RENDEZ-VOUS PRIS
ORsau'uNE fécondation artificielle est arrêtée, que rien ne s'oppose à son exécution, il est indispensable de s')' préparer comme s'il s'as;issait d'une opération grave:
il faut s'y consacrer exclusivement sans préoccupation d'aucune sorte.
Le moment le plus propice, reconnu
pav rexpérience et par le travail physiologique qui se fait du côté de l'ovaire est l'époque de la menstruation : l'avant-veille ou la veille chez certaines femmesklont la menstruation est précédée d'une affectivité plus grande dans la recherche de l'époux ; le lendemain ou le surlendemain des règles chez d'autres femmes plus froides qui ne conçoivent que peu d'élan au début des règles et qui éprouvent un grand soulagement au moment de la fin de la crise cataméniale; il tant en un mot rechercher le moment psychologique chez toutes.
Il en est même qui ne peuvent être fécondées que pendant l'époque menstruelle, celles surtout qui éprouvent dans ce moment un véritable rut et recherchent instinctivement les rapprochements. Il ne faut pas oublier que le sang des règles est sans aucune influence sur la vitalité des spermatozoaires et surtout il faut savoir combattre le préjugé populaire qui consiste à croire qu'on ne peut engendrer à cette période
que des enfants malsains ou, pour le moins, rouges de cheveux.
Le milieu où se passe l'acte final de la conjonction des éléments histologiques reste sans influence sur ces éléments; l'ovule est entouré de son enveloppe protectrice et ne peut subir aucune altération du fait des humeurs dans lesquelles il baigne ; mieux vaut saisir l'ovule au moment de sa déhiscence que de laisser échapper l'occasion, car tout ovule non fécondé subit les lois de la macération, tandis que, lorsqu'il est fécondé, rien ne l'altère plus.
Il est donc utile .de savoir saisir l'instant précis, et, au besoin, de le faire naître par des conseils délicatement donnés aux époux inexpérimentés.
L'époque devra être discutée entre le médecin et les intéressés ; c'est alors que le rendez-vous est fixé d'une manière précise et chacun doit s'y soumettre, toute afi"aire cessante.
Le Heu du rendez-vous peut avoir son importance, car il est des maris dont l'é-
motion est telle en semblable occurrence qu'il est impossible de donner suite à l'opération et qu'il faut la remettre à plus tard, alors que souvent il est déjà trop tard pour cette période menstruelle.
Le médecin doit prévoir et quelquefois se plier à des considérations morales et sociales qui militent en faveur de telle ou telle solution, de tel ou tel choix.
Le rendez-vous est donc pris, soit au cabinet du médecin, soit au domicile des époux; il serait même convenable que ce fût toujours au domicile des époux, et non ailleurs, qu'une pareille opération se pratiquât, mais comme il est encore des préjugés à vaincre ayant que la fécondation artificielle soit admise par tous, il faut savoir se soumettre aux désirs des intéressés qui veulent presque toujours garder l'incognito non pas pour eux souvent, mais pour leur entourage, car on sait que le médecin est lié par le secret professionnel le plus absolu, et que, mieux que le confesseur, il sait s'y renfermer.
Quel que soit donc le lieu choisi, il faut que les époux se sentent absolument chez eux, à l'abri de toute indiscrétion et de toute surprise, qu'ils soient seuls et bien seuls, isolés de tout bruit, car le mari n'aura la plénitude de ses moyens qu'à cette condition.
PROCl'-DÈS OPÉRATOIRES
N nous rendra cette justice que, tout en traitant un sujet scabreux au point de vue de la morale et des mœurs, nousnous sommes toujours exclusivement cantonné dans le langage scientifique, déjouant ainsi les curiosités malsaines et les espérances de luxure que certains lecteurs recherchent dans les écrits de ce genre.
Nous sommes cependant obligé d'entrer parfois dans des détails intimes, mais la science a sa pudeur et la profession sa dignité; nous disons juste ce qu'il faut dire pour être clair, mais pas plus; c'est au lecteur à deviner ce que nous ne pouvons pas dire par respect des convenances.
