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IX

IXRYÀTIONS DBS NATURALISTES NORWÉGIBNS SUR LA PÊCHE DE LA IorUE; RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES DE M. SaRS SUR LE DÉYELOP- 'EMENTDE CE PoiSSON. — IMPORTANCE DES PÊCHERIES NORWÉGIENNES ; .EUES PRODUITS DIYERS. — RENSEIGNEMENTS RELATIFS AUX PÊCHE-

LIES DE LA Suède et du Danemark.

la Morue, ou Gadus Morhua des zoologistes, que nos pê- 3urs, à l'exemple des Hollandais et des Danois, appellent is communément le Cabiliau ( • ), abonde près de la côte norgienne et y donne lieu à une pêche dont l'importance est core plus grande que celle de la pêche du Hareng. Les proils qu'elle fournit et les moyens employés pour la pratiquer loupent une large place dans le chalet destiné à nous faire [maître les richesses ichihyologiques de cette région; et les Yaux scientifiques dont la Morue a été récemment l'objet de part de M. Oscar Sars ont beaucoup contribué à l'avance- 3ift de nos connaissances relatives à l'histoire du dévelopmeht de cet animal dans l'intérieur de l'œuf, des modifica- »ns qu'il subit en grandissant et de sa manière de vivre. La Morue est un grand poisson, ayant souvent environ un être de long et appartenant à la même famille naturelle que Merlan, la Merluche, la Lingue et la Lotte, mais y constituant type d'un groupe zoologique ou genre particulier dont le orsch ou Faux-Merlan et VEgrefin ou Eaglefin (le Haddock 5s Anglais) font également partie. Ce Gadoïde est très-répandu

(') Du mot danois Aa^//att, devenu Kabeljaauw en hollandais et Cabi- ^ ou Cabliau en français. En Norwége, on le désigne sous le nom de

dans les mers du Nord; il abonde surtout sur les côtes de Terre- Neuve, du Labrador et du Groenland, dans le voisinage de rislande et près de la côte de la Norwége; on le retrouve aussi dans la mer Blanche et jusque dans la partie septentrionale de Tocéan Pacifique qui baigne le Kamtschatka. II n'est pas rare dans la Manche et il descend jusque vers le détroit de Gibraltar, mais il ne fréquente pas la Méditerranée. Ce n'est pas un poisson voyageur; cependant, à certaines époques de l'année, les Morues se rassemblent en troupes immenses dans certains altérages et sur quelques plateaux sous-marins où l'eau est peu profonde, notamment sur le grand-banc de Terre-Neuve et sur le Doggarbank, situé au nordde la Hollande» entre le Danemark et l'Angleterre.

La fécondité de la Morue est plus prodigieuse encore que celle du Hareng. Leeuwenhoek évalue à plus de neuf millions quatre cent mille le nombre des œufs contenus dans les ovaires d'une seule femelle de moyenne taille. On avait eu souvent l'occasion de les voir non-seulement. dans l'intérieur deTabdomen des femelles, mais aussi extraits de l'organisme de ces poissons, car les pêcheurs en font grand usage comme appât pour attirer la Sardine dans leurs filets, et, sous le nom de rogue, ils sont l'objet d'un commerce important; mais, jusque dans ces derniers temps, on ne les connaissait pas tels qu'ils se trouvent dans la mer immédiatement après la ponte, et Ton ne savait rien concernant le travail intérieur dont chacun d'eux est le siège pendant que la jeune Morue s'y constitue et se développe. L'embryologie des poissons a déjà été l'objet d'études d'une haute importance. Bâer, Agassiz, Lereboullet et quelques autres naturalistes en ont fait une étude approfondie, mais leurs recherches ne portaient que sur un petit nombre de poissons d'eau douce ; pour les poissons de mer, presque tout restait à faire. M. Oscar Sars, en s'occupant du développement de la Morue, pouvait donc rendre à l'ichthyologie

physiologique des services considérables, et les résultats qu'il ai obtenus de la sorte offrent en eiTet un grand intérêt.

H. Sars a constaté que les œufs de la M<»rue ne sont pas déposés sur le sable ou le gravier sous-marin, comme «ela a lieu pour le Hareng; la femelle les lâche en pleine eau, et ils flottent librement dans ce liquide, dont ils ont à peu près lai même pesanteur spécifique, par suite de la présence d'une certaine quantité d'huile dans leur intérieur. Or cette circonstance entraîne dans les mœurs des Morues des particularités inconnues jusqu'ici.

Les œufs de presque tous les Poissons seraient stériles ^, après avoir été pondus et abandonnés par la mère pondeuse, ils ne subissaient ultérieurement l'action vivifiante de la laitance.

Vers 1763, un naturaliste de Hambourg, nommé Jacobi, avait veconna qu'en arrosant des œufs de Tanches avec de l'eau chargée de laitance, on pouvait les féconder artificiellement. -et ii avait fondé sur ce fait un procédé nouveau pour le repea- -plement des étangs et des cours d'eau (*). Des expériences fiites vers la même époque par Spallanzani sur les œu£s des Batraciens donnèrent le même résultat, et à une époque plus récente, en 1824, les investigations de MM. Dumas et Prévost (de €lenève) nous firent faire un pas de plus vers la connaissance de ce que l'on pourrait appeler le mécanisme de lafécondation^ car ces deux savants démontrèrent expérimentalement

(*) Ce procédé a été vanté, il y a euviron vingt-sept ans, comme une découverte nouvelle due à deux pêcheurs des Vosges, Remy et Géhein, mais on en trouve la description dans le Traité des pèches de Duhamel qui fait partie de la grande encyclopédie méthodique publiée à Paris en 1770, ainsi que dans beaucoup d'autres livres plus ou moins anciens, et je ne comprends pas bien les motifs des attaques très-vives dont j'ai été l'objet vers i8S2y pour avoir rappelé aux pisciculteurs ce que tous les physiologistes savaient sur ce sujet : je ne me suis pas donné la peine de répondre à ces accusations d'injustice, car il me paraissait évident qu^elles tomberaient toutes seules, et effectivement il en a été ainsi.

que la condition essentielle de ce phénomène physiologique est le contact matériel de l'œuf à Tétat de maturité et des animalcules microscopiques dont la laitance et les autres liquides de même nature sont chargés. Des recherches subséquentes ont permis de généraliser cette loi physiologique et de l'étendre avec quelques modifications non-seulement à l'ensemble du règne animal, mais aussi aux plantes chez lesquelles le pollen joue un rôle analogue à celui de la laitance des Poissons. Pour le Hareng, de même que pour le Saumon et les autres espèces de la famille des Truites, cette fécondation a lieu sur le sol de la frayère où les œufs déposés par les femelles restent adhérents au gravier et sont visités bientôt après par les mâles; mais le mode de ponte très-différent, constaté par M. Sars chez la Morue, nécessite la présence des mâles dans les eaux où les femelles lâchent leurs œufs, et les individus des deux sexes, au lieu de demeurer solitaires comme aux autres époques de leur vie ou de former des bandes distinctes, comme cela se voit pour le Hareng et le Saumon, par exemple, se rapprochent et se mêlent entre eux. Mais, si le frai s'effectuait en haute mer^ le contact des animalcules de la laitance et des œufs serait mal assuré, et cela nous explique pourquoi, à l'époque de la reproduction, tous ces poissons se réunissent en foule sur les bancs pélagiques ou dans le voisinage des côtes où la mer est peu profonde et assez calme. C'est peu à peu que les Morues adultes se rassemblent de la sorte» et le long des côtes de la Norwége elles forment ainsi, vers la fin de décembre, des troupes innombrables. M. Sars prouve que les localités dont ils font choix pour frayer sont déterminées en partie par l'existence de bancs de larves de Balances ou d'autres Crustacés analogues qui fréquentent alors ces parages et qui conviennent pour la nourriture des jeunes générations encore à naître.

