CHAPITRE XXI
PLUS OB iM>NHBUR«
Cettenuit me parut longue comme réterniio, car j*avois conservé la faculté de sentir pour l'exercer sur d'épouvantables chimères.
I^e tableau de la mort de Stella poursuivoit mon imagi* nation fatiguée. Je la voyois dans son drap funéraire, avancer un pied desséché sur la fosse et tomber contre la terre qui retentissoit de sa chute. Quelquefois il me senibloit qu'un songe cruel nous avoit trompés et que Stella n'étoit point morte. Je Fentendois frapper contre les ais de la bière et pousser une plainte étouffée. Je soulevois la pierre qui pesoit sur elle. Je brisois sa hideuse prison, et je l'enveloppois de mes bras pour réchauflcr sur mon GOBur son cceur dé^à froid. Alors, le soufSe violent des
orages nous enlevoit, aîiïsi réunis, dans les airs; nous poussoit, frissonnants, sur des mers glacées, ou nous tenoit suspendus sur le cratère bouillonnant des volcans, au milieu d'une lave brûlante, et nous précipijLoii de tempête en tempête dans la profondeur des abîmes.
Quand je revins à moi, j'ctois à <'(Mc de Fraiitz ; il avoit étanché mon sang, il avoit lavé mon visage et exprimé une eau froide sur mes tempes et sur mon sein. G*étoit auprès de la fontaine où je l'avoir rencontré en arrivant dans la montagne. Ce rapprochement fut terrible. Hélas! plus de repos, plus de bonheur! ni'écriai-je; et je me levai en poussant d'alTrcuses imprécations contre la destinée. Ensuite je dis mes malheurs à Franiz; il pleura et je ne pus pas pleurer.
— Écoute, me dit Prantz lorsque ce récit fut achevé, maintenant que tu as aussi l'expérience des grandes douleurs, je crois que nous nous conviendrons mieux» et mon amitié calmera tes peines. Un jour, quand ton coeur sera guéri, je te dirai les miennes, et en voyant comme rinfortune peut se reproduire sous des formes différentes, tu avoueras qu'aucun homme n'a le droit de se dire le plus malheureux ! Tu te révoltes contre cette idée, continua Frantz, mais si tu savois!...
— £h 1 dis-moi, Frantz, pourquoi ne mourus-tu pas?
— Oh! oh ! dit Frantz, j'avoîs une mèrel Je fus foudroyé. — Moi aussi, j*ai une mère! — Et puis, ajouta-t-il, je dois rendre grâce à la Providence d'avoir disputé mes jours au désespoir 1 si j'étois mort, qui t'eût consolé ?
— Cela est vrai. A-t-on le droit de disposer de sa vie, tant qu'il reste d(*s malheureux?
J*ai souûert tout cela, et j'ai vécu.
NOUVKLLKS.