LIVRE QUATRIEME
opinions, les circonstances, jamais avec rautorité. Son caractère avait la modération du possible ; il au-* rait été le ministre très sage d'une restauration patiente, prudente et mesurée ; il possédait la sagesse de ses opinions; L'habitude de méditer et d'écrire lui avait enlevé le talent de la parole ; il était trop élevé et trop serein pour être orateur parlementaire ou ora* teur populaire ; il ne parlait pas, il pensait à la tribune. Mais ses livres et ses opinions écrites faisaient dogme dans le parti monarchique et religieux; son style simple , réfléchi , coulant sans écume et sans secousse, était l'image de son esprit. On y sentait l'honnêteté et la candeur de l'intelligence ; on s'y at« tachait comme à un doux et intime entretien ; on en prenait l'habitude, et même en résistant aux convictions on suivait entraîné par le charme de la bonne foi dans l'erreur et du naturel dans la vérité. Sa con-* versation surtout était attachante. C'était la confidence de l'homme de bien. M. de Bonald n'était passeule-^ ment pour la France d'alors un grand publicistoy c'était un pontife de la religion et de la monarchie.
XHI.
M. deFontanes, depuis la mort de l'abbé Delilie, passait de confiance pour le poëte survivant de l'école
antique du dix-septième siècle. Son nom avait une immense autorité. Il abritait cette renommée sous le mystère. On parlait sans cesse des poëmes qu'il ne publiait jamais. M. de Chateaubriand, son protégé à Tépoque où il avait besoin de protecteur, son ami depuis, professait pour M. de Fontanes l'admiration qu'il refusait à la foule des poètes du temps. On ne connaissait de ce poëte que quelques fragments élégants,purs,didactiques, sansoriginalité, sans chaleur, mais sans taches, talent qui désarmait la critique, mais qui ne passionnait pas l'enthousiasme. M. de Fontanes excellait davantage dans cette éloquence d'apparat que Napoléon lui faisait déployer dans les grandes cérémonies de son règne, comme la pompe de l'empire. Il avait été l'orateur de cour et le poëte monarchique depuis le consulat jusqu'à la restauration. Il s'était précipité au nouveau règne avec plus d'empressement que de convenance. Poëte pour les politiques, politique pour les poëtes, élevé par la faveur de deux règnes aux plus hautes dignités du gouvernement, il jouissait d'une considération présente et d'une gloire future, enveloppé dans son prestige, inviolable à la critique, agréable à la cour, caressé par les hommes d'Etat, révélant de temps en temps aux académies et aux élus des lettres ses vers comme une complaisance, et son talent comme une faveur.