Les œufs de la Morue, qui flottent dans la mer entre deux

eauxy affectent, avant toute fécondation, la forme de petits globes presque incolores et d'une transparence parfaite. Au premier abord, M. Sars ne soupçonnait pas que ces sphé* rules hyalines, dont Tintérieur paraissait occupé par de l'eau seulement, fussent des œufs; mais, en les étudiant au microscope, il s'assura bientôt que peu à peu leur contenu s'organise et donne naissance à un embryon qui, en se développant, devient un jeune Cabiliau. L'œuf de ces Poissons, comme tout autre œuf, est en réalité un corps vivant, et, par suite du travail physiologique dont il est le siège, son contenu se modifie spontanément; il s'épaissit, et la substance en voiede développement dans son intérieur se groupe de diverses manières, de façon à produire le singulier phénomène désigné par les embryologistes sous le nom de segmentation. Si TcBuf n'est pas fécondé, ce travail vital s'arrête bientôt; mais, sous l'influence stimulante des animalcules microscopiques qui fourmillent dans la laitance et dans les autres matières analoguest ce phénomène persiste et acquiert d'heure en heure uncaractère de plus en plus remarquable. Pour que l'œuf soit vivifié de la sorte, il ne suffit pas que la matière fécondante arrive en contact avec sa surface; il faut qu'elle pénètre dans son intérieur, et, afin de faciliter son accès dans cette espèce de cellule, les parois membraneuses de celle-ci présentent, sur un point déterminé, une sorte de petite fenêtre désignée par les embryologistes sous le nom de micropyley et M. Sars a vu les ^iiimalcules ou spermatozoïdes de la laitance se pressant à l'en- ^'éede l'espèce d'entonnoir ainsi constitué. Les remarques de ceiichtbyologiste, relativement aux relations qui existent entre ^^ position du micropyle dans l'œuf et la situation relative des ^âles et des femelles au moment où l'eau de la mer devient ^i^ouble par suite de l'émission simultanée des œufs et de la '^llance, sont très-curieuses et nous fournissent un nouvel exemple de la manière dont tout, dans la nature, s'enchaîne

et s'harmonise, comme en prévision du résultat à obtenir» Nous devons aussi à M. Sars beaucoup d'observations biem. faites sur le mode de développement de Fembryon dans TœuC! de la Morue; sur l'apparition successive et les transformation^ des divers organes du jeune animal, et sur sa conformatîoi-^

lorsqu'il sort de l'œuf, pour aller pourvoir par lui-même à s^ subsistance; mais je ne m'arrêterai pas sur cette partie de so y) travail, car les faits dont il nous rend compte sont, en général^ fort semblables à ceux constatés précédemment chez les em^ bryons de plusieurs de nos Poissons d'eau douce, par Agassîz et Desor, par Lereboullet et par quelques autres zoologistes. J'ajouterai seulement qu'au moment de l'éclosion les jeunes Morues, de même que les petits Saumons, portent, suspendu sous le ventre, un sac ou poche ombilicale contenant une provision de matière nutritive constituée par le viteUm ou jaune de l'œuf et destinée à fournir aux besoins de l'animal, jusqu'à ce que sa bouche soit organisée de façon à lui permettre d'avaler des aliments puisés dans le milieu ambiant.

M. Sars a reconnu que la période d'incubation pendant laquelle ces jeunes Poissons se développent dans l'intérieur de l'œuf dure seize jours et qu'avant de quitter cette espèce de cellule protectrice ils exécutent, dans son intérieur, des mouvements variés; cependant, au moment de la naissance, leur corps, d'une délicatesse extrême et presque transparent, estloiû d'avoir acquis sa conformation définitive; ils n'ont pas encore toutes leurs nageoires; leur sang est encore presque incolore et leur appareil branchial ne paraît pas être apte à fonctionner, de sorte que, probablement, ils ne respirent que par la peau.

La pêche de la Morue est, pour la Norwége, d'une grande importance. Ce Poisson, de même que le Hareng, constitue une partie considérable de la nourriture du peuple et, de temps immémorial, il en a été ainsi. Même aux époques préhistoriques^ les habitants des parties septentrionales de l'Ea-

rope employaient de la sorte Tun et Tautre de ces Poissons ; ob ^ pu s'en assurer par l'examen des Kjokkenmoddings , ou monceaux de débris de cuisine qui, sur les côtes de Danen^arky datent de ces temps reculés, et qui contiennent des os <le Morue ainsi que des os de Harengs. L'année dernière, la poche de la Morue a fourni, d'après les rapports officiels, environ 70 millions de ces grands poissons; ses produits bruts, •évalués sur les lieux, ont été estimés à 3i Sooooo francs. Elle est particulièrement importante aux lies Loffoden, où elle dure communément depuis les derniers jours de janvier jusqu'au milieu d'avril ; en 1877, elle y fut pratiquée par 4567 bateaux, montés par 21 287 matelots, dont beaucoup vont ensuite exercer la même industrie plus loin vers le Nord, notamment sur la côte du Finmark où, l'été dernier, plus de l\ooo bateaux faisaient celte pêche. Je trouve dans le deuxième volume de l'ouvrage de M. Brock, ainsi que dans ^ne Notice spéciale sur les pêcheries de la Norwége, annexée ^ti catalogue de l'Exposition, beaucoup de renseignements intéressants sur la statistique de cette branche de l'industrie mari- ^^rne et sur les profits obtenus, soit par la salaison de la Morue son exportation, soit par le commerce de la rogue que l'on tire, et de l'huile que l'on extrait du foie de ce poisson. Je ne parlerai pas ici de la manière dont cette grande pêche pratique sur le littoral norwégien, ni des procédés de préiration de la Morue salée ou séchée dont on expédie au loin ^^s quantités énormes, car tout cela s'y fait à peu près de ^^^ême que sur la côte de Terre-Neuve, et ne me paraît avoir subi "^xie peu de changement depuis un demi-siècle ; dans un tra- "^^il que j'ai publié sur ce sujet en 1882, j'en ai donné une ^^scription très-circonstanciée ('), et aujourd'hui je n'aurais

(*) Mémoire siir la pèche de la Morue à Terre-Neuve, inséré dans le Pï'emier volume de rOuvrage que j'ai publié en commun avec V. Audouin,

que peu de choses nouvelles à en dire. J'ajouterai seulemeo que la préparation de l'huile de foie de Morue, substance don l'usage en médecine a beaucoup augmenté depuis quelque années, tend à s'améliorer. Généralement elle se fait <E la manière la plus grossière, en laissant les foies pourm dans des baquets, puis en les faisant bouillir; mais, dans qu^ ques parties delà Norwége, on commence è la pratiquer ind ^ triellement, en n'employant que des foies frais que l'on sèci et que l'on chauffe au bain-marie à l'aide de la vapeur; o sépare l'huile des autres matières au moyen de filtres, et Von obtient ainsi un produit plus blanc et plus pur. Le résidu de cette opération est utilisé comme engrais et désigné sous le nom de trangrug.

Il est également à noter que les débris provenant de la tète et des autres parties que l'on détache du corps de la Moroe, lorsqu'on veut sécher ou saler ce poisson, ne sont pas abandonnés comme jadis, mais employés à la fabrication d'un eo" grais fort estimé, dont on exporte beaucoup sous la désigna' tion de guano de poisson. Or tous ces produits secondaire^ de la pêche ne sont pas sans importance; ainsi, en 1876-771 la Norwége a exporté 112972 barils d'huile de Morue, évalué^ à la somme de 8646000 francs, 49 4^^ barils de rogues valais 2876000 francs, enfin 5ooo tonneaux de guano de poissa v estimés à la somme de 528000 francs, et d'après la marché ascendante de cette dernière branche de commerce, qui étaï à peu près nulle en 1860, il est présumable qu'elle prends* un développement de plus en plus considérable; on sait, ^ eflfèt, que les grands dépôts de guano proprement dit, situ^ sur les côtes du Pérou, sont presque entièrement épuisés, ^ cet engrais ne se renouvelle guère; car, ainsi que mon sava.*

sous le titre de Recherches pour servir à l'histoire naturelle du Uttorai ù la France,

confrère et ami, M. Boussingault, l'a fait voir, le véritable guano résulte du dépôt de la fiente des oiseaux de mer pendant une longue série de siècles, sur des îlots où la pluie ne tombe jamais (').

