LES TROIS FILS DU VIEILLARD
J'avais trois fils, beaux tous les trois, Beaux de vigueur et de jeunesse ; Que leur manquait-il? Rien, je crois ; C'était l'orgueil de ma vieillesse.
Ils sont allés bien loin, bien loin, En me laissant seul dans mon coin :
Jérôme est parti pour la guerre.
Vous qui punissez les ingrats, Mon Dieu, ne les punissez pas, Ramenez-les à la chaumière 1
Jean est parti sur un vaisseau ; On dit que la mer est si grande !
Je vais toujours au bord de l'eau Demander que l'eau me le rende ; Et quand du vent j'entends le bruit.
Souvent je me lève la nuit ; A genoux je fais ma prière :
Vous qui etc.
Le troisième, tout jeune encor, Vient d'abandonner son vieux père Pour la ville de marbre et d'or, Paris, d'où l'on ne revient guère ; Paris, le séjour des heureux, Paris, cent fois plus dangereux Que l'Océan et que la guerre.
Vous qui etc.
Jeanne est morte depuis longtemps;
Si du moins j'avais une fille
Qui me fît des petits-enfants 1...
Mais je suis seul et sans famille.
Si les flots, la guerre et Paris
Me rendaient tout ce qu'ils m'ont pris.
Je chanterais la vie entière.
Vous qui punissez les ingrats,
Mon Dieu, ne les punissez pas,
Ramenez-les à la chaumière 1