‹ Nouvelles (volume 2)Chapitre 8 sur 34 · LE LAURIER ROSE · texte numérisé non relu

LE LAURIER ROSE

Nous étions nés l'un près de l'autre. Bien jeune encore, je l'appelais mon ami.

J'ëtois moins belle que lui, maisj'étois belle pourtant.

Quand il passoit son bras autour de moi, ma voix mouroit sur mes lèvres et mon cœur étoit serré. Je sentois un frisson qui couroit jusqu'à mes cheveux, et je pleurois de plaisir.

Il ine dii un jour : C'esl toi qui seras ma femrfle , el

7js sanchette.

je pourrai baiser ton cou sans que personne y trouve a redire. Tu ne me repousseras plus en me faisant peur de ta mère, et quand j'entendrai marcher derrière moi , je ne me détournerai pas pour voir si c'est elle.

En parlant ainsi nous nous donnions des baisers qui enivroient , et je ne sa vois pas pourquoi j'étois troublée.

Après cela il partit pour un grand voyage, et il m'apporta un laurier rose dans une caisse de bois veiné. Ce laurier rose étoit tout en fleurs.

A ois-tu , me disoit-il , ces coupes nuancées d'un pourpre si doux ? elles ont la fraîcheur et le coloris de ta bouche ; elles se flétriront bientôt , et mon cœur se flétrira comme elles dans le chagrin de ton absence. Elles doivent renaître aux premiers feux du printemps, cl mon cœur renaîtra aussi quand ta main viendra le presser.

Cependant il a refleuri, ton laurier ruse , et ma main ne pressera plus ton cœur.

Elles ne sont plus nuancées d'un pourpre si doux, les coupes de ton laurier rose ; elles sont violettes et meurtries parce que je les arrose de mes larmes et que mes larmes brûlent.

Ma bouche a perdu son coloris et sa fraîcheur; n'at-elle pas perdu tes baisers ? Elles se fanent si vite les fleurs du laurier rose quand elles sont privées du zéphyr!

Sanchette , ma dit nui mère , il faut faire mi autre

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