Les Morues que Ton prend en été sont généralement des individus jeunes, qui ne sont pas encore arrivés en âge de se reproduire; mais, à cette époque, on pêche aussi d'autres grands Poissons de la même famille, qui^ préparés identiquement comme les premiers, sont souvent confondus avec eux sous les noms de Stockfish, de Klipjlsh, etc., désignations qui se rapportent au mode de conservation plutôt qu'à des distinctions spécifiques. L'un de ces Gadoïdes, appelé le Sey par les Norwégiens, est connu sur nos côtes sous le nom de Lieu ou ^Q Merlan jaune; c'est le Gadus pollachius de Linné, et le Gadus virensAe quelques autres naturalistes; mais, à raison de ses caractères zoologiques, il prend place dans le genre des Merlans et non dans le genre des Morues. On prend un nombre immense de jeunes Lieus sur la côte ouest de la Norwége, particulièrement entre Stavanger au sud et le cap Stat au nord de Bergen; lorsqu'ils sont âgés de deux ou trois ans, ils sont aussi l'objet de pêches importantes dans les fjords de Bergen et jusque sur la côte du Finmark oriental ; mais, lorsqu'ils vieillissent davantage, ils perdent beaucoup de leur valeur.

Par rang d'importance, la Lingue ouMolve [Lotta Moluade Cuvier) se place immédiatement après le Lieu; puis viennent ^e Brosme commun, qui est abondant dans les mers boréales, "ïais ne descend pas plus bas que les Orcades ; YÉgreJin ou Baddochy qui se montre parfois dans la Manche et qui appartient au même genre naturel que la Morue proprement

(') Depuis quelques années, on vend aussi dans le commerce une autre ^Pèce de guano naturel, qui est constitué principalement par des débris "® Phoques, etc.

dite (*)» ainsi que le Dorsch ou petite Morue, connue sur le marché de Paris sous le nom de Faux-Merlan, et fort estimée sur tout le littoral de la Baltique.

Tous ces Poissons sont très-carnassiers ; ils font de grands ravages dans les bancs de Harengs, et c'est peut-être en partie à cause de cette circonstance que ces derniers Poissons disparaissent souvent des localités où les Morues sont remaN quablement abondantes^ et que^ dans les parages abandonnés temporairement par celles-ci^ la pêche du Hareng, dit-on, est la plus fructueuse.

En énumérant les poissons qui donnent lieu à des pêches importantes sur les côtes de la Norwége, je ne dois pas oublier les Maquereaux, qui s'y trouvent en grande abondance» jusqu'à la hauteur du TrondhjemsQord, un peu au delà du 63' parallèle nord; jadis on en salait beaucoup, et le produit obtenu de h sorte étant peu estimé, la pêche de ce poisson n'avait pas une grande importance, mais depuis quelques années elle est devenue très-lucrative, car on expédie en Angle^ terre beaucoup de Maquereaux frais empaquetés dans de la glace, à bord de bâtiments construits exprès pour ce genre de commerce. M. Brock estime à plus de 7 millions le nombre de ces poissons capturés annuellement par les pêcheurs norvégiens, et il nous apprend que, de 187 1 à 1875, la valeur annuelle des exportations, effectuées par le moyen dont je viens de parler, a été d'environ 800000 francs.

Ce mode de conservation du poisson frais a aussi beaucoup augmenté les profits fournis par la pêche du Saumon en Norwége, où ce poisson abonde dans les Qords et plus 01 moins loin dans toutes les rivières. On en exporte ainsâ de grandes quantités pour l'Angleterre et delà pour le continent

(') Dans quQ\queS'Uii& des K/oMenmôddins du Danemark, les vertèbres de ce Gadoïde sont plus communs que tous les autres os de Poiasooi..

L*aiinée dernière, en voyageant dans les montagnes du Dauphiné et de la Provence, j'étais très-étonné de voir servir, sur les tables de tous les hôtels, d'excellent Saumon, car la Méditerranée n'en fournit pas, et je me demandais comment on pouvait s'en procurer si loin des rivières dans lesquelles ce poissop de mer remonte pour frayer ; j'ai appris de M. Brock que tous ces poissons venaient des côtes de la Norvège et étaient transportés dans de la glace en passant d'abord par Londres. Guvier, en parlant du faste des anciens maîtres du monde, rapporte que 'parfois, à Rome, on servait sur les tables des grands, au son des trompettes, une espèce particulière d'Esturgeon provenant des fleuves qui débouchent dans la mer Noire, et ayant coûté plus de mille drachmes, c'est-à-dire environ 700 francs de notre monnaie. Aujourd'hui, grâce à la facilité des transports, par les bateaux à vapeur et les chemins de fer, ainsi que de l'emploi judicieux de la glace, dont les pourvoyeurs de nos modestes repas font usage, le moins gastronome des hommes peut jouir d'un luxe analogue pour la modique somme de 5 francs, dans presque tous les lieux fréquentés par les touristes.

Les Homards, que l'on voit par monceaux sur les étalages des nombreux marchands de poissons à Londres, proviennent ^ussî, en grande partie, des côtes rocheuses et déchirées de ^^ Norwége. Quoique organisés pour respirer dans Teau, à l'aide des branchies situées de chaque côté du corps sous la ^^wpace, ces grands Crustacés peuvent vivre longtemps 4ans l'air humide et être expédiés en Angleterre, emballés chacun dans une boîte en bois, sans que leur mortalité soit ^ssez grande pour en augmenter beaucoup le prix. M. Brock ^^Icule que le nombre de Homards exportés annuellement de l^ Norwége doit être de plus de i million, peut-être même ^^ iSooooo individus adultes, et il paraît que la pêche exces- ^^ ve de ces Crustacés a eu pour résultat la disparition presque Complète des individus de grande taille. On se plaint beau-^

coup à Londres de la petitesse croissante des Homards et Crabes portés sur les marchés de cette grande ville ; récemmerrr une enquête parlementaire a été faite sur les causes du ma,^« et le gouvernement anglais a jugé nécessaire de soumettre^ vente de ces denrées alimentaires à une législation no^^ velle.

Enfin la pêche de la Baleine qui^ depuis longtemps, décli^xi partout et qui avait cessé d'être pratiquée parles NorwégieKnis^ reprend faveur sur les côtes du Finmark. Depuis huit ou neir/ ans, une compagnie d'armateurs de Tonsber envoie dans ces parages un bâtiment à vapeur^ qui, en une seule campagne, a pris plus de quarante de ces grands Cétacés; or, chacun de c^ mammifères fournit en moyenne 80 hectolitres d'huile, dont le prix, joint à celui des fanons, représente une valeur de 3ooo à 35oo francs. Les bénéfices obtenus de la sorte ont été si considérables qu'en ce moment une seconde société, par actions, se forme pour s'occuper de la même pêche, et il esi à présumer qu'en devenant plus active, cette branche d'industrie maritime sera bientôt ruinée, car les Baleines ne se multiplient que lentement et, partout où la pêche en a été active, elles ont disparu plus ou moins promptement. Comme disent les fabulistes, on tue la poule aux œufs d'or et ce n'est pas par ignorance que les pêcheurs de Baleines agissent ainsi : c'est par égoïsme et insouciance des intérêts futurs de leurs concitoyens. Pour s'emparer de ces gigantesques animaux, les pécheurs norwégiens font usage d'armes encore plus destructives que les anciens harpons; ils emploient des harpons à balles expl(H sibles qui éclatent dans le corps de l'animal frappé et y produisent d'immenses dégâts; par conséquent, le carnage es*' encore plus grand qu'à l'époque où les pêcheurs basques on*' chassé du golfe de Gascogne les Baleines dont nos mer^ étaient jadis peuplées, et à l'époque plus récente où ces animaux, exterminés successivement sur les côtes des Ëtat^-

Unis et du Groenland, se sont réfugiés presque tous dans les Mirties les moins accessibles des mers circumpolaires.

