‹ Nouvelles chansons et poésiesChapitre 110 sur 131 · Philippe IV, roi d'Espagne · texte numérisé non relu

Philippe IV, roi d'Espagne

Lorsqu'un autre grand de la terre, L'infortuné Charle premier, Devant l'élite d'Angleterre Gréa le peintre chevalier ; Qu'un parlement du moyen âge, Dont chaque éminent personnage Possédait blasons et castels, Vit Charle, au roi de la peinture Offrir le fer qu'à sa ceinture Il portait aux jours solennels !

Oh 1 combien la patrie, heureuse Pendant ces longs jours de grandeur, Apparut en mère orgueilleuse Montrant Rubens dans sa splendeur!

L'étranger né dans ces contrées Aux rives pures et parées Des reflets d'un ciel radieux, Devait croire à quelque prestige En voyant un pareil prodige Rayonner sous nos pâles cieux !

Rubens avait déjà l'univers pour patrie ;

Car son nom, oh 1 son nom rappelait, en tout lieu,

Sainte Anne et la vierge Marie

Adorant Jésus, l' enfant-Dieu !

Son nom, c'était citer et Jésus et sa mère,

Que l'on aime à prier quand on verse des pleurs,

Goûtant les parfums de la terre

Autour d'un beau cercle de fleurs !

Puis, saint Ignace à l'homme accablé de souffrance, Qui demandait la mort à la divinité,

Rendant par un mot d'espérance

Le bonheur avec la santé !

C'était citer des cieux la reine gracieuse, Doux être tant aimé de la création,

S'élevant pure et glorieuse

Dans sa suprême assomption !

C'était citer encor, dans l'étable fangeuse Trois mages prosternés devant un jeune enfant ;

Et la pêche miraculeuse.

Œuvre du Seigneur triomphant !

C'était citer enfin ce travail de génie

Divin drame tracé par un pinceau divin ! . , . .

Et puis une sainte agonie :

Le martyre de saint Liévin 1....

— Rubens puisait son œuvre aux chants du saint prophète ; Le sublime allait seul à son front tout puissant :

Pouvait-il, du haut de son faîte,

Esquisser des nains, lui, géant 1

Oh ! Rubens I dans le cœur du peintre qui commence Ton souvenir est là pour verser l'espérance ; Par toi, dans nos talents les étrangers ont foi ; Par toi seul la patrie aurait aussi sa gloire, Par toi seul elle aurait une éclatante histoire : Ton pays a grandi par toi !

Par toi qui, d'un saint culte environnant ta mère, T'inspiras si souvent aux vers brillants d'Homère

En créant tes brillants tableaux ; Par toi, Belge immortel, par toi, célèbre artiste, Qui montras pour trésors au crédule alchimiste

Et ta palette et tes pinceaux ! ^

Rubens, tu fus bien humble en ton essor immense ; D'un méprisable orgueil tu n'eus pas la démence, Doté si richement de titres et de biens ; Un bon ange en naissant t'abrita sous son aile : En toi le ciel nous offre à la fois le modèle Des bons fils, des bons citoyens.

1. Un alchimiste anglais vint un jour le trouver, et promit départager avec lui les trésors du grand œuvre, s'il voulait faire construire un laboratoire et avancer quelque argent : « Monsieur, lui dit Rubens en lui faisant voir son atelier, vous êtes venu vingt ans trop tard; j'ai trouvé la pierre philosophale sans autre secours que ma palette et mes pinceaux ». J, Ader.

Tu sus donner encor, dans ton vol salutaire, L'exemple des vertus et la paix à la terre,

La paix, cette mère des arts !

Plus grand que les guerriers de la Grèce et de Rome, Tu laissas tes travaux à tes fils, ô grand homme I

— Que nous ont laissé les Césars ?

Salut à toi, Rubens ! honneur de la Belgique ! Salut, salut à toi, peintre au talent magique, Devant qui s'inclina le pontife romain ! A toi qui, noble d'àme, en ta course si belle Tendant au pauvre artiste une main fraternelle, Recueillis Brauwer en chemin !

Salut à toi, Rubens ! Salut à ton génie Que dans tout l'univers aucun ne te dénie !

Salut encore, ô peintre-roi !

A tes nombreux tableaux que partout l'on renomme. Dont un seul suffirait pour illustrer un homme !

Salut, Rubens, salut h toi I

Toi qui peignis l'enfant à chevelure blonde Dont le sang généreux a racheté le monde.... Sauveur qui t'inspira la descente de croix ! Et s'il n'était le Christ aux splendeurs immuables. Aux yeux des nations tes pages admirables En auraient fait un Dieu, je crois I

— Oh ! tu vins en créant tes œuvres immortelles Alix fastes du pays, déjà si grands sans elles,

Ajouter encore en ces jours Une vie à narrer que nul fait n'a flétrie ; Un nom qu'au monde entier a donné la patrie

Et qui doit resplendir toujours !

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