‹ Nouvelles confidencesChapitre 147 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

bons. Il le porta plusieurs mois comme un poignard cousu dans la doublure de son vêtement. Ce libelle découvert pouvait être son arrêt de mort. C'était plus qu'une conjuration, c'était un outrage. Ce livre puissant^ mais odieux, puisqu'il calomniait l'homme en frappant le tyran, avait élevé M. de Chateaubriand au rang des favoris les plus accrédités de la restauration. Il était devenu l'homme consulaire de tous les partis royalistes ; il soufflait par le journalisme où il convenait à sa domination, tantôt le royalisme implacable, tantôt le libéralisme caressant, tantôt l'ancien régime sans contre-poids, tantôt la conciliation captieuse, ayant pour écho le Journal des Débats ou le Conservateur j pour école la jeunesse aristocratique, pour mobile une capricieuse ambition et une immense personnalité, quelquefois vaincu, quelquefois vainqueur, mais toujours sûr de retrouver la faveur publique, en affectant la persécution et en se retirant dans son génie.

M. de Bonald, talent bien inférieur, mais caractère bien supérieur ù celui de M. de Chateaubriand, avait, à cette même époque, un nom égal; mais sa popularité mystérieuse ne dépassait pas les limites d*une

école et d'une secte ; c'était le législateur religieux du passé renrermé dans le sanctuaire des temps. Il rendait des oracles pour les croyants, il ne se répan^ dait pas sur le peuple.

M. de Bonald était la plus noble et la plus pure figure que Tancien régime pût présenter au nouveau^ Gentilhomme do province, chrétien de foi, patriote de cœur, royaliste de dogme, bourbonien d'honneur et de fidélité, il avait revendiqué sa part de proscrip* tion et d'indigence pendant l'émigration} il avait erré de camps en camps et de villes en villes à Té^ tranger, avec sa femme et ses enfants nourris de son travail; il avait étudié l'histoire, les mœnrs^ les reli-* gions, les révolutions des peuples dans leurs ca-> tastrophes même et sur place* Gomme Archimède, il avait écrit et calculé au milieu de l'assaut des hommes et de l'incendie européen. Sa religion était sincère et soumise comme à un ordre reçu d'en haut et non discuté. Il empruntait toute sa philosophie aux livres saints; il croyait à la révélation politique comme à la révélation chrétienne; il remontait toujours d'échelons en échelons jusqu'à l'oracle primitif. Dieu. Sa théocratie n'admettait ni le doute ni la révolte. Mais, comme dans toutes les fois sincères et désintéressées, il n'y avait en lui ni excès, ni paradoxe, ni violence; il était indulgent et doux comme les hommes qui se croient possesseurs certains et infaillibles de leur vérité; il composait avec les temps, les mœurs, les

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