Indépendamment de ces grandes pêches, la pêche côtière lui se fait journellement, soit à pied, soit dans des petits bateets qui ne peuvent se hasarder au large, est activement praiquée sur le littoral norwégien, et les produits qu'on en >btient annuellement, et que la population consomme en entier) sont estimés à environ 20 millions de francs.

En résumé, nous voyons donc que la pêche maritime est d'une grande importance pour la nation norwégienne. M. Brock évalue à plus de 5o millions de francs le revenu annuel qu'elle en lire» et, ainsi que je l'ai déjà dit, elle fait naître beaucoup d'industries accessoires qui donnent au pays des profits considérables.

La Suède doit aussi beaucoup à ses pêcheries. Après l'agriculture et la métallurgie, elles fournissent la part la plus considérable des richesses nationales ; mais, à raison de la configuration du pays, la pêche fluviale et la pêche lacustre ont là plus d'importance qu'en Norwége. On ne possède pas de données statistiques propres à nous faire connaître la valeur des produits qui sont consommés à l'état frais, sur place ou dans les villes adjacentes. La pêche spéciale du Saumon se fait dans presque toutes les rivières, mais principalement dans celles delà province de Blekinge, vers la partie sud de la côte est, et de la province d'Uppland, à l'entrée du golfe de Bothnie; ^ produits sont estimés approximativement à 85o 000 francs, et,demêmequ'enNorwége, on exporte beaucoup de Saumons ^l'état frais dans de la glace, soit pour l'Angleterre, soit pour ''^lemagne. La pêche du Hareng, dont j'ai eu l'occasion de <fi'e quelques mots dans un article précédent, se pratique ac- ^îvement depuis le Sund jusque dans les parties inférieures ^u golfe de Bothnie, où se trouve la petite variété de ce pois- ^on appelée Clupea membras, ou en suédois strOmming. L'Ile

de Gothland emploie à cette pêche plus de 600 embarcation et sur la longue ligne côtière qui s'étend depuis Kolmar ve le sud, jusque dans le voisinage de Hasparanda, au nord, 6\ occupe aujourd'hui 8274 bateaux. Sur le littoral est de Suède, elle a beaucoup décliné; cependant, de noverab 1877 à février 1878, elle s'est tout à coup ravivée et a prodo de i5oooo à 200 000 tonneaux de poissons. La Morue, laLii gue et quelques autres grands poissons sont aussi Toige d'une pêche qui n'est pas sans importance et qui se fait ei partie non loin de la côte dans le Gattégat, en partie sur l côte occidentale de la Norwége; en 1875, pendant la campagne d'hiver, 578 bâtiments pontés y furent employés, et les produits totaux de cette ^grande pêche pendant la même anné' furent évalués à environ 2000000 de francs.

Les côtes du Danemark sont également très-poissonneoses sans être cependant aussi riches sous ce rapport que celle de la péninsule Scandinave, et, à raison de la petitesse d ce pays, la pêche y offre moins d'importance qu'en Norwég et en Suède. Jadis il en était autrement : des flottes de bftti ments danois allaient au loin pêcher le Hareng et la Mora( ou même poursuivre la Baleine jusque dans le voisinage d Groenland. La ville de Copenhague y doit son origine; d( le commencement du xin*' siècle, cette branche d'indostri maritime avait procuré aux Danois de grandes richesses < avait excité à un si haut degré l'envie de leurs voisins de la coi fédération hanséatique qu'en 1242 celle-ci envoya des troupe assiéger cette capitale et, après l'avoir prise d'assaut, les vai queurs emportèrent tout le butin que leurs vaisseaux poi vaient contenir. Cette guerre ne fut pas la dernière que le D nemark eut à soutenir pour la défense de ses pêcheries av Lubeck, Hambourg et les autres villes de la Hanse allemand Mais il eut plus à souffrir de la concurrence pacifique que ^ fit bientôt la Hollande où, vers la fin du xiv* siècle. Tari

conserverie Hareng au moyen du sel prit naissance et procura ieepays d'immenses profits. Aujourd'hui la pêche est encore très-active sur quelques parties du littoral du Jutland, et par- Ucalièrement aux environs d'Elsignor où» le Sund se rétrécissant beaucoup, tout le poisson qui entre dans la Baltique ou qui sort de cette mer intérieure est obligé de passer trèsprèsde la côte danoise; mais elle n'offre rien qui puisse nous inléresser particulièrement. Je citerai seulement un singulier procédé employé par les habitants de quelques villages de la côte du Sund pour s'emparer des bandes de Maquereaux qui se montrent souvent au large. Dès que l'approche de ce poisson est signalée par des vigies qui sont en observation, les pêcheurs tendent leurs filets, puisdes hommes embarqués sur d'autres bateaux chassent devant eux les Maquereaux en leur jetant des pierres et ils les poussentainsi peu ipeu vers les engins où ils vont s'emmailler. Je ne connais pas d'autres exemples de manœuvres de ce genre, dont une description détaillée a été publiée en 1872 dans un recueil spécial, intitulé : Nordesk Tidsskrift fisheri.

Les richesses zoologiques des pays Scandinaves ne consistent pas seulement en Poissons et en Crustacés. Quelques Oiseaux de mer, principalement l'Eider, qui habitent les côtes delaNorwége, et divers Mammifères marins, tels que less Phoques et les Dauphins, donnent des produits importants. Enfin les Ours et quelques autres animaux terrestres de ces contrées fournissent de belles pelleteries qu'il ne faudra pas oublier ici; mais les renseignements que j'aurai à fournir à ce sujet trouveront mieux leur place lorsque je parlerai des pro- <iuits analogues provenant des autres pays septentrionaux, risque la Sibérie et l'Amérique du Nord.

J'avais le projet de clore mes remarques sur l'exposition ^6 la Suède et de la Norwége par quelques indications rela- ^'^esaux recherches dont la géologie de ces contrées a été ré-

comment l'objet et à leurs richesses mlnéralogiques, ma: n'ayant pas sous la main tous les documents dont je dési m'aider, je renverrai à un autre moment cette partie de ■ tâche et je quitterai temporairement la Scandinavie pour al rejoindre mes collègues du Jury, qui doivent examiner d main l'exposition néerlandaise.

kotàumb néerlandais a l'Exposition universelle. — Les sranbs travaux d'utilité publique exécutés récemment dans TM PATS. — Ses musées scientifiques et ses sociétés savantes.

^ nation néerlandaise est un peuple riches éclairé et §ral. Les conditions de son existence ont contribué a déopper en elle la prudence et la persévérance. Pour résister : revendications incessantes de la mer, l'énergie lui a été îessalre à tous les instants; plus d'une fois, pour conser- ' sa liberté de conscience ou pour résister à des armées rahissantes, elle a dû faire de grands efforts et elle a rendu : sciences des services de premier ordre. Ce peuple a dorfc >it à notre sympathie et le spectacle [de sa prospérité doit 18 plaire.

faintes preuves de la richesse des Hollandais et des pros qu'ils ont accomplis nous sont offertes au Champ-de-Mars ; is, pour fixer à ce sujet les idées de mes confrères de l'Asûation scientifique, il me suffira d'appeler leur attention * le livre intitulé : Les travaux publics dans le royaume des yS'Bas , étude historique, technique et statistique^ par Van Kerkwijk, ouvrage publié .sous les auspices de la mmission royale néerlandaise pjourP Exposition de 1878, imprimé à la Haye. Ce livre n'est pas d'une lecture facile agréable, mais il est plein de renseignements instructifs et, ur atteindre le but que je me suis proposé dans ces Cause^ s, je crois utile d'y faire quelques emprunts. La Néerlande, comme son nom l'indique, est un pays plat

- i46 — et bas, formé en grande partie par les alluvions du Rhin et de la Meuse, ainsi que parles apports de la mer du Nord; elle se trouve presque à fleur d'eau et elle est sans cesse exposée a des inondations terribles; mais, par contre, elle est susceptible de grandir, quand ses habitante, par des travaux d'endi^ement, s'appliquent à conquérir les dépôts de vase et de sable accumulés le long de diverses parties de ses côtes.

