REGARD EN AVANT
Quand viendra l'hiver de notre âge, Si notre roman doit finir, Si notre amour est un feuillage Que les vents froids doivent jaunir, Alors je douterai peut-être De mes soleils sous les frimas ; Mais toi, toi qui m'as pu connaître, Tu ne douteras pas.
Vers le couchant de l'existence, Si je revois notre matin Décoloré par la distance Comme un paysage lointain.
Peut-être, vieillard insensible, Dirai-je : « Ce passé n'est pas ; Ce n'est pas moi, c'est impossible. »
Mais toi, tu le croiras.
Si, quelque jour, à la campagne, Quand un aveu pousse aux aveux, Tu racontais à ta compagne Ce que nous fûmes tous les deux, Elle te répondrait sans doute :
« Cet amour n'est point d'ici-bas. »
Laisse-la dire, écoute, écoute :
Tu ne le diras pas.
Et moi, si je cherche à comprendre Comment mes yeux ont pu tenir Les pleurs que tu m'as vu répandre Et qui seront ton souvenir, Peut-être en viendrai-je à me dire :
Non! un homme ne pleure pas; C'est une erreur, c'est un délire !
Mais toi, tu le sauras.
Si, confiants en ma prudence, Quelques amoureux ingénus Venaient me faire confidence De ces tourments que j'ai connus, Qui m'assure que leur martyre. Et leurs soupirs, et leurs hélas N'exciteront pas mon sourire .■'...
Toi, tu ne riras pas.
Car il faut bien qu'on le confesse, Hommes légers ou sérieux,