSy du côté de Grenelle. Elle est relative à la pêche maritime et elle contient des modèles de bateaux, de filets et des autres engins dont on fait usage dans cette branche d'industrie, une collection des Poissons de la mer du Nord et des produits alimentaires obtenus par l'emploi des différents procédés usités pour assurer la bonne conservation de la chair de ces animaux; enfin des échantillons des autres substances que Ton en tire, telles que huiles et rogues.
La pêche en haute mer, ou grande pêche, est une des principales sources des richesses de la Norwége; pendant les cinq années comprises entre 187 1 et 1875 ses produits ont été évalués en moyenne à 333oiooo francs par an, sur place: elle occupe directement ou indirectement une partie considérable de la population de ce pays; ainsi, lors du recensement ^^ît en i865, elle était pratiquée par 78705 personnes; elle ^^Hne lieu aussi à un grand mouvement industriel et corn- '^^rcial, et elle constitue la meilleure des écoles pratiques P^Ur la formation des matelots. Elle a surtout pour objet la ^Orue, le Hareng, le Maquereau elle Homard, mais elle pro- ^^re aussi à la population du littoral beaucoup d'autres res- ^^Urees alimentaires, à raison de l'abondance de divers pois-
- im -
sons dans les baies et les fjords de cette côte rocheuse et désolée.
Depuis quelques années, le Gouvernement norwégien a fait étudier avec beaucoup de soin et de persévérance l'histoire naturelle et économique de ces divers animaux marins. Il a confié à des zoologistes habiles l'inspection des pêcheries, et il a fourni à ces savants des moyens d'observation qui leur manquent d'ordinaire pour résoudre les questions dont la solution leur est demandée. Les recherches de cet ordre présentent de grandes difficultés; elles entraînent des dépenses que les naturalistes ne peuvent que rarement supporter, et, pour donner des résultats utiles, elles doivent être poursuivies avec persévérance pendant fort longtemps. Jusque dans ces dernières années, pour élucider les questions en litige, on se bornait presque toujours à recueillir et à discuter les témoignages fournis par les vieux pêcheurs, hommes généralement ignorants, crédules et amis du merveilleux ; mais cela était insuffisant, et des observations directes faites par des personnes éclairées pouvaient seules faire justice des erreurs dont l'ichihyologie économique était chargée et nous conduire à la connaissance de la vérité.
La Suède fut la première à entrer résolument dans la vaie scientifique pour s'éclairer sur les circonstances dont dépend la prospérité des grandes pêches. Vers 1825, le professeur Nilson fut chargé d'étudier d'une manière suivie toutes les questions relatives à l'histoire des migrations du Hareng et aux conditions qui peuvent influer sur l'abondance ou la rareté de ce poisson dans les diverses pêcheries, et, dès l'année i832, ce savant publia sur ce sujet d'intéressantes observations. L'exemple de la Suède a été récemment suivi par quelques nations voisines et, en 1860, le Gouvernement norwégien fit entreprendre une longue série de recherches précises qui se poursuivent encore aujourd'hui et qui ont déjà
fourni d'importants résultats. Ces travaux d'investigation furent confiés d'abord à M. Boeck; plus récemment une mission analogue fut donnée à M. Ossian Sars, le fils de l'illustre naturaliste du même nom dont les découvertes ont jeté de vives lumières sur une des questions fondamentales de toute science zoologique : la mutabilité des types organiques chez des animaux de même lignée. La Suède a fait continuer par M. Ljungman et par quelques autres savants le travail commencé par Nilson ; plusieurs naturalistes Scandinaves, sans être chargés officiellemeni de recherches de cet ordre, s'en sont occupés, et parmi les savants desautres pays qui ontégalement contribuée l'avancement de nos connaissances sur cette partie de l'Ichthyologie, je citerai: M. Krôyer, en Danemark; M. Mûnter, de Greifswalde, enPoméranie; M. Mobius, de Hambourg, et M. Spencer BairiJ, aux États-Unis d'Amérique. J'ajouterai qu'en 1847 un de mes anciens confrères et amis, M. Valenciennes, sans êire entré dans la même voie que les zoologistes dont je viens de parler, avait également contribué aux progrès de l'histoire naturelle du Hareng par ses études sur les particularités organiques à l'aide desquelles les différentes races ou variétés 'l'âge de ce Poisson peuvent être caractérisées. Ces divers ^vaux sont, pour la plupart, très-peu connus en France, ^ème des zoologistes; ils me paraissent offrir beaucoup d'in- ^rêt et par conséquent j'ai pensé qu'il serait peut-être oppor- ^^nd'en dire ici quelques mots (').
