COMTE ET DUC
Si j'en crois ce que l'on raconte, On n'a jamais bien su pourquoi Il avait été créé Comte Par sa mère, et non par son Roi :
Il devient Duc, c'est autre chose :
Cette fois on savait comment.
L'effet fit oublier la cause.
Jamais duc ne fut plus charmant.
Il avait la mine candide Et la lèvre prête à l'aveu.
Son front n'avait pas une ride Comme il n'avait pas un cheveu.
Il avait la voix, musicale,
Le geste noble et familier ;
Les grands seigneurs de chrysocale
Devant lui venaient se plier.
3l6 NOUVELLES CHANSONS A DIRE
Il se plaisait aux épigrammes Qui délassent les beaux esprits.
Il cajolait toutes les femmes, Il enjôlait tous les maris.
Il fléchissait les caractères Les plus prompts aux rébellions ; Il apprivoisait les panthères, Il limait l'ongle des lions.
Il était de toutes les sphères, Banquier, gentilhomme et soldat.
Il savait gérer ses affaires, En gérant celles de l'Etat.
Il rédigeait quelques gazettes, Corrigeait les comptes-rendus, Et composait des opérettes :
Il avait ses moments perdus.
Bref, il avait toutes les trames, Tous les philtres, tous les succès Qu'il faut pour affoler des femmes Et pour gouverner des Français.