LIVRE PREMIER
Ses longs cheveux noirs, à peine encore diaprés de trois oa quatre fils blancs, flottaient sur ses épaules et sur ses bras, avec ces belles ondes de chevelure qui viennent d'échapper à Toreiller et qui en conservent les plis. Ses yeux étaient fatigués par Tinsomnie ; ses joues, naturellement pâles, avaient cette légère coloration fiévreuse que donne Tâme inquiète à son enveloppe au moment d'une douleur ou d'une émotion. Ses lèvres, qu'elle s'efforçait de rendre souriantes pour ne pas me troubler le réveil, mais où s'aperce- .vait une contention visible et voisine des larmes, souriaient au milieu et pleuraient aux coins. Ses paroles, toujours sonores et vibrantes comme des cordes du cœur touchées par la main , avaient un rhythme bref, brisé, un peu saccadé, qui ne lui était naturel que dans les vives peines plus fortes un moment que sa résignation. Elle passa sa main droite dans mes cheveux, m'embrassa sur le front, où jo sentis la goutte chaude d'une larme mal retenue^ et me parla ainsi.
<c Te voilà donc revenu, mon pauvre enfant! »
Puis, elle m'embrassa encore et elle reprit : « Te
« voilà revenu, tu sais que tout mon bonheur est
« de te voir près de nous, et cependant je t'aime
ce avant de m'aimèr. moi-^iDême, et, tout en ine sen- « tant si heureuse de te revoir^ je ne puism*empéce cher d*étre affligée et eflTrayée de ton retour. Que <c vas-tu devenir ici?... Hélas, reprit-elle, comme je <c te revois ! que tu es pâle! que tu parais triste, quel ce découragement de la jeunesse et de la vie je lisais a hier dans tes trmts l Qui m'aur^t dit qu'à vingtce deux ans je verrais mon enfant flétri aijnsi dans la <c sève de $on âme et de son cœur, et le visage ensea veli dansjè ne saisquelle douleur!../»
Je me soulevai, à ces mots, avec un bo^disj^ement de cœur, conune si ma mère, en me parlant ainsi, eût manqué de respect à cette douleur que je respect tais en moi mille fois plus que je ne nie respectais moi^niéme.
à Oh! de grâce, lui.dis-je, en joignant les mains, «e et avec un accent de supplication sévère, ne me « parlez pas avec ce dédain d'une douleur dont vous a n'avez jamais connu l'objet et qui fera éternelle- « ment agenouiller ma pensée devant un sacré souavenir! Si vous saviez?... »
ce Je né veux rien savoir, dit-elle, en me mettant a sa belle main sur les lèvres^ je sais qu'elle m'avait a enlevé l'âine de mon fils, je sais que Dieu l'a en- « levée elle-même à un amour qui ne pouvait pas « être béni par moi, puisqu'il ne pouvait pas être « sanctifié par lui... Je la. plains, je te plains, je lui « pardonne, je prie pour elle ; bien qu'inconnue, je