Xe Hareng proprement dit, ou Hareng commun, appelé Clu-
(') Ne lisant facilement ni le suédois, ni le danois, je n'ai pu prendre 2^^naissance de toutes les publications qui depuis quelques années ont ^^ faites sur ce sujet par les naturalistes Scandinaves ; mais les plu» im- ^^rlants de ces écrits ont été traduits en anglais et reproduits par les ^^îns de M. Spencer Baird, dans l'un des volumes des Rapports de la Cornfission américaine des pêcheries i^^ partie, Washington, 1876), et c'est ^^ns ce recueil que j'ai puisé la plupart des renseignements dont j'ai fait
peaHarengus par Linné, appartient à un genre de poissons qui est très-répandu, mais il se trouve presque exclusivement dans les mers boréales de l'Europe et de l'Asie. Il n'existe ni dans la Méditerranée ni sur les côtes occidentales de l'Europe au sud de la Rochelle, quoiqu'il abonde dans la Manche, sur les deux rives de la mer du Nord, dans la Baltique, autourdes îles Britanniques et de l'Islande; enfin on le trouve encore vers le nord-ouest, sur les côtes du Groenland, et au nord-est, dans la mer Blanche et les parages adjacents. A l'époque du frai> il arrive sur certains points en nombre incalculable, puis, d'ordinaire, il disparaît plus ou moins complètement pour revenir en général dans les mêmes lieux l'année suivante. Le spectacle offert par les troupes de Harengs, se jouant à la surface de la mer par une nuit calme, est parfois magique lorsque, éclairés par les rayons de la Lune, ils arrivent en colonnes serrées ayant souvent 5 ou 6 kilomètres de long et 3 ou 4 kilomètres de large, brillantes, d'un éclat argentin et comparables à un immense tapis dont chaque 'point serait à la fois phosphorescent et mobile. Les pêcheurs du nord parlent volontiers des éclairs jetés par ces poissons, mais ils ne s'attardent pas à les admirer; car ces radeaux scintillants de mille feux sont capricieux dans leurs allures, et il faut se hâter de jeter les filets à l'aide desquels on peut en faire la capture; effective* ment, le Hareng est un comestible précieux à raison de ses qualités aussi bien que de son abondance.
Dans toutes les mers comprises entre l'Islande et le littoral méridional de la Manche, la pêche de ce Poisson constitue une branche importante de l'industrie maritime, et, suivant les
usage ici. On trouve aussi dans le second volume de l'ouvrage de M. Broch {Op, cit,, p. 38i et suivantes) beaucoup dMndications utiles relatives aux travaux récents des Norwégiens sur l'histoire naturelle et économique du Hareng.
localités, elle se pratique de deux manières. Le plus ordinairement on jette à l'eau, au milieu d*un banc de Harengs naviguant près de la surface de la mer, ou sur le passage présuraable de Tune de ces légions de Poissons, de grands filets lestés par le bas et garnis de flotteurs le long de leur bord supérieur. Le poids de ces engins les fait descendre jusqu'à ce qu'ils soient arrêtés par les flotteurs et les maintient bien tendus, dans une position à peu près verticale, de façon qu'ils forment dans le sein de la mer autant de cloisons à clairevoie. Deux ou plusieurs de ces filets sont attachés bout à bout, defaçonà constituer un rideau (ou, comme disent nos pêcheurs, une tessure) dont la longueur varie suivant l'état de la mer et la force de l'équipage qui le manœuvre. Ces filets ont rarement moins de 70 ou 80 mètres, et dans certains parages ils peuvent atteindre 3oo mètres ou même davantage. Jadis ils n'a\aient qu'environ !i",5ode large, mais maintenant que l'on a trouvé profit à les faire descendre plus bas, leur hauteur est souvent de plus de 4 mètres. Les mailles sont de grandeur convenable pour laisser entrer la tête des Harengs, mais pour les empêcher de passer outre, et, lorsque ces poissons cherchant à avancer se trouvent engagés, ils ne peuvent plus se libérer et restent prisonniers jusqu'à ce que les pêcheurs les sient tirés à bord et pris un à un. Le nombre des individus capturés de la sorte est immense; parfois, d'un seul coup de filet, on prend plus de poissons que le bateau pêcheur n'en peut porter.
Cette pêche au filet flottant se pratique au large dans les i^dies ou en haute mer. Mais, dans quelques localités, sur le littoral Scandinave, on prend aussi le Hareng avec des seines, <i*est-à-dire des filets traînants que l'on jette en demi-cercle Près de la côte et que l'on tire ensuite à terre par les deux bouts, de façon à ramener sur la plage tout le poisson compris ^^ns Tenceinle mobile ainsi formée. On donne à ces seines
- iiO jusqu'à 4 mètres de profondeur ou même davantage, et 3oo mètres de longueur; on les jette autour d*une bande de Harengs que l'on voit gagner la côte ou que Ton sait être engagée dans un ijord, et Thabileté du pêcheur consiste en partie à reconnaître la présence de ces Poissons, lors même qu'ils se trouvent dans une eau trop profonde pour être visibles à ses ^eux.
Enfin la pêche côtîère du Hareng se fait parfois encore au moyen de filets stationnaires; mais cette méthode, dont l'emploi est très-ancien, est maintenant jugée peu profitable, et Ton tend à l'abandonner complètement.
En résumé, il y a donc en Norwége deux pêches principales, Tune côtière, l'autre pélagique, et les produits obtenus par l'une et l'autre ne sont pas les mêmes, circonstance importante à noter pour le naturaliste aussi bien que pour le
pêcheur.
C'est, en général, à des époques à peu près fixes que les bancs de Harengs apparaissent dans chacun des parages où ces Poissons se montrent. Ainsi, c'est en juin et en juillet qu'ils sont le plus nombreux aux Orcades et aux îles Shetland; dans les eaux de la Manche, ils abondent communément en novembre et en décembre; enfin, sur les côtes de la Norwége, ils sont l'objet de deux grandes pêches qui ont lieu l'une en mars, avril et mai, l'autre en septembre et en octobre, ou même plus tard.
En combinant les données fournies par les pêcheurs relativement aux époques d'arrivée et de départ de ces légions de Harengs dans divers parages, les naturalistes du siècle dernier crurent pouvoir tracer l'itinéraire suivi par ces Poissons voyageurs. À l'exemple d'un auteur anglais nommé Dodd, dont les premiers écrits datent de 1728 (' ), et d'un savant de Hambourg,
(') Atlas maritimus et commercialis ; puis, en 1752, An essiey toivartis a natural history of the Hetring.
