‹ Nouvelles chansons à dire ou à chanterChapitre 93 sur 166 · LES MALHEUREUX · texte numérisé non relu

LES MALHEUREUX

11 vient de frapper à ta porte, M'as-tu dit, l'àpre visiteur Qui s'abat où le vent le porte, Et que l'on nomme le Malheur.

Le Malheur ? Ami, tu blasphèmes ; Alors que diras-tu de ceux...

Ah ! nous pensons trop à nous-mêmes Pensons aux malheureux.

Faut-il que ta voix m'importune Des peines que nous souffrons tous, Quand de ta mauvaise fortune Tant de pauvres seraient Jaloux ?

I,e pain manque-t-il à ta bouche ?

Ton foyer est-il ténébreux ?

Le froid est dur, la faim farouche :

Pensons aux malheureux.

Parmi tes compagnons de route, Tu vois ceux qui sont devant toi ; Quelques-uns arrivent sans doute :

Sais-tu combien ? Sais-tu pourquoi ?

D'autres disputent aux orages Leurs navires aventureux ; Mais as-tu compté les naufrages ?

Pensons aux malheureux.

Nous pâtissons par notre faute, Lorsque nous voulons nous hausser.

C'est l'âme qu'il faut porter haute, Ce sont les yeux qu'il faut baisser.

Ainsi, pour la riche insolence Tu deviendras moins rigoureux ; Et plus sensible à l'indigence :

Pensons aux malheureux.

Médite bien la parabole D'un vieux prêtre mahométan :

Il donnait toujours une obole Qui renaissait au même instant.

Donne l'obole -eu derviche :

Si tu peux être généreux, Ne seras-tu pas assez riche .■* Pensons aux malheureux.

l'REMIKRE PARTIE IjS

LÉTAMINE

Sur la fleur qui se plaît au champ Hn son vol s'arrête Tabeille.

Une étamine, en se penchant.

Lui dit ce chant Que le cœur murmure à rorcille :

Prends mes parfums et hois mes pleurs, Heureux insecte qui voltit^es.

Mais n'as-tu pas pitiii des llcurs,

Tes pauvres sœurs, Que le sort attache à leurs tiges?

Hcouie-moi : si plus d'un jour Mes saveurs firent ton délice, Si jamais tu connus l'amour,

Sois à ton tour Ma confidente- et ma complice.

Une secrète aflinité Pousse l'amoureuse ctamine

Vers le pistil deshérité Dont la beauté Par delà les monts se devine.

Vingt fois j'ai pris pour messager Le vent... Le vent est infidèle ; '^ n'a jamais su diriger Le corps léger Que je confiais à son aile.

Et le pollen ne rencontrait A la fin de sa course errante Que l'épi, l'herbe ou la foret,

Ou s'égarait Sur quelque fleur indifférente.

La poussière se dispersait :

Emportes-en quelques parcelles Dans le velours de ton corset, Et pars... Qui sait ?...

Abeille, que n'ai-je tes ailes !

Sur chaque fleur va te poser, Et si le sein de la plus belle S'entr'ouvre comme pour puiser

Notre baiser, Abeille^ arréte-toi : c'est elle !

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