LE MAT DE COCAGNE
Gens de ville et de campagne, A la fête accourez tous ; Grimpez au mât de cocagne ; Bonnes gens, amusez-vous.
C'est que la part e*st immense Qui doit échoir au vainqu£ur ; Le but où chacun s'élance, C'est la fortune et l'honneur.
Pour cette lutte suprême Tous les noms se sont inscrits ; Jusqu'à Gringalet lui-même, Chacun veut gagner le prix.
Vingt rivaux entrent en lice, Cent autres viennent après : On monte, on s'arrête, on glisse, Et les bras sont toujours prêts.
L'arbre est couvert de poussière.
Les plus rudes combattants, Au milieu de la carrière.
Sont retombes haletants.
Un homme enfin se présente :
Plus habile ou plus heureux, Sur la poutre moins glissante Il colle ses bras nerveux.
Enfin il arrive au faîte; Il va saisir, il saisit Sa précieuse conquête, Et tout le peuple applaudit.
Il plane dans sa victoire; Il s'enivre... Oh, voyez-vous?
Le vertige suit la gloire...
Il tombe... gare dessous!
Il écrase dans sa chute Ceux qui viennent après lui.
Prenez garde à la culbute.
Vous qui régnez aujourd'hui.
Gens de ville et de campagne, Laissez faire tous les fous ; Fuyez le mât de cocagne Et restez chacun chez vous.