ELLE
Sur un visage saint la souffrance acharnée
Imprimait son stigmate en horrible vainqueur ;
Celle qu'en sa bonté le Seigneur m'a donnée,
S'éteignait 1 — Des sanglots s'échappaient de mon cœur 1
Bientôt après, je vis — tableau plein de grandeur, - D'un sourire divin sa face illuminée ; C'était un Raphaël dans toute sa splendeur : Elle avait la beauté d'une prédestinée I
Il ne pouvait durer cet éclat surhumain :
Ses traits semblaient flétris, hélas ! le lendemain.
Mort cruelle I ta raste est enfin assouvie !
Je priais I Le cercueil ne m'avait pas tout pris : La morte vint, la nuit, montrer à mes esprits L'éternelle beauté de l'éternelle vie !
A M"^ GABRIELLE VAN MEERBEKE.
Je t'ai connue enfant timide.
Dix ans nous fûmes séparés, Jeune fille au regard limpide, Au front pur, aux cheveux dorés.
J'admire, en ces jardins d'Armide, Les tableaux par eux inspirés Lorsque, sous le grand ciel splendide, Tu peins les arbres et les prés.
Ton beau talent me rend rêveur I Dieu, par une double faveur, Te fit poète et coloriste ;
Gabrielle est ton doux prénom :
L'ange dont tu portes le nom Sourit comme un frère à l'artiste.
Assels (près Gand), 3 juillet 1884.