L'AIGUILLE DE BERTHE
Berthe était occupée, un soir, A sa besogne sédentaire :
Elle cousait, quoiqu'il fit noir ; Son aiguille tomba par terre.
Et Berthe, sans la relever, Se prit tristement à réver.
Berthe, Berthe, ma pauvre fille, V'ous ne cherchez pas votre aiguille 1
Aujourd'hui ressemble à demain, Et j'ai vingt ans, se disait-elle ; Il est toujours sur mon chemin, Me répétant que je suis belle.
11 ne le sait pas mieux que moi :
11 me le dit : Pourquoi i Pourquoi ?
Berthe, Berthe, ma pauvre fille, Vous ne cherchez pas votre aiguille !
Ah ! de la soie et des bijoux, J'en aurai, si c'est mon envie; Et du matin au soir je couds, Et je coudrai toute ma vie 1 Les riches n'ont pas ces ennuis, Mais dorment-ils toutes les nuits !
Berthe, Berthe, ma pauvre fille, Vous ne cherchez pas votre aiguille I
Puis elle soupire en laissant
Retomber sa main fatiguée.
Aïe 1... Elle pousse un cri perçant.
Son aiguille l'avait piquée.
Mon Dieu, dit la naïve enfant,
Qu'on fait peu d'ouvrage en rêvant !
Berthe, Berthe, ma pauvre fille, Reprenez vite votre aiguille 1
DEUXlKMi: PARTIE . ^5 I
LE VIEUX xMÉNÉTRIER