VŒUX
POUR l'avenir
ORS du passage de notre thèse, nous prévoyions si bien les orages que soulèverait une semblable question que nous formulions les vœux suivants :
« La fécondation artificielle ne doit plus désormais se cacher dans les coulisses de la science médicale. C'est au grand jour qu'elle mérite maintenant d'apparaître.
« Pour faire apprécier la fécondation artificielle par le public médical entier, nous
souhaitons la voir pratiquer dans un service officiel, où l'on tiendrait un registre d'observations très détaillées, mentionnant l'âge des époux, la date du mariage, les obstacles observés, le nombre des imprégnations, les époques de celles-ci relativement aux règles, le procédé opératoire, et enfin les succès et insuccès aux divers âges. De la sorte, les jeunes médecins pourraient puiser là un enseignement salutaire, et, torts de l'autorité d'une semblable institution, ils rendraient de grands services dans leur clientèle.
« Nous croyons que la Faculté de Paris pourrait, sans déchoir, organiser un service semblable en le rattachant à sa chaire de gynécologie.
« Elle a des professeurs éminents dont la parole ferait autorité dans le monde entier ; ce ne serait pas là un médiocre service, car il aurait l'avantage d'être officiel, partant de là, de ne pas être suspect dans les statistiques, et les conclusions qu'elle tirerait après quelques années d'exercice seraient articles de loi pour tout le monde,
alors que dans la pratique libre il est si difficile d'imposer une conviction. >'
Ces paroles n'étaient-elles pas empreintes de sagesse et de complet désintéressement, car nous n'avons jamais rien fait pour monopoliser la pratique de la fécondation ni même pour en faire une spécialité ; nous habitions alors la campagne à quelques lieues de Paris, où nous exercions la médecine en simple praticien, cherchant modestement à soulager les maux ordinaires de ^ l'espèce humaine.
Le succès seul nous a permis de nous fixer à Paris, pour répondre aux sollicitations de plus en plus nombreuses des familles qui demandaient notre intervention ; c'est ainsi que nous sommes devenu spécialiste sans le vouloir, acceptant riches et pauvres avec la même sollicitude, car les riches n'ont pas seul le monopole d'aimer les enfants. L'ouvrier, rentrant au logis, est heureux d'y trouver un enfiint qui l'y rattache d'autant plus qu'il l'a désiré longtemps ; il le choie, le câline, le dorlote
sinon avec plus de bonheur que le bourgeois, mais certes' avec plus de sollicitude et d'amour que le riche au sein de ses splendeurs et de son oisiveté. L'ouvrier sans famille devient trop souvent un pilier d'assommoir où il se console de ses illusions familiales perdues, pour ne pas lui tendre une main secourable quand on peut. Lui faciliter la venue d'un enfant, c'est sûrement le moraliser et le grandir ; c'est du moins l'avis de ceux-là qui nous doivent leur bonheur le plus pur ; et nous savons que leur reconnaissance est égale à leur joie.
Nous souhaitons donc ardemment, lorsque nous ne seronS plus là, que le modeste artisan trouve, dans un service public, les avantages de la gratuité qu'il rencontre chez nous ; c'est du moins le vœu d'un père qui paie ici le tribut de reconnaissance qu'il doit à la fécondation artificielle.