J. Anderson, qui publia, en 1746, un ouvrage estime sur l'Islande, le Groenland et le détroit de Davis, on admettait généralement que la demeure habituelle des Harengs était sous les glaces des régions polaires; que les jeunes, nés dans nos mers, se retiraient là pour y passer l'hiver et pour grandir; que les vieux, après la ponte, allaient également dans ces parages inaccessibles à la plupart de leurs ennemis, et qu'à l'approche du retour de la belle saison les uns et les autres reprenaient le chemin du midi à la recherche des lieux où leur reproduction devait s'effectuer. En janvier, disait Anderson, il part chaque année de la mer Glaciale du Nord une immense troupe de ces poissons voyageurs, qui bientôt se divise en plusieurs bandes, dont l'une se dirige vers le banc de Terre-Neuve et dont les autres, allant plus à l'est, arrivent de concert aux attétérages de l'Islande vers l'équinoxe du printemps, puis gagnent les îles Shetland et se répandent ensuite dans diverses directions; l'aile gauche se rend sur les côtes de la Laponie et de la Norwége, et, parvenue près de l'embouchure de la fialtique, se subdivise en plusieurs colonnes pour aller visiter d'une part les côtes de la Scanie, ainsi que divers points de la côte suédoise, situés plus loin vers le nord-est; d'autre part les fielts du Danemark, l'île de Rugen et le littoral de la Poméranie. Le gros de la troupe, au contraire, continue sa roule vers le sud en descendant le long de la côte ouest du Juiland, pour gagner les atlérages du Holstein, de la Frise et pénétrer dans le Zuiderzée. L'aile droite de la colonne principale, ajoutait Anderson, passe à l'ouest, gagne les Hébrides, puis se subdivise pour se rendre en partie sur la côte occidentale de rÉcosse, à l'île de Man et dans le canal de Saint-Georges, en partie dans les eaux qui baignent à l'ouest le littoral de Vlrlande. Enfin, ce que l'on a appelé le corps d'armée visite successivement, disait-on, les baies de la côte est de l'Ecosse, les côtes de Berwick, la baie de Yarmouth, les côtes de la
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Hollande et de la Flandre , enfin les eaux de la Manche, où les dernières divisions de la bande vont frayer les unes près de la côte anglaise depuis Douvres jusqu'à Torbay, les autres vers le littoral de la France depuis Boulogne jusqu'au cap La Hève, et même plus loin vers l'ouest. Un auteur un peu plus moderne, nommé Gilpin, dont le travail obtint en 1786 les honneurs de l'insertion dans les Transactions de la Société philosophique américaine, ayant observé que, sur les côtes des États-Unis d'Amérique, une espèce de Hareng se dirige du sud au nord, attribua à nos Harengs d'Europe l'habitude de faire, en sortant de la Manche, la traversée de Tocéan Atlantique, pour gagner la Floride et remonter ensuite jusqu'à Terre-Neuve.
Enfin l'auteur d'un ouvrage spécial sur l'histoire des pèches dans les mers du Nord, publié en 1801, complète le récit de ces longs voyages en disant : a Ce qu'il y a de plus merveilleux en tout cela, c'est que toutes les bandes de ces Harengs, partis en une seule caravane, ont aussi un rendez-vous général et qu'après avoir subi en route des pertes énormes elles retournent aux plages boréales dont elles étaient parties (')• ^
Il y a dans cette histoire des migrations du Hareng un singulier mélange de vérités et d'erreurs. Il est vrai que toutes les côtes dont je viens de parler sont visitées chaque année, à une certaine saison, par des bandes innombrables de Harengs qui, serrés les uns contre les autres, constituent ce que les pêcheurs appellent des bancs ou des radeaux; que ces poissons frayent dans ces localités et qu'ensuite ils disparaissent, ainsi que les jeunes nés de leurs œufs; enfin que presque toujours, l'année suivante, de nouvelles hordes de
(* ) Bernard de Reste, Histoire des pèches, des découvertes et des éta^^ blissements des Hollandais dans les mers du Nord, 1. 1, p. 33i.
même espèce arrivent de loin et succèdent aux premières. Mais tous ces animaux viennent-ils réellement de la mer polaire? est-ce sous les glaces arctiques qu'ils passent l'hiver» et est-ce une même troupe voyageuse qui, en descendant du nord au sud, envoie successivement des détachements sur les divers points où on les voit apparaître?
