‹ Nouvelles chansons et poésiesChapitre 80 sur 131 · TOAST · texte numérisé non relu

TOAST

Musique de Jean Van clen Eeden (W).

Mes enfants m'offrent, enchantés,

De charmants bouquets pour ma fête ;

Au plafond, bouchons argentés,

Portez gaîment vos coups de tête.

Je veux vider, en ce moment.

Ce cristal où le vin pétille,

A tout ce que j'aime ardemment :

A mon pays ! à ma famille !

Ma coupe n'est plus qu'à moitié.

Et je voudrais qu'elle fût pleine Pour boire à la sainte amitié ; Pour boire à la famille humaine ; Aux vérités, filles des cieux ; A tout ce qui grandit notre âme ; A tout ce qui ravit nos yeux :

La fleur, l'oiseau, l'enfant, la femme.

Ici je bois à vos splendeurs.

Arts, industrie, agriculture ; A la source de vos grandeurs ; Je bois à la mère nature ;

A son époux le grand soleil Qui du raisin fait l'ambroisie Et fait surgir, d'un flot vermeil, L'espérance et la poésie.

J'achève ma coupe, en ce jour, A cette trinité suprême , La paix, le travail et l'amour :

N'est-ce pas boire à Dieu lui-même ?

Vers lui vont mes vœux triomphants Lorsque tant de bonheur m'inonde, Lorsque j'embrasse mes enfants.

Je voudrais embrasser le monde !

Septembre 1886.

LE SOLEIL k LA LUNE.

HISTOIRE d'aLMANACH TRANSFORMÉE EN CHANSON.

Air de la Sentinelle 31).

L'astre du jour et l'astre de la nuit Apparaissaient sous un léger nuage.

Deux campagnards, du seuil de leur réduit, Les regardaient, gaîment, après l'ouvrage.

L'homme, un beau blond, au teint vermeil, La femme, une adorable brune, Étaient d'un avis non pareil ; L'un disait : ça, c'est le soleil I L'autre disait : non, c'est la lune, Non, c'est la lune !

Un étranger passe en les admirant.

Nos villageois, avec un bon sourire :

Veuillez, Monsieur, trancher le différend, Montrez la lune, ici, pour nous instruire.

Il dit aux époux, ébahis :

(( Je suis natif de Pampelune :

« Par moi vous seriez obéis, « Mais je ne suis pas du Pays, « Et je ne connais bien la lune « Qu'à Pampelune ».

Don Calino, fier de son parchemin, Était né bête ainsi que grand d'Espagne ; Notre hidalgo se retourne en chemin Pour revoir l'homme et surtout sa compagne ; Son intelligence en sommeil S'éveillait pour la belle brune... .

Vit-on entêtement pareil :

L'homme encor montrait le soleil Et la femme montrait la lune, Montrait la lune.

Mais, quelle chance ! au couple maladroit, Sur un bicycle accourt un tout jeune homme ; Il est le fils du maïeur de l'endroit. Et le neveu d'un savant astronome ; On met à contribution Son obligeance peu commune ; Souriant à la question, Il répond : « Mais je suis d'Hyon, ce Et j'y connais fort bien la lune : (( Voici la lune ! »

Bientôt la route est déserte et sans bruit.

Dans l'humble asile où l'amour règne en maître,

Le couple heureux entend sonner minuit

Et de son lit il court à la fenêtre.

Le joli blond, au teint vermeil, Et la très adorable brune Sont enfin d'un avis pareil :

Tous deux, dans le simple appareil, Joyeusement montraient la lune, La pleine lune !

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