CONSOLATION
Nous avons trop versé de larmes ;
Trop de plaisirs nous ont lassés ; Remettons-nous des anciennes alarmes, Consolons-nous de nos bonheurs passés.
Consolons-nous, ô mon amie, Des jours heureux, des mauvais jours :
Si nous avions l'âme moins affermie, Nous douterions de nos longues amours.
Nous avons eu nos temps d'orage
Et nos soleils éblouissants ; Et maintenant, échappés du naufrage, Éloignons-nous de ces flots menaçants.
Nous avions des gaités sans cause, Comme des chagrins sans raison, Qui nous faisaient rire de toute chose, Ou qui sur nous répandaient leur poison.
Voici le calme de l'automne,
Après les ardeurs de l'été ; Sans amertume et sans lutte il nous donne Son abondance et sa tranquillité.
Vous fûtes mon plus grand délice, Et je n'ai souffert que par vous :
Que le printemps à l'automne s'unisse Dans un lointain mélancolique et doux.
Ainsi de tons riches et sombres Le peintre charge ses pinceaux ; Et de l'hymen de l'éclat et des ombres Naît l'harmonie, âme de ses tableaux.
Je garderai de mon martyre, Je garderai de mon bonheur, Une tristesse au fond de mon sourire, Comme un sourire au fond de ma douleur.
PRKMIÈRK P.VRTIK l83