Vers la fin du siècle dernier un ichthyologiste célèbre de Berlin, nommé Bloch, révoqua en doute Texistence de ces merveilleux voyages de long cours; en 1796/ des objections yavaient été faites par Noël de la Morinière, auteur d'un ouvrage très-estîmé sur l'histoire des pêches pendant l'antiquité etle moyen âge; puis, en 1816, des éludes faites sur les côtes du Massachussett par notre compatriote Lesueur, permirent aux ichthyologistes de faire justice de l'hypothèse de Gilpin relative à la provenance des harengs de New-York, car ce naturaliste fit voir que ce Hareng, réputé d'origine européenne, est en réalité un poisson très- différent de notre Clupea harengus et ne se montrant jamais dans nos mers : c'est le Clupea elongata. Mais ce furent principalement 'es recherches persévérantes de Nilson qui débarrassèrent la science du tissu d'erreurs dont Anderson avait été le propagateur. Il constata que les Harengs qui fréquentent sur le littoral Scandinave différents attérages et qui y arrivent pour ^"^yer, les uns au printemps, les autres en automne, diffèrent 'Notablement entre eux et appartiennent à plusieurs races ou Peut-être même, suivant lui, à plusieurs espèces, au lieu d'être, ^omme on le supposait, seulement des détachements d'une ^Onmense troupe homogène. 11 distingua les Harengs de haute *^€r des Harengs du littoral, et parmi ces derniers il recon- *^ut deux races ou variétés, dont l'une, désignée par les pêcheurs suédois sous le nom de Khek-Sild, fréquente la Partie méridionale de la Baltique, tandis que l'autre, appelée *^ Strdmmingy ne se montre guère que dans le golfe de
Bollime ('). Parmi les Hareurgs du type océanien, il dîstingaa un pliis grand nombre de variétés, telles que le Siarsild, eu grand Hareng des pêcheries de Bobus, Ite Clupea majalis ou Farsild^ le Clupea schelderensis ou Kulla-sUd et le Clupea lUmealis ou Norsk-^veiUer-sild (*).
£n 1874» M. Ljungman, chargé parte GouYernement sué* dois de poursuivre ses études, ichthyologiques âans les eaux de la province de Bohus, publia un nouveau travail sar k même sujet, et*il s'acco^rda avec M. Kilson sur 1^ plupart des distinctions établies par cet auteur.
Enfin la diversité des Harengs provenant des dîfféreDies stations de pêche n'a pas été reconnue seulement près du littoral de la péninsule Scandinave; des faits du même ordre ont été constatés sur la cote sud de laBahique, par M. Munter, ainsi que dans les eaux de la Grande-Bretagne, et je é0\& ajouter que M. Yalencieimes a pu reconnaître avec certitude, parmi les Harengs péchés dans la Manche et vendus sur les marchés de Paris, ceux qui venaient de la côte anglaise el ceux qui avaient été pris près de la rive méridionale de ce bras de mer.
Ces résultats, fournis par une multitude d'observations directes, ne pouvaient guère s'accorder avec les opinions régnantes, il y a cinquante ans, au sujet de la grande émigration annuelle d'aune immense colonne de Harengs sortant delà mer Glaciale pour aller envahir les divers parages plus ou moîi» méridionaux où Ton voit apparaître des légions de ces Poissons; et, d'ailleurs, Thypothèse des migrations lointaines se trouvait également en opposition avec d'autres faits bien cott^ statés« Effectivement, si tous les Harengs dont se peuplent
(•) C'est la variété dont Linné avait déjà fait mention sous le no de Clupea harengus, yar. membras, (^) £h danois, le mot sild signifie Hareng:.
attérages du Groenland» des lies Shetland, de l'Ecosse, de la Norwége et des autres pays plus méridionaux, sortaient de dessous les glaces polaires pour gagner peu à peu des latitudes de plus en plus basses, ce serait dans les parties les plos septentrionales de la région parcourue de la sorte que ces Poissons devraient se trouver en plus grand nombre, et ils ne devraient se montrer sur les côtes méridionales de leurs domaines qu'après avoir envahi les parties situées plus près de leur point de départ, c'est-à-dire plus près du pôle boréal. Or on savait depuis longtemps, par les observations d'Othon Fabricius, que le Hareng est rare sur les côtes du Groenland, et aucun des navigateurs qui ont visité les régions arctiques n'y a signalé l'existence des immenses lé-gions de ces Poissons, que l'on disait en provenir. Enfin, dans maintes circonstances, il a été bien avéré que les bancs de Harengs sont arrivés en même teihps dans des pêcheries situées à plusieurs degrés de latitude les unes des autres, et que parfois même ces troupes se sont montrées dans certaines localités avant d'être parvenues dans les lieux de pêche situés plus au nord, à peu près sous le même méridien ( ').
La théorie des migrations d'Anderson fut vivement combattue par Nilson, et effectivement elle n'était plus admissible. Au- Jourd'hui, elle est abandonnée par tous les auteurs qui ne se ^H)ment pas à copier ce que l'on disait jadis, et les natura*- 'i^tes, désillusionnés de la sorte, devaient se demander encore ^ne fois d'où proviennent les Harengs, qui en troupes im- **^enges visitent chaque année tant de parages divers. Parfois on ^^ contentait de dire que, pendant l'intervalle des saisons de ï^c)nte, tous ces Poissons se tiennent cachés dans les abîmes
(') Plusieurs faits de ce genre ont été signalés à Tattention des naturalistes, il y a plus de quatre-vingts ans, par Noël de la Morinière. {Mag, ^^cyclop.^i.yi,^. 10, 1796.)
de rOcéan ; mais rien ne prouvait que celle hypothèse fùl l'expression de la vérité, et d'ailleurs elle était trop vague pour satisfaire tous les hommes de science.
