SIXIÈME PARTIE
rRO DOMO MEA
On reconnaît bien
L y a cinq ans, le refus de ma thèse sur la fécondation artificielle eut, dans la presse, un tel retentissement qu'elle fut tirée par le journal Barrai, au chiffre énorme de cent vin^n mille exemplaires, là l'esprit français.
sympathique à tout ce qui est opprimé, même lorsqu'on l'est justement.
Si ma thèse avait été reçue, elle allait s'enfouir dans un recueil annuel, au milieu de tant d'autres, où elle passait inaperçue de toute notre génération, restant ainsi à l'état de lettre morte.
Je ne veux pas rechercher si mes juges ont eu tort ou raison en refusant ce travail, ils ne relevaient que de leur conscience, et à ce titre je dois m' incliner. Mais, certes, ils ont été à l'encontre de leur but, ils craignaient une publicité malsaine en sanctionnant de leur autorité une thèse qui leur semblait sortir du domaine exclusif de la fantaisie, et son refus n'a été motivé que parce que je n'apportais pas la preuve des succès consignés dans ma statistique.
duelies preuves voulaient-ils donc que je leur apportasse ? Etait-ce des certificats légalisés par M. le Maire?
Mangin, d'illustre mémoire, en avait par milliers, ce qui n'empêchait pas la bonté de ses crayons, mais c'eût été là un
moyen bien indigne d'un postulant au doctorat.
Du reste, mes juges savaient cependant que la première vertu du médecin était la discrétion la plus absolue; donc, il leur a été facile de trouver un motif d'exclusion contre lequel je ne pouvais aucunement protester. C'est du reste ce que j'ai fait.
Mon passé modeste, mon travail incessant devaient être, aux yeux de mes juges, une garantie pour la rectitude de mon avenir, mais ils ne l'ont pas compris et m'ont fait involontairement une notoriété que je n'ai pas cherchée et que je subis encore aujourd'hui, plutôt que de m'en féliciter, car si on a pu dire : « Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire », je puis dire : « Heureux les inconnus, car il est des légendes difficiles à supporter pour un coeur sensible et droit. »
Si personnellement je n'ai pas eu à me louer du bruit qui s'est fait autour de mon nom, du moins, l'idée que je défendais est connue aujourd'hui de tous les médecins,
et, si tous ne pratiquent pas encore la fécondation artificielle, c'est qu'il y a, de leur part, certains préjugés qui ne peuvent pas disparaître du jour au lendemain.
Par contre, il est vrai que d'autres médecins, moins timides, en font une spécialité trop bruyante, la juste mesure n'est pas toujours gardée et la dignité professionnelle en est atteinte d'autant. C'est pour obvier à cet abus que nous nous efforçons de vulgariser les moyens de pratiquer cette opération avec succès, de définir les indications où l'opération devient légitime et d'en remettre l'application entre les mains du médecin de la famille.
Si quelques esprits mal disposés nous blâment encore dans nos tentatives de vulgarisation, alors même que nous nous servons de l'illustration, qu'ils sachent, au moins, que notre but est louable et complètement désintéressé.
En efîel, nous donnons nos procédés sans arrière-pensée, nous démontrons la valeur du moyen et la simplicité de l'opé-
ration. Que peut-on faire de plus pour convaincre, puisque nous ne demandons pour nous aucun monopole ?
Il y a une quinzaine d'années, nous avons fait une campagne semblable en faveur du magnétisme qui n'était pas alors en grand honneur, et personne ne se doute, pas même les médecins qui croient avoir découvert l'hypnotisme, que nous avons publié six volumes sur la matière et dirigé pendant deux ans un journal où tous les faits récemment découverts dans nos hôpitaux sont relatés tout au long.
Dernièrement encore, nous démontrions par le livre et parla pratique qu"un service téléphonique permanent pouvait être d'une grande utilité au point de vue des secours rapides .entre malades et médecins. Nous sommes convaincu que dans dix ans ces consultations seront à la mode et que quelqu'un les découvrira de nouveau, alors qu'on ne parlera plus de nous. Mais peu nous importe, nous semons des idées utiles, d'autres en récolteront les profits, tant il
est vrai que ce ne sont pas ceux qui tirent les marrons du feu qui les mangent; mais nous demandons au moins l'épitaphe suivante quand l'heure en sera venue :
// ////' sera beaucoup pariloiiiié, Car il s'est beaucoup rciiiiii'.