On désigne sous le nom de polders des terres endiguées dont la surface se trouve au-dessous du niveau de la mer et dont la plupart étaient jadis des tourbières, des marais, ou même des fonds de grands lacs. Dans les endroits où les courants maritimes sont faibles, les inondations et le dépôt continuel de limon apporté par la mer forment peu à peu une élévation où rherbe commence à pousser dès que la surface de ce terrain de nouvelle formation atteint le niveau des morteseaux, c'est-à-dire des faibles marées correspondant aux intervalles compris entre les temps de pleine Lune et de nouvelle Lune. Généralement on commence alors à les endiguer, et les parties séparées ainsi de la pleine mer par une barrière artificielle peuvent être facilement transformées en prairies ou en terres cultivables; mais, pour les conserver, il faut veiller sans cesse à l'intégrité des digues battues parfois en brèche par les vagues de la mer, et même, sur d'autres points, les défenses naturelles du littoral seraient insuffisantes à empêcher les inondations, si l'on n'avait pas recours à d'immenses travaux d'art.

Le long de la côte occidentale, le pays est protégé par une rangée de dunes, mais sur certains points ces amas de sable sontinterrompus, et presque partout, lors des tempêtes, le fond en est fortement affouillé; des éboulements se produisent alors dans le talus extérieur et il s'ensuit un envahissement de la mer. Des accidents de ce genre se sont souvent produits, et, lorsqu'on compare entre elles les cartes actuelles du littoral

de h province de Nord-Hollande avec la carte du Helder à

Huisduinen» dressée en 167 1 , ou avec celles de quelques autres

points, dressées en 1686, en 17 18 et en 1730, on peut facile*

ment se convaincre de la grandeur des empiétements de la

mer effectués ainsi.

Les ingénieurs hollandais sont parvenus cependant à y mettre un terme, soit à l'aide d'empierrements déposés sur le laïus sous-marin, là où le rivage est solide, ou placés sur des I>lates*formes de fascines» là où le sol est mobile, soit au moyen €le jetées disposées à peu près perpendiculairement à la direcl ^ion du courant littoral. Dans quelques endroits il suffit d'un simple paillassonnage. Mais, en d'autres lieux, il a fallu établir lei digue sur une large berme en pierre et y annexer un vaste plan incliné sur lequel les vagues viennent déferler. Enfin on «affermit le sable des dunes en y plantant des genêts et d'autres végétaux. Une des principales digues établies de la sorte est celle du Helder, le long de la côte nord de la Hollande septentrionale; sa longueur est de 4^78 mètres, sa largeur, à la crête, est de 5 mètres, sa hauteur de 3% 64 au-dessus de la haute iner ordinaire, et son talus extérieur est constitué par une pierrée dont la largeur atteint 35 mètres ; enfin, au-dessous du niveau de la basse mer, le tout est encore protégé par des pierres brutes jetées à fond perdu, par des enrochements et par douze jetées en fascinage.

Ces gigantesques travaux entraînent, comme on le pense ^ien, d'énormes dépenses; mais ce ne sont pas les seuls qui ^lent indispensables pour défendre le sol delà Hollande contre l'action des eaux. A raison du grand nombre de bras par lesquels le Rhin et la Meuse débouchent dans la mer et du peu de Solidité du sol, des travaux analogues sont nécessaires pour la Protection des berges. Ailleurs, ces moyens défensifs n'au- '^ient pas suffi et il a fallu établir des fortifications sous-ma-

fioes d'un autre genre, à l'aide de longues rangées d'énormes

pièces de bois placées verticalement, profondément enfoncée en terre par leur extrémité inférieure et fortement reliéi entre elles. Mais les pilotis disposés de la sorte, quelle qu fût leur solidité, étaient exposés à des causes de destruc tion dont, au premier abord, on ne pouvait soupçonner Texfs tence. Ainsi, en i858, lorsqu'on examina les constructions di port de Nieuwendam, village sur TY, on s'aperçut que ton' les pilotis constituant les barrages établis dans cette localité étaient devenus d'une fragilité extrême; au moindre effort ili se rompaient à fleur du sol, et cela dépendait de ce qu'ils avaient été perforés dans tous les sens par un singulier animal marin connu sous le nom de Taret. Probablement il aurail suffi d'un orage pour faire tomber le tout, et à d'autres époque^j notamment en 1780, en 1770 et en 1827, des dégâts analogues avaient été constatés sur divers points. Parfois la coque dei navires est également attaquée par les Tarets et, lorsque la présence de ces animaux fut signalée pour la première fol; dans les ports de la Hollande, on pensa qu'ils y avaient été inU€ duits par les bâtiments de commerce venant soit de l'Inde 01 de l'Amérique méridionale, soit de la côte occidentale d( l'Afrique, où ils abondent; mais on sait aujourd'hui qu'il: existaient en Europe depuis l'antiquité la plus reculée e même avant la période géologique actuelle; seulement ils ik peuvent vivre que là où ils trouvent, baignant dans l'eau de I) mer, du bois dans la substance duquel ils établissent leur de meure, conditions qui sont rarement réunies sur nos côtes si ce n'est dans des ports où l'homme a placé des jetées ei pilotis, des échises ou d'autres constructions analogues.

Les Tarets ne sont pas des vers, ainsi que le pensait Linné mais des mollusques acéphales assez semblables aux Pholade de nos plages sablonneuses, quoique de forme plus allongée et n'ayant qu'une coquille bivalve fort réduite. La nature et le affinités zoologiques de ces animaux marins ont été très-biei

mises en évidence, il y a plus d'un siècle, parÂdamson, qui avait eu l'occasion de les étudier pendant un voyage au Sénégal, mais leur anatomie et leur physiologie n'ont été étudiées attenli'veBient que dans ces derniers temps. Ce n'est pas pour s'en nourrir que lesTarets rongent le bois; de même que les Huîtres, ils vivent d'animalcules microscopiques que leur amènent les courants déterminés par le jeu de leurs organes respiratoires, ot les cavités en forme de boyaux qu'ils creusent et qu'ils tapissent d'un enduit calcaire sont destinées seulement à leur servir de demeure. Ils les allongent par le fond, à mesure qu'ils grandissent, et ils y restent sédentaires. Dans le très-jeune âlge, au contraire, ils nagent avec agilité et ils mènent une vie errante ;c'estalors qu'ils vont à la recherche d'un point appropriée leurs besoins futurs, et bientôt après ils commencent leur travail de laraudage. Les naturalistes ont beaucoup varié d'opinion au sujet des moyens à l'aide desquels les Tarets creasent leurs galeries; mais les observations de M. Harting et de M. de Quatrefages prouvent qu'ils agissent mécaniquement sur le bois. Les deux valves qui garnissent l'extrémité intérieure de leur corps sont armées de denticules et fonc* tiennent, non pas à la façon de râpes, mais à la manière de petites pinces coupantes; elles enlèvent ainsi à la substance ligneuse adjacente des particules microscopiques et l'animal, ^n tournant sur lui-même à mesure qu'il s'avance, donne à son ^fou une forme tubulaire. Lorsque les circonstances dans les- <|uelles ces mollusques se trouvent sont favorables, ils se mul- %Iient beaucoup et creusent leurs galeries avec une grande '^pidité; ainsi M. de Quatrefages cite l'exemple d'un bateau subnnergé près du port des Passages et dont la coque, dans 'espace de quatre mois, fut rendue complètement vermoulue Pftr l'action de ces animaux destructeurs. En Hollande, ainsi f^edans quelques autres pays, on a fait récemment beaucoup "expériences relatives aux moyens propres à préserver de