Les premières recherches directes entreprises dans l'espoir d'élucider cette question sont dues à M. Alexandre Bbeck,et portèrent principalement sur le Hareng printanier de la partie méridionale du littoral ouest de la Norwége. Il fixa, avec beaucoup de soin, la position des divers points où ces Poissons viennent frayer; il y étudia la conformation des parties adjacentes du fond de la mer, et, au moyen de filets disposés méthodiquement dans les passes, il détermina avec pré* cision les diverses routes suivies par les bancs de Harengs
• pour gagner la côte. Il constata aussi que, dans l'intervalle des époques auxquelles ces attroupements se montrent sur les stations de pêche, les Harengs n'abandonnent pas complètement ces parages, et les Morues que l'on prend au large dans cette saison en ont souvent l'estomac rempli. Cet investigateur crut pouvoir fixer même la situation du lieu de refuge où ils se tiennent cachés pendant une grande partie de l'année : ce serait, suivant lui, une sorte de grande vallée
. sous-marine qui, à une certaine distance en mer, suit la direction générale de la côte norwégienne, et qui présente sur certains points une profondeur de 4^0 ou 5oo brasses. Les observations de M. Boeck furent donc favorables à l'opinion de Nilson, relativement à la brièveté des voyages exécutés par les Harengs propres à chacune des régions où ces Poissons, à l'époque du frai, donnent lieu à de grandes pêches; mais il ne confirma pas toutes les distinctions zoologiques proposées par ce naturaliste, et il fit voir que certaines différMices, considérées comme étant caractéristiques d'espèces ou de races particulières, ne sont que la conséquence de l'âge ou de l'état d'Immaturité des organes reproducteurs. Ainsi le Hareng d'été, appelé Telsild, à cause de la quantité de graisse
dont il est chargé, ne serait que le Hareng printanier à répoque de la vie où la laitance et les œufs ne sont encore que peu développés.
Les recherches récentes de M.Ossian Sars ont jeté de.nouvelles lumières sur la question si obscure de la provenance des bancs de Harengs qui fréquentent les côtes de la Nor* wége, et je puis ajouter sur l'histoire naturelle de ce Poisson considérée d*une manière générale. M. Sars s'est appliqué, d'une part, à étudier le mode de croissance du Qareng et les modifications que l'âge détermine dans la conformation de cet animal; d'autre part» les aliments dont il fait usage à différentes époques de son existence. A l'aide de la drague, de filets traînants et d'autres engins appropriés à cet usage, il a exploré les fonds de la mer à diverses profondeurs; enfin, il a examiné et décrit les petits Crustacés nageurs et d'autres animaux marins qui servent de pâture aux Harengs, et qui abondent dans les mers du Nord. Il constata d'abord que la grande excavation ou vallée sous-marine dont j'ai parlé précédemment est une espèce de désert peu propre à nourrir les jeunes Harengs, et .que ces poissons ne s'y trouvent pas en plus grande abondance que dans les parages adjacents. La partie de la théorie de M. Boeck qui est relative à la résidence du Hareng dans ces lieux, préalablement à leur émigration ^ers la côte, a dû, par conséquent, tomber à son tour, et il a fallu chercher ailleurs la provenance des bandes de ces Poissons qui vont frayer sur les stations de pêche du littoral norvégien. M. Sars pense que cette espèce de foyer ichihyolo- §ique est la haute mer située entre la Norwége, l'Ecosse et l'Islande. Là, ces Harengs vivraient épars, non pas dans les abîmes de l'Océan, comme on le dit communément, mais plus ^w moins près de la surface, dans les couches pélagiques fréquentées par les troupes innombrables de petits Crustacés et ^6 Molluscoïdes, et peut-être aussi de Zoophytes nageurs, que
l'on sait exister dans ces eaux. Les jeunes, nés près des terres, sur les frayères du littoral Scandinave, s*y rendraient et y grandiraient, jusqu'à ce que, parvenus à Tàge où d'autres conditions biologiques leur deviennent nécessaires, ils retourneraient vers leur premier berceau. Sans prétendre que dans d'autres mers il ne puisse y avoir diverses rjices locales, M. Sans considère tous les Harengs de la côte norwégienne comme appartenant à une seule et même espèce, et il pense que les différences, à raison desquelles les pêcheurs les distinguent entre eux sous aulant de noms particuliers, ne dépendent que de Tâge. Ainsi ce serait le même animal qui porterait le nom de Musse quand il est dans sa première année, qui deviendrait un Bladsild Tannée suivante , et qui, dans sa troisième année, constituerait ce que Ton appelle \e Hareng de Christiania. Le même Poisson, en entrant dans sa quatrième année, serait le Middelsild, et prendrait, une année plus tard, le nom de Hareng marchand ou Kobmandssild; enfin les Storsill, les Farsill ou vrais Harengs printaniers, ne seraient autre chose que les précédents arrivés à la sixième année, et, en vieillissant, ils deviendraient les Grabensild ou Harengs à os grisâtres. Les Harengs à ponte tardive, que les Norwrégiens désignent d'une manière générale sous le nom de Harengs détéy seraient des poissons non adultes, ainsi que ceux appelés Harengs gras, Irtersiid, Telsild, etc.
Les observations de M. Sars sur le régime alimentaire du Hareng à différents âges nous permettent d'entrevoir comment il se fait que souvent les adultes et les jeunes se trouveni dans des localités distinctes. Le Hareng printanier de h Norwége, c'est-à-dire le Hareng en état de se reproduire, s( nourrit principalement de petits Crustacés nageurs qui appartiennent au groupe zoologique que j'ai établi il y a près d( cinquante ans sous le nom de Copépodes, et que quelques
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auteurs confondem à tort avec les Crevettes de petite taille ( *). Le Hareng d'été, qui se montre dans la môme région, paraît se nourrir principalement de petits Ânaélides que les pêcheurs appellent du Bôdât. Or nous savons que ces Copépodes et ces Annélides sédentaires habitent des localités différentes, et par conséquent la recherche de la proie appropriée aux indi- Tîdus de différents âges peut être- la cause déterminante de leur séparation en troupes distinctes.
