‹ Nouvelles confidencesChapitre 15 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

il tendre ici dans la famille, afin qne tu ne te révoltes « pas contre la destinée, que tu te prépares à beaucoup a supporter, à beaucoup languir, à beaucoup souf- « frir, et que tu ne t'aliènes pas par ces impatiences « et par ces révoltes le cœur de ton père qui souffre a aussi, mais qui rougirait de se l'avouer à lui-même, a et les cœurs excellents au fond, mais un peu aveuce gles et un peu sourds des autres membres de la « famille de qui nous dépendons et de qui nous con- « sentons à dépendre pour votre avenir. Voici la site tuation des choses entre nous :

« Notre fortune très étroite a été encore considé- « rablement rétrécie et grevée par ton éducation, par « tes voyages, par tes fautes. Je n'en parle pas pour ff te les reprocher; tu sais que si les larmes de mes « yeux pouvaient se changer pour toi en or, je les « verserais toutes dans tes mains! L'acquisition de « cette maison, indispensable pour l'instruction et « pour les mariages de tes sœurs, l'économie des <c petites dots que nous devons préparer d'avance succe cessivement pour elles, enfin les mauvaises récoltes « de ces dernières saisons à Milly, qui ont trompé a nos espérances, ont réduit ton père au plus strict « nécessaire dans ses dépenses. Il vit d'angoisses ; « ces tourments d'esprit, celte contention forcée de « calcul altèrent la grâce et la sérénité de son carac- « tère. Il craint de laisser sans patrimoine ses enfants « qu'il aime tant, et qu'il a mis au monde. Il se re-

38 NOUVELLES CONFibENCES.

« proche quelquefois cette nombreuse famille qui lui a donnait tant de joie et tant d'orgueil , quand vous a étiez petits. Je suis obligée de le rappeler sans cesse « à la confiance en Dieu, qui fait pousser une herbe «pour tous les insectes et une graine sur tous les « buissons pour tous lés nids.

« Depuis quelque téinps, afin de calmer ses in- « quiétudes et de lui élargir le pain quotidien, je me « suis chargée de tenir à forfait la maison poiir une « petite pension de quatre mille francs qu'il me paye ce en argent chaque trimestre, et à laquelle il ajoute « le blé , le bois y le foin , les légumes , les fruits et « toutes les petites récoltes du jardin, des prés, « des terres non plantées en vignes de Milly. Cela ne « suffît pas aux gages des domestiques, aux appointe tements des maîtres et des maîtresses de tes sœurs, ce à leur toilette et à la mienne toutes modestes qu'elles «t soient, et à la décence obligée et élégante de la ce maison de mère de famille que je suis obligée de ce tenir, non selon la fortune, mais selon le rang.

* Mais Dieu m'a donné, tu le sais, dans notre voi- « sine, cette bonne madame Paradis, une sœur et « une amie qui veut partager avec moi, non seulece inent .les jouissances , mais les. peines et les em- (c barras de ta famille. Elle est la main invisible de ce la Providence cachée dans toutes mes difficultés. • « Elle eèt libre, veuve j sans parenté autour d'elle ; « elle n'est pas riche, mais elle a une large aisance

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