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leurs atteintes les pilotis et les autres bois baignés par la mer; mais jusqu'ici on n'a guère obtenu que des résultats négatifs. Ce fut principalement pour empêcher les Tarets d'attaquer les parois des navires que deux constructeurs anglais, Howardet Watson, inventèrent le revêtement métallique dont on douUe souvent la coque des bâtiments, et, en Hollande, on appliqua dans le même but du plomb laminé ou des feuilles de cuivre sur les portes des écluses. Effectivement, tant quecette espèce d'armure est intacte, elle s'oppose efficacement à Tintroduction des Tarets, mais il suffit de la moindre .fente ou du plus petit trou pour que leurs larves presque microscopiques puissent parvenir jusque dans le bois et s'y propager. Des en* duits de goudron et d'autres substances plus ou moins analogues ne sont pas inutiles, mais ne sont jamais d'une efficacité suffisante. Il y a une vingtaine d'années, on fonda de grandes espérances sur l'emploi du procédé Bouchery pour l'injeetion du sulfate de cuivre ou d'autres préparations métalliques dans la substance du bois, et une commission académique, composée de plusieurs savants, les plus éminents des Pays-Bas, fit à ce sujet une longue série d'expériences; mais on voit, par lé rapport de M. Baumhauer, que les Tarets ne se laissent pas arrètei par ces moyens. Ce qui paraît réussir le mieux, c'est l'injectioc de la créosote dans la substance du bois, mais ce préservât!n'est pas toujours efficace ;^les ingénieurs hollandais som obligés de veiller continuellement à l'état de leurs pilotis e de leurs écluses, afin d'y faire, en* temps utile, les réparatioa rendues nécessaires par les dégâts dont les Tarets sont la cause La construction et l'entretien des digues, des jetées, de estacades nécessitent sans cesse l'emploi de sommes trèsi considérables; néanmoins, le gouvernement néerlandais (ai chaque année des dépenses non moins grandes pour améliore le cours de ses voies navigables ou pour en créer de noi9 velles.

Comme exemples d'opérations de ce genre effectuées récemment, je citerai d'abord une coupure faite près de Wijk-bij- Duurstede pour rectifier la Lelc, nouveau bras de l'ancien Bas* Rhin qui va se jeter dans la nouvelle Meuse, non loin de Rotterdam. Par ce travail, commencé en 1868 et terminé en 1873, on a substitué à une rivière sinueuse, longue de 3ooo mètres et d'une navigation difficile, un bras de rivière de faible courant et profond d'au moins 4 mètres, dont la longueur n'est que de 800 mètres. Les voies de communication de l'important port de Rotterdam avec la mer étaient devenues insufflsantes, il y a un demi-siècle, et l'on dut songer à en établir de nouvelles. Dans ce but, on entreprit divers travaux domle résultat final, obtenu en 1872, a été l'ouverture d'une nouvelle embouchure de la Meuse, qui, en 1876, a donné passage à goo4 bâtiments dont 7867 navires de mer, jaugeant près de 7 millions de tonnes, et 1687 bateaux de pèche aptes itenir la mer et jaugeant 216981 tonnes. La dépense a été d'environ 21 millions de francs, mais c'était de l'argent placé i gros intérêts. Je citerai encore des travaux plus considérables, <^oinmencés en 1862 et achevés en dix ans, pour faciliter les communications du port d'Amsterdam avec la mer du Nord. Un Sfand canal maritime a été ouvert à travers la Hollande septen- Monale, presque en ligne droite de l'est à l'ouest, allant aboutir ^ns cette mer, un peu au nord de Harlem, à un port nouveau appelé Ymuiden. Les navires de fort tonnage y passent, et dès '^ mois de novembre 1876, immédiatement après son ouver- ^^re, on en vit sortir 83 bâtiments à vapeur et 129 bâtiments * Voiles. Cette coupure a permis le dessèchement de 5ooo hec- • Dresde terrains adjacents, dont plus de 4ïoo hectares ont été "^îs en culture. Les frais de l'opération se sont élevés à environ 70 millions de notre monnaie.

On évalue à 2918 kilomètres la longueur des canaux navi- R^ibles et à 191 7 273 kilomètres la longueur des rivières égale-

ment navigables qui coupent en divers sens le royaume des Pays-Bas, pays dont la superficie totale n'est que de 3 2g485gbectares et dont la population ne dépasse guère 3 800000 habitants.

Cette riche contrée possède également 15242783 kilomètres de routes entretenues avec soin. Au premier abords on pouvait donc supposer qu'elle éprouverait moins que la plupart des autres pays le besoin de chemins de fer, voies dont rétablissement devait présenter de grandes difficultés» non-seule^ ment à cause de la multiplicité des rivières et des canaax it franchir, mais du peu de solidité du sol. Cependant il en fut. autrement; dès 1837, on commença à en construire, et aujourd'hui leur longueur est de 1 762 747 kilomètres. Ils ont nécessité la construction de 695 ponts, dont g6 sont mobiles. Les viaducs établis pour la traversée de Rotterdam et les immenses ponts sur la Meuse qui relient cette ville au système des chemins de fer belges en passant par Breda, ainsi que quelques autres travaux d'art, sont des constructions gigantesques qui font grand honneur aux ingénieurs néerlandais. Pour les établir solidement ils avaient à vaincre des difficultés non moins grandes que celles dont est accompagné le percement des tunnels dans les pays de montagnes. Dans quelques endroits il a fallu travailler à une profondeur de 9 à 10 mètres sou^ l'eau et y poser d'immenses piles sur un sol de tourbe, d'ar — gile et de sable. Tout a été effectué sans accidents, et main — tenant les voyageurs vont presque en ligne droite d'Anvers à Amsterdam en quatre heures quarante-cinq minutes.

Enfin, pour terminer cette esquisse rapide et très-incomplète des principaux travaux d'utilité publique accomplis récemment dans les Pays-Bas, il me faut parler aussi des nouveaux ports ouverts pour le commerce maritime, ou rendus d'un accès plus facile, et des grands dessèchements qui ont déjà conquis de vastes champs à la culture ou qui réaiiseraflt

probablement sous peu des résultats encore plus considérables.

Le nouveau port de Flessingue, près de l'embouchure de r£scauty achevé en 1878, permet en tout temps l'entrée de navires auxquels notre magniQque port du Havre ne pourrait donner accès, faute d'une eau assez profonde*

Le dessèchement du lac de Harlem, effectué de 1840 à i854» porte aujourd'hui ses fruits. Ce lac, entouré d'abord d'une digue de ceinture et d'un canal disposé pour l'écoulement des eaux et pour le service de la navigation, fut vidé à l'aide de trois machines à vapeur mettant enjeu des pompes à piston; la quantité d'eau à épuiser fut calculée à58i millions de mètres cubes, mais il a fallu en enlever 832 millions de mètres cubes, parce quelespluieset les sourcesenajoutaientsanscesse à la masse primitive. La superficie des terrains à dessécher était de plus de 18000 hectares; 16842 hectares ont été vendus à des agronomes et plus de 292 hectares ont été transférés a l'État. La dépense totale de l'opération a été de 13789877 flo- **lns (*), dont il faut déduire 9877262 florins provenant de la ^ente des terrains conquis et de quelques autres profits ; par Conséquent, l'entreprise a coûté en réalité 44^^ ^'^ florins, Soit à peu près 9 millions de francs.

L'assèchement des étangs situés à l'est de Rotterdam fut Commencé en 1864, ^ l'aide de moyens analogues, et il a fourni « la culture 2718 hectares, non compris les*chemins qui traversent le polder et qui donnent accès aux champs. Or, en ^8^5, ces champs se vendaient environ 1800 francs l'hectare.