Les observations récentes de M. Sars et de quelques autres oaturalistes du Nord ont fait rectifier une autre opinion erronée quiavaitcours parmi les ichthyologistes.Ondisait généralement que les Harengs n'arrivent près des côtes que pour y frayer. Or, sur le littoral norwégien, les Harengs d'été arrivent de la iaute mer, et, quoique les uns soient solitaires et errants, la plupart se montrent en bandes très-nombreuses; cependant ibne sont pas encore à l'âge où ils peuvent se multiplier; leur liUe n'existe pas encore,leurs œufs ne sont pas mûrs et même leurs organes reproducteurs sont a peine développés. 11 faut fo&c qa^én voyageant comme ils le font ils aient un auure moiiiie, et, suivant toute probabilité, c'eàt la faim qui les pousse ^>m les lieux ou se trouve la pâture appropriée à leurs besoins. Les pécheurs s'imaginent que le Hareng ne se nourrit (pie d'eau; aucun physiologiste n'adoptera une pareille opi- "^on, car il n'y a pas d'animal qui ail le pouvoir de créer la ■iMiUèreorganisabledont ilest formé: tout cequi esten lui doit 'ui venir du dehors, et l'eau ne lui fournirait pas même tous les
C) Dans certaines régions, les Harengs se nourrissent de Crustacés "*SCW8 d'un tout autre genre, et Othon Fabricius, dans son ouvrage sur lafeuuegroënlandaise, adonné le nom (ÏAstàcus liarcn^orum à ces ani- "^ux; mais il faut bien se garder de croire que ce soit en réalité des ••P^es d'Écrevisses, comme le disent quelques compilateurs : ce sont "6 petits Crustacés mous, transparents et à pattes en forme de panaches "ôxibles, qui ressemblent un peu à nos Salicoques ou Bouquets, et qui appartiennent à la famille des Mysis,
éléments chimiques nécessaires pour la productioir de sa substance; les végétaux sont les fabricants de la matière organi* sable, et les animaux ne peuvent vivre et grandir qu'en se nourrissant soit de plantes, soit d'animaux qui, direc* tement ou indirectement, ont puisé dans le règne végétal leur propre substance. À raison de la rapidité avec laquelle les jeunes Harengs grandissent, on peut même être assuré qu'ils doivent consommer beaucoup de nourriture. Effectivement, ces poissons, presque microscopiques au moment de réclosîon, ont d'ordinaire de 5 à 8 centimètres de long vers la fin de leur première année ('); ceux de deux ans ont, en gé* néral, i4 ou i5 centimètres, et à trois ans ils mesurent environ i8 centimètres; enfin, lorsque leur croissance est terminée, ils ont le plus souvent environ 25 centimètres, et "• parfois 3o centimètres.
La forme de diverses parties du corps de ces poissons change un peu avec l'âge. Il en est de même de l'époque du frai.
C'est surtout quand les sacs ovariens sont distendus par le développement de plusieurs milliers d'œufs dans leur intérieur que les Harengs se réunissent eh troupes innombrables et émigrent vers les côtes ou les bas-fonds, lieux qui sont les seuls où la ponte puisse s'effectuer convenablement. Pour se débarrasser de ses œufs, la femelle a besoin de se frotter le dessous du corps contre le sable ou le gravier sous une eau peu profonde; guidés par un instinct que Ton pourrait comparer à une habitude devenue héréditaire, ils abandonnent donc la haute mer et se réunissent en groupes qui suivent ta même direction et grossissent par l'adjonction de nouvelles bandes rencontrées en route. La tendance à l'imitation, qui n'est pas étrangère à beaucoup des actions humaines, joue
(' ) Mesures de Textréinité du museau à la base de la nageoire caudale.
évidemment \in irès-grand rôle dans la détermination des mouvements des animaux , soit qu'il s'agisse de fuir un danger ou de chercher ce qui peut leur être avantageux. Les Poissons possèdent à un haut degré cet instinct; pour s'en convaincre, il suffit d'observer les allures des petites espèces qui fourmillent dans nos eaux douces : lorsque rien ne les attire particulièrement vers un point, on les voit tournoyer lentement en tous sens; mais quelques-uns d'entre eux viennent-ils à se précipiter dans une certaine direction pour saisir quelque aliment qu'on leur jette, leurs voisins en feront autant, lors même qu'ils n'ont pu voir la cause de ce mouvement. Ces animaux ne montrent, il est vrai, que peu d'intelligence^ mais dans plus d'une circonstance ils agissent comme si chacun d'eux faisait le raisonnement suivant : a Mon voisin paraît avoir intérêt à faire telle chose, j'aurai donc intérêt à en faire autant; par conséquent je ferai comme lui. » £st-ce dans ce cas l'individu le plus fort ou le plus agile qui se fait suivre, ainsi que cela se voit chez beaucoup d'animaux supéneurs qui vivent en société sous la direction d'un chef? On n'en sait rien, mais l'ignorance des naturalistes à cet égard ne doit pas nous surprendre, car les mœurs des Poissons marins sont fort difficiles à observer, et pçu de personnes ont essayé d'en faire l'étude.
