‹ Nouvelles confidencesChapitre 104 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

la nourrice. La pelouse, qui sMnclinait par une pente douce un peu plus loin, n'avait 'son horizon coupé que par deux ou trois beaux frênes jamais étrançonnés qui semblaient sortir des flots du lac. Au delà des frênes, la pente se précipitait et allait mourir dans les cailloux du bord, que les vagues agitaient, quand il y avait du vent, de ce petit bruit d'enfants qui jouent avec des pierres. Il y avait là, au pied d'un immense saule blanc, un banc de mousse entre les racines de l'arbre d'où l'on voyait à gauche et en face Lausanne, Vevey, Villeneuve, Saint-Gingo, les gorges du Valais et les innombrables cimes blanches de neiges éternelles qui servent comme de degrés au Mont- Blanc. Régina m'y entretenait sans cesse pour me demander le nom de cette montagne, puis de celleci, puis de cette autre, puis si de l'autre côté de cette neige on était en Italie, puis si l'on apercevait Rome du haut de ces sommets, puis combien il y avait de jours et d'heures de marche, en courant toujours, du pied de ces monts à la porte du Peuple? On voyait que sa pensée ne s'asseyait pas un seul instant avec elle dans ce délicieux séjour, et que son âme franchissait ces hauteurs plus vite que ces rayons roses sur ces neiges pour aller frapper d'une continuelle aspiration les murs noirâtres du château Saint-Ange. Elle n'avait pas d'inquiétude sérieuse sur le sort de Saluée, protégé par sa qualité d'étranger contre les sévices qui auraient pu atteindre un Romain ; mais elle

avait ces impatiences de la jeunesse, qui compte pour des siècles sans retour et san$ Qd tQuies les minutes perdues pour la passion.

Je n'essayais nullement de la consoler, inconsolable moi-même d'une bien autre absence; je savais, par une expérience précoce, que le rôle de conso^ lateur, importun, intempestif, odieux pendant que la douleur ne veut pas s'oublier elle-même, ne devient agréable et doux qu'après que la douleur est amortie et quand elle court elle-même au-devant de la consolation. Je vivais le plus possible loin d'elle, la livrant à sa propre volonté, à ses rêves, à sa solitude, à ses larmes, errant moi-même une partie di) jour dans les gorges du Jura, lisant, écrivjBtqt, çà et là, quelques vers sur les scènes éblouissantes que j'avais sans cesse sous les yeux, et assidu seulement I0 soir auprès de la pauvre comtesse livia, doi)t je cherchais à désennuyer les heures.

Je me fis aimer ainsi de Régira d'une amitié fami-^ Hère et confiante, bien plus que si j'avais apporté dans mes rapports de chaque instant avec elle qn eiprr pressement et une servilité de complaisance que sa beauté et sa bonté auraient pu inspirer à d'autres. Je ne puis pas dire que je ne fusse pas ébloui d'que beauté à laquelle rien de ce que j'avais vu jusque-là en Europe ne pouvait être comparé. Je regardais cette jeune fille comme on regarde une flamme dans les bruyères pendant 1 été, en çidmiraQt les lueurs du

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