LIVRE QUATRIÈME
M. de Forbin^ directeur de ce nausée, pour servir d'interprètes entre ces chefs-d'œuvre et lui. Il consacra une matinée entière à cette visite. J'étais de service dans la salle des maréchaux. Le hasard me fit désigner pour le suivre. 11 s'assit dans un fauteuil à roulettes traîné par deux valets de pied, et il passa, pendant trois heures, la revue des statues et des tableaux. Je marchais l'épée à la main à côté de lui. Il me regardait souvent avec intérêt, et il demanda même mon nom tout bas au maréchal Berthier, capitaine des gardes. Il fut étincelant d'esprit, d'à-propos, de citations, de mémoire, d'érudition pendant ce long entretien avec M. Denon et M. de Forbin. Il ne m'adressa jamais la parole, mais j'entendais tout, et malgré la sévérité de ma consigne et l'infériorité de mon attitude, ma physionomie et mon sourire involontaire exprimaient quelquefois mon admiration pour tant d'heureuses reparties. Ces sourires irrespectueux ne paraissaient pas l'offenser. On voyait qu'il ne négligeait rien pour charmer la France et qu'il ne négligeait pas même l'étonnement et l'admiration d'un enfant.
Mon nom, que le maréchal Berthier lui avait dit, s'enfuit sans doute un instant après de sa mémoire. Quand il me fit écrire, quelques années plus tard, par M. Siméon^ son ministre de l'intérieur, pour m'exprimer le plaisir qu'il avait eu à lire mes premiers vers, il ignorait et il ignora toujours que ces
vers étaient l'œuvre du jeune garde dont il avait désiré savoir le nom au Louvre, et qu'il avait depuis longtemps perdu de Tœil et oublié.