‹ Nouvelles confidencesChapitre 159 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Ces gloires littéraires de l'empire, ou ces jeunes gloires qui commençaient à poindre dans les salons lettrés de Paris, avaient un immense prestige pour moi. Je croyais qu'un homme imprimé était un homme transfiguré. Je me souviens de l'impression de respect et presque de terreur que me faisaient les noms de M. de Fontanes , de M. de Chateaubriand, de M- Casimir Delavigne, de M. BriflFault, des poètes, des écrivains, des orateurs, des journalistes célèbres du moment. Ces noms et beaucoup d'autres m'éblouissaient. Mon enthousiasme pour tout homme qui aligne quelques vers , ou qui ajuste quelques phrases, ou qui déclame quelques harangues, a beaucoup baissé depuis* Cependant, il m'est toujours resté un certain préjugé de supériorité, un certain culte secret pour les hommes de pensée. Ces hommes qui osent se mesurer avec l'immortalité, porter le défi au temps, un petit volume à la main, penser ou chanter tout haut devant leur siècle , me paraissent encore les plus intrépides de tous les hommes, et si je ne les admire pas autant pour leur talent , je les admire toujours pour leur courage. Je me disais à moi-même alors que je n'aurais jamais ce courage, et que si par hasard je me hasardais à publier un jour quelques-uns de ces vers que j'écrivais de temps en temps par trop plein et par oisiveté, je cacherais éternellement sous l'anonyme cette voix qui soupirait en moi, et qui perdrait de son intimité et de son

harmonie du moment qu'elle saurait qu'on l'écoulé et qu'elle n'aurait plus le secret pour abri de sa pudeur.

Et cependant j'écrivais de temps en temps quel* ques élégies ou quelques méditations. Mes amis m'en dérobaient des fragments, qui circulaient , à mon insu, dans les mains de quelques jeunes femmes. Ces vers passaient de là jusque sur la table de M. de Talleyrand et dans le cabinet de Louis XVIII. Ce prince souhaitait un Racine à son règne pour compléter son imitation de Louis XIV. On me rapportait des mots encourageants qu'il avait dits sur cette poésie nouvelle à madame de Raigecourt, ancienne compagne de madame Elisabeth, pleine de bontés vraiment maternelles pour moi. Mais je n'allais à aucune cour; je ne voyais jamais ni le roi ni les princes. J'étais né sauvage et libre ; je n'aimais pas à descendre pour monter. Louis XVIII ne se doutait même pas que ce jeune inconnu, dont il voulait bien goûter les premiers vers, était un de ces jeunes gardes qu'il avait souvent regardé dans son salon, et qui avait galopé si souvent dans la poussière de ses roues à la portière de sa voiture.

J'avais eu même un jour avec le roi un rapport de hasard plus particulier et plus intime. II aimait les arts, il se connaissait en tableaux. Il voulut, dans les premières semaines de son règne, visiter à loisir son musée du Louvre. Il fit appeler M. Denon et

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