LIVRE PREMIER
« pour une femme :seùle et économe. Toutes les fois « qo^elle inè voit un souci sur le front, elle en veut <r sa part ; elle ne mesure Tamitié qu^à des sacrifices, « elle vend le vin d'une vigne ou les fruits d'un « verger, elle jouît de me prêter ce qui est nécessaire « pour les circonstances imprévues , pour les déff penses cachées M au-dessiis de mes propres forces ; «t c'est à l'aidé de sa générosité que je éupplée, dans « que ton père s'en aperçoive, à i'insuffisQnôë fré* ff quente des sommes qu'il me donne pour votre en- « fretîen; c'est avec l'or réservé de ce modèle ac-^ fic compli des amies que j'ai .dû payer beaucoup de «ç tes fautes , à l'insu de la famille ; il n'y â pas une ('de mes peines qu'elle ne devine, il n'y à pas une ç d& mes impossibilités qu'elle ne tourne; elle est (c entrée il y a vingt ans dans mon affection par son <( cœur, elle est entrée depuis dans la famille par la « constance de son dévouement. C'est l'ange' des « difficultés insolubles placé par Dieu comnie une « sentinelle de l'autre côté de la rue, en face de « doite maisoû , pour la surveiller de sa tendresse. <x Chaque matin, quand j^ouvre ma fenêtre, je la vois <¥ a son balcon, qui m'attend^ et si J'ai un pli entre « les yeux, elle franchit la rue et elle accourt pour ce l'effacer. O mes enfants! souvenez->vou8 toujours « d^ellel Madame Paradis a été un. rayon de la Pro-
«f vidençè toujours visible et toujours chaud pour * votre mère*
« Dans une gène si étroite, tu comprends que ton « pauvre père ne peut pas te fournir les moyens de <c vivre désormais sans carrière et sans traitement hors <c de la maison. Il est même obligé , sous peine de cr manquer de justice envers tes sœurs (et tu sais que « son scrupule c'est la justice, et que son excès c'est « la conscience) , il est même obligé de réduire la ce petite pension de douze cents francs qu'il t'allouait a pour ton entretien et pour tes courses. Ne fais pas a semblant d'en souffrir, et vas toi-même au-devant a de cet indispensable retranchement. J'y pourvoirai <c autant que je le pourrai , et madame Paradis sera « encore là.
« J'avais espéré jusqu'ici que la famille de ton père « comprendrait ce besoin d'activité qui dévore ta ce jeunesse, et qu'elle se prêterait aux sacrifices né- « cessaires pour te faire entrer et pour te soutenir rc quelques années dans le noviciat des fonctions a administratives ou diplomatiques. Je n'ai rien pu <c gagner là-dessus. C'est en vain que j'ai raisonné, <c prié, conjuré, pleuré; c'est en vain que je me suis oc humiliée devant eux, comme il est glorieux et doux ce à une mère de s'humilier pour son fils. Tout a été ce vain ; il n'y faut pas penser. Ils sont bons, ils sont (c tendres, ils te chérissent comme leur fils, ils te et destinent leur patrimoine après eux; mais leur tence dresse qui a un cœur dans le lointain n'a point de ce discernement dans le présent. Ils sont âgés, ils ne
a peuvent se transporter de leurs habitudes d'esprit <c dans les nôtres. Ils ne peuvent se souvenir qu'ils «c ont eu ton âge; ils ne peuvent comprendre qu'un ce jeune homme qui a le toit, la table, le jardin et la « société de sa maison paternelle, ait encore d'autres ce désirs, et que ses aspirations dépassent les murs de <c la petite ville*, ils appellent c^la chimères et fancc taisies d'un esprit malade ; ils ne conçoivent pas « d'autre ambition pour toi que cette existence oi- <c sive et monotone dans une rue de Mâcon, quelques « promenades le jour, un salon dé siècles attablés (c autour d'un tapis de boston, le soir, un mariage de « voisinage ou de convenance dans quelques années, <c et une terre de la famille à habiter près d'ici le « reste de tes jours. J'ai eu beau leur dire que Dieu « donne des vocations différentes aux différentes a natures d'esprit, et que les aptitudes sont les ré- « vélations de ces vocations diverses, que ces apti- « tudes refoulées et comprimées dans l'âme de ceux (C en qui elles se manifestent produisent des suicides fc lents des facultés divines; que les passions légi- « times de l'esprit, si on leur refuse l'air, se pervercc tissent en passions coupables; que les refoulements ce préparent les explosions du cœur. Mes paroles et <c mes larmes même n'ont produit que des sarcasmes « ou des irritations contre moi. Il n'y a rien de plus « à tenter, il faut se soumettre à la volonté de Dieu! « Il faut se résigner à végéter et à hnguir auprès dq
<c nous. Hélas! tout ce que pourra le cœur d^une « mère pour t'adoucir cet exil, je raurai poiir toi; ce je souffrirai plus que tôi-méme de ton inaction et de <c la perte de tes belles années dans lesquelles, tu le «sais, j'avais mis mon bonheur, mes espérances, a ma gloire de mère ! Je te plaindrai , car je te corn- « prends, moi; je recevrai, je garderai dans mon. « cœur les triâtes confidences de tes aspirationis na- « turelleset trompées; je chercherai, j'épierai, jeferai <c naître les occasions, si la Providence m'exauce , « de te rouvrir quelque horizon plus large et plus « digne de toi. Hais, je t*en conjure, mon enfant, ne ce fais ces confidences qu'à moi, ne montre ni tristesse « ni dégoût de la vie présente sur ton visage ou danô' « tes paroles, surtout à ton pauvre père. Tu le déso-^ « lerais, sans rien changer à notre fortune. Il souftVe a lui-même comme moi de nos nécessités et de ton «oisiveté; mais par amour pour ses enfants et par « sollicitude pour leur avenir, il estforcé de ménager « ses frères et ses isoeurs, plus riches que lui, et qui a possèdent tous les biens de la famille ; il se soumet « à leurs idées, ne pouvant leur imposer les siennes; <c ne le centriste pas du spectacle de ton ennui ; n'ai- « gris pas par des dissentiments ou par des mécon- « tentements ostensibles ceux de qui nous dépendons « pouf nos filles et pour toi! Accepte cette, vie inoc- « cupée et obscure pendant quelques années, je prient rai tant Dieu qu'il fléchira le cœur de tes oncles et