DIX-HUITIÈME LETTRE
a Roma, palazzo....
« J'ai fait mon devoir, mon ami, mais je sens que* «je l'ai fait aux dépens de mon existence. N'importe, « j'ai fait mon devoir, et je sens ma conscience qui « m'approuve au milieu du déchirement de mon « cœur. Il V a deux êtres en moi, dont l'un a immolé « l'autre. Tout^lfest fini, Régiua est libre; elle peut ' <( maintenant revenir à Rome avec sa pauvre oom*- « tesse, rentrer dans le palais ou dans les villas de sa « grand'mère, voyager ou vivre dans sa patrie sans « être jamais ni rappelée, ni contraioié, ni inquiétée
« dans son indépendance par le prince. Un mot de «moi lui a reconquis son nom, sa liberté, sa fortune, « sa patrie. Pouvais-je hésiter plus longtemps à dire «ce mot? Je m'en fie à toi. Prononce!.... Mais non, « ne prononce pas, car ce qui est fait est fait. J'ai « prononcé moi-même, et si je me repentais une seule « minute de l'arrêt que j'ai porté contre moi-même, « je serais le plus lâche et le plus personnel des (( hommes. Je veilla bien mourir de ma douleur, non «de ma honte! • .
« La veille du jugement du procès de la princesse, « mes hommes de loi ont reçu des propositions de « ceux du prince de***. Ils sont venus dans la nuit « me les transmettre, accompagnés d'un membre « tout-puissant du gouvernement. Voici les paroles « qu'ils m'ont apportées au nom de la partie ad- « verse :
« Le procès de la princesse***, dont vous êtes la « cause unique et dans lequel votre nom va retentir « et votre témoignage d'homme d'honneur sera invo- « que, va se décider demain. Nous ne vous dissi- « muions pas que malgré tous nos efforts nous ne « pouvons envisager ce jugement sans terreur. Les tt précédents, les mœurs, les juges, les familles prin^ « cièresde Rpme, v^tre qualité d'étranger, tout est
« contre vous ou plutôt tout est contre la princesse et « contre sa grand'mère. Nous serons condamnés. La « condamnation y c'est le couvent à perpétuité pour « cette jeune femme que vous adorez ou l'exil sans <( l'espérance de rentrer à Rome, avec la perte de « tous ses biens en Italie. Vous l'aimez, nous devons « vous avertir. Voilà le sort que vous avez fait à votre « amour : réfléchissez! Nous ne parlons pas même « des flétrissures qui vont rejaillir sur ce nom de « seize ans par les révélations et les témoignages des « deux hommes du peuple qui ont participé à l'enlè- « vement et qui expient leur complaisance pour vous « dans la prison. Ce nom va être jeté demain en scan- « dale à Rome et en retentissement à l'Europe. Elle « a seize ans : songez combien d'années devant elle « pour sentir sa proscription et ses humiliations de- « vant le monde.
« La douleur, la fuite et les climats étrangers vont « bientôt user dans les larmes le peu de vie qui reste « à sa grand'mère. Quel avenir pour une jeune femme « de cette beauté, de ce nom, de cet âge? Vous la « protégerez, vous l'épouserez, dites-vous ? Mais y « avez-vous bien pensé? Dans quel pays et sous « quelle communion un magistrat ou un prêtre con- « sacreront-ils le mariage d'une femme dont la prête 4nière union aura été déclarée valide par les tribu- « naux de sa propre patrie ? Et si la princesse Régina « ne peut jamais être votre femme, quel sera son nom