POUR MA PATRIE
N'attendez plus de moi La molle poésie Qui d'un secret émoi Tenait l'âme saisie.
O France, je t'aimais Jusqu'à l'idolâtrie !
Tous mes chants désormais Seront pour ma patrie !
Je n'aiguiserai plus L'inutile satire ; Les temps sont révolus Des traits qui faisaient rire.
Railleuse, je l'aimais; Je l'admire, attendrie :
Tous mes vœux désormais Seront pour ma patrie !
Je n'irai plus au loin Répandre mon aumône, Quand ma mère a besoin Du pain qu'elle me donne.
Prodigue, je l'aimais; Je l'estime, appauvrie :
Tout mon or désormais Sera pour ma patrie !
De mon propre malheur
J'oublîrai les atteintes ;
J'ai voué ma douleur
A des causes plus saintes.
Prospère, je l'aimais ;
Je l'honore, flétrie :
Tous mes pleurs désormais
Seront pour ma patrie'
Je ne me battrai pas Pour un mot dérisoire ; Il faut que mon trépas Ait son but et sa gloire.
Puissante, je t'aimais; Je te venge, meurtrie :
Tout mon sang désormais Sera pour ma patrie!