‹ Nouvelles confidencesChapitre 145 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

très, la conscience et la prière avaient été obligées de se cacher comme des crimes; le Dieu domestique était devenu un secret entre le père, la mère et les enfants; la persécution avait attendri le peuple pour le sacerdoce, le sang avait sanctifié les martyrs, les ruines des temples jonchaient le sol et semblaient accuser la terre d'athéisme. De plus, le monde était triste comme après les grandes commotions; une mélancolie inquiète avait saisi les imaginations; on cherchait Toracle pour dire au genre humain son avenir. M. de Chateaubriand montra Tautel ancien, la religion du berceau, la prière aux genoux plies devant la mère , le vieux prêtre blanchi par la proscription revenant errer sur les tombes des aïeux , rapporter aux chaumières le Dieu exilé, le son de la cloche du berceau, l'hymne de l'encens, le mystère, l'espérance, la consolation, le pardon; le cœur était de son parti; on accepta pour prophète de l'avenir le poëte qui brodait de tant de fleurs sacrées et de tant de larmes saintes le linceul du passé. Jamais la poésie n'avait fait une pareille conversion des cœurs par la magie de l'imagination et par l'élégance du sentiment. Ce livre étonna le monde comme une voix sortie du sépulcre. On admira, on se souvint, on pleura, on pria, on ne raisonna plus. La France avait été convaincue par le cœur.

De ce jour, M. de Chateaubriand était devenu l'homme nécessaire de toutes les restaurations. Il

avait restauré le christianisme et Dieu dans les âmes : comment ne restaurerait-il pas la monarchie et les rois dans leur palais? Cher à l'Église qu'il avait rajeunie dans ses larmes, cher à l'aristocratie dont il avait sanctifié la proscription, cher aux femmes par la tendresse de ses poëmes où la religion ne luttait avec l'amour que pour diviniser la passion, cher à la jeunesse qui entendait pour la première fois, dans cette poésie, des noies où la nature et Dieu résonnaient comme des cordes neuves ajoutées à l'instrument lyrique du cœur de l'homme; son nom régna sur le sanctuaire, sur le foyer domestique, sûr le berceau des enfants, sur la tombe des pères, sur le presbytère du hameau, sur le château du village, sur la couche des époux, sur le rêve du jeune homme; la poésie s'était perdue dans l'athéisme ; il l'avait retrouvée en Dieu. La poésie sera une des puissances réelles de ce monde tant que le don de l'imagination sera une moitié de la nature humaine.

M. de Chateaubriand était rentré librement en France pour y publier ce livre. Bonaparte, qui était le poëte du passé aussi en action, voulait une main assez riche de couleurs pour lui dorer les institu-

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