‹ Nouvelles causes de stérilité dans les deux sexesChapitre 42 sur 53 · DE LA DIGNITÉ PROFESSIONNELLE · texte numérisé non relu

DE LA DIGNITÉ PROFESSIONNELLE

Toutes les opérations peuvent se diviser en deux catégories, les opérations de coni plaisance et les opérations de nécessité.

Tout médecin qui fltit une opération de complaisance manque à son devoir, c'est chose admise au point de vue de la dignité professionnelle, mais où s'arrête le terrain de la complaisance et où commence ce qu'on appelle l'opération de nécessité ?

Au seul point de vue qui nous occupe ici, disons toute notre pensée.

Qu'on vienne dire à un médecin qu'on n'a jamais vu: « Passez donc, cher docteur, au n° 34 de telle rue, vous y verrez un hôtel meublé, vous monterez au troisième étage, chambre 22, vous trouverez ma femme au lit; j'ai laissé un petit flacon sur la cheminée, vous y prendrez une semence

qui me paraît excellente, servez-vous-en et rendez-moi père le plus tôt possible. Q.uant à moi, je pars pour la chasse, voici 25 louis pour vos honoraires.

Je conçois qu'on qualifie cette façon d'agir «: une opération de complaisance » et qu'elle mérite le blâme des moralistes.

Mais lorsqu'un médecin donne ses soins depuis plusieurs années à une famille, si on lui /ait part du désir légitime qu'on a d'avoir des enfants, s'il s'enquiert des causes de la stérilité, s'il traite ces causes pendant six mois, un an, deux ans même, sans résultats, et si le cas d'une fécondation artificielle est nettement indiqué, est-ce donc faire une opération de complaisance alors qu'il sait que son intervention peut être utile pour empêcher la désunion et peutêtre même l'adultère ?

Chaque jour le médecin est appelé à donner des soins très intimes dans les familles, il y exerce sa profession d'une façon toute patriarcale, il est généralement aimé comme un père vénérable, on se

confie h lui dans les cas les plus épineux, il est arbitre dans bien des circonstances délicates, il remplace le prêtre dans sa mission de charité et de pardon ; en un mot, son sacerdoce devient un tribunal de conciliation où sa conscience s'exerce sans s'émousser, au contact des misères humaines.

Que vient-on parler de morale et de dignité professionnelle alors que, vieilli sous le harnais, le médecin sait mieux que personne ce qui est juste, ce qui est bien, ce qui est droit dans l'exercice de son art?

A ce sujet, j'emprunte au Roubaud dans l'admirable chapitre qu'il a consacré à la fécondation artificielle, les réflexions suivantes : « Le médecin compromet son hon- « neur et sa dignité quand il se fait le com- « plice d'intentions coupables, comme « dans les avortements ; quand il se prête à « des désirs licencieux, comme le frotte- « ment clitoridien chez les femmes éroto-

' Trailc de l'impuissance et de la stérilité chei l'homme cl che^ la femme; 3" édition, p. 782. Librairie Baillière et fils.

« mânes; quand il obéit aux caprices d'un (( malade ou lui rend des services de do- « mesticité, sans que l'état de maladie légi- « time ou les uns ouïes autres ; mais il ne « déchoit ni dans son estime, ni dans celle « du public, ni dans celle de ses confrères, (( quand il tente une opération inoffensive M pour contre-balancer les conséquences « d'une infirmité incurable, et dans le but (( d'assurer le repos d'une famille et de préu venir des catastrophes.

« C'est tout à la fois augmenter les resa sources de notre art et faire oeuvre essence tiellement morale. »

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