CHAPITRE XXli
BLLE EST IMMURIËLLE.
Mes peines furent longtemps à s'adoucir; longtemps
je clîorehai les déserts, la solitude et les scènes de la nuit, ([iir sembloieni donner à ma doulenr qnrlqno chose de plus calme et de plus imposant. Cliaciuo fois que la lune élevoit dans le ciel son disque maioslucux et s'avançoit sur l'horizon dans sa beauté mélancolique, je parconrois, ponsit", la cime des montagnes, et quand mes yeux tomboieut sur i'cndroil où 'f avois ronconlrc Stella, je redwnandois Stella à tout ce qui nous avoit vus ensemble, et je pleurois.
Souvent je croyois distinguer dans les ombres des foi nics vagues et confuses qui erroîent autour de moi, et j'interrogeois ces fantômes, vaines illusions des ténèbres, sur les problèmes de réternité.
Qu'est devenue Stella? disois-je; est*elle égarée comme vous dans les nuages, ou dort*-elle encore immobile dans la fosse (|u'on lui a ereusée? Le bruit des eaux du torrent trouble-t-il quebiuefois son sommeil? Est-elle sensible au froid de Thiverî Quand de longs frimas sont suspendus aux branches des ifs, et que la pluie pénètre la terre qui l'enveloppe, dit-elle : J'ai froid! — Dites-moi, ditesmoi surtout si son ànie s'est dépoinlléedans sa nouvelle vie de tous les souvenirs de sa vie passée, si elle pense toujours à moit et si, quand je prononce le nom de Stella, ma plainte va jusqu'à son coBur?
Non. Stella n'entend plus les orages de la montagne; et le vent du nord qui gronde dans les sapins respecte le silence de son tombeau!
Stella dormira jusqu'à ce que les éléments se confondent et que le temps finisse. Lorsque le jour sera venu.
LES PaOSGRITS. 47
elle ira s'assooir à côté de s;i aière, au milieu des rayons d'une lumièie immortelle, et elle respirera une éternité de délices dans une éternité de repos.
Lorsque le jour sera venu, et que Stella approchera de son juge, il n'armera point son front d'éclairs menaçants; et puisque c'est une loi commune à tout ce qui respire, qu'aimer c'est la vertu, qu'être aimé c'est le bonheur. Dieu ne rejettera point de son sein ceux qui ont beaucoup aimé. Qu'est-ce que la Divinité elle-même, sinon ce besoin d'aimer qui remplit toute la création, et qui est la source du bien, le mobile de la nature et Tàme de l'univers'/ L'amour est la vertu de l'humanité : il n'y a de peine dans l'autre vie que pour ceux qui ont haï.
Dors en paix, ma Stella ! ton immortalité sera douce. — Le poison des rec:rets ne se mêle point au nectar des bienheureux. Dors en paix, ma Stella ! tu étois née pour aimer, et tu as accompli ton destin sur la terre.
Un jour je retournerai ver» toi....
Stella, un jour.... un jour!...
Quand Fange du jugement dernier éveillera la poussière des hommes sur la poussière des mondes, je me lèverai sans terreur, et j'apparoitrai avec confiance devant la justice 4^ Dieu. Dans ce temps-là» je retournerai vers toi; tu me souriras et nous nous réunirons à jamais. Alors, ô Stella 1 rien ne pourra plus nous séparer; ni la mort, ni les hommes, ni les tyrans, ni la nature : les temps de proscription seront eûacés; les innocents auront trouvé leur vengeur et leur réôimpepse; les oppresseurs auront subi leur châtiment; le mal sera oublié, et la destruction elle-môme ne sera plus.
Ainsi, mon âme accablée par tant de funestes perplexités s'en délassent dans la paix de l'avoir.
48 NOUVBLLBS.
GHAPiTHE XXIU ET DËKNIER.