‹ Nouvelles causes de stérilité dans les deux sexesChapitre 43 sur 53 · LEGITIMITE DE LA FECONDATION ARTIFICIJÎLLE · texte numérisé non relu

LEGITIMITE DE LA FECONDATION ARTIFICIJÎLLE

OTKE code français admet des circonstances atténuantes, même pour les crimes qui paraissent à première vue, les plus épouvantables ; cela est juste et raisonnable, car il est des situations bien dignes de pitié, à plus forte raison doit-il en accorder pour certains péchés véniels.

Voici un homme très surmené par les affaires, il a tous les tracas d'un gros établissement qu'il a su créer par son intelli-

gence et son activité ; il est resté presque chaste dans toute sa longue carrière de luttes, de travail et de privation ; sa situation se dessine enfin, son dernier inventaire lui promet un avenir sérieux ; c'est alors qu'il, songe à se marier.

Il est bien bâti, bien portant, il a 45 ans avec un cœur tout neuf; il se marie avec une jeune fille de 22 ans, se promettant de vivre maintenant au milieu des joies de la famille et d'avoir beaucoup d'enfants.

Mais il a trop compté sur ses aptitudes, sur sa jeunesse relative, il constate avec le plus amer chagrin qu'il est au-dessous de ses devoirs, il est atteint de frigidité sans le savoir; le moral s'en mêle, il était presque vaillant la veille, il est au-dessous de zéro le lendemain, aue faire ? que dire ?

L'épouse s'étonne, la belle-mère se récrie, le beau-père le traite de farceur, prétend qu'il a trop fait la noce !

Il consulte un médecin, qui constate une frigidité atrophique par défaut d'exercice. Que faire en pareille occurence ? Il ht

des livres érotiques, va voir des filles savantes qui lui donnent des éclairs de

vaillance, mais finalement, il rentre l'oreille basse au lit conjugal; brûlé de désirs, il dépose son offrande au seuil de l'autel.

Les mois, les années se passent, il a tout fait, tout essayé, mais il attend toujours l'été de la Saint-Jean, alors qu'il ne constate qu"e l'hiver d§ la Saint-Martin. Sa femme, de son côté, se désespère et se lamente ; il n'est question le soir, la tête sur l'oreiller, que

32é NOUVELLES CAUSES DE STÉRILITÉ

de bébés roses, que de poupons joufflus, et

lui de soupirer.

Bientôt l'épouse se déprave par des exercices de fille, elle désire tant un enfant

qu'elle jette sa pudeur par-dessus les moulins ; elle obtient de son mari des demisatisfactions, mais elle se décourage vite, elle en vient à rêver l'adultère et s'y prépare lorsqu'un moyen pratique et honnête tombe enfin sous ses yeux.

Dites-moi, casuistes et moralistes, qu"eussiez-vous fait à la place de cet honnête homme qui n'a été, après tout, qu'une victime du travail pendant toute sa jeunesse ? Eussiez-vous permis ou toléré l'adultère plutôt que de recourir à un moyen rationnel, efficace et salutaire ?

Cette histoire, on le sent bien, est vraie dans tous ses détails, et aujourd'hui, le mari moralement rassuré du côté de sa valeur, a retrouvé sa ^--^f-C^^ vis,ueur en-

dormie et démontre à sa femme, par le cinquième enfant, venu sans aide, que tout

peut arriver quand l'éteignoir de l'imagination n'est plus là pour vous faire baisser pavillon.

La fécondation artificielle, pratiquée dans ces conditions, n'est-elle pas légitime ? bien plus n'est-elle pas le seul traitement rationnel et moral, car si l'on met en parallèle' le premier traitement prescrit contre la frigidité, nous pensons que notre méthode est plus infaillible et surtout plus honnête.

Voilà pour l'homme une opération justifiée ; voyons la même justification du côté de la femme ; de la sorte nous aurons montré deux types bien caractérisés, où la fécondation artificielle est indiquée comme étant la seule et dernière ressource des conjoints.

Une jeune et superbe fille de 18 ans, appartenant à l'une de nos meilleures familles, avait reçu une éducation complète, tant au point de vue des lettres et des sciences, qu'au point de vue des exercices corporels. A 15 ans elle montait à cheval en véritable écuyère, elle en avait la passion

et plus d'une fois, elle avait, dans ses courses, fatigué son père, jeune et vaillant colonel de chasseurs; elle sautait volontiers les fossés et les haies sans jamais ressentir de fatigue.

On la maria à un jeune souslieutenant ^ pleirude vi- '

gueuretde santé : tout faisait espérer au jeune ménage unelignée nombreuse,iln'en futrien.

^ On vint à Paris, on consulta nos grandes célébrités qui ne trouvèrent rien, ni du côté^de l'époux, ni du côté de l'épouse, si ce n'est cependant une légère flexion du col en arrière; on prescrivit le repos génital, des douches lombaires, une ceinture hypogastrique, la suppression du cheval, cause probable de la déviation ; on permit seu-

lement b promenade en voiture, la jeune femme presque couchée ; enfin un régime

convenable.

Rien n'y fit; deux ans furent perdus a la recherche de ce merle blanc qu'on nomme le redressement utérin. On prescrivit alors des positions variées dans les rapprochements, le pessaire de Gariel fut appliqué dans le rectum et finalement on recourut à la fécondation artificielle en desespoir de cause, alors que tous les moyens médicaux et chirurgicaux avaient été tentes. Le succès fut complet et aujourd'hui notre jeune ménage a deux enfants ; le deuxième est venu naturellement.

La fécondation a-t-elle encore été légitime ici? .

Evidemment oui! car trois de nos illustres maîtres en gynécologie avaient traité cette jeune femme pendant plus de trois ans sans succès. 11 est vrai qu'aucun moyen héroïque n'avait été tente, alors qu'elle aurait pu si facilement tomber dans des mains moins prudentes qui l'eussent

probablement rendue stérile tout au moins. Car il est une règle qui ne souffre aucune exception : moins on louche à V utérus sain, plus il est apte à être fécondé. C'est un peu en raison de cette règle que nous mettons parfois tant de hâte dans l'application de notre méthode, alors que réellement nous ne rencontrons pas une maladie justifiant un long traitement, qui du' reste nous paraît bien inutile dans les déviations. C'est pour ces cas que nous demandons de l'indulgence pour notre précipitation.

Page 1