Les zoologistes se sont demandé aussi ce qui peut dater- Dïiner les bancs de Harengs à se rendre à une frayère plutôt 4u'à toute autre, et quelques auteurs pensent que leur instinct 'es porte à reprendre en sens inverse la route que dans leur
jeune âge ils avaient suivie lors de leur émigration vers la haute mer; de sorte que, pour frayer, ils retourneraient à leur lieu de naissance, comme le font ordinairement les Saumons, ^es zoologistes éminents, tels que Sundewall et M. Lund, ^i^t professé cette opinion, et, adoptant les mêmes vues, un ^e leurs compatriotes a cru pouvoir affirmer que toute cam-
pagne de pêche très-abondante dans une localité *y était suhie d*une pêche également heureuse au bout de six ans, laps de temps nécessaire pour que les jeunes Harengs nési l'une de ces époques puissent arriver à parfaite maturité. Mais des relevés statistiques faits avec beaucoup de soin par M>, Bœck prouvent que cette prétendue périodicité n'existe pas et qu'on ne peut établir aucune règle relative aux années de grande abondance ou de mauvaise pêche. 11 est fort douteux que les Harengs nés en une localité y reviennent pour frayer; mais il est probable que les jeunes sortis d'une même frayère ne s'éloignent que peu les uns des autres et que chacun des bancs ou radeaux constitués par ces poissons est composé essentiellement d'individus nés en même temps dans un même lieu d'incubation. En effet, le nombre des œufs pondus par chaque femelle est si considérable et le nombre des mères réunies sur une même frayère est si grand que chacune des pontes collectives doit suffire pour donner naissance à des milliards de ces poissons. On évalue à plus de 60000 le nombre des œufs contenus parfois dans les ovaires d'une seule femelle adulte, et, malgré la destruction énorme des Harengs œuvés résultant de la pêche, le nombre des pondeuses réunies sur une frayère de quelque étendue doit être presque incalculable.
Un autre point de l'histoire naturelle du Hareng dont les ichthyologistes de la Norwége et de la Suède, ainsi que les Gouvernements de ces pays, se sont beaucoup préoccupés de- . puis quelques années, se rattache également aux migrations plus ou moins lointaines de ce poisson. Parfois les bancs de Harengs, après avoir fréquenté régulièrement une localité pendant une longue série d'années et y avoir répandu parmi la population delà côte adjacente l'aisance ou même la richesse, l'abandonnent complétement.Leur disparition est, comme on le pense bien, un désastre pour le pays; à la longue on les
voit revenir, mais leur absence se prolonge souvent plusieurs années. Ainsi à Bohuslen, sur la côte ouest de la Suède, la pêche du Hareng était, depuis plus d'un demi-siècle, trèsproductive et avait donné lieu à la création de vastes établissements industriels lorsque, tout à coup, en 1808, les bancs cessèrent d'arriver dans cette localité: il en résulta une grande misère ; on espéra d'abord que leur absence ne serait que de courte durée et au retour de chaque printemps on répétait : Tannée prochaine, nous serons moins malheureux; mais pendant quarante ans rien ne changea, et ce fut seulement en 1847 que la grande pêche put reprendre dans cette localité si cruellement frappée. A diverses époques, des phénomènes analogues ont été constatés dans d'autres lieux. Ainsi, de 1760 à 1776, le comté de Sutherland, dans le nord de l'Ecosse, fut abandonné de la même manière, et à diverses reprises l'Irlande a éprouvé des pertes du même ordre. Enfin j'apprends par un document annexé au catalogue officiel de l'exposition norwégîenne que depuis 1874 le Hareng printanier, celui dont la pêche offre le plus d'importance, a de nouveau disparu du littoral de la Norwége. Cependant, de tout temps c'est la portion de cette côte comprise entre le cap Lindeness au sud et le cap Stat au nord, principalement vers le sud, autour de Rarmë, que ce Poisson a donné lieu aux pêches les plus importantes. J'ajouterai que, depuis i85i jusqu'en 1875, les côtes de la partie septentrionale de la Norwége furent visitées par une grosse variété de Hareng dont la pêche était très-lucrative, mais que dans ces dernières années ce Poisson a complètement disparu de cette région boréale.
Partout où ces dommages ont été ressentis, on a cherché à se rendre compte de la cause du mal; mais, en général, on s'est borné à ouvrir des enquêtes, et les opinions exprimées à ce sujet furent parfois des plus singulières. Ainsi, suivant les uns, les Harengs s'étaient éloignés de telle localité parce qu'on
avait cessé de payer au clergé les dîmes ordinaires; ailleurs, l'abandon était attribué à ce qu'en i83o des jeunes gens de nie de Helgoland avaient, sans motif, cruellement maltraite un de ces Poissons; et, dans certains ports, les bals masqués étaient prohibés parce que, disait-on, ce plaisir profane excitait la colère divine et causait de la sorte la disparition des Harengsi Le Gouvernement suédois, comme on doit bien 1* penser, ne se contenta pas de renseignements de ce genre, es ce fut à l'occasion du désastre dont la côte occidentale de c royaume avait été frappée que l'État fît commencer la série 4 recherches scientifîquesdont je viens dédire quelques mots Jusqu'ici les résultats obtenus de la sorte n'ont jeté que pe de lumière sur les questions à l'étude ; mais elles ont raonlrl'insufOsance de beaucoup d'explications qui, au premieraborc inspiraient confîance aux naturalistes, ainsi qu'aux pêcheurs On supposait assez généralement qu'un bruit violent, des de tonations d'artillerie par exemple, faisait fuir le poisson,^ l'on attribua au tapage fait par les tonneliers de la grande p€ chérie de fiohuslen l'abandon dont cette localité fut frapps en i8o8. A un certain moment on pensa que les bancs de Em rengs pouvaient être chassés de la côte par l'infection d^ eaux de la mer, déterminée par le rejet des résidus provenai des ateliers dans lesquels on préparait de l'huile de poisson et l'on réclama la clôture de ces ateliers. L'établisse ment du phare de Fleekfjord fut également rangé au nombx des causes de ce phénomène, mais les investigations d^ naturalistes ne confirment aucune de ces opinions, et si ell€ ne conduisirent qu'à des résultais négatifs elles prouverez au moins que les moyens préservatifs proposés et parfois pr©* crils par la loi ne devaient inspirer aucune confiance.
