‹ Nouvelles chansons à dire ou à chanterChapitre 6 sur 166 · XII UNE PREFACE · texte numérisé non relu

XII UNE PREFACE

Or, j'ignore comment cette plaisanterie, surannée

de quatre ou cinq ans, s'est réveillée tout à coup, si mal à propos pour moi, et comment elle a couru le monde, toute dénaturée, comme un revenant dépaysé que son entourage même ne reconnaît pas sous un vêtement qui le défigure. Quoi qu'il en soit, j'ai eu tort puisque j'ai eu le malheur d'être l'occasion pour vous de la moindre peine ; je m'en frappe la poitrine comme d'une mauvaise action, et même comme d'une ingratitude, puisque vous m'aimiez et que je vous honore dans mon cœur. Je vous supplie de tout oublier et de ne pas peiner, par la perte très sérieuse et très douloureuse d'un ami, la seule mauvaise plaisanterie que je me sois permise dans ma vie.

Lamartine.

P. S. Si mon lepentirvous touche, je désire que vous puissiez le faire connaître à ceux qui vous aiment.

UNE PREFACE Xm

Cette lettre si affectueuse aurait dû, ce me semble, me disculper entièrement aux yeux du public. Je me disais :

Un jour, l'Aigle, oublieux de sa noble envergure, Fit au pauvre Pinson une affreuse blessure. U convint de son tort, bien loin de le nier. Ainsi fit le Poète avec le Chansonnier.

Malgré tout, le couplet fatal n'est pas oublié ; il se reproduit périodiquement. La réponse de Lamartine, trop longue et trop flatteuse pour moi, ue peut chaque fois réparer le mal, et je porte toujours ma blessure.

Madame la Princesse Mathilde, qui me recevait avec une grande bienveillance, ne m'a pas retiré son amitié ; mais, depuis cette époque, je ne me suis présenté chez elle que fort rarement, et j'ai même complètement cessé mes visites, aimant mieux passer pour un ingrat que pour un courtisan.

Je reviens à l'épigramme de Lamartine, non à sa lettre.

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