Snfin, entre la côte septentrionale de la Frise et l'île Amland, ^n des îlots placés en manière de ceinture au nord de l'en- ^ï*ée du Zuyderzée, il existe des bas-fonds qui découvrent à '^arée basse et qui sont entre-coupés par de nombreux ca-

(') Le florin vaut a", 1 164.

naux. Les courants littoraux en arrêtent raccroissementy et Tod pense qu'en établissant une digue entre la terre ferme et ¥t\e d'AmIand on déterminera dans cet endroit une sorte de co]. matage ayant pour effet d'élever peu à peu la surface de cette plaine sous*marine et d'en permettre l'endiguement* Les travaux de barrage furent commencés en 1872; ils sont aujourd'hui très-avancés; ils ont produit déjà des effets sensibles et l'on espère conquérir ainsi sur la mer de 12000 à aSooo hectares de polders.

Je dois ajouter que depuis quelque temps on parle très* sérieusement d'un projet de dessèchement de toute la portion méridionale du Zuyderzée, entreprise qui ferait honneur au génie hardi de la nation néerlandaise et contribuerait à en augmenter la puissance productrice.

Ces gigantesques travaux d'utilité publique témoignent toul à la fois d'une grande opulence et d'un excellent emploi des richesses acquises, mais ce ne sont pas les seuls indices ni d& la puissance financière que les Pays-Bas possèdent,, ni d^ la manière intelligente dont cette puissance s'exerce. Des œuvres d'un autre «ordre nous en fournissent également desr preuves, par exemple la fondation Teyler, dont les publications se trouvent exposées en partie au Champ-de-Mars.

En passant à Harlem, j'ai plus d'une fois visité le Masé qui porte ce nom. On y trouve réunies à des objets d'art pro près à développer le goût des belles choses chez les habitant de cette petite ville, calme et riante, une grande bibliothèqu et une magnifique collection de fossiles. Or le créateur <L cet établissement, à la fois artistique et scientifique, Pienr Teyler van der Hulst, l'a si largement doté, que non-seules — ment ses directeurs font chaque année d'importantes acqub^^ — tions, mais peuvent consacrer des sommes considérables à d^^ publications dont la Science tire profit. On remarque daii^ les vitrines du Musée Teyler le célèbre fossile décrit jadis par

- 1S5 — Scheucbzer sous le nom ô!Homo diluvii testis, mais qui, en réalité, n'est autre chose qu'une espèce de Salamandre Sîgantesque, fort semblable au grand Batracien du Japon, . dont le Muséum d'Histoire naturelle de Paris possède en ce moment plusieurs individus vivants. On y voit aussi le Si*and Saurien de Maestricht, connu sous le nom de Mo- S€uaurus Camperi; plus de 90 pièces osseuses appartenant à la grande Tortue de Maestricht; plusieurs Ptérodactyles et une multitude d'autres objets qui intéressent à un haut degré les naturalistes : par exemple, une longue série de Poissons fossiles et de Crustacés de Solenhofen. Jusque dans ces derniers temps, ces objets n'étaient pas disposés d'une manière favorable d l'étude et la plupart d'entre eux n'avaient pas éié classés; en 1861, le conservateur actuel du Musée Teyler, M. Winkler, en commença le rangement méthodique, et aujourd'hui non-seulement la collection paléontologique tout entière est déterminée zoologiquementy mais le catalogue en a été publié. On y compte 11 84i pièces et la liste de ces richesses; forme un gros volume de près de 700 pages. La collection puléontologique de Harlem a fourni aussi à M. Winkler le stijet de plusieurs autres ouvrages importants, notamment d*un Traité sur les Tortues fossiles, accompagné de 33 planches in-4» et de plusieurs Mémoires sur des Poissons fossiles. Un autre Musée d'Histoire naturelle, dont l'importance est ^ïicore plus grande que celle de la fondation Teyler, se trouve ^ quelques kilomètres de Harlem, dans la ville universitaire ^^ Leyde.Il occupe un vaste bâtiment, et il est la propriété de '*£tat. Ce bel établissement est particulièrement riche en •'Mammifères et en Oiseaux ; sous ce rapport, il n'a de rival ^^'à Londres et à Paris, et il a eu successivement pour direc- -ur deux hommes non moins laborieux que savants, Temd'abord, puis M. Schlegel, dont les travaux sont tenus grande estime par les juges les plus compétents. Si le

Musée zoologique de Leyde avait figuré au nombre de i^o^ exposants, j'aurais demandé pour lui une de nos grandes n%é^ dailles; mais il ne s'est pas fait représenter au Champ-de-Marg et par conséquent le Jury international n'avait pas le droit d*en parler.

Je regrette également de ne pasavoir eu l'occasion d'appeler l'attention de mes collègues du Jury sur un établissement scientifique destiné aussi à faire avancer les études zoologiques et créé récemment à Amsterdam par l'initiative privée. LàyUne association, dontla devise est ISaturaArtisMag^tra, a fondé une magnifique n^énagerie, un musée et une bibliothèque spéciale qui s'accroissent chaque jour; elle fait aussi de belles publications^ et elle est remarquable pour la bonne installation de ses divers services.

Les Hollandais ont depuis longtempslegoût des collections- Chez eux, plus d'une maison particulière est un musée de peinture, et les herbiers, ainsi que les cabinets d'Histoire naturelle, formés jadis par de simples collectionneurs, ontacqais une juste célébrité, due non-seulement aux richesses qui s'y trouvaient réunies, mais surtout aux publications scientifi-^ ques dont ils ont été l'objet. Ainsi, vers le commencement du siècle dernier, un pharmacien d'Amsterdam, Albert Seba, sans être un grand savant (loinde là], se fit un nom honorable dans la Science pour avoir formé une immense collection zoolo— gique et en avoir fait figurer les diverses parties dans un ouvrage iconographique en 4 gros volumes format in-folio, in- • titulé : Locupletissimi rerum naturalium Thesauri accuraia description Cette dernière désignation n'est pas justifiée» mais les gravures, au nombre de 44^^ sont très-belles, et aujourd'hui j encore elles sont journellement consultées par * les zoologistes.

Je citerai également ici le nom d'un riche banquier d'Amste^ dam, Cliffort, qui, en 1735, accueillit généreusement chez loi

l'illustre Linné, lorsque celui-ci^ jeune encore et peu connu^ se rendit en Hollande» dénué de ressources. A cette époque, Linné poursuivait ses études à Hambourg, mais, ayant eu le malheur de déplaire fortement à Anderson, le bourgmestre de cette ville, pour avoir démontré qu'une prétendue Hydre à sept tètes, dont celui-ci avait fait l'acquisition, n'était autre chose que le produit d'une supercherie, il alla chercher asile en Hollande et y fit la connaissance d'un auteur bien connu de tous les naturalistes, Gronovius, qui le présenta au célèbre médecin Boerhaave. Ce savant généreux, à qui la Science était déjà redevable de la publication de la Biblia naturœ de Swammerdam, lui fournit les ressources pécuniaires nécessaires pour faire imprimer un ouvrage destiné à devenir célèbre, mais encore à l'état de manuscrit : le Systema na^ ^urœ(^). Clîffort, qui était un des amis de Boerhaave, et qui possédait à Harlecamp, entre Leyde et Harlem, un beau jardin botanique, s'intéressa vivement au jeune Linné; il l'installa chez lui et mit à sa disposition tous les moyens de travail ; ensuite il obtint d'une société savante la publication complète de la Flora ^aponica, fruit des premières explorations du grand botaniste suédois (*); enfin il l'employa au rangement de ses herbiers, à la rédaction d'un autre livre de Botanique qui parut peu de temps ^près sous le titre deiHortus cliffortianus ; il le traita comme Un fils et il contribua puissamment à le tirer de l'obscurité. Gro- 'fiovius, Boerhaave et ClifFort rendirent ainsi aux Sciences naturelles un service de premier ordre, car les travaux de Linné, portés par leurs soins à la connaissance du public, ne tardèrent pas à exercer sur la marche de l'Histoire naturelle une

influence immense. Si c'est à la Suède qu'appartient la gloire

(*) La première édition de ce grand travail, condensé en i4 pages infolio, parut à Leyde en 1735.

