LA DILIGENCE
Laissez passer la diligence; Le postillon n'est pas manchot ; Les chevaux savent bien d'avance 'Qu'ils vont chez la mère Michaud.
On y vend le son, la recoupe,
Eh ! allez donc, la chaloupe ; Et du vin qui n'a qu'un défaut..
Eh ! allez donc, moricaud !...
C'est qu'elle est fine, et forte et belle. L'aubergiste du Cœur joyeux !
Les postillons viennent chez elle Des environs et d'autres lieux.
Tous les soirs, on est une troupe...
Eh ! allez donc, la chaloupe 1 Mais rien que des gens comme il faut
Eh ! allez donc, moricaud !
C'était du temps qu'elle était veuve Qu'on y trouvait de l'agrément ; Tous les mois une robe neuve ; On y prenait à tout moment
DEUXIKMi: PAUTIK 23 I
La demi-tasse et la souct)upe...
Eh ! allez lionc la chaloupe !
Sans jamais payer son écot...
Eh ! allez donc, moricaud!...
Maintenant elle est moins plaisante:
On a beau se dire parent, Michaud n'aime pas qu'on plaisante...
On ne l'embrasse qu'en entrant, Mais elle fait si bien la soupe...
Eh ! allez donc, la chaloupe !
Elle fait de si bon fricot !
Eh ! allez donc, moricaud !
On ne veut la mort de personne ; Mais si Michaud vient à mourir, (Ce que le bon Dieu lui pardonne!) Plus d'un parti viendra s'offrir.
Un postillon prendrait en croupe
Eh ! arrêtez la chaloupe !
L'auberge et la veuve Michaud,
Eh ! arrêtez, moricaud !
LE CRECHET
Le Créchêt, C'est l'enseigne d'un cabaret Connu pour sa bière piquante; On rit, on boit, on chante,
Au Créchêt ; C'est l'enseigne d'un cabaret.
En sortant de la ville étroite, Prenez le sentier qui s'enfuit, Sans souci de la ligne droite, Comme un ivrogne mal conduit.
Marchez dix minutes peut-être, Et, parmi les arbres serrés, Sur votre droite vous verrez Une maison blanche apparaître.
Le Créchêt...
I. Le Créchêt, c'est la lampe primitive; un godet et une mèche,
Passez SOUS la porte bâtarde ; Traversez la petite cour :
Vous y voici ; mais prenez garde 1 On entre chacun à son tour.
Regardez : de naïves fresques, Œuvres d'artistes inconnus, Tapissent les murs blancs et nus D'arbres et de clochers grotesques.
Le Crechc't...
Voilà la modeste demeure Où, depuis quinze ans révolus, Se rencontrent à la même heure Dix amis au moins, vingt au plus.
Douce habitude nous rassemble, Et les jours succèdent aux jours.
Là, nous sommes jeunes toujours.
Puisque nous vieillissons ensemble !
Le Cre'chét...
Buvez, fumez, faites silence; Si l'on chantait une chanson ?
Soudain un vif couplet s'élance, Que l'on reprend à l'unisson.
Puis à son tour chacun entonne Des refrains oubliés ailleurs ; Les plus anciens sont les meilleurs ; Boyard est chanté par Cambronne *.
Le Créchét...
I. Ce surnom [donné à un de ces camarades n'avait alors rien de répugnant.
Celle qui nous verse la bière, C'est la blonde fille aux yeux doux; La gentille cabaretière Vient s'asseoir au milieu de nous.
Elle se plait à nous entendre Et sa voix se mêle à nos voix ; Le trait est-il un peu grivois, Elle chante sans le comprendre 1 Le Créchêt...
Allons, encore une tournée, Puis rentrons en braves bourgeois 1 On a bien fini sa journée Quand le coucou chante dix fois.
La lune cache sa lumière ; Qu'importe ! on connaît son chemin.
Adieu, nous reviendrons demain, La gentille cabaretière !
Le Créchêt, C'est l'enseigne d'un cabaret Connu pour sa bière piquante ; On rit, on boit, on chante,
Au Créchêt ; C'est l'enseigne d'un cabaret.