‹ Nouvelles confidencesChapitre 12 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Mais ma mère avait sanctifié toute cette fable par son prie^Dieu de bois sombre, par son Christ d'ivoire éclatant sur un fond de velours noir dans le demijour de ce cabinet toujours fermé au soleil, et par un beau tableau ovale de la Vierge présentant l'enfant Jésus à sa cousine peint par Coypelj et copié au pastel par une de ses sœurs, madame de Vaux.

Derrière ce cabinet, il y avait deux ou trois petites chambres à plusieurs lits pour mes sœurs.

Mon père, après m'avoir fait parcourir toutes ces pièces, me fit monter au second étage. Il était composé de grandes chambres nues formant la répétition du premier. Puis il m'ouvrit celle qu'il me destinait à moi-même. Elle était au-dessus de la sienne et prenait jour par deux fenêtres, aussi- sur le jardin. Une alcôve pour mon lit, un large cabinet pour le travail, faisant face au cabinet des Muses, une belle lumière, le silence du jardin, un pan plus large du ciel pour horizon, parce que je dominais un peu les toits du couvent, faisaient de cette chambre de ma jeunesse une solitude à la fois sereine et recueillie. Elle n'avait pour élégance et pour décoration que deux beaux dessus de porte sculptés en biscuit, d'une pâte éclatante. Us représentaient, l'un des petites filles se regardant dans le miroir d'une fontaine, et se parant de fleurs qui croissaient au bord ; l'autre, des petits garçons jouant avec des animaux 6t luttant contre une chèvre qu'ils tenaient cabrée par les cornes.

J eus :1e temps, pendant une longue distraction dans cette chambre solitaire, d'étudier ces deux médaillons iet les intentions de Tarchilecte. C'était évidemment la chambre destinée aux enfants, le gynécée de la maison prîmitivç^ Je remerciai mon père que je n'avais jamais vu si fçjmilîer et si gracieux, et je m'installai dans l'appartement qu'il m'avait préparé avec tant de bonté. Après souper, j'allai embrasser les autres membres de la famille, qui m'accueillirent avec plus de froideur. Je rentrai et je me couchai rêvant un triste avenir que me faisaient envisager à Mûcon le vide démon cœur et l'oisiveté de ma vie. La lassitude m'endormit cependant.

Une voix tendre et douce me réveilla sous un beau rayon de soleil levant qui glissait par-dessus le toit du couvent sur mon alcôve.

Je m'appuyai sur le coudé et je reconnus ma moro qui approchait une ci>aise et qui s'asseyait au chevet de mon lit. Elle était vôtue d'une longue robe de nuit de soie brune montant jusqu'au cou, et nouée autour de la taille par une grande corde de soie enroulée de jnême couleur dont les glands pendaient jusqu'à terre. .

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