‹ Nouvelles chansons à dire ou à chanterChapitre 5 sur 166 · UNE PREFACE IX · texte numérisé non relu

UNE PREFACE IX

avec ramiiic, et encore moins avec l'honneur; on risque, pour un petit plaisir, de se blesser soimême, ou, ce qui est bien plus grave, de blesser un caractère parfaitement pur et de perdre un ami à jamais regrettable. C'est ce que j'ai éprouvé, il y a quelques jours, en apprenant qu'un de ces journaux qui écoutent aux portes et qui prennent au sérieux ce qui est plaisanterie, parce qu'ils ne voient pas les visages et n'entendent pas l'accent, venait de me prêter à votre égard quelques vers improvisés avant dîner, et même quelques expressions qui ne sont pas de moi. C'est ainsi qu'un musicien de l'antiquité faisait rire et pleurer avec la même note, en changeant seulement le mode ou le ton.

Voici le fait :

Il y a quatre ou cinq ans, du plus vieux qu'il m'en souvienne, vous voulûtes bien me promettre de venir dîner en famille pour le plaisir de quelques amis, hommes d'esprit et de goût, ravis de

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se rencontrer chez moi avec l'auieur de Pandore et de tant d'impérissables badinages, mêlés d'accents si pathétiques où la musique et la poésie se disputent à qui déridera le mieux les plus graves et même les plus tristes visages. 'Je me hâtai de faire part à ces amis de cette bonne fortune. Ils furent exacts au rendez-vous. J'étais rter de vous et je me vantais de mon ascendant sur un talent qui ne se vend pas, mais qui se donne, quand un billet de vous survint et rabattit mon orgueil en m'apprenant qu'une princesse, belle, aimable, et impériale, venait de vous inviter pour le même jour et que vous vous étiez cru dans l'impossibilité de refuser, par je ne sais quelle loi d'étiquette, que mon amitié ne soupçonnait pas. Vous connaissez l'humeur bien ou mal fondée d'un hôte malencontreux, forcé de dire à ses convives ce vers fameux: « Nous n'aurons, mes amis, ni Nadaud ni Molière ! » J'eus, au premier moment, un court accès de cette méchante humeur, et je m'amusai pendant qu'on enlevait votre couvert de la table, à parodier, en riant du bout des lèvres, la char-

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mante ironie de voire imraoricl Pandore : Brigadier, vous avei raison ! Mais je me gardai bien d'écrire une seule ligne de cette parodie, et même de répéi^T le couplet à mes amis, de peur qu'il ne s'cchappâi de leur mémoire sur les échos de l'indiscrétion, pour aller vousaiteindre au cœur, vous que j'aimais, que je voulais bien bouder, mais non contrister par un fâcheux souvenir. Les vers cités, du reste, du premier au dernier ne sont pas les miens. « Je ne vais pas chez le vaincu », outrage à votre caractère, n'aurait aucun sens, à l'égard d'un homme de cœur qui venait familièrement chez moi et à qui j'avais eu le plaisir d'offrir sans façon le vin du crû à la campagne ; la défaite aurait été plutôt une séduction, et la disgrâce un attrait pour vous, comme pour tous les nobles coeurs. Ce n'est pas moi à coup sûr qui vous aurais apostrophé dédaigneusement du titre équivoque de Chansonnier, mot ignoble jeté là comme une injure, au lieu du mot Brigadier, mot naturel et inoffensif qui avait le bonheur de vous rappeler en riant la plus ravissante de vos compositions.

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