Les circonstances qui peuvent favoriser l'arrivée des baii^ de Harengs dans les endroits où la pêche en est praticable a ^ aussi été étudiées attentivement, non-seulement par les Su^
dois et les Norwégîens, mais aussi par les Danois et les Hollandais: je citerai à ce sujet une longue série d'observations tfcermométriques ^r la température de la mer considérée dans ses relations avec la date des arrivages des Harengs, travail dont la Science est redevable à un officier de la marine néerlandaise, M. Kraft, et je ne dois pas oublier ici les obser« vations plus récentes de M. Sars sur la distribution topographique des animalcules marins dont ces poissons se nourrissent. J'ajouterai que d'autres études relatives à ces migrations et à la manière dont ces poissons vivent lorsqu'ils sont loin des côtes se poursuivent jusque dans l'Océan. Les officiers de la marine norwégienne y font en ce moment une troisième campagne, et il est à espérer que leur zèle sera récompensé parla constatation de faits importants.
Depuis longtemps on avait cru remarquer que la disparition des bancs de Harengs dans une région de pêche était bientôt suivie d'une abondance insolite de ces Poissons sur d'autres points; ainsi beaucoup d'auteurs assurent que, lorsque la pêche devient peu productive sur la côte ouest de la Norwége, elle devient bonne sur la côte sud de ce pays et sur les parties îidjacentes du littoral suédois. Mais jusqu'ici les observations '^lalives àcette sorte d'équilibre n'ont pas été faites avec assez de suite et de précision pour que l'on puisse avoir grande conOance dans les conclusions qui en ont été tirées.
Je n'entrerai pas dans plus de détails sur les faits particuliers constatés par les différents observateurs dont je viens de Poirier. Ce que je viens de dire me paraît pouvoir sufGre pour donner une idée générale des travaux exécutés par les Ichihyo- *^gistes du Nord et pour montrer combien les Gouvernements ^^la Norwége et de la Suède ont fait d'efforts dans l'espoir ^'obtenir la solution de questions d'un haut intérêt pour la prospérité d'une des principales branches de leur industrie mari- ^^me et d'un intérêt non moins grand pour l'Histoire naturelle.
Il est également à noter que Tadministration ne se borne pas à faire la police des pêcheries à l'aide des officiers de marine: elle entretient dans ces stations desr médecins, etellea fondé dans plusieurs d'entre elles des hôpitaux à l'usage des pêcheurs; enfin, pour faciliter l'envoi des avis relatifs à l'apparition du poisson sur tel ou tel point et concernant les affaires commerciales qui se rattachent à la pêche, elle a établi presque partout un service télégraphique.
La péninsule Scandinave n'est pas le seul pays où la pêche du Hareng commun donne des profits considérables. Cette branche d'industrie maritime est non moins importante en Hollande, autour des îles Britanniques, et même en France; aux États-Unis d'Amérique, une autre espèce de Hareng, pen différente de celle dont je viensde parler, donne également liea à une pêche des plus fructueuses. Jadis, lorsque tous les peuples de la chrétienté s'abstenaient de viande pendant les nombreux jours de jeûne ordonnés par Téglise, la consommation de ces Poissons était encore plus grande qu'à l'époque actuelle, mais maintenant encore ce serait par milliards qii'O faudrait compter le nombre que l'homme en détruit chaque année. On cite l'exemple d'une pêche faite par une flottille de 60 bateaux sortie du port de Fraserburgh, petite ville d'Ecosse située près d'Aberdeen, qui en une seule nuit prit 10000000 de ces poissons et, dans la notice sur les pêches norwégiennes annexée au catalogue de l'Exposition, je vois que parfois un seul coup de seine en a donné de 20000 à Soooo hectolitres. M. Broch évalue, terme moyen, à plus de 876600a hectolitres la quantité de Harengs pris annuellement sur cette partie des côtes Scandinaves depuis 1866 jusqu'en 1875. Je n'essayerai pas de donner une idée de cet immense carnage, car il ne parait pas avoir exercé jusqu'ici une influence appréciable sur l'abondance du Hareng, et cela s'explique par la merveilleuse fécondité de ces animaux et par rimmensilé de l'espace inacees-
sibleà rhomme, que TOcéan leur fournit pour retraite. Pour d'autres Poissons, il n'en est pas de même, et une pêche trop active amène souvent une diminution regrettable 'de nos richesses ichthyologiques. D'ailleurs, pour apprécier l'étendue des ressources alimentaires fournies à la Norwége par les mers qui baignent ses côtes, il est nécessaire de prendre en considération d'autres pêches, notamment celle de la Morue, dont l'importance est encore plus grande, et aujourd'hui l'espace me manquerait pour en parler, mais je me propose d'y revenir dans un prochain article.
Mes visites à l'exposition norwégienne ne m'ont rien appris de nouveau relativement aux préparations que l'on fait subir au Hareng pour en assurer la conservation. La salaison de ce poisson se fait à peu près de même qu'à Dieppe et à Fécamp; et je n'aurais également rien d'intéressant à dire concernant la préparation des Harengs saurs, c'est-à-dire des Harengs fumés. Je laisserai donc de côté ces poissons pour in'occuper de la pêche de la Morue.