(') Ce livre fut imprimé à Amsterdam en 1787; la première partie en ^vaitété publiée précédemment dans les u^c/tf litteraria Sueciœ pour 1732.

- 15» d'avoir donné naissance à Linné et d'avoir développé ce gra^ i esprit» c'est à la Hollande que revient le mérite d'avoir, la p»i mière, compris la valeur de cet homme de génie et dejui av:c fourni les moyens de conquérir dans la Science le rang élei dont il ne descendra jamais.

Les associations scientifiques, de l'ordre de celle dont f viens de parler, n'ont pas cessé de prospérer dans les Pays»Ba^ et c'est avec satisfaction que j'ai vu la principale d'entre elle^ la Société hollandaise des Sciences, dont le siège est à Har^ lem, figurer au Champ-de-Mars. Fondée en 1752, elle publia, de 1754 a 1793, un recueil de Mémoires formant 3o volumes in~8»; de 1799 a 18449 elle fit paraître une seconde série de Mémoires en 24 volumes; en i845, elle donna plus d'exteih sion à ses actes, qui occupent aujourd'hui plus de 3o volumes format în-4^; enfin, pour rendre ses travaux faciles à consulter pour ceux qui ne lisent pas le hollandais, elle publie; depuis 1866, en français, des résumés de ses Mémoires. G nouveau recueil, intitulé Archives néerlandaises des Science^ exactes et naturelles, est dirigé par le secrétaire de la Société M. E. von Baumhauer, et compte maintenant 12 volumes. J( dois rappeler aussi que la Société hollandaise des Sciences ouvre annuellement des concours pour des travaux relatifs i des points spéciaux, et qu'elle accorde des subventions, soi pour faciliter la publication d'ouvrages importants, soit pou aider des explorateurs dans l'accomplissement de certaine missions scientifiques. Ainsi, en 1875, elle contribua pou une somme de 4ooo francs aux frais dé l'expédition néerlan daise à l'île de la Réunion, dont l'objet était l'observation ripassage de Vénus sur le disque du Soleil, et la même annà elle accorda pareille somme à la Société néerlandaise pou l'encouragement de l'industrie nationale. Cette dernière Cok pagnie, fondée en 1777, et dont le siège est également à Hai lem, publie depuis i833 un journal, qui se compose mainte

nant de 4^ volumes i et elle a ouvert à Harlem un Musée spécial pour les produits coloniaux.

Les colonies néerlandaises contribuent aussi beaucoup à l'avancement des sciences. Batavia possède plusieurs Sociétés savantes, dont les publications sont exposées au Champ-de- Ai'ars, et il existe aussi dans cette ville, située si loin de la nnère*patrie, un Observatoire dont les travaux sont fort esti* unes. Dans TExposition collective organisée par les soins du ministre des colonies, les naturalistes remarquent une grande oollection d'échantillons de bois, accompagnée d'un herbier, ^M6 belle carte de Java, un important ouvrage iconographique sur les poissons des mers des Indes orientales, par Bleeker, olservateur soigneux, que la Science vient de perdre. On ssit d'ailleurs que de tout temps les Hollandais se sont appli* .<iaés à faire connaître les produits naturels des parties de l'extrême Orient où, en s'établissant, ils ont introduit la civî- Hsaiion européenne. Ainsi, déjà au xvii" siècle, lorsque la puissance de la Hollande était dominante dans Tlnde continentale, aussi bien que dans les îles adjacentes, le gouverneur des établissements de la côte du Malabar, H. Van Rhude I^raakuistien, y réunit les matériaux d'un grand ouvrage sur les ï'ichesses végétales de cette région; son livre, intitulé : Hortus '^^baricusy forme 12 volumes in-folio et contient 794 planches habilement exécutées. Vers la même époque, George ^«mpf (plus connu sous le nom de Rumphius) profita d'un long séjour à Âmboine pour faire connaître la faune aussi ^îen que la flore des lies Moluques ; devenu aveugle, à Tâge ^e quarante-trois ans, il n'en poursuivit pas moins activement ^ tâche, et, en 1790, il acheva le manuscrit d'un grand ouvrage ^n 7 volumes in-folio sur Vherbier d^Jlmboine, mais il n'eut P^s le temps de le publier lui-même, et ce fut seulement un ^^mi-siècle après sa mort que ce livre, imprimé par les soins ^'^n botaniste d'Amsterdam, J. Burmann, a pu paraître.

On doit aussi à Rumphius un livre important sur les produits naturels de la mer des Moluques, intitulé : Jmboinische Rariteit'Kamer, dans lequel on trouve bien figurés pour la première fois un grand nombre de Crustacés fort curieux, tels que ranimai intermédiaire aux Crabes et aux Ecrevisses, que les zoologistes modernes appellent le Birgus latro^ et la Li-mule, être encore plus singulier, qui tient à la fois des Crustacés et des Arachnides, et qui habitait les mers d'Europe lors du dépôt des calcaires lithographiques de Solenhofen.

Je n'essayerai pas d'énumérer ici tous les travaux anciens dont les sciences naturelles sont redevables aux colons bollandais, et je me bornerai à rappeler que de nos jours le voyageur Sieboldy dont les collections sont en majeure partie conservées à Leyde dans un musée spécial, a contribué plus qoe tout autre à nous faire connaître les productions naturelles du Japon, et que le Gouvernement a fait publier, en 184^, par les soins de Temmink, un grand ouvrage sur la Botanique, la Zoologie et l'Ethnographie des Indes néerlandaises, en 6 volumes in-folio (*). En ce moment, je n'aurais aucune publication hollandaise de même importance à signaler aux lecteurs du Bulletin de l'Association scientifique; mais, lorsque l'influence civilisatrice des Pays-Bas se sera étendue sur la totalité de Sumatra, nous devons espérer que leurs naturalistes feront pour cette grande Ile ce qu'ils ont si bien fait pour Java et pour Âmboine.

Pour terminer cette esquisse de l'exposition des prodai du travail scientifique dans la section néerlandaise, je devrai parler des améliorations introduites récemment dans 1 grands établissements d'instruction publique, dont les pi importants sont situés à Leyde et à Utrecht, ainsi que de

( ' ) Verliandelingen over de Natuurlijkt: gescfùedenis der Nederlandsck^ overzeesche bezittingen; ouvrage accompagné de nombreuses plancton coloriées.

mesures prises par le Gouvernement hollandais pour renforcer l'enseignement secondaire et renseignement primaire; mais je préfère réserver pour un autre moment Texamen de toutes les questions de cet ordre, dont on se préoccupe partout.

Dans mes visites à l'Exposition, j'ai recueilli, sur l'état actuel des industries en Hollande, notamment sur les pêcheries, qui ont été la première source des richesses de ce pays, divers renseignements qu'il serait, ce me semble, utile de consigner ici ; mais> avant de revenir sur ces questions, dont je me suis déjà occupé, peut-être trop longuement, en parlant de la Norwége et de la Suède, je voudrais appeler l'attention de mes lecteurs sur des résultats d'un autre ordre obtenus d'abord par les marins, et, aQn de montrer l'enchaînement naturel des choses dont j'aurai à parler, il me faudra jeter un coup d'œil rétro* spectif sur les découvertes des anciens navigateurs. Ce sujet m'amènera nécessairement à m'occuper du Portugal, pays où d pris naissance le goût des expéditions lointaines ayant pour but, non la piraterie ou le commerce, mais l'exploration scientifique de régions inconnues. La Géographie, dont l'étude était chez nous fort négligée jusqu'en ces derniers temps, reprend faveur aujourd'hui ; elle occupe à l'Exposition universelle une place importante, et, pour apprécier les services qu'elle nous rend maintenant, il me semble utile de rappeler brièvement les services qu'elle nous a rendus autrefois. Dans «ne prochaine causerie j'en dirai donc quelques mots.

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