LIVRE QUATRIÈME
cœurs, montrer aux hommes de notre temps ce que Dieu avait mis de sainteté, de vertu et d'efficacité dans les doctrines et dans les institutions du christianisme; ce que l'ignorance, la force, la fraude et la barbarie y avaient mis de superstitions, d'idolâtrie, de vice et de corruption ; rendre à Dieu ce qui était de Dieu, aux hommes ce qui était des hommes, au passé ce qui doit mourir avec lui, à l'avenir ce qui doit durer et vivifier l'àme humaine en lui faisant respirer une plus pure idée de la Divinité et en imprégnant les cultes, la législation, la politique, toutes les œuvres sociales d'une plus parfaite sainteté, c'était là l'œuvre d'une grande raison, d'une grande imagination et d'une grande piété, remuant d'une main respectueuse, mais libre , les ruines du sanctuaire ancien pour relever le sanctuaire nouveau. M. de Chateaubriand était doué d'une assez haute raison pour l'entreprendre et d'un assez grand génie pour l'accomplir. Le christianisme aurait eu son Montesquieu avec la poésie de plus.
Au lieu de cette œ.uvre, M. de Chateaubriand avait
fait dans son livre, comme Otidey les Fasies de la reH-
gîon. Il avait exhumé non le génie, mais la mythe»
logie et le cérémonial du christianisme. Il avait chanté sans choix et sans critique ses dogmes et ses superstitions, sa foi et ses crédulités, ses vertus et ses vices ; il avait fait le poëme de toutes ses vétustés populaires et de toutes ses institutions déchues; depuis la domination politique des consciences par le glaive jusqu'aux richesses temporelles de l'Eglise, depuis les aberrations de l'ascétisme monacal jusqu'à ses ignorances béatifiées, et j usqu'aux fraudes pieuses des prodiges populaires inventés par le zèle et perpétués par la routine du clergé rural pour séduire l'imagination au lieu de sanctifier l'esprit des peuples, M. de Chateaubriand avait tout divinisé. Son livre était le reliquaire de la crédulité humaine.
Il avait immensément réussi. Les raisons de ce succès étaient doubles, dans l'écrivain par son génie, dans l'opinion par sa pente. La révolution avait secoué et désorienté l'esprit humain. Les tremblements de terre donnent un vertige; le peuple, en voyant s'écrouler en même temps son trône, sa société, ses autels, s'était cru à la fin des temps. Le fer et le feu avaient ravagé les temples; l'impiété avait persécuté la foi, la hache avait frappé les prê-