Disons donc, puisque nous sommes au cœur même de la question, que deux cas peuvent se présenter au moment de l'imprégnation : ou l'époux est valide, ou il ne l'est pas.
Dans le premier cas, les rapports sont normaux et le médecin peut aussitôt recueillir la semence où elle est naturellement déposée; pour cela, il s'arme du spéculum qui est dans la couveuse placée à la tête du lit; aussitôt introduit, le médecin prend l'injecteur dans cette même couveuse et assèche tout le vagin de la semence qu'il y trouve, de façon à démasquer le col utérin; c'est alors qu'il introduit le bec de son injecteur et le fait pénétrer aussi profondément que possible sans toutefois blesser sa cliente; il
injecte ainsi environ un centimètre cube de la semence en s'assurant qu'elle reste dans l'utérus; après quelques secondes, il retire l'instrument et observe si la semence fait retour en masse ou si elle reste dans la cavité. C'est alors qu'il coiffe le col à l'aide du tampon d'ouate qui se trouve encore dans la couveuse, il retire enfin le spéculum et laisse la patiente au repos pendant deux heures au moins.
Dans le deuxième cas, le mari est inapte à remplir ses devoirs complets, et c'est peut-être ici que la fécondation artificielle justifie le mieux son intervention et sa nécessité. Nous avons dit que la semence du mari avait toute sa valeur au point de vue histologique, il faut donc que celui-ci nous la livre sans lui faire perdre ses propriétés fécondantes, c'est-à-dire sans abaisser sa température et sans que l'air extérieur vienne la modifier.
Voici comment il faut procéder : Dans une chambre très chaude, revêtir un préservatif de choix, un quart d'heure au moins
avant l'opération, de taçon à lui communiquer une chaleur naturelle, se tenir à portée de la couveuse, et lorsque le sperme est produit, faire glisser le préservatif et son contenu dans l'appareil et appeler le médecin aussitôt.
Le manuel opératoire devient le même que dans le premier cas et l'opération est taite d'autant plus vite que le spéculum a été préalablement placé et maintenu par la femme dans la situation qu'elle doit avoir.
Observation. — Des auteurs ont proposé, avec bonne foi, une troisième méthode pour recueillir la semence; ils ne veulent, dans aucun cas, la recueillir au fond du vagin alors même que le mari jouirait de toute sa virilité, pour cette excellente raison, qu'une semence versée dans le vagin se mêle, à un produit acide, à du mucus et à de l'épithéhum desquamé, c'est-à-dire à des corps étrangers qui viennent modifier cette semence et vont être, après l'injection, des agents perturbateurs du milieu utérin ; c'est
alors qu'ils ont proposé de recueillir la semence dans le pli de l'aine, préalablement lavé à l'alcool et soigneusement essuyé.
La méthode est séduisante et paraît tout d'abord rationnelle, nous l'avons essayée dans trois ou quatre circonstances, mais nous avouons qu'elle ne nous a jamais donné aucun résultat; aussi, sommes-nous revenu à la méthode naturelle, tout en tenant grand compte delà valeur de l'argument donné par Içs auteurs de la théorie du pli de l'aine.
C'est ainsi que, lorsque nous sommes en présence d'une acidité vaginale marquée, que nous trouvons, en un mot, une muqueuse vaginale agrémentée de produits morbides, alors qu'un lavage complet avait été prescrit deux heures avant l'opération, nous faisons un nouveau nettoyage complet du vagin un quart d'heure avant tout rapprochement. Ce dernier nettoyage se fait à l'aide du coton hydrophile absolument sec, les culs-de-sac sont soigneusement
inspectés et appropriés, c'est alors que nous sommes certain de ne trouver aucun corps étranger pouvant se mêler à la semence.
Nous croyons donc que l'émission du sperme dans le pli de l'aine doit être rejetée comme ne donnant pas une garantie suffisante pour la conservation de la semence. En outre, c'est un moyen beaucoup trop répugnant pour être accepté parles époux et, de plus